MANUSCRITS PROVENANT DE LANC[E,NNE EGLISE
des vêpres du lundi, entre les psaumes 11(3 et 119. Après none, sans qu’aucune rubrique vienne avertir le lecteur^ les vêpres du lundi continuent, avec le psaume Ad dorainum cam irihulareî' et son antienne Clamavi et exaudivit me*
- Cette disposition, peu commode peut-être, mais qui n’offrait pas d’inconvénients sérieux à des hommes rompus à la pratique de l’office divin tels que les chanoines du moyen-âge, rappelait les temps très anciens où le psautier pur et simple était l’unique livre liturgique.
A la suite du psautier, suivant l’usage, se trouvent les cantiques évangéliques, le Te Deiim (intitulé psalmus.l)^ et les litanies.
Les hymnes dominicales et fériales sont intercalées au milieu des psaumes, à leurs places respectives. Quant aux autres, celles du temps et des saints, elles forment une partie spéciale. L’hymnaire est interrompu par deux lacunes, faciles à combler en comparant notre manuscrit avec le psautier de la cathédrale, qui lui est un peu postérieur. La première a fait disparaître en entier deux hymnes, dont le Chorus novae Hierusalem^ de Fulbert de Chartres ; la seconde, plus considérable, une dizaine (fêtes de sainte Anne, de l’Assomption, de saint Louis, de la Dédicace, de la Toussaint). La présence des hymnes de la fête du Saint-Sacrement nous fournit une donnée chronologique ; cette fête ayant été introduite à Chartres en en 1320, le manuscrit ne peut remonter plus haut (1). C’est
(1) C'est seulement en 1326 — et non en 1325 comme Ta dit J. B. Thiers (Traité de l’exposition du Saint-Sacrement de l’autel, 2® partie, ch. 1) — qu’il est pour la première fois fait mention de la fête du Saint- Sacrement dans les reg'istres capitulaires de la cathédrale de Chartres. En 1325, une délibération est ainsi datée : Die veneris post festum Trinitalis ; en 1326, nous trouvons : Die Dominica post festum Sancti Sacramenti altaris. (Chartres, ms. 1008, vol. I, fol. Vh^, X.). Comme il ne s’agit que d’une manière de dater, ou ne saurait conclure de ce fait que la fête du Saint-Sacrement n’ait pas été célébrée dans l’église de Chartres les années précédentes ; le secrétaire du chapitre a pu se conformer, pendant quelque temps, à Tancienne manière de parler.
SAINT-ANDRÉ DE CHARTRhS
endore par l’examen de l’hymnaire que nous pouvons savoir que notre manuscrit, bien que chartrain, ne provient pas du chapitre : les mélodies des hymnes contiennent, il est vrai, certaines variantes spéciales à Chartres et identiques à celles du psautier de la cathédrale, mais l’hymne de sainte Madeleine, Audi paterna claritas, entrée très probabablement dans la collection à une époque relativement récente, a reçu un chant différent de celui qui était en usage à la cathédrale.
Comme dans le manuscrit 527 de la bibliothèque de Chartres, les communs des saints faisaient suite à l’hymnaire. Il n’en reste plus malheureusement que vingt-neuf feuillets, contenant le commun des apôtres en entier, et les premières lignes de celui d’un martyr. *
De même que la plupