‹ Pièces détachées (volume 2)Chapitre 22 sur 38 · ROLE POLITIQUE DE GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS · texte numérisé non relu

ROLE POLITIQUE DE GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

Le personnage le plus influent de cette époque, celui sur qui allait reposer l’administration du Royaume était le cardinal de Champagne, archevêque de Reims (1).

Cette assertion d’un historien de Philippe-Auguste est absolument juste. Elle ressort clairement de l’examen des documents.

Quant à savoir dans quelle mesure et dans quelle proportion Guillaume influa sur l’esprit de Louis VII et de Philippe-Auguste, sur celui des grands et du roi d’Angleterre, la chose est plus malaisée à définir.

D’après les renseignements qui nous sont parvenus dans les chroniques françaises et anglaises il serait difficile de déterminer si Guillaume aux Blanches-Mains eût à proprement parler une ligne de conduite en politique. Tout ce qu’on peut affirmer c’est qu’il joua un rôle très important, et que presque toujours, sinon dans tous les cas, il se laissa guider par l’intérêt de la Royauté, quitte à subir quelques disgrâces de la part de la Papauté, au temps d’innocent III. Il eut parfois pour le roi certaines condescendances sur lesquelles nous aurons à revenir plus longuement.

Dès l’année 1168, il semble que Guillaume ait déjà joui d’un rang assez élevé dans les conseils de Louis VII, car la lettre de l’évêque de Rouen, Rotrou, à lui adressée, contient ces mots ;

(l)Capefigue, Histoire de Philippe-Auguste, t. i®'’, p, 96.

« Sane cum de discretione et consilio vestro dispositio « regni Francorum tota dependeat (1). »

L'importance de ces mots n’a pas échappé à l’historien des premiers capétiens, et M. Luchaire l’a fort bien signalée.

Cette influence de Guillaume devait se manifester principalement sous le règne du « faible et indécis » Louis Vtl (2), mais elle ne devait pas disparaître avec lui.

Après avoir eu des velléités de s’appuyer sur la maison de Flandre, Philippe-Auguste en revint aux conseillers de son père, et en 1184 (3) le roi fit écrire au Pape Lucius III une lettre qui montre clairement le rôle de Guillaume et la confiance qu’on avait en lui.

Plus qu’aucun autre, disait le roi, l’archevêque de Reims nous est utile ; les grands et les puissants combattent notre jeunesse, et mieux que personne ce dernier nous seconde. Il est l’œil de nos conseils, notre main droite dans les affaires. L’éloigner de nous en ce mornent c’est faire le succès de nos ennemis qui attendent que nous soyons sans amis et sans armes.

En 1185 (4) Rigord nous apprend que Thibault comte de Blois, et Guillaume de Champagne étaient les deux personnages à qui le soin des affaires était confié.

En 1190 (5) à celui qui n’avait jarnais eu le titre officiel de ministre, Philippe, partant pour la Croisade, confiait le soin du royaume ainsi qu’à la reine-mère.

(1) Dom Bouquet, t. xvi, p. 632.

(2) A. Luchaire, Histoire de Philippe- Auguste.

(3) Lettre d'Etienne de Tournai ; éd. Desilves, 1184 est la date adoptée par M. Léopold Delisle et l’abbé Desilves. Comme l’hésitation n’est guère possible qu’entre les années 1181 et 1184, nous pensons avec M. Léopold Delisle qu’elle ne peut être que de cette dernière date, vu l’éloignement dans lequel Philippe- Auguste avait tenu la maison de Champagne en 1180 et 1181. A cette date les expressions n’eussent pas été les mêmes. Lettre CXVIl. Catalogue des actes de Philippe- Auguste, page 24. N« 96.

(4) Rigord, § 27, éd. Delaborde.

(5) Rigord, Testament de Philippe- Auguste, éd. Delaborde.

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Cette série de textes, à dates différentes, suffit à montrer que, sa vie durant, Guillaume eut à s’occuper des affaires de France.

Nous allons le suivre d’abord dans les affaires politiques extérieures, dans les négociations avec le roi d’Angleterre et avec le comte de Flandre, les deux ennemis de la Royauté et ses deux grands adversaires au XIR siècle.

R. — Affaires extérieures.

Gest en l’année 1168 que les chroniques et les documents font mention pour la première fois de Guillaume aux Blanches-Mains (1).

A ce moment Henri II désirait faire la paix avèc Louis VII. Il cherchait à la Cour de France des personnages qui eussent l’estime et l’amitié du roi de France (2).

(( Ayant appris qu’au nombre de ces derniers était l’évêque Guillaume il le pria de vouloir bien servir de médiateur entre le roi de France et lui, promettant de faire la paix et de partir en Egypte, si le roi de France le dé-

(1) Pour les questions de politique générale nous avons suivi l’exposé du règne de Philippe-Auguste par M. A. Luchaire, éd. Hachette.

(2) Lettre de Jean de Salisbury, après le 12 mai. Dom Bouquet, t. xvi, p. 586.

... Ceterum aliquatenus inductus fuit contemplatione devotionis quam regem Angliæ opinatus est concepisse. Cum enim idem rex pro reformanda sibi pace Francos de quorum amicitia conhdebat operosius sollicitacet, et electum Carnotensem didicisset christianissimo régi familiarem esse præ cæteris, eo quod alios optimates præcedere creditur in timoré Domini et operibus sapientiæ, accessit ad eum affectuosius supplicans ut eum reconciliaret domino suo, cum quo et pro quo, si placeret, paratus erat in Ægyptum proficisci. Flectus vero, utpote vir prudentissimus, volens verbi latebras sibi profundius aperiri ; u Estne, inquit, verum quod dicitis ut cum eo velitis ire Hierosolymam ? » At ille : « Nihil unquam feci libentius, si placuerit domino meo, et me permiserit domui meæ disponere et liberis providere Carnotensis autem, etsi dolum subesse suspicaretur, hoc retulit régi Francorum.

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sirait, et lui permettait de pourvoir à l’établissement de ses enfants. Guillaume, bien que soupçonnant sous ces paroles quelques ruses, rapporta la demande au roi de France. La paix ne fut pas faite cette année-là. Elle ne devait être signée que le 6 janvier suivant à Montmirail (1). Guillaume assista à Montmirail à la signature du traité de paix. Il s’occupa principalement durant cette entrevue des rois de France et d’Angleterre de la réconciliation entre Henri II et l’archevêque de Cantorberj (2).

La guerre entre les deux rois ne devait pas tarder à éclater de nouveau. Guillaume aux Blanches-Mains cherchait à ce moment toutes les occasions de nuire à l’ennemi de l’Eglise d’Angleterre ; aussi bien entra-t-il dans la ligue formée contre le roi Henri par son fils Richard, qui, désappointé de ne pouvoir obtenir le gouvernement effectif de l’Angleterre ou des domaines angevins, s’était retiré à la cour de France. Il poussa Louis VII à adhérer à cette ligue. Cette fois Henri II allait avoir à se défendre contre français et bretons qui envahirent la Normandie. Dans ces guerres la Normandie était le pays qui souffrait le plus. Ce fut à cette occasion que Rotrou, évêque de Rouen, adressa à Guillaume une lettre flatteuse dans laquelle il le priait d’user de son influence pour obtenir la paix et que les églises Normandes ne fussent point encore une fois dévastées. Il demandait surtout protection pour l’église des Andelys (3) : « quoique jeune encore vous « surpassez en sagesse les vieillards et votre vie régulière « au milieu des séductions qui entourent les avantages « du corps, de la naissance et du crédit dont vous jouis- « sez, vous donne l’apparence d’un ange plutôt que d’un

(1) Materials for the hislory of Thomas B&cket, t. Iil, p. 96.

« A.derant in ilia sententia archiepiscopi Remensis, Senonensis, Rothomajensis, rex Francie, episcopi et abbas de Monte-Dei.

(2) Guillaume aux Blanches-Mains et Thomas Becket. Cf. chap. III.

(3) La ville des Andelys avait été brûlée par Louis VI et par Louis VII en 1167.

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« homme. Je n’insisterai pas davantage sur vos autres (( vertus qui tiennent du prodige ; votre réputation d’hon- (( nêteté et de prudence est tellement répandue au près et (( au loin que vous n’avez aucun besoin de nos éloges. (( Mais, puisque la direction du royaume dépend de vous « et de vos conseils, puisque les cœurs des rois sont dans (( votre main, et que les peuples s’inclinent devant vos K décisions, recherchez quels sont les moyens de faire la « paix et si il n*y en a pas, faites en sorte que les biens « ecclésiastiques n’aient pas à souffrir de l’incursion des (( armées ennemies (1). » '

Les demandes de paix ne furent d’aucun effet. La guerre de 1173 eût pour théâtre la Normandie qu’on dévasta une fois de plus. Au mois d’août de cette même année Louis yil assiégeait la ville de Verneuil dans le Perche. Les habitants avaient fixé une date pour se rendre s’ils n’étaient secourus ; le terme approchant, et Louis VII, craignant de ne pouvoir s’emparer de la ville, envoya au roi d’Angleterre une ambassade extraordinaire composée de Guillaume aux Blanches-Mains, de son frère Robert, et de Thibault de Blois. Les envoyés devaient traiter de l’éventualité de la paix et demander une suspension d’armes (2), garantissant au roi d’Angleterre que si la ville se rendait au terme fixé on lui rendrait les otages libres, sains et saufs, Louis VII promettait de ne pas leur faire de tort et de ne pas permettre qu’on leur en fit (3).

(1) Rotrou, Dom Bouquet, t. xvi, p. 632.

(2) Howeden, p. 50, t. ii, éd. Maîtres des Rôles, « et juraverunt eis quod si ipsi reddidissent burgum ilium régi Frauciæ ad terminum statutum, rex Frauciæ redderet eisobsides suos iiberos et quictos et quod eis nullum damuum faceret nec ab aliis fieri permitteret.

