GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS ARCHEVÊQUE DE REIMS
Biens et droits de l’archevêque de Reims.
Une bulle d’Alexandre 111(1) confirmant les possessions de l’archevêque de Reims nous donne la liste des biens lui appartenant. L’archevêque de Reims avait des droits nombreux, il était riche au temporel, et son influence s’étendait sur toute la Belgique seconde.
Les évêchés sufîragants étaient au nombre de onze.
Aussi bien, peut-on penser quelles complications administratives devaient surgir pour l’archevêque, qui était juge d’appel, qui contrôlait les actes de ses sufîragants et dont on invoquait souvent le droit de juridiction gracieux. Sur les évêchés sufîragants, nous ne sommes bien renseignés que pour Tournai, grâce à la volumineuse correspondance d’Etienne, évêque de cette ville.
Les évêchés sufîragants étaient ceux de Soissons, Laon, Cambrai, Beauvais, Châlons, Senlis, . Noyon, Amiens, Arras, Tournai, Térouanne.
Les abbayes du diocèse de Reims qui relevaient de Tarchevêque étaient celles de Saint-Rémi, Saint-Nicaise, Saint-Benys, Saint-Pierre, situées dans la ville même, celles de Mouzon, Saint-Thierry, Hautvilliers,Saint-Basle, Notre-Dame d’igny.
L’archevêque de Reims avait le droit de patronage dans
(1) Varin, T. I, l*"® partie, page 381. (13 avril 1179.)
GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS
différents autres monastères, à Avenay, à Orbais, au diocèse de Soissons à Ljsonig, au diocèse de Tournai. Il exerçait le droit de juridiction sur les bourgeois de Saint- Quentin.
Au point de vue du temporel, Tarchevêque avait la pleine et entière propriété de la ville de Reims et du fief détenu par le comte de Champagne, qui devait hommage à l’archevêque. Ce fief comprenait Vitry (1), Vertus (2), Rethel (3), Châtillon (4), Epernay (5), Roucy (6), Fismes(7), Braisne (8), le Comté de Château-Porcien (9), avec les dépendances tenues soit phr le comte, soit par des vassaux.
L'archevêque de Liège était vassal de l’archevêque de Reims pour le fief de Buillon (10). 11 lui devait le service féodal, et devait exiger que les huit barons détenteurs de ce fief fissent hommage à l’archevêque de Reims.
Appartenaient encore à l’archevêque de Reims les fiefs tenus par le comte de Rethel, le comte de Grand-Pré, le comte de Soissons, les châteaux de Mouzon (11), d'Attigny (12), de Betheniville (13), de Sept Saulx (14), de Cormicy (13), de Courville (16), de Chaumuzy (17), de Stenay (18) et leurs dépendances.
(1) Vitry (Marne), la Ville ? ou en Perthois.
(2) Vertus (Marne), arrondissement Châlons-sur-Marne.
(3j Rethel (Ardennes). *
(4) Châtillon (Ardennes), arrondissement de Vouziers.
(5) Epernay (Marne), chef-lieu d'arrondissement.
(6) Roucy (Aisne), arrondissement de Laon.
(7) Fismes (Marne), arrondissement de Reims.
(8) Braisne (Aisne), arrondissement de Soissons.
(9) Château-Porcien (Ardennes), arrondissement de Rethel.
(10) Buillon, fief (Longnon : Livres des Vassaux).
(11) (Ardennes), arrondissement de Sedan.
(12) (Ardennes), chef-lieu de canton, arrondissement Vouziers.
(13) (Marne), arrondissement Reims, canton Beine.
(14) ^ Marne), canton de Verzy.
(15) (Marne), canton de Bourgogne.
(16) (Marne), canton de Fismes.
(17) (Marne), canton de Ville en Tardenois.
(18) (Meuse), arrondissement de Montmédy.
GUILLAUME AUx|bLANCHES-M AINS
Au point de vue spirituel Tarchevêque de Reims avait le droit de sacrer les rois de France. Quelque temps après son élection^ en 1179, le pape Alexandre III lui confirmait ce droit, que Philippe-Auguste devait, du leste, violer lors de son mariage avec Isabelle de Hainaut.
Rapports de Guillaume et de la Royauté.
Les archevêques, les évêques demandaient aux rois de confirmer certains actes de leur administration. C’était pour eux le moyen de les rendre plus fermes et plus stables.
Que Louis VII ait confirmé de nombreux actes de l’archevêque de Reims, il n’y a pas lieu d’en douter. Leurs bons rapports, les liens étroits d’alliance qui les attachaient sont garants de ce fait.
En 1178 Louis VII, à la demande de Guillaume, confirma la donation d’une terre sise à Chalmelle (1), faite à l’abbaye de Val-le-Roi par Dreux de Cormicy.
Philippe-Auguste devait agir avec son oncle, comme avait agi Louis VIL Les actes de confirmation sont fort
nombreux.
Au moment de la croisa&e, le roi de France ayant levé sur les provinces de France la dîme saladine, le nouvel impôt avait excité les murmures et les mécontentements. Des réclamations eurent lieu, Philippe-Auguste dût prendre vis-à-vis de certains archevêques l’engagement de ne plus rien exiger à l’avenir pour la croisade. L’archevêque de Reims fit entendre sa voix et le roi de France en 1189 lui promit que la levée des décimes ordonnée pour la conquête de la Terre Sainte ne serait pas renouvelée, étant donné les abus qui en étaient résultés (2).
(1) Chalmelle (Marne), commune de la Forestière.
(2) Varin J, p. 412. Collection Moreau, vol. XCI, fol® 165.
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L’archevêque Guiliaume avait obtenu du roi la confirmation de la charte de 1182, par laquelle il rétablissait l’échevinage de Reims (1).
Philippe- Auguste confirma encore plusieurs de ses actes. En 1195, à la demande de Guillaume aux Blanches-Mains il ratifia un échange de l’archevêque et du chapitre (2). En 1201 (3), le roi approuva la donation faite aux lépreux de deux charretées de bois par semaine, d’une rente de cent setiers de froment ; la même année, la fondation de l’hôpital Saint-Antoine recevait l’approbation royale (4).
Au point de vue ecclésiastique comme au point de vue politique la conformité de vues existait entre le roi et l’archevêque.
Guillaume aux Blanches-Mains et la Papauté (5).
Les rapports les plus cordiaux régnèrent entre l’archevêque de Reims et la Papauté, jusqu'au temps d’innocent III, et encore celui-ci ne se montra-t-il rigoureux à l’égard de Guillaume aux Blanches-Mains que durant les années 1200 et 1201 .
Alexandre III
Alexandre III continua à l’archevêque de Reims la même faveur qu’à l’archevêque de Sens. En 1179, il le créa cardinal, la même année, confirmant les possessions
(1) Par acte de 1182, après le 18 septembre.
(2) L. Delisle : Catalogue des actes de Ph. Auguste, n° 437, Varia l, p. 426. U Guillaume donne au chapitre le moulin des foulons sis au bourg- de Vesle en échange d’une vente de dix livres que le chapitre prélevait sur la Villeneuve près Cormicy.
(3) L. Delisle : Catalogue des actes de Ph. Auguste, n° 689.
(4) Id. n^’ 590.
(5) Alexandre III, 1159-1181; Lucius III, 1181-1185; Urbain III, 1185-1187; Grégoire VllI, U«7 ; Clément III, 1187-1191 : Célestin III, 1191-1198 ; Innocent III, 1198-1216.
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de l’archevêque de Reims, il prenait son église sous sa protection (1).
Hormis les lettres annonçant à Guillaume des événements heureux pour l’Eglise, comme celles du 29 juillet 1177 (2) par laquelle Alexandre III charge Guillaume d'apprendre à ses sutïragants que l’empereur d’Allemagne est rentré dans le sein de l’Eglise (3) ; hormis les bulles confirmant certains actes administratifs de fiarchevêque, presque toutes les autres lettres adressées par le pape chargent le légat de missions.
A cette époque, Alexandre III s’émut des réclamations de nombreuses abbayes cisterciennes. Ces dernières étaient exemptes de payer la dîme pour les terres cultivées par les moines. Certains évêques voulurent exiger la dîme. Aussi bien au cours des années 1178 et 1179 de nombreuses lettres furent-elles adressées à ce sujet à l’archevêque Guillaume au profit des abbayes situées dans sa province ecclésiastique. Par une bulle du 31 mars 1179 (4), Alexandre III signifiait que l’abbaye de Eoigny (5) ainsi que tous les autres monastères de l’ordre de Cîteaux étaient exempts de payer la dîme pour les terres cultivées par les moines.
Le 6 avril 1179 (6) même recommandation était faite pour les abbayes de Mont-Dieu (7), du Val Saint-Pierre, Je 14 avril (8) de la même année et le 17 (9) du même mois, de nouvelles lettres au sujet des dîmes du monastère de Clairmarais (10) étaient adressées à Guillaume.
(1) Varin, Archives administratives, t. i®’’, p. 381.
(2) Mig-ne, T. CC. col. 1132 ; laffé, Reg-esta, n° 12893.
(3) lafîé, n® 12685. Miroeus, op. dipl. 111, p. 70.
(4) laffé, 13038.
(5) Foigny, abbaye d’hommes, diocèse de Laon.
(6) laffé, Reg-. 13369.
(7) Mont-Dieu (Ardennes), diocèse de Reims.
(8) Neues arch., t. vu, page 105.
(9) Migne, Pat, latine T. CC. col. 1239.
(10) Clairmarais, en Artois, diocèse de Saint-Omer.
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Il en fut de même le 24 avril 1180 (1) au sujet de la dîme demandée à Tabbaye d’Orval (2).
Les abbayes cisterciennes n’étaient pas les seules dont, sur la demande d’Alexandre III, Guillaume eut à s'occuper.
En 1178 (3), l’archevêque de Reims avait pris sous sa protection l’abbaye de Thenailles (4) alors inquiétée par l’évêque de Laon.
En 1177, le pape Alexandre III avait chargé l’archevêque de Reims de mettre un terme au différend qui s’était élevé entre l’abbaye de Sainte-Geneviève et le chapitre de Soissons au sujet de l’autel de Marizy donné en 1085 par Hilgot, évêque de cette ville, ancien doyen de l’abbaye, sous condition d’un cens de cinq sous. L’archevêque décida malgré les protestations du chapitre que l’abbaye conserverait « in perpetuum » le droit de présentation (5) à l’église de Marizy Sainte-Geneviève moyennant un cens de dix sous. L’abbaye conserva ce droit jusqu’en 1789.
Unequestiond’unintérêtgénéral préoccupait Alexandre III. C’était celle des écoles et des études ecclésiastiques. Elles périclitaient. Au concile de Latran on s’occupa de les relever. Guillaume aux Blanches-Mains devait se montrer un partisan déclaré des idées d’Alexandre III sur ce point. Les écoles de Laon et de Tournai qui ressortissaient de l’archevêque de Reims étaient extrêmement mal conduites , les écolâtres n’avaient plus ni bénéfices ni prébendes, aussi les délaissaient-ils sur l’ordre du pape. Guillaume dût pourvoir à relever leur dignité (6'^ et à leur faire restituer des bénéfices qui leur avaient été retirés.
(1) Goffinet, Cart. d'Orval, pag'e 78 ; lafîé, n« 13649.
(2) Orval, abbaye, diocèse de Trêves.
(3) laffé, n° 13034.
(4) Thenailles, ordre des Prémontrés, diocèse de Laon.
(ô) Cf. Nnsse, Notice historique sur Mariz;/ Sainte-Geneviève, pages 6-10. (6) Migne, T. CC. col. 1256, Mansi, Concilia, XXI, p. 1100.
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Lucius ni.
Des actes de confirmation (1), une seule léoation importante^ et un voyage à Rome, sur la demande du Pape, tels sont les rapports que Guillaume eut avec le pape Lucius tIL
Lucius III confirma en 1184 la charte rétablissant l’échevinage de Reims (2) et la même année il chargea Guillaume aux Blanches-Mains de dissoudre la commune de Châteauneuf.
En 1183 (3) l’archevêque de Reims fut blâmé parle Pape pour avoir levé la sentence d’excommunication qui pesait sur Raoul comte de Clermonp dont la terre avait été soumise à Linterdit par Philippe Pq évêque de Beauvais, par suite des torts causés à l’Eglise de Beauvais par le comte Raoul.
Ce fut à la fin de l’année 1184 que Guillaume aux Blanches-Mains se rendit à Rome sur la demande du Pape (4).
Urbain IIP
Un seul acte nous est parvenu, par lequel Urbain III prie Guillaume, archevêque de Reims, de s’opposer à la levée de la dîme sur les terres cultivées par les moines de 1 abbaye de Cambron (5).
(1) laffé, 15305, confirmation d’un règ-fement ratifié par Guillaume
archevêque de Reims, au sujet des mansionnaires de l abbaye d’Hautvillers (Monceaux : de l’abbaye d’Hautvillers, I, 400.
laffé, 14759, et Neues Archives, t. vu, pages 108 et 110 signale quelques bulles sans intérêt.
Collection Grenier, tome 189. Bulle sur les abbayes cisterciennes exemptes de payer la dîme (1181-1185).
(2) Varin I, R® partie, page 405.
(3) Gallia IX, col. 96, insR. — Migne, T. CCI. col. 1173.
(4) Cf. Biographie, chapitre I®L
(5) De Smet, Cartulaire de l’ahbaye de Cambron, I, p. 13.
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Clément III.
Des désordres ayant éclaté dans l’Eglise de Laon, Guillaume reçut du Pape l’ordre d’excommunier les fauteurs de ces désordres, le 27 juin 1188 (1).
Innocent III.
Nous avons à relater ici les seules relations du Pape et de l’archevêque. Celles du Pape et du ministre de Philippe Auguste ont déjà été exposées (2).
La comtesse de Champagne, Mathilde, ayant perdu son fils Henri, le pape Innocent III chargea l’archevêque de Reims d’une mission quasi diplomatique de concert aVec l’évêque de Meaux. Il priait les deux prélats d’offrir ses consolations à la comtesse, de lui mander qu’en cas de difficultés, elle trouverait auprès de lui aide et secours (3).
Le pape Innocent III, dès le début de son pontificat, fit acte d’autorité ; de nombreux faussaires de bulles existaient, les chapitres et abbayes obtenaient parfois des preuves au moyen de ces fausses bulles. Au mois de mai 1198 (4) Innocent III enjoignit à l’archevêque de faire rechercher les faussaires de bulles.
La tension des rapports entre l’archevêque de Reims et le Pape Innocent III ne se fit pas sentir durant les deux premières années de son pontificat. Nous en avons la preuve dans les lettres de 1198 qui nous sont parvenues.
Le 20 mai 1108, Innocent III chargea Guillaume aux
(1) laffé, 16299.
(2) Rôle polit, de G. Ch. II, in fine.
(3) Pothast, 2® V., Regesta, no 25 ; Migne, Pat. lat. 1, p. 22. Lettre XXXlll, Ep. Innocentii 111.
(4) Pothast, n'^ 202.
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Blanches-Mains de recevoir la résignation de Tévêque de Cambrai (1) qui n’était pas à la hauteur de sa mission, et de convoquer le chapitre pour en élire un autre dès le mois suivant, ou d’en désigner un par lui-même (2).
Guillaume aux Blanches-Mains avait demandé au pape Célestin III Tautorisation de créer à Mouzon (3) un évêché, le Pape était mort sans avoir donne de solution à cette demande. En 1198, Innocent III répondit qu’il autorisait l’archevêque à ériger dans cette ville un évêché, mais sans que cette création put nuire à l’abbaye existant en ce lieu (4'.
Innocent III engageait Guillaume à s’entendre pour ce faire, avec l’évêque d’Amiens et l’évêque d’Arras. Cette autorisation n’eut pas de suites, les rapports de l’archevêque et du Pape s’étant refroidis.