(3) A. fortnight later Henry set on at the head of ail his available forces to tbe relief of Verneuilly, which Hugh de Sacy and Hugh de Beauchamps were defending against the king of France ; by a double treachery, Lewis under cover of a trust gained possession of the town, set on the fire.

Miss Kate Norgate : England under the Plantagenets, t. Il, p. 2i7.

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L ambassade partie, le roi Louis VII incendia la petite ville.

Cette lutte entre Louis VII et Henri II ne laissait pas que d’émouvoir la Papauté. De son côté, Alexandre III cherchait à ramener la concorde entre les deux rois et Richard. Il avait chargé plusieurs dignitaires de l’Eglise d’amener les deux rois à faire la paix, et le 28 août 1173 il écrivait à l’archevêque de Reims, Henri de France, d’agir de concert avec Larchevêque de Sens pour arriver à la conclusion d’un traité (I).

Malgré tous ces efforts la guerre se poursuivait. Louis VH essaya de s’emparer de Rouen, mais inutilement. Au mois d’août 1174^ il se décida à envoyer une nouvelle ambassadé au roi d’Angleterre.

Le 13 août 1174 (2), après une attaque du camp français, l’archevêque de Sens et Thibault de Blois partirent pour proposer au roi d’Angleterre un arrnistice qui pérmit à Louis VII de se retirer jusqu’au lieu dit Malhauneÿ. Le lendemain on devait fixer un lieu de réunion pour traiter de la paix. Le roi d’Angleterre, sur les serments des deux envoyés, accepta ces conventions. Le roi de France, ne respectant ni la foi ni les serments donnés, s’enfuit jusque dans ses Etats. Guillaume aux Blanches-Mains et Thibault fixèrent toutefois avec le roi d’Anglëtérfe une entrevue qui devait avoir lieu à Gisors, le 8 septembre (3).

Mais à cette date on ne put se réunir et on fixa un nou-

(1) Alexandri epistolæ, D. Bouquet.

(2) Benoist Peterb, t. i®>-, p. 75 (Stubbs).

(3) « V enerunt Rotomag^um archiepiscopus Senonensis et cornes Theobaldus et cœperunt colloquium inter regem Angliæ et regem Francie in JNativitate Beate Marie apud Gisortium, et non potuit ibi inter eos convenire, sed alium cœperunt colloquium inter se ad festum Michælis inter Turonium et Ambasium. Et instante festo S. Michælis convenerunt ad colloquium inter Turonium et Ambasium in loco qui dicitur Mons Laudatus. Et in crastino. S. Michælis, scilicet pridie kalendas octobris, feria IL, juvenis .rex et fratres sui, per consilium regis Francise rediderunt se patri suo régi Angliæ misèricordiæ sue. Benoist Peterb. XIII, p. 16î. D. B.

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veau lieu de réunion entre Tours et Amboise pour le 29 septembre. Cette fois on signa la paix à Montlouis et les fils du roi d’Angleterre sur le conseil de Louis Vil se rendirent à merci. Cette seconde ambassade de Guillaume eut lieu, d’après Howeden, le 7 septembre 1174 (1).

C’est la dernière médiation de Guillaume dont il soit fait mention d’après les chroniqueurs jusqu’à l’année 1179. Nous le perdons de vue jusqu’à cette époque. A partir de cette date, il abandonna pour un temps le parti du roi de France, s’allia avec le roi d’Angleterre momentanément. Voici dans quelles circonstances.

Dans la dernière partie de son règne le faible et in- « décis Louis VII s’était laissé constamment diriger par « sa femme et ses quatre beaux-frères, Henri, comte de « Champagne^ Thibault, comte de Blois et de Chartres,

« Etienne, comte de Sancerre et Guillaume, archevêque « de Reims » (2).

Philippe-Auguste en prenant possession effective du royaume, allait sous l’impulsion de Philippe d’Alsace, comte de Flandre, bouleverser les habitudes reçues.

Il allait abandonner la politique traditionnelle, en épousant Isabelle de Hainaut, nièce du comte d’Alsace. La maison de Champagne en fut tout indignée, car on n’avait consulté aucun membre de celle-ci (3). On avait méprisé les conseils de cette famille, et Philippe-Auguste semblait n’avoir plus de confiance dans les anciens ministres de son père.

(1) Howeden 11,66. Stubbs.

(2) A. Luchaire, Philippe- Auguste.

(3) ExGervasii Dorob. chr. D. B. XVII, p. 661.

« Anno gratiæ MCLXXX, mense aprili, novus rex Francise Philippus Ludovici regis filius, desponsavit filiam comitis de Hano : unde suorum avunculorum omniumque fere nobilium Francise indignationem incurrit, eo scilicet quod, suorum spreto consilio, comiti Flandriæ soli credebat, et quod per ipsius consilium uxorem de tam humili progenie sibi associare voluerit in reginam. Auxit quoque indignationem, quod matri suæ annuere noluerit ut in sua dispositione haberet castella vel villas suæ dotis.

GUILLAUMh: AUX BLANCHfcS-MAlNS

Il suivait les conseils de son oncle Philippe d’Alsace (1).

Ses oncles de la maison de Champagne se mirent en relations avec le roi d’Angleterre.

En outre Guillaume aux Blanches-Mains (2) qui avait fait des difficultés pour sacrer la nouvelle reine , fut froissé de ce que, méconnaissant les privilèges de l’église de Reims, récemment confirmés par une bulle d’Alexandre III, Philippe- Auguste eût fait couronner la jeune Reine à Saint-Denys par Tarchevêque de Sens. Le 29 mai 1180, il s’en plaignit au Pape.

Une ligue se forma qui se composait de la reine Adèle, des quatre oncles de Philippe-Auguste, et de Henri II, Des deux côtés on se prépara à la guerre. Mais tout se borna à des préparatifs militaires. Le roi de France qui avait supprimé à sa mère la libre jouissance des fiefs de sa dot, signa la paix avec elle, le 28 juin 1180, entre Troyes et Gisors.

L’année suivante, le 14 mai 1181, les frères d’Henri de Troyes, comte Palatin (3), qui venait de mourir, sa veuve Marie, comtesse de Champagne, se réunirent à Provins (4). Le comte de Hainaut, Beaudouin V et Philippe

(1) Benoit Peterb. t. i®‘‘, p. 244 (Stubbs).

(2) Ouod cum Willelmo Remensi archiepisco constaret, indignatus est vehementer et Alexandre summo pontifici conquestus estde transgressione Senonensis archiepiscopi qui contra jus et dignitatem Remensis ecclesie reginam Francorum præsumpserat coronare.

Howeden II, p. 196 (M*’’ de R.).

(3) Mort le 17 mars 1181.

(4) Gilbert du Mont, p. 365, t. xviii. Histoire de France.

Anno domini sequente MCLXXXI per mediatores quosdam, defuncto Trecensi comiti Palatine, ejus uxor vidua, Maria comitissa. ejusdem Henrici fratres scilicet Willelmus archiepiscopus Remensis et Theobaldus et Stephanus comités cum sæpedicto comiti Hanoniensi et cum Philippe comiti Flandrensi conventiones matrimoniorum antea bisjuratas quia per matrimonium Elisabeth Reginæ Francorum in parte læse videbantur, renovaverunt, multorum juramentis interpositis. Unde cornes Hanoniensis cum comiti plandrensi eodem anno, die Ascensionis Domini Pruvinum comitis Campaniensis cas-

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d’Alsace, comte de Flandre, y vinrent aussi. On renouvela les conventions de 1179 au sujet des alliances des deux familles de Hainaut et de Champagne. Tous se trouvaient lésés par le mariage de Philippe- Auguste avec Isabelle, nièce du comte de Flandre, dit le chroniqueur. Les uns, la maison de Champagne dans ses intérêts et dans son amour-propre, le comte de Flandre, par suite des promesses faites à son neveu, le roi de France. On convint dans cette assemblée que Henri, fils aîné du comte de Champagne, épouserait Yolande, fille de Beaudouin V et que son fils, Beaudouin P% épouserait Marie, fille du comte de Champagne.

Guillaume aux Blanches-Mains se porta garant de ces conventions.

L’alliance se resserrait donc à ce moment entre les maisons de Flandre et de Champagne également mécontentes contre le nouveau Roi.

Pendant que se formait la ligue, qui devait attaquer Philippe-Auguste, Guillaume aux Blanches-Mains partit pour l’Angleterre, et sous couleur d’un pèlerinage à Cantorbery, il s'entretint quelques jours avec le roi d’Angleterre (1). De quoi fut-il question entre eux? Guillaume chercha-t-il à employer l’influence du roi d’Angleterre p pour essayer de détacher Philippe- Auguste dTsabelle de

trum ditissimum veniens pactiones illas solemnitate renovavit ita quidem quod pro parte comitis Hanoniensis juraverunt ipsi' cornes Hanoniensis, cornes Flandriæ, et vir nobilis de Cociaco et milites

strenui. C. Hanoniensis, fideles et commilitones Insuper dominus

Willelmus, Remensis arch. super pactionibus istis utrinque se obsidem constituit. Compositum fuit equidem ut Henricus, primus comitis Campaniensis filius Yolendem Balduini comitis Hanoniensis filiam haberet uxorem, Balduinus autem primus comitis Hanoniensis filius, Mariam comitis filiam haberet uxorem.

(l) Howeden H. p. 263, Benoist Peterb.

« Interea Willelmus Remensis archiepiscopus applicuit in Angliam apud Doveram, cujus adventus summa fuit visitare limina Sancti Thomæ martyris Cantuariensis. Cum autem venissetin Anglia, mandavit ei dominus rex ne ab Anglia discederet donec locutus fuis- PIÈCES DÉTACHÉES, III. 31

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Hainaut, projet qui devait déjà le préoccuper et qu’il reprit plus tard, nul ne le sait. Le chroniqueur mentionne le voyage, qui eut lieu au mois de septembre.

Durant la seconde guerre, qui marqua l’avénement de Philippe-Auguste en 1182, Guillaume aux Blanches-Mains dut s’allier avec le comte de Flandre, le duc de Bourgogne, le comte Etienne de Sancerre, et la comtesse de Champagne (1).

M. d’Arbois de Jubainville pense au contraire qu’il dut pour sa part garder la neutralité. Nous nous séparons sur ce point de l’historien des comtes de Champagne (2).

Au moment de l’Avent 1181, Philippe d^Alsace entra en campagne, appela à son secours les Brabançons, pénétra sur les terres du comte de Sancerre et les ravagea.

Une question de famille avait en toutes ces révoltes dirigé la conduite des comtes de Champagne. Le mépris un peu brutal avec lequel Philippe-Auguste avait traité ses oncles n’y fut pas non plus étranger (3).

La paix fut signée assez rapidement. L’année suivante les rois de France et d’Angleterre se réunirent entre Senlis et Crépy, au lieu dit la grange Saint- Arnoulph, le comte de Flandre, Guillaume aux Blanches-Mains, Henri, évêque d’Albe, légat du Saint-Siège, furent présents à cette réunion qui eut lieu le 11 avril 1182 (4).

set cum eo. Venit itaque loqui cum eo apud Vintoniam, et facta ibi cum eo mora cum domino reg’e perpaucos dies, reversus est in Franciam ettransivit apud Doveram ».

Benoist de Peterboroug.

(1) Ex Chronico Turonensi. D. B. XVIIl, 291, et XVIII, 250. Saint- Marien d’Auxerre. Eodem anno (1181) dux Burgundie, Willelmus R. archiepiscopus, Theobaldus Blesensis, cornes Stephanus Sacri Cœsaris confederati unanimiter conspiraverunt in regem.

(2) Histoire des comtes de Champagne, t. iv, p. IV.

(3) « Unde factum est quod Willelmus Remensis antistes et cornes Theobaldus et cornes Stephanus avunculi prædicti regis, dolentes se esse despectos nitebantur in regem, nepotem suum insurgere. »

Gilbert du Mont. D. B. XVJII. .

(4) Gilbert du Mont, 370, XVIII, D. B.— Cf. Raoul de Dicet, II, p. lO. Stubbs.

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A partir de cette date, la maison de Flandre disparaît des affaires du royaume et la maison de Champagne, avec Thibault de Blois et l’archevêque de Reims, reprit la direction des affaires.

Mais la paix faite avec le comte de Flandre était peu solide ; Philippe d’Alsace avait promis le Vermandois à Philippe-Auguste lors de son mariage avec Isabelle de Hainaut. La mort de sa femme Isabelle (1) ouvrit la question de la succession. Philippe-Auguste réclama l’exécution des promesses. Philippe d^Alsace ne voulait pas les tenir. On épuisa d’abord les moyens pacifiques. Au commencement de l’année 1184, Guillaume aux Blanches-Mains, rencontra Philippe d’Alsace à Arras. Il devait être chargé d’une mission par Philippe-Auguste

La question ne put se résoudre pacifiquement.

A ce moment disent les annales d’Anchin, le roi de France eut l’intention de répudier sa femme, sur les conseils de quelques-uns de ses amis. Le comte de Flandre s’emporta contre les fauteurs de cette motion et notamment contre Guillaume, qui avait été un instigateur de la proposition, et ce fut le prétexte d’une nouvelle guerre qui commença après les fêtes de la Pentecôte (2).

La guerre se prolongea, mais après les péripéties du siège de Boves, le comte de Flandre qui arrivait avec une nouvelle armée fut effrayé de voir celle du roi beaucoup plus forte que la sienne, et il pria Thibault, comte de Blois, Guillaume aux Blanches-Mains, à qui le soin des affaires du royaume était alors confié, de servir de médiateurs entre Philippe-Auguste et lui (3j. Il les chargea de porter au roi des paroles de paix : « Seigneur,

(1) Morte le 26 mars 1183.

(2) Pâques, l®*" avril 1184.

(3) Rig-ord, paragraphe 27, éd. Delaborde :

Tum cornes habito consilio cum suis per internuiicios principem militiæ regis Theobaldum, comitem Blesensem, Franciæ senescallum, vocavit et Guillermum Remensem archiepiscopum.

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calme la colère qui t'agite contre moi et dispose suivant ton gré des biens que possède ton serviteur. »

Le comte se rendait, abandonnait le Vermandois, demandant à titre gracieux l’usufruit des villes de Saint- Quentin et de Péronne (1). La paix ne fut pas signée à ce moment. Il y eut même à ce sujet une nouvelle réunion à A umale, le 29 novembre 1185, à laquelle assistaient les mêmes personnages, mais là encore rien ne fut décidé car on attendait le consentement de l’Empereur d’Allemagne qui était suzerain de Philippe d’Alsace pour une partie de la Flandre (2) et à qui celui-ci dans l’espoir d’obtenir des secours contre le roi de France avait fait hommage de la Flandre Française.

Il y eût cette même année une réunion à Liège (3), à laquelle assista Guillaume aux Blanches-Mains en compagnie de Brunon, archevêque de Cologne, et du comte de Hainaut. Celui-ci refusa de laisser passer les troupes impériales sur ses terres, se retira de l’assemblée et FEmpereur occupé par d'autres soins ne prit pas en considération les demandes de son vassal. Philippe d’Alsace n’espérant plus être secouru signa la paix le 20 mai 1186. Quelque temps avant la fin de l’année 1185 (4), au mo-

(1) Ouibus sicut régis fidelibus cura rerum gerendarum eo tempore commissa fuerat, Istis mediantibus cornes Fiandriæ in hune modum regem allocutus est : « Désignât indignatio tua, domine, etc... »

(2) R. de Diceto II, p. 38, Stubbs : « Rex Francorum Remensis archiepiscopus et Coloniensis, Philippus archiepiscopus venenunt Albemarlam VII idus novembris, ubi reformata est pax inter regem Francorum et comitem Flandrensem, sed minime complementum accepit quousque suum Imperator romanus adhibuerit assensum ».

(3) Leroux. Relations de la France et de V Allemagne, 1885. Bib. de l’Ecole des Hautes-Etudes.

(4) Gilbert du Mont. D. B. XVIII, p. 383-384. Eodem anno, in Adventu Domini, cum ex mandate regis Francorum, cornes Hanoniensis ad ipsum apud Senonensem civitatem accessisset, et in loco quodam in partibus illis cum comitissa Campaniensi, sorore sua, colloquium haberet ; dominus Rex, cornes Hanoniensis, qui colloquio intererat, ab ipsa comitissa et archiepiscopo Remensi, et Theobaldo comité et Stephano comité, et duce Burgundiæ, coarctatus fuit, ut conventio-

ment de l’Avent, une assemblée avait eu lieu à Sens, entre Philippe- Auguste, le comte Baudouin, Guillaume^ les comtes Thibault et Etienne et le duc de Bourgogne pour y discuter la question toujours pendante des alliances entre la maison de Hainaut et celle de Champagne. La fille aînée de la comtesse Marie et le fils du comte Beaudouin V ayant atteint l’âge du mariage, on réclamait du comte de Hainaut l’accomplissement de ses promesses. Il demandait du temps, désirant que sa fille Yolande fut en âge d’épouser le jeune comte de Champagne, Henri. Mais, on lui refusa les délais qu’il réclamait, et on décida que le mariage aurait lieu au mois de janvier 1186, après l’octave de l’Epiphanie.

On renouvela les promesses de l’autre union et Guillaume se porta à nouveau garant des promesses. ^

La maison de Champagne et celle de France avaient intérêt à voir s’accomplir ces doubles mariages. C’étaient pour elles des points d’appui et d’alliance contre le comte de Flandre.

En l’année 1187 la guerre reprit entre Philippe-Auguste et Henri H. Guillaume aux Blanches-Mains suivit presque constamment les armées du roi, et souvent il s’interposa entre les deux adversaires, obtenant des trêves et parfois même sollicitant la paix. La première fois qu’il soit fait mention de lui pendant cette nouvelle guerre, Guillaume se trouvait auprès du roi d’Angleterre (1) à Châ"

nés matrimoniorum de pueris suis et pueris comitissæ Campaniensis finnatas, fide interposita et juramento præstito, teneret ; cum filius icomitis Hanoniensis primogenitus jam annos, et Maria comitissæ Campaniensis filia annos ad conveniendum in matrimonio sufficientes haberent. Cornes autem Hanoniensis inducias super hoc requirebat, quousque Yolendis filia sua tantos annos haberet, quod Henricus cornes Campaniensis juvenis eam rationabiliter posset ducere uxorem : quas quidem inducias habere non potuit, cum filius suus primogenitus Balduinus et Maria comitissæ Campaniensis filia annos ad hoc haberent sufficientes... et ibi matrimonum. . contrahendum in sequentis Epiphaniæ oclavis utrimque juratum fuit...

(1) Gervais de Cantorbery qui rapporte ces faits : [Dom Bouquet,

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teauroQx. Le comte Richard venait d’aller trouver Philippe-Auguste qui s’était pris d’amitié pour lui au point, disent les chroniqueurs, de lui faire partager son lit (1). En apprenant ces faits le roi d’Angleterre, soupçonnant plutôt chez son fils la trahison que le désir de la paix avec Philippe- Auguste, s’affligea très fort. Il envoya des messagers aux grands les plus fidèles de France, les priant de venir au plus vite.