Jusqu’en l’année 1202, aucune lettre du Pape ne parvint à l’archevêque de Reims. A partir du moment où Guillaume eut fait à Rome le voyage imposé par le Pape, il recouvra son titre de légat qui lui avait été enlevé, car nous trouvons dans l’adresse d’une lettre d’avril 1202, <( Willelmo Remensis Archiepiscopo, tituli Sancte Sabine cardinali apostolice sedis legato ». Cette adresse se trouve au début d’une lettre par laquelle Innocent III ordonne à l’archevêque de Reims de faire observer la sentence d’excommunication contre les bourgeois de Saint-Omer qui avaient injustement retenu certains biens appartenant à l’église de Saint-Bertin (5).
([, Hugues d’Oisy, 1198.
(2) Migne, Pat. lat. Ep. Inn IIlî, p. 135, H® année.
(3j xMouzon (Ardennes).
(4) Pat. lat^, Ep. Innocentii 111.
(5) 8 avril 1202. Pothast, n"* 1659. Au demeurant, dès le mois de janvier 1202, les sentences portées contre les évêques qui n'avaient pas observé l’interdit avaient été levées (lettre de janvier 1202 à l’archevêque de Reims annonçant que Roger évêque de Laon et r.ambert de Térouanne ont été absous. Pothast, n® 1600).
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Guillaume aux Blanches-Mains et le Chapitre DE Reims.
Comme dans la plupart des diocèses au XIB siècle, le Chapitre de Reims composé de personnages influents, aidant l’arche^^êque dans Tadministration du diocèse, tendait de plus en plus à s’émanciper de cette tutelle.
Riches déjà avant l’arrivée de Guillaume aux Blanches- Mains, les membres du Chapitre s’enrichirent encore sous son épiscopat. Ils vivaient en commun, ils s'efforcèrent de rompre avec cette habitude. Guillaume aux Blanches- Mains ne devait pas se montrer aussi ferme sur ce point qu’il l’avait été à Chartres, et à Sens. Au vrai, il y eut sëus son épiscopat quelque lutte à ce sujet, mais les chanoines finirent par triompher des résistances, ^archevêque luimême prêta, dans la suite, la main à cette nouvelle coutume.
A. Temporel du Chapitre.
Le temporel du (’hapitre était distinct de celui de l’archevêque. Toutefois sur certains biens les droits étaient partagés ;de plus, le Chapitre pouvait prétendre sur les revenus de l’archevêque à une certaine somme annuelle (1).
Au moment du sacre de Philippe-Auguste, dont les frais incombaient à l’Archevêque^ Guillaume fit appel au Chapitre de Notre-Dame, se trouvant obéré par les grands frais qu’il avait faits. Le Chapitre lui accorda des subsides, mais en 1180 (2) Guillaume déclara pour sauvegarder les intérêts du Chapitre que cette aide lui avait été accordée à titre généreux et non obligatoire. Guillaume
(1) Confirmation par Philippe-Auguete (avril 1202) du droit que le chapitre de Reims avait de prélever soixante livres sur les revenus de l’archevêché, Varin, 1, 2« partie (note).
(2) Marlot, t. iii.
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sut du reste reconnaître ce bienfait car nombreuses furent ses donations au Chapitre de Reims, les unes à titre gratuit, les autres en échange de certains droits.
Nous avons dressé une liste de ces diverses donations :
^1192 (1). Revenus du Vai-Royon.
Autel et cens de Warmeriville (a,)
Autel de Ville en Tardenois {b).
Moitié de l’autel de Baslon (c).
“ — Saint-Loup {d).
1196 (2). Revenus du trésorier à Saint-Etienne sur Suippe (e). Autel de Brabant.
— Germiny.
1198 (S) . Autel de J unchery (f).
— Chambrecy {g).
Dime de Saint Pierre à Arne (h).
Dates diverses (4). Autel de Silviny (i).
— Villers (y).
— Lort {k).
Dime de Juvigny (/).