L’archevêque de Reims, le comte Thibault, le comte de Flandre, le comte Robert de Dreux ^^2) et d’autres aussi parmi les nobles se rendirent à son invitation. Le roi d’Angleterre leur parla en ces termes : « Seigneurs et amis, mes parents, je vous avoue que je suis pécheur, et que je sens avoir mal vécu. Je désire désormais m’amender, réparer mes erreurs, et tandis que je le puis, je désire me réconcilier avec Dieu. Maintenant ayant des ressources et une armée, je marcherai contre les païens, si cela ne déplaît à mon maître le roi de France. Demandez de ma part à mon seigneur qu’il veuille bien m’accorder une trêve de deux années. »

(( S'il me la refuse, sans aucun doute il aura à répondre « de mon salut devant Dieu, vous aussi, ayez à craindre « d’en répondre si vous ne voulez pas persuader au roi de « m’accorder cette trêve. »

Ayant ainsi parlé, le roi pleura. Les seigneurs français revinrent vers Philippe-Auguste, mais celui-ci se riant

t. XVII. p. 668J, ne donne pas la date de mois. Mais en comparant son récit et ceux de Howeden, R. Dicet et B. Peterboroug-h, on ne peut placer ce fait qu’aux environs de juin. En effet à cette date ils parlent tous d’une trêve de deux jours consentie par le roi de France au roi d’Angleterre sous l’influence du clergé. Le roi Henri II était alors à Châteauroux, inquiet de l’amitié subite que le roi Philippe avait pour Richard^ son fils, dont la visite au roi est mentionnée dans Gervais de Cantorbery. Cf. à ce sujet, Benoist de Peterborough, éd. Stubbs, t. Il, page 7.

(1) Benoist de Peterborough, t. ii, page 7.

(2) Gervais. Tome xviii, p- 68, D. Bouquet,

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d^eux leur dit : « Et vous avez cru ces mots î » — « Ce sont là les demandes que le roi d^Angleterre nous a chargé de faire, et nous conseillons de lui accorder ce délai, répartirent-ils. (( Allez, dit le roi, et dites-lui que, déférant à ses demandes et à vos conseils, nous lui accordons une trêve de deux ans. »

Cette paix ne devait pas être de longue durée. Henri II se disposait à passer en Angleterre, mais Philippe- Auguste, excité par les moqueries de Bertram de Born, réclama Gisors, et le mariage de Richard avec sa sœur Alix de France (1). Un parlemen^t eut lieu à Gisors le 22 janvier 1188 (2).

On fit un armistice, et les deux rois se croisèrent. Philippe-Auguste prit la croix rouge des mains des archevêques Guillaume de Tyr, et Guillaume de Reims, son oncle.

Mais en dépit des serments de Gisors, la guerre se ralluma. Après diverses actions et péripéties, une réunion de rois eut lieu le 18 novembre 1188à Bonmoulins (3). Les deux rois firent une trêve qui devait durer jusqu^à la fête de Saint-Hilaire (4). Le comte Richard profita de cette réunion pour demander à son père s’il était sûr d’être son héritier. Le roi d’Angleterre, après avoir éludé la question, y répondit affirmativement sur les instances de son fils.

A quelque temps de là, le 18 juin 1189, les rois de

(1) A. Luchaire, Philippe Auguste.

(2) Raoul de Dicet II, p. 51, éd. Stubbs. u Anno Domini 1188, rex Francorum et rex Anglorum inter Gisortium et Triam colioquium habituri XII kalendas februarii convenerunt. Post long^os tractatus, rex Ang-lorum primo crucem suscepit de manibus archiepiscoporum Tyrensis et Rotomagensis, postmodum, rex Francie crucem suscepit de manibus archiepiscoporum Tyrensis et Remensis..., etc.

(3) Ex Gerv. Gant. XVII. 672. D. B. Stabat autemin girum populus innumerabilis, amboque reges in medio, comesque Richardus et archiepiscopus Remensis... etc... Cf. B. Peterb. II, p. 50.

(4) 14 janvier 1189.

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France et d’Angleterre, le comte Richard, le légat du Pape, et quatre archevêques, ceux de Cantorbery, de Rouen, de Bourges, et de Reims se constituèrent en un nouveau parlement auprès du Mans (1). Le roi Philippe proposa au roi de lui rendre toutes les villes qu’il lui avait prises l’année précédente et cette même année, si le roi d’Angleterre consentait à ce que Alix de France épousât son fils Richard; Henri II refusa. Nouvelles batailles, et aussi nouvelle médiation de Guillaume et de Philippe d’AL sace (2) qui, de leur propre autorité vont trouver Henri H à Saumur le 2 juillet 1189. Le roi de France essaie de les détourner de leur dessein et leur assure qu’avant leur arrivée, il se sera emparé de la ville de Tours. Henri II malade se résigna à demander la paix. Il était alors à Azaysur-Cher(3). Il fit venir près de lui ses parents, Tarchevêque de Reims, Guillaume, le comte Philippe de Flandre, et Thibault de Blois pour servir de médiateurs entre lui et Philippe-Auguste (4). Mais le roi de France, voyant

(1) Ben. Peterb., Stubbs IL 69.

Die dominica proxima sequenti, Philippus cornes Flandriæ et Willesmus archiepiscopus Remensis ad regem Angliæ, qui tune temporis apud Saumur erat, potius de sua quam de regia voluntate ad componendum inter eos accesserunt... etc

(2) Gervais, Dom. Bouq. XVIll. 672. « apud Cenomanum. »

Il s’agit évidemment de la réunion qui eut lieu à la Ferté- Bernard et que certains chroniqueurs (Benoist de Peterb , éd. Stubbs, II, 50). placent au 28 mai 1189.

(3) Guillaume le Maréchal, t. vu, vers 8935. éd. Paul Meyer.

En ces entrefaites avint

One uns mesagiers al rei vint

Del comte de Flandre certains

e de Lercevesque de Reims

e d’autres amis sanz dotance

ke il aveit al rei de France

Si mandèrent priveement

One li reis voleit parlement

A lui aveir sanz nul delai

Tôt dreit entre Tors et Azay. (

(4) Giraud de Cambrai. D. B. XVÏII, p. 152. Quo acto, Anglorum Rege procurante, qui pacis bona adhuc tentare volebat, cognatos

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

son ennemi abattu, « demandât qu’il se rendit et s’a- (( vouât expressément son homme lige (1) et se remit c( entre ses mains à merci et à miséricorde (2) ».

L’activité de Guillaume ne se lassait pas. A peine avaitil quitté Philippe-Auguste et son armée à Azay-sur-Cher qu’il eut à s’occuper avec Beaudouin^ comte de Hainaut, d’une nouvelle affaire. Nous le retrouvons en effet en août 1189 (3) à Pontoise où il règle avec Thibault de Blois un différend survenu entre lui et le jeune comte de Champagne Henri, qui avait épousé Yolande, fille du comte de Hainaut. Philippe-Auguste avait provoqué cette réunion. La difficulté portait sur des questions territoriales entre le comte de Champagne et Beaudouin, comte de Hainaut. Les difficultés étaient incessantes entre eux et l’Empereur au sujet de la succession du comte de Namur qui avajit fait promettre à ses sujets de reconnaître pour seigneur lejeune prince champenois. Dans cette réunion de Pontoise il fut décidé que le comte de Hainaut conserverait Namur et ses dépendances, le comte de Champagne devant seulement conserver La Roche et Durby (4).

La guerre avec le roi d’Angleterre était terminée à l’avantage de Philippe- Auguste. Il avait mis en ordre les affaires du royaume, aidé par ses conseillers, Guillaume aux Blanches-Mains et Thibault de Blois. Au premier, il laissait la régence du royaume, et partait pour la Terre Sainte avec Richard Cœur de Lion. Des difficultés nouvelles allaient bientôt surgir dans le Nord de la France, au sujet de l’héritage du comte Philippe d’Alsace.

Par suite des conventions passées entre Philippe-

suos archiepiscopum Remensem Willelmum, comités Philippum Flandrensem et Theobaldum Blesensem, cum aliis quibusdam, ad ipsum intra castrum accersivit,

(1) Aug. Thierry, Histoire de la. conquête d' Angleterre.

(2) D’après Rigord, cette paix fut faite le 4 juillet 1189.

(3) Gilbert du Mont. D. B., t. xviii p. 401.

(4) IV d'Arbois de JubainvillCy p. 18, 20, 21.

GUILLAUME AUX BLANCHES MAINS

Auguste et Philippe, comte de Flandre en 1180, toute la partie du comté sise à l’Ouest d’une ligne qui suivait la rivière d’Aa, puis le fossé Neuf, La Lys et enfin la Scarpe, c'est-à-dire Arras, Saint-Omer, Hesdin, Bapaume, Sens, devaient à la mort de Philippe d’Alsace rentrer dans le domaine capétien. Les comtés de Boulogne, de Saint-Pol devenaient en même temps fiefs immédiats de la Couronne (1).

En outre, par suite du traité de 1185, Péronne et Saint- Quentin devaient rentrer à la mort du comte de Flandre dans le domaine royal (2).

Philippe d’Alsace, comte de Flandre, mourut devant Saint-Jean d’Acre, le LQuin 1191 (3). Aussitôt Gilbert du Mont qui était attaché à sa personne envoya en Flandre des émissaires pour prévenir Beaudouin V de la mort de son beau-père (4). Philippe-Auguste de son côté envoya à Guillaume aux Bianches-Mains des messagers avec mission de s’emparer de la Flandre, quitte à traiter ensuite (5'y. Ses messagers arrivèrent après ceux de Gilbert du Mont. En même temps, par acte du mois de juin 1191 (6), Philippe-Auguste annonçait aux nobles du district de Péronne que la mort de Philippe, comte de Flandre, faisait rentrer Péronne dans le domaine de la Couronne, et chargeait Guillaume, archevêque de Reims, Robert de Wavrin, Pierre du Mesnil, Pierre de Courtrai de recevoir pour lui et son fils la fidélité des nobles de cette circonscription.

Les envoyés de Philippe-Auguste arrivèrent au mois

(1) Gilbert du Mont, éd. Arndt., p. 529. Petit Dutaillis, Louis Vllfi p. 17.

(2) Cf. supra, p. 12.

(3) Annales d'Anchin, Pertz, t. VI, p. 427.

(4) Gilbert du Mont.

(5) Burgelin, Annales Gallo Hand.,, t. ii, p. 252, 253. — Jacques Meyer, Annales de Flandre^ an 1191.

(6) Léopold Delisle, Catal. des actes de Ph. Aug.

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de septembre (1). Aussitôt Guillaume, conformément aux ordres du Roi, essaya de s’emparer de toute la Flandre. Il envoya Robert de Wavrin et Pierre du Mesnil avec de fortes troupes de cavalerie de façon à s’emparer des places fortes , pensant que la soudaineté du fait troublerait Marguerite et son mari, Baudouin de Hainaut. « Il répandait le bruit que la reine Isabelle, mère de Louis (2), avait été instituée héritière de la Flandre par son oncle Philippe d’Alsace. Il s’empara ainsi au nom de Louis, fils de Philippe-Auguste de Mons , d’Alost, de Courtray , d'Ypres, de Bruges (3), mais ne put s'emparer de Gand.

Mais Beaudouin, comte de Hainaut, et sa femme, la comtesse Marguerite, la véritable héritière du comte de Flandre, d’après Gilbert du Mont, protestèrent. D’un autre côté, Mathilde, comtesse de Flandre, réclamait. Pour trancher tous ces différends on s’en remit à l’arbitrage du régent du royaume, Guillaume, de l’évêque Pierre d’Arras et de Daniel, évêque de Cambrai (4). On fixa un jour du mois d’octobre pour faire le partage de la Flandre. On se réunit à Arras. La comtesse Mathilde réclamait toute la Flandre comme sa dot, le comte de Hainaut prétendait qu’elle ne devait avoir que ce qui lui avait été donné en douaire (5).

Les arbitres réglèrent ainsi la question. Ils accordèrent à Beaudoin V, comte de Hainaut, le titre de comte

(1) Jacques Meyer, Ann. de Flandre., livre VII, p. 58.

« Meuse septembri certo de morte Philippi allato nuncio.... orta est de successione Comitatus g’randis altercalio. Enimvero Guillelmus, pontifex Bemensis, Philippi regis nomine, omnem ad se conabatur trahere Flandriam...

(2) Louis VIII. Jacques Meyer, VII, p. 58.

(3) Dom B. XVIII, p. 709 A. D. MCXCI, cum constaret per Franciam de morte Philippi, comitis Flandrensis , Willelmus arch.

Bemensis saisivit Atrebatum, Arian,

Sanctum Audomarum, sicut Philippus cornes régi concesserat, cum nepotem suam duxit uxorem.

(4) Cf. Meyer, Ann. de Flandre^ année 1191.

(5) Gilbert du Mont. D. Bouq. XVllI, p. 408.

de Flandre , les autres fiefs d’empire , les îles que le comte de Hollande devait tenir en fief du comte de Flandre. Quant à Mathilde elle ne garda que son douaire. Saint- Omer et Arras restèrent au roi de France et devaient revenir en pleine propriété au fils du roi de France, Louis, au décès de Mathilde.

Philippe-Auguste revint sur ces entrefaites. De nouvelles conférences eurent lieu à Péronne, du 16 au 23 février, et le traité d’Arras signé le mars 1192 ne fut que la reproduction du traité de Mons de 1180 (1).

Le 25 juin 1193 nous retrouvons Guillaume à l’entrevue qui eut lieu entre Toul et Vaucouleurs. L’empereur d’Allemagne avait fixé celle-ci pour essayer de rétablir la paix entre Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion qui venait de lui prêter hommage (2) et de traiter avec lui.

La paix fut faite au mois de juillet par l’entremise du chancelier Guillaume.

Le roi d’Angleterre devait s’engager à remettre aux mains du Roi, Loches, Châtillon-sur-Indre et à Guillaume archevêque de Reims, Driencourt et Arques (3).

La paix fut faite, mais Richard gardait à Philippe-Auguste une vive rancune de la conduite qu’il avait tenue à son égard. La guerre reprit à l’état permanent. Toutefois le 17 juin 1194 (4), d’un commun accord, les deux rois se réunirent à Vaudreuil. L’archevêque de Reims, Anselme, doyen de l’église de Tours, le sénéchal de Normandie assistaient le roi de France. L’entrevue n’eut pas de suites pacifiques ; la guerre continua, et Philippe- Auguste semblait même la désirer, car à la réunion de Verneuil qui eut lieu en 1195, à l’octave de la Toussaint,

(1) Contin. Sigeberti, XVIII D. B., p. 543. Positions des thèses de l'Ecole des Chartes^ année 1896. M. Lebègue de Germinj. Les Baillis de l’Artois^

(2) Howeden III, Stubbs, tome m, p. 212.

(3) Howeden, tome iii, éd. Stubbs, p. 219. Le 9 juillet.

(4) Howeden III, éd. Stubbs, p. 254.

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

il se servit de son oncle Guillaume aux Blanches-Mains et de l’évêque de Beauvais pour dresser des obstacles à la conclusion de la paix.

En effet, comme on était réuni à Verneuil, on avait fixé l’entrevue pour trois heures. Le roi Richard s’approchai"t de la tente du roi, lorsque Guillaume s’avança vers lui et lui dit : « Ne vous hâtez pas ainsi, le Roi tient encore son conseil. » Le roi d’Angleterre le crut et attendit jusqu^à neuf heures. A ce moment, Philippe de Beauvais vint de la part de Philippe-Auguste et lui dit que le Roi n’admettait pas qu’à neuf heures du soir, le roi Richard ne se fût pas encore présenté, quand on avait fixé le rendezvous pour trois heures (1). Cette anecdote est-elle véridique ou fut-elle inventée par le chroniqueur anglais pour noircir le roi de France ?

C’est la dernière fois quhl est fait mention dans les chroniques de l’archevêque de Reims dans les démêlés entre les deux rois. Mais, celui-ci ne se désintéressait pas d’une lutte qui devait encore se poursuivre. Nous avons dans un acte du 18 août la preuve formelle qu’il continuait à suivre Philippe-Auguste et son armée. Dans une charte par laquelle il confirme une fondation faite par Beaudouin, comte de Flandre, on lit ces mots : « Actum apud Albam Marlam, in exercitu charissimi nepotis nostri et Philippi illustris Francorum regis. iVnno Domini Incarnationis M C X C V I, V® idus augusti (2 . »

Fn outre, le poète Guillaume Le Maréchal nous a conservé le récit d’une entrevue qui eut lieu entre le roi d’Angleterre et Guillaume aux Blanches-Mains en 1196. Cette année la lutte entre les deux rois se continua.

Molt dura la guerre et molt dure e mut fu périlleuse et dure (3).

(1) Howeden, éd. Stubbs, t. [ii.

(2) Coll. Moreau, vol. 97 f° 42.

(3) Guillaume le Maréchal, éd. Paul Meyer, p. 42, t. n.

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

Elle fut marquée par divers incidents et notamment la prise de Milli par le roi d’Angleterre. L’évêque de Beauvais avait été fait prisonnier. Le roi de France cherchant alors à entamer des négociations s’adressa à la cour de Rome qui envoya comme légat en France, Pierre de Capoue. Celui-ci après diverses négociations avec le roi d’Angleterre ne put aboutir à une entente. Les réclamations faites au sujet de l’évêque de Beauvais durent être opérées en termes assez violents (1) tant et si bien que le roi Richard chassa l’envoyé.

Si est torz de tenir tel homme Qui est enoinz et sacrez.

Le roi Philippe-Auguste dépêcha alors vers lui Guillaume aux Blanches-Mains qui parvint à signer une trêve avec le roi d’Angleterre.

Li boens arcevesque de Reims Qui n’est ennuios ne vileins Vint al demain. Si out o sei Gent sanz folie et sanz desrei Li reis estait en sa chapele Ou l’om li chantait haute et bele La messe de la Trinité Quand il oï la vérité Esvamment li ala encontre Joie li fist quand il l’encontre E.ü a l’arcevesque a lui Molt s’entre-ouvrèrent au die E étant vos prenc li en mains Que par l’arcevesque de Reims Fut la triève prise et escrite Si comme elle fu devant dite.

E composée mot à mot.

(1) Id. vers 11705 et suivants

GUILLAUME AUX BL ANCHES-M AINS

Au mois de juin 1196 (1) de la même année Guillaume avait assisté au serment d'hommage prêté par Beaudouin IX (2) à Philippe-Auguste à Compiègne.

Beaudouin IX s'était engagé à l’assemblée de Compiègne (3) à aider Philippe-Auguste contre tous, sauf l’empereur et l’évêque de Liège. Pour forcer ce dernier à tenir ses promesses, Etienne, évêque de Tournai, Lambert, évêque de Térouanne, et Guillaume s’étaient obligés à user des censures s’il violait ses engagements. Beaudouin IX ayant fait alliance avec Richard Cœur de Lion, le légat du Pape en France, déclara que les évêques devraient servir contre le vassal infidèle ».

A la même assemblée, Guillaume, archevêque de Reims, et Lambert, évêque de Térouanne, promirent de veiller à l’accomplissement des promesses faites par Renaud de Dommartin, comte de Boulogne (4), promesses semblables à celles de Beaudouin IX, et qu'il renouvela aux mêmes prélats au mois d’avril 1198 à Hesdin (5).

Beaudouin IX ayant violé ses engagements, l’interdit fut jeté sur ses terres, et les évêques qui avaient pris l’engagement de l’excommunier, usèrent de leur droit et tinrent leur promesse. Etienne de Tournai par une lettre adressée à Guillaume (6) lui annonce qu’il a jeté l’interdit sur les terres de Beaudouin IX et que celui-ci assiège

(1) Rigord. éd. Lelaborde, p. 135, Cat. des actes de Philippe- Auguste^ Léopold Delisle, n" 497.

(2) Il avait succédé à sa mère en 1194 dans le comté de Flandre, et à son père en 1195 dans le comté de Hainaut.

(3) Catalogue des actes de Philippe- Auguste, p. Iî8, n°* 497-498. Léopold Delisle. Note de Léopold Delisle, reprod. par Desilves, p. 299 (Lettres d’Etienne de Tournai).

(4) Collection Grenier, vol. III, f° 163. Catalogue des actes de Philippe- Auguste. Léopold Delisle.