— Punicourt (m).
(1) Varin, I, partie, page 421. Les donations de 1192 furent faites en réchange du droit de nommer le prévôt.
(2) Même acte 151. Autels résignés par Nicolas d’Epernay, Roger le Jeune, entre les mains de rArchevêque.
3) Cari. B du Chapitre, fol” 411. (Reims). Le chanoine Jean Breton avait résigné ces biens aux mains de l’archevêque
Nécroluge de l’église de Reims, Varin 1, 2 part., page 410.
a' : Varmeriville (Marne), canton de Bourgogne.
h) : Ville en Tardenois (Marne), arrond. de Reims, chef-lieu de canton.
c) : Baslon (Ardennes), arrondissement de Mézières, canton d’Omont.
d) \ Saint-Loup Ardennes), arrondissement de Rethel, canton de Ghàteau- Porcien.
e> : Saint-Etienne, Suippe (Marne), arr. de Reims, canton de Boulogne.
f) : Junchery (Marne), canton de Suipype .
g) : Chambrecy, id. canton de ville en Tardenois.
h) : Saint-Pierre à Arne (Ardennes), canton Saint-Clément et Saint-Pierre.
i) : Silviny?
j) : Villers, commune de Verdey (Marne).
k) ;,Lort ?
l) : Juvigny (Marne), canton de Châlons.
m) : Punicourt ?
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L’archevêque de Reims avait le contrôle sur les actes faits par le Chapitre au point de vue du temporel. Il donnait sa sanction aux ventes, achats, échanges faits par le trésorier ou le corps du Chapitre. De nombreux actes de ce genre nous ont été conservés par les cartulaires du Chapitre de Notre-Dame de Reims.
Au point de vue judiciaire le Chapitre relevait de la cour de l’archevêque. La connaissance des causes immobilières, portant sur les biens du Chapitre lui appartenait, aussi (1) Guillaume eut ainsi à juger entre des particuliers et le Chapitre plusieurs procès. La médiation de l’archevêque suffisait parfois. En 1182, des difficultés s’étant élevées au sujet de droits contestés au Chapitre par Renaup de Rosay sur la ville de Traillicourt , l’archevêque s’entremit et une transaction aplanit les difficultés (2).^
B. Vie des Chanoines. Affaires spirituelles.
Guillaume aux Blanches-Mains ne s’occupa point que du temporel du Chapitre. Il eut avec les chanoines d’autres rapports au sujet de leur manière de vivre, de leurs devoirs, de leurs droits.
En 1192, l’archevêque, voulant forcer les chanoines à assister aux offices, décréta dans un acte de donations faites au Chapitre que seuls auraient droit aux revenus des biens donnés les membres du Chapitre qui assisteraient à la messe depuis le début de l’Epître jusqu’à VAgnus Dei et ne s'absenteraient pas du chœur sans motif valable (3).
A Reims, comme ailleurs la question de la résidence des chanoines était vivement agitée.
Dès l’année 1188, Etienne de Tournai, encore abbé de Sainte-Geneviève, écrivait à Raoul de Serres, doyen de l’église Notre-Dame de Reims, de maintenir l’usage de la
{!) II exempta les chanoines de sa juridiction en 1201.
(2) Varin, 1182, t. l^e partie.
(3) Varin, t. page 421.
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vie commune parmi les chanoines (1). Cette lettre et une autre du pape Alexandre III (2), écrite en 1181, montrent que depuis quelques années déjà les chanoines essayaient de sortir de l’ancienne règle et de changer leurs habitudes de vie. Tout d’abord l’archevêque Guillaume essaya de les prendre par la crainte de la perte de leurs revenus, mais peu à peu il cessa de réagir.
« Jusqu’à ce jour, écrivait l’abbé de Sainte-Geneviève, « l’Eglise de Reims brillait au premier pian, car elle ob- « servait les règles établies par les Conciles. Faites en sorte (( de maintenir parmi les chanoines de Reims les an- « ciennes mœurs. Je connais la facilité de votre arche- « vê(jue. Sa douceur lui fait tout souffrir. Il ne sera pas <( plutôt prié de consentir à ce changement que voyant (( cet usage déjà établi dans d’autres églises et que le Pape « n’y met pas d’opposition qu’il y donnera les mains ».