(5) Catalogue des actes de Philippe-Auguste. Léopold Delisle, n® 529.

(6) Lettres d''Etienne de Tournai, éd. Desilve, CCLXII. Lettre à Pierre, évêque d’Arras, n® CCLXVI, au même. Ces lettres sont de l’année 1197, avant le 20 juillet.

GUILLAUME AUX BLANCHES -MAINS

Tournai. « Les abbés et nos prêtres et nos doyens ne veulent pas observer la sentence, disant qu’ils en ont appelé à Rome. J’étais prêt à sortir de la ville, mais l’indignation du prince m’a fermé toutes les voies... Conseillezmoi, car à l’heure actuelle je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je ne veux pas. »

Dans une autre lettre de la même époque il expose à Guillaume que l’interdit jeté sur les terres de Beaudouin IX produit un mauvais effet sur les Flamands.

« Les églises sont fermées, les chants divins ne sont plus entendus.... Nous savons que le cœur de cet homme est si perverti qu’il méprise la sentence d’excommunication et place de beaucoup au-dessus des choses spirituelles les choses séculières » (1).

Le 20 juillet 1197, la ville de Tournai dut faire une trêve avec Beaudouin IX, personne n’étant venu au secours de la cité. « Nous étions comme un navire sans gouvernail, écrit après cet événement Etienne de Tournai à Guillaume (2), — un peuple sans chef... Ceux qui nous assiégeaient avaient soif de notre sang, et comme un lion qui se prépare à se jeter sur sa proie, les assiégeants se divisaient entre eux nos personnes et nos biens, ils exultaient dans leur camp, comme des vainqueurs, qui, leur proie assurée, se divisent ses dépouilles (3). »

La ville capitula, mais Tinterdit fut maintenu. Le 26 avril 1199, le pape Innocent III écrivit à Guillaume aux Blanches-Mains (4) d’absoudre le comte de Flandre de son excommunication et de lever l’interdit jeté sur ses terres, s’il était certain qu’il eut été délié par le Roi des serments qu’il lui avait prêtés à Vernon, d’abord, et à Compiègne en lui faisant hommage.

(1) Lettres d'Etienne de Tournai : éd. Desilves, CCXLII, p. 299.

(2) Desilves, CGLXVl, p. 331.

(3) Cf. Poutrain, Histoire de la ville de Tournai.

(4) Pothast, n“ 673. Migne ; Ep. Innocentii III, I, p. 582.

2®. — Affaires Intérieures

Nous avons sous ce titre réuni les quelques renseignements qui nous sont parvenus sur le rôle que joua Guillaume aux Blanches-Mains, entre 1173 et 1202.

En l’année 1173 les bruits de mariage entre Philippe- Auguste et la fille de l’empereur d’Allemagne émurent le pape Alexandre III, qui pour le bien de l’Eglise craignait que s’effectuât cette union ; Guillaume aux Blanches- Mains devait avoir déjà une grande influence à la Cour, car le Pape écrivant à Henri, archevêque de Reims, le priait de s’entremettre avec lui pour faire échouer ce mariage. Il est fort à croire que Louis VII, comme plus tard Philippe-Auguste, ne devait prendre que très peu de résolutions sans en référer à ses beaux-frères, étant donné la faveur qu’il leur témoignait. C’est du reste ce qui ressort de la lecture de certaines lettres d’Etienne de Tournai.

Celui-ci s’adresse à Guillaume aux Blanches-Mains, pour le prier de s’interposer entre lui et le Roi, mécontent de sa conduite, lui demande une faveur personnelle, adresse une réclamation qu’il ne veut pas faire luimême (1).

Le préambule de certains actes de Philippe-Auguste porte en outre la mention « de assensu et consilio avunculi nostri, Willelmi, venerabilis Remorum archiepiscopi (2) ».

(1) Cf. Lettres d' Etienne de Tournsii, éd. Desilves. Lettre LX, page 69. 11 prie Guillaume de Champagne, évêque de Chartres, de l’excuser auprès de Louis Vil, mécontent d’une supplique concernant le meurtre de Jean de la Chaîne, doyen de l’église Sainte-Croix d’Orléans. Lettre CLV, page 181. [1188-1190]. Averti qu’il doit être chargé par Philippe-Auguste d’une mission en cour Romaine, il prie Guillaume de Champagne de le faire dispenser de ce voyage.

(2) Ca.rtula.ire de Notre-Dame de Paris. B. Guérard. t. ii, p. 400 et Collection Moreau, passim.

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

Après la réconciliation de Guillaume aux Blanches- Mains avec Philippe-Auguste, nous le rencontrons chargé de la conduite d’importantes affaires. Le roi de France employa notamment son oncle pour arriver à la dissolution de la commune formée contre Saint-Martin de Tours par les habitants de Châteauneuf.

« Dans la partie de l’Ile de France qui avoisinait Paris, « au centre même du domaine capétien, Philippe-Auguste « supprimait autant que possible, à l’exemple de ses « prédécesseurs, les libertés communales jugées dange- « reuses (1). »

Tel fut le cas en 1184. Les bourgeois de Châteauneuf avaient érigé une commune au préjudice de Saint-Martin de Tours. Philippe-Auguste leur ordonna de la dissoudre (2). Jean de Salisbury, évêque de Chartres, n’avait pu réussir à vaincre les résistances. Le Pape Lucius III (3), d’accord avec le Roi, chargea Guillaume aux Blanches- Mains de dissoudre la commune, et de jeter l’interdit sur les terres des bourgeois si la résistance continuait.

Guillaume obtempéra aux ordres du Roi et du Pape; mais la lutte ayant continué, l’archevêque de Reims se rendit lui-même à Tours (4) le 24 février 1184 [1185]. Il désespérait de rompre la commune, ainsi que Hervé, abbé de Marmoutier, lorsque survint un incident « presque miraculeux », dit-il, qui lui permit d’en triompher.

Les gens qui étaient à la tête de la commune ayant voulu prélever sur les bourgeois de nouveaux droits, ceuxci se précipitèrent dans la salle du chapitre et demandèrent instamment à être relevés de leurs serments.

Une autre fois, Philippe- Auguste établit son oncle,

(1) Luchaire, Philippe-AugusU, p. 174.

(2) Catalogue des actes de Philippe Auguste, n° 113, vers le mois de juin 1184.

(3) Collection Rousseau, Bibl. Nationale. Jaffé, n® 15403.

(4) Dom Bouquet, t. xviii, p. 291. Chronique de Tours. — Lettre de Guillaume in-extenso, en note, même page.

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comme arbitre entre les habitants de Tournai et l’évêque Etienne. Voici dans quelles circonstances.

Une discussion s’étant élevée entre les bourgeois de Tournai (1) et leur évêque, en 1195, Philippe-Auguste avait donné ordre aux habitants de s’en référer à la décision de leur archevêque, Guillaume. Mais les habitants (2) au reçu des lettres du Roi prétendirent qu’elles étaient faussestet qu’elles n’étaient pas scellées du sceau royal. Requis de prêter le serment exigé, ils refusèrent et envoyèrent au Roi des messagers pour gagner du temps. Au début de l’année 1196 (3), l’évêque de Tournai apprend à Guillaume, que les habitants ne se soumettant point, il a jeté l’interdit sur la ville. L’archevêque de Reims, pour prévenir les différends entre bourgeois et évêques, proposa alors aux premiers de choisir entre les coutumes de Senlis, de Noyon, de Beauvais, d’Amiens, de Soissons, de Laon, celle qu’ils désiraient suivre. Les habitants firent leur choix, mais lentement, et finirent par opter pour la coutume de Senlis.

Etienne écrivit alors à Guillaume, de vouloir bien faire confirmer par Philippe-Auguste relativement aux bourgeois de Tournai et de confirmer lui-même les coutumes de Senlis comme obligatoires à Tournai (4).

Par acte de la même année (5) Philippe-Auguste permit à l’évêque, au chapitre, au prévôt, aux jurés (6) de suivre ces coutumes. Il leur enjoignit de s’y conformer en dé-

(1) Philippe-Aug-uste avait donné droit de commune à ses bourgeois de Tournai en 1187-1188. Cf. L. Delisle, n<> 207 et, 386.

(2) Lettres dEtienne de Tournai, éd. Desilves. CCLIl. p. 311. CCLIII. p. 312.

(3) Lettres d’Etienne de Tournai., éd. Desilves, page 313, n° CCLIV — avant le 20 avril.

(4) Lettres d'Etienne de Tournai, éd. Desilves, CCXXXVl, p 281. (1199-janvier 1200). Ordonnances des rois, t. xi. p. 281 et s. — Catalogue des actes de Philippe- Auguste, n** 595 et 696.

(5) 9 avril-31 octobre.

(6) Note Desilves, p. 282. Lettre d’Etienne de Tournai.

GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS

cembre. Enfin Guillaume de Champagne menaça les bourgeois d’excommunication s’ils y dérogeaient.

Une affaire grave et depuis longtemps pendante préoccupait Philippe- Auguste^ tant au point de vue séculier qu’ecclésiastique. C’était le fameux procès pendant depuis l’époque de Noménoé entre les églises de Tours et de Dol. Philippe-Auguste désirait terminer cette affaire. Dès l’année 1184(1) il représentait au Pape quel grave préjudice ce serait pour la Couronne de France si la Bretagne était détachée de la province ecclésiastique de Tours. Il s’efforçait auprès du cardinal Melior dans le même sens. A ces instances, Guillaume joignit les siennes, et vers la fin de l’année 1184 (2) il écrivait au cardinal Melior qu’une grande colère s’était emparée de Philippe-Auguste au sujet de cette affaire, qu’il se plaignait de l’ingratitude du Pape, qui semblait oublier les bienfaits des ancêtres du roi de France. Le roi de France ne souffrirait pas qu’on amoindrit la dignité de l’Eglise de Tours qui lui appartenait. Guillaume terminait en conjurant le Cardinal d’obtenir du Pape qu’il ne se prononçât pas contre l’église de Tours, car la colère du roi et des grands serait sans bornes, et que peut-être abandonnant tout respect pour l’Eglise, ils formeraient contre elle de nouveaux et dangereux projets qu’il serait difficile de leur faire abandonner (3;. »

L’affaire ne devait pas être terminée tout de suite car, en 1191, la reine Adèle, régente du royaume, priait le Pape de surseoir à son jugement.