En l’an 1200 le pape Innocent III écrivait de maintenir l’ancien ordre des choses, mais si, comme nous l’avons dit, Guillaume aux Blanches-Mains essaya tout d’abord de réagir, il laissa bientôt les choses aller. En janvier 1201, dans une transaction faite avec le Chapitre au sujet des francs servants, il favorisa l’esprit d’indépendance des chanoines en exemptant ceux-là de sa j uridiction, et en permettant à des chanoines non résidants de prendre des francs servants. Par un autre acte il accordait aussi aux chanoines le droit de justice sur tous les biens appartenant au Cnapitre.
La question des francs servants était une question brûlante, qui avait fait naître entre le Chapitre et les archevêques de nombreuses difficultés. On a discuté le sens que donnait au mot de franc-servant Guillaume aùx Blanches-Mains. Quelques-uns ont prétendu qu’un franc servant était un véritable administrateur, mais il semble
(1) Lettres d’Et. de Tournai, éd. Desitve ; Lettre CLXXII. p. 201.
(2) Varia I, 2® partie, page 436.
plus probable qu’il n'était qu’un serviteur. C’est l’avis de Varin, et les raisons qu’il donne à l’appui de son opinion nous ont paru valables (1).
Lesdifficultésentrelesarchevêques et le Chapitre étaient nées, du reste, avant l’élection de Guillaume aux Blanches- Mains. Les chanoines prétendaient que les officiers de l’archevêque de Reims exigeaient des francs servants du Chapitre et des leurs particuliers, d’injustes rétributions. Certains disaient même avoir le droit à plusieurs francs servants.
L’archevêque décida al,ors que les chanoines auraient droit à un franc servant, pris sur son propre ban, jouissant d’exemptions de toutes sortes (2).
Le franc servant devait en cas de mort du chanoine revenir, si un autre chanoine ne le réclamait, à la condition ordinaire des habitants de la cité dans les quarante jours.
Pour obtenir un franc servant le chanoine devait prêter serment au doyen, à l’archevêque, au corps du Chapitre qu’il présenterait à fin d’examen , l’homme qu’il avait choisi. La décision du Chapitre était irrévocable.
Les chanoines qui ne faisaient pas leurs gros fruits (3) n’avaient pour leur part aucun droit à un franc servant, sauf le cas où ils auraient à gérer et à administrer des biens.
En janvier 1201, l’archevêque accorda aux chanoines de son église le droit de justice sur tous les biens appartenant au Chapitre, se réservant seulement les causes touchant aux prêtres, aux clercs, aux sacrilèges, mariages, et aux procès relatifs aux biens des chanoines sis en la ville de Reims.
Il réservait à la cour de l’archevêque l’appel de toutes
(1 ) Varin, op. cit, pages 441 et suiv.
(2) Yarin, 1, 2® partie, page 438. Notes d’après Lassalle : Histoire manuscrite. Bibl. de Reims.
(3) Foranei : explication d’après la Joannine. Note Varin, 2® partie, t. i®f, page 449.
GUILLAUME AUX BT. A NCHES-M A INS
les causes qui seraient jugées en présence d’un délégué du Chapitre. Le droit de sévir contre les prêtres, leurs chapelains, était accordé aux chanoines, et l’archevêque s’interdisait de révoquer les peines justement prononcées. Par cet acte le doyenné de la chrétienté était fondé à (Reims (1).
Une autre difficulté entre le Chapitre et l’archevêque de Reims fut encore résolue par Guillaume en faveur du Chapitre. Il s’agissait du droit de faire cesser les offices. Le Chapitre avait-il ce droit? Question controversée que Guillaume trancha en 1197 (2), en reconnaissant formellement que le Chapitre pouvait faire cesser les offices dans les églises paroissiales et conventuelles. Seule l’abbaye de Saint-Rémy, privilégiée, avait obtenu du Pape une bulle la mettant hors de cause. L’archevêque prononçait la sentence s’il était dans la cité.