Lors de son départ pour la croisade, Philippe-Auguste

(1) Léopold Delisle, Catalogue des actes de Philippe- Auguste. — Desilves, Lettre d'Etienne de Tournai, CXXII.

(2) Desilves éd. Lettres d'Etienne de Tournai. N® CXXIV note, page 44. Quoique l’église de Tours fut située sur le domaine des Plantagenets, les rois de France y exerçaient le droit de régale. Cf. Robert du Mont, éd. L. Delisle.

(3) Desilves, Lettres d'Etienne de Tournai. CLXXI.

laissa la régence du royaume à sa mère Adèle et à son oncle Guillaume aux Blanches-Mains. Dans l’acte célèbre connu sous le nom de Testament politique, il leur traçait les devoirs qu’ils auraient à remplir (1).

« Nous voulons et ordonnons que notre très chère mère Adèle et Guillaume, archevêque de Reims, notre oncle fidèle, passent tous les quatre mois un jour à Paris, qu’ils écoutent les plaintes des hommes de notre royaume, et terminent les contestations pour la plus grande gloire de Dieu et l’utilité du Royaume.

« Si par hasard un siège, épiscopal ou un abbatiat relevant du Roi vient à vaquer, nous voulons que les chanoines ou les moines viennent, comme ils le font à notre égard, demander à l’archevêque ou à la reine le droit de libre élection.

« Si une prébende ou un bénéfice vient à vaquer, la reine et l’archevêque le donneront à un homme probe et éclairé ; ils en conféreront avec notre conseiller Bernard Bré (2).

(( Si dans le voyage que nous entreprenons, nous venions à mourir, la reine, l’archevêque de Paris et les abbés de Saint-Victor et de Vaux-de-Cernay feront de notre trésor deux parts, l’une, qu’ils distribueront aux églises ruinées par la guerre, et l’autre, qu’ils réserveront pour notre fils Louis, jusqu’au moment où il sera en âge de gouverner.

Philippe-Auguste avait déjà pris des dispositions eu égard à l’évêché de Paris (3). Il avait chargé Guillaume de se concerter avec Hervé, doyen, et Pierre, chantre de Paris, pour réformer la fabrique et l’église de Paris, si l’évêché venait à vaquer pendant son absence. »

(1) Rigord. Testament politique de Philippe-Auguste^ 69-70 Delaborde.

Paris, 1191, après le 24 juin.

Nous n’avons pas reproduit l’acte si connu en entier. Nous avons pris les extraits les plus intéressants au point de vue des quelques faits que nous avons racontés plus loin.

(2) Ou de Boschiac.

(3) CataL des actes de Philippe- Auguste^ n° 316, Léopold Delisle.

Collection Baluze, f* 129, vol. 83.

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Nous possédons peu de renseignements sur les faits et gestes de Guillaume durant les années 1190 et 1191.

Les chroniqueurs sont muets; Rigord, seul mentionne pour l’année 1191, à la date du 25 août, un fait intéressant auquel prit part Guillaume. Sur le conseil de Tarchevêque de Reims et de la reine Adèle, de tous les évêques, on exposa à Saint-Denys les corps des saints martyrs, Denys, Rustique et Eleuthère avec les vases d’argent qui contenaient leurs reliques. La population s’était émue parce qu’on avait fait courir le bruit qu’on avait découvert dans l’église de Saint-Etienne le prétendu chef de saint Denys (1).

Certaines lettres adressées à Guillaume en l’année 1191 semblent bien se rapporter à des questions d^administration intérieure du royaume, plutôt qu’à des questions d’ordre absolument religieux. Du reste ces lettres ont une ressemblance avec des rapports de police (2).

Le chancelier d’Angleterre, Guillaume de Long-Champs, avait été disgracié le 8 octobre 1191, il s’était empressé de passer en France, mais à peine débarqué, il avait été absolument dépouillé de ses équipages par Renaud de Dom* martin, comte de Boulogne. « Celui-ci, disait la lettre, a enlevé les chevaux, les effets, les bagages, et même les vases sacrés de l’archevêque d’Hély, chancelier du royaume, alors que l’amitié des deux rois qui guerroient ensemble, sa dignité d’archevêque, et la protection que vous devez apporter aux petits et aux grands auraient dû lui assurer la sécurité dans le royaume de France. »

Guillaume avait dû envoyer des ordres, mais le comte

(1) Rigord, éd. Delaborde, 80.

« VIll Kalendas septembris, consilio domini G. Remensis archiepiscopi, et A. regine et omnium episcoporum corpora beatissima martyrum Dyonisii, Rustici et Eleutherii cum purissimis vasis argenteis in quibus diligentissime sigallata continebantur sunt extracta et super altaria posita.

(2) Lettres d'Etienne de Tournai, éd. Desilves. N® CC, p. 250-251 et notes. — 1191 après le 8 octobre.

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de Boulogne retenait toujours les équipages de l’archevêque d’Hély ; aussi bien, l’évêque de Tournai, embarrassé sur ce qu’il y avait lieu de faire, réclamait à nouveau les conseils du régent du royaume.

La même année Guillaume avait encore été sollicité par Etienne en faveur de l’abbaye de Saint-Germain-des- Prés pour une affaire administrative.

Par un acte du 5 avril au 31 octobre 1181 (1). Philippe- Auguste avait autorisé l’abbé de Saint-Germain-des-Prés à lever sur les terres des domaines de l’abbaye « les tailles raisonnables et les coutumes habituelles », ainsi qu^il le faisait au temps de Louis VIL En l’année 1191 l’abbé de Saint-Germain, Foulque, voulut lever cette taille à laquelle il avait droit (2), les officiers du Roi s’y opposèrent.

Etienne écrivit alors au régent du royaume : « Foulque, abbé de Saint-Germain-des-Près, recourt à votre protection pour que vous conserviez intacts les droits de l’église qui lui est confiée et que vous les défendiez.... Il vous supplie de le laisser lever sur les hommes et sur les étrangers de ses terres la taille qu’il est accoutumé à lever que vous employez votre autorité pour cor-

riger ceux qui l’en empêchent, ou que vous révoquiez les ordres que vous auriez pu donner, si vous aviez ordonné que les officiers du Roi s’opposassent à cette levée. »

Une autre fois Guillaume dut juger une affaire assez grave et qui alla jusqu’en cour de Rome (3) au sujet du même abbé Foulque qu’on avait rendu responsable du meurtre d’un étudiant commis dans le Pré-aux-Clercs par les colons de l’abbaye.

Enfin, à quel ordre de fonctions de Guillaume faut-il

(1) Catalogue des Actes de Philippe-Auguste, n* 32. Léopold Delisle*

(2) Lettres d'Et. de Tournai, CXCIX, éd. Desilves.

(3) Et. de Tournai, éd. Desilves. Lettre CCXXXVIII,

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rattacher l’élection de l’évêque de Tournai et l’annulation de Pierre Le Chantre ? L’élection fut-elle annulée par le régent du royaume ou par l’archevêque de Reims. Un doute plane sur la question.

Bernard d’Avesnes étant mort; les chanoines de l’église de Tournai élurent Pierre Le Chantre. Son élection fut cassée. Etienne de Tournai écrivit à Guillaume pour le prier, malgré l’irrégularité commise, de confirmer l’élection (1).

Le Roi, d’après cette lettre d’Etienne de Tournai, avait, paraît-il, nominativement désigné Pierre Le Chantre au cas de vacance du siège de Tournai et avait demandé cette élection.

Quelle irrégularité fut commise ? M. Desilves pense que suivant un « usage qui tendait à se généraliser au XII® siècle, les chanoines de Tournai avaient procédé à l’élection du nouvel évêque sans la participation du métropolitain (2) » ; d’un autre côté, dans son Testament politique, Philippe-Auguste avait spécifié c[ue les régents du Royaume, devaient, lorsqu’un siège épiscopal serait vacant, exiger qu’on leur vint demander l’autorisation de la libre élection.

A laquelle de ces deux exigences faillirent les chanoines de Tournai, dans cette élection pour laquelle, suivant les renseignements du Pape Léon s’étaient réunis les vœux des citoyens, le j ugement des personnes honorables, le témoignage de la population, l’élection des clercs.

L’ensemble des lettres d’Etienne de Tournai constituent un document pour ainsi dire psychologique, elles nous présentent un Guillaume aux Blanches-Mains plutôt autoritaire, très ferme sur les principes et sur ses droits. Fut-il blessé qu’on eut manqué d’égards envers lui qui représentait le roi pendant son absence ou craignait-il de

(1) Lettres d’Et. de Tournai, CLXXXV, p. 225, éd. Desilves.

(2) Note pag'e 227. Et. de Tournai, Lettres.

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coafirmer une élection irrégulière ; nous l’ignorons. Toujours est-il qu’on dut procéder à une nouvelle élection.

A l’année 1191 se rapporte un acte que Guillaume expédia comme régent du Royaume, et par lequel il s’adressait aux baillis, officiers et sujets du Roi, leur annonçant qu’il prenait sous sa protection, et le Roi sous sa sauvegarde l’abbaye de Saint-Bertin dont il confirmait toutes les possessions (1).

Mais de toutes les affaires intérieures du Royaume auxquelles participa Guillaume aux Blanches-Mains, la plus importante sans contredit ' fut celle du divorce de Philippe-Auguste et d’Ingeburge, reine de France. A vrai diçe, il montra dans cette affaire une grande condescendance pour Philippe-Auguste. On la lui a reprochée fortement. Peut-être faut il dire à sa décharge que lui seill connut la véritable raison qui fit répudier par Philippe- Auguste la fille du roi de Danemark. Malgré les travaux excellents d’Hercules Géraud et de Davidsohn, la véritable cause de ce divorce n’est point connue. Comme l’a fort bien dit M. Léopold Delisle (2), l’histoire de cet épisode du règne de Philippe-Auguste n’est plus à faire* Toutefois les historiens qui s’en occupèrent se placèrent surtout au point de vue de la tension des relations de la Couronne et du Saint-Siège. Pour notre part nous essaierons de montrer principalement le rôle de Guillaume aux Blanches-Mains dans cette affaire.

La reine Ingeburge avait été sacrée le 15 août 1193 et ce fut le 15 novembre suivant, que dans un jugement rendu à Compiègne sur l’avis de Régnault, évêque de Chartres, Philippe, évêque de Beauvais, Robert, comte de Dreux ; Pierre de Courtenay et Gauthier, chambellan du Roi, l’archevêque de Reims déclara nul et de nul effet le mariage d’Ingeburge et de Philippe-Auguste.

(1) Collection Moreau. Bib. Nat., volume XLIV, folio 32.

(2) Préface du Catalogue des Actes de Ph. -Auguste.

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La reine avait été enfermée à Cysoing, elle menait une existence pénible et dans une lettre qu'Etienne de Tournai écrivait en 1194 en sa faveur, à Guillaume, il réclamait pour elle un peu de pitié. La lettre est trop connue pour que nous la reproduisions en entier (1).

Elle vise à Teffet, est écrite dans un style déplorable. L’évêque de Tournai fait d’Ingeburge un portrait des plus flatteurs. Il la compare successivement aux femmes célèbres de l’antiquité, pour la grâce et la beauté, et aux femmes de l’Ancien Testament pour les mérites et la vertu.

« Ses occupations, dit-il, sont celles d’une sainte femme. La prière et le travail sont ses seules occupations... elle ne joue pas aux dés ni au trictrac... elle ne s’assied jamais à la prière. Si notre Assuérus, ajoute-t-il en parlant du Roi, ^pouvait la voir, il trouverait son Esther agréable. Il la rappellerait dans ses bras royaux...

« Elle est sans ressources, pleure, et met sa confiance dans l’archevêque de Reims qui, si libéralement l’a soutenue, protégée après sa disgrâce. Ses parents, ses amis Tont délaissée comme une étrangère».

Les derniers mots de la lettre ne sont pas une flatterie à l’égard de Guillaume. On la comprendrait mal dans la circonstance. Faut-il y voir l’indice que des remords étaient nés dans l’âme de l’archevêque de Reims pour la conduite qu’il avait tenue à l’égard de la reine? Toujours est-il qu’il dut écrire à la reine Ingeburge une lettre que nous n’avons plus, et y joindre des secours matériels, car la reine lui répondit par une missive de chaleureux remerciements (2).

« Vos bienfaits, disait-elle, surpassent et les mérites et et les vœux de la suppliante ».

[\) Lettres d'Etienne de Tournai, éd. Desilves, CCXIII.

(2) Etienne de Tournai. Abbé Desilves, Lettre CCXIV, p. 265, en date de 1194.

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A quelque temps de là une enquête sur le divorce du roi fut faite sur l’ordre du pape Célestin III qui envoya en France deux légats, le cardinal Mélior et le sous-diacre Censius. Le Pape (1) écrivit, de son côté à Guillaume le 13 mars 1195, une lettre assez dure dans laquelle il lui reprochait sa conduite, le divorce étant une question relevant directement de Rome, il ne lui appartenait pas de la trancher. 11 lui rappela que dans des circonstances analogues, le Pape Nicolas avait déposé les évêques de Trêves et de Cologne. Il terminait en déclarant nulle la sentence prononcée par l’archevêque de Reims.

L’affaire ne se résolvant pas, le pape Célestin III chargea un concile nouveau d’examiner la question. Le concile se réunit le 7 mai 1196. Guillaume y assistait, mais rien ne fut décidé. Rigord, qui parle de ce concile, déclare que là peine du Roi retint les évêques, et que ceux-ci n’osèrent parler (2).

Avec l’avènement dTnnocent III, la conduite de la Cour de Rome allait devenir plus énergique. Il écrivit au clergé de France une lettre dans laquelle il déclarait que la sentence de divorce prononcée par Guillaume à Compiègne (3) était une parodie ridicule, et il annonçait qu’il avait chargé Pierre de Capoue de jeter l’interdit sur lé Royaume de France à moins que le Roi ne voulut se soumettre. Il ordonnait aux évêques d’observer l’interdit par respect pour l’autorité de l’Eglise, et aussi parce que plusieurs d’entre eux s’étaient rendus complices des excès qui motivaient un tel châtiment.

La fin de la lettre visait les évêques qui avaient pris part à l’assemblée de Compiègne, et notamment l’archevêque dè Reims.

Pierre de Capoue convoqua à un concile un grand nombre d’évêques et de dignitaires de FEglise.

(1) Dom Bouquet, t. xix.

(2) Rigord. éd. Delabordc.

(3^ Migne. Patrol. latine, P* série, p. 197.

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Les abbés de Vezelay, de Saint-Denys, de Saint-Rémi, l’archevêque Guillaume y assistèrent (1).

Du six au treize décembre on discuta et le Roi n’accéda pas aux menaces d’innocent IIL Le 15 janvier 1200, au concile de Vienne, Pierre de Capoue jeta l’interdit sur le Royaume (2).

Quelques évêques obéirent rapidement à la sentence du Pape ; mais l’archevêque de Reims, les évêques de Beauvais, de Noyon, d’Auxerre, de Laon, et deThérouanne ne se hâtèrent pas d’observer l’interdit (3).

L’interdit jeté parle Pape fit cependant réfléchir Philippe-Auguste. Il essaya par l’intermédiaire de Pierre de Capoue d’en faire diminuer la rigueur Le Pape s’y refusa. Il convoqua alors une assemblée de barons et de seigneurs qui lui conseillèrent de se soumettre (4).

C’est dans cette assemblée que se tournant vers Guillaume il l’apostropha durement (5). « Est-il vrai que le Pape dans une lettre à vous adressée affirme que mon divorce a été une comédie plutôt qu’un jugement ?

(1) Chronique de Dijon. Dom Bouq. t. xviii, p. 741. le. M. CC. Goncilium apud Divionem in ecclesia ista convocatum est a domino Petro Gapuensi, Sanctæ Mariæ in via lata diacono cardinale, apostolicæ sedis legato : et interfuerunt ibi Lugdunensis , Remensis , Bisuntinensis , et Viennensis archiepiscopi, et cum eis XVIII episcopi, etabbates Cluniacensis , Verzeliacensis, Sancti Remigii Remensis, SanetbDionysii Parisiacensis , et alii quamplures, quorum numerum non expressimus : et dura vit concilium.

(2) A festo Sancti JNicolai, quod est mense decembri, usque ad septem dies. Post paucos vero dies prædictus cardinalis apud Viennam particulare revocavit concilium, ubi promulgavit sententiam a domino Papa Innocentio datam in omni terra quæ subjacet et obedit régi Francorum.

(3) Alii vero distulerunt observare sententiam, sicut Remensis archiepiscopus,... nuncios suos ad sedem apostolicam destinantes per quos quasdam excusationes, licet frivolas prætendebant sed promittebant, quod illis expositis si demum placeret summo Pontifid sententiam observarent. Gesta Innocenta, D. B. t. xix, p 315.

(4) Hercule Géraud, p. 94, t. Bibl. Ecole des Chartes.

(5) Gesla Innocenta. Dom Bouquet,-! xix, p. 246.

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L’archevêque interdit ne put que répondre affirmativement. « Eh bien ! dit le Roi, vous êtes donc un sot ou un imbécile, vous qui l’avez prononcé. « Dans la biographie qu’ils consacrent à Guillaume aux Blanches-Mains, les auteurs de l’histoire littéraire doutent que Guillaume ait pu assister à l’assemblée du 6 septembre 1200 qui se tint à Saint-Léger en Yveline (1) car il était à ce moment suspendu de ses fonctions. Hercule Géraud (2) dit au contraire : « Avec la lettre d’Octavien, qui rendait compte « de sa mission, avec celle de l’archevêque de Reims, « contenant le récit de ce qui s’était passé dans la solen- « nelle assemblée de Saint-Léger-en-Yveline, le Pape en (( reçut une autre de la reine qui montrait les choses « sous un jour tout différent ».

Pour notre part, nous ne croyons pas que l’archevêque de Reims ait assisté à cette assemblée. Tout d’abord M. Hercule Géraud parle d’une lettre adressée par Guillaume au Pape Innocent III au sujet de cette assemblée, nous ne connaissons point cette lettre malgré nos recherches, et nous ne l’avons nulle part rencontrée. D’un autre côté, il n’est fait aucune mention de lui dans les lettres adressées à Innocent III à propos de cette réunion et dans la lettre adressée par ce dernier à la reine, il est fait mention des évêques de Troyes, de Soissons, et nullement de l’archevêque de Reims.

En 1202 lorsque le Pape vit un rapprochement possible entre Ingeburge et Philippe-Auguste, mais constata que celui-ci posait des conditions exagérées au retour de la reine. Innocent III fit appel à l’influence de l’archevêque de Reims pour que le Roi ne formât aucune demande impossible à accueillir, sans blesser sa conscience et la justice. En même temps qu’il lui écrivait (3), le Pape

(1) Histoire littéraire, t. xv.

(2) Bibl. Ecole des Chartes, t. p. 98.

(3; Juillet 1202. Patrologie latine Tll.

adressait à Guillaume aux Blanches-Mains copie de la lettre par lui adressée au Roi par Tintermédiaire de Foulque, doyen d’Orléans, et par laquelle il offrait à Philippe- Auguste de constituer à Etampes un tribunal chargé de réviser le procès et de lui donner une solution.

Guillaume ne devait pas voir Fissue de cette affaire, il mourait deux mois après la réception de cette dernière lettre.

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