Le seigneur de Ruminy, Nicolas, ayant inj ustement détenu quelques possessions de l’église de Reims et ne voulant pas les restituer, le cas se présenta. Guillaume écrivit au Chapitre en lui annonçant que, si la chose lui plaisait, il excommunierait le seigneur de Ruminy, sa femme, ses enfants, et qu’il ferait durer l’excommunication jusqu’à ce que le Chapitre eût obtenu pleine satisfaction (3).
(1) Varin, t. 2® partie p. 445.
(2) Varin. Arch. adm. t. i®*’, page 431. « Nos super hoc requisiti. si présentes fuerimus in civitate, sine mora, bona fide, faciemus emendari ad honorem ecclesie et capituli » 1 .
(3) Cartulaire B du Chapitre, folo 622, r'. Reims.
GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS
Rapports avec les dignitaires du Chapitre.
A. Prévôt.
Le prévôt de l’église de Reims jouissait, d’après l’Indiculus d’Ebbon, d’une grande autorité pour le spirituel et le temporel. Par suite de l’établissement d’un doyen, il fut déchargé des affaires spirituelles (1). Il garda le seul exercice de ses droits d’administration temporelle.
Mais, très probablement, comme dans maint endroit, les titulaires de cette fonction durent commettre des exactions au détriment du Chapitre de Notre-Dame de Reints. Guillaume prit à Reims les mêmes mesures que celles prises par lui à Chartres et à Sens.
En 1188, Hugues prévôt de l’église de Reims, et neveu de l’archevêque, céda, sur la prière de son oncle au Chapitre de Reims, tous les droits et avantages qui lui appartenaient. Le prévôt de l’église avait la collation de l’office de la panneterie, il dut céder ce droit (2).
Seules, les fonctions honorifiques lui furent conservées, présidence du Chapitre, première place au chœur.
En compensation de cette cession le prévôt reçut l’entière propriété du Val-Royon, hormis les églises et les dîmes nécessaires à l’entretien de l’église de Saint-Nicaise. Le prévôt ne devait recevoir aucune rétribution, quand il se rendait aux appels du Chapitre. ^
En 1192 Blihart (3), prévôt, étant mort, la trésorerie étant vacante (4), Guillaume, désireux d’avoir le droit de nommer le prévôt, fit sur la prévôté un nouAœau règlement.
(1) Bibl. de Reims, papiers de Lassalle, portef., Y Y. fol® 29.
(2) Varia, t, h® partie, page 411.
(3) Blihart, successeur d’Hugues ; Inventaire de Weyen. Bib. de Reims.
(4) Varia, t. i®r, p. 420, p. 422.
GUILLAUME AUX BLANCHES-MAINS
Il s’entendit avec le Chapitre, lui lit des donations (i), lui abandonna le Val-Royon, obtint le droit de présenter le prévôt, attribua à cette charge les revenus appartenant à la trésorerie (2), Montigny (a), Betheny [h), Villers, sauf les vignes de cet endroit.
^ Le Chapitre devait percevoir les revenus de la prévôté pendant la vacance de cette charge et recevoir Thommage du prévôt nommé par l’archevêque.
En 1192, Guillaume conféra la prévôté à Beaudouin, le Pape confirma cette nomination (3). Une charte de la même année par laquelle Beaudouin renonce aux revenus du Val-Royon semble indiquer le véritable motif de cette renonciation (4h A la mort du dernier prévôt le Chapitre avait été fort divisé sur le point de savoir si on donnerait un successeur à Blihart. Pour lever les difficultés l’archevêque dut obtenir du futur prévôt la promesse de céder la terre de Val-Royon.
B. Doyen.
La collation du dovenné dut être mise à un moment donné à la disposition de l’archevêque. Gest au moins ce qui semble ressortir de la lettre écrite en 1196 à Pierre le chantre (5) par Guillaume aux Blanches-Mains, pour le presser d’accepter la fonction que venait de lui conférer le Chapitre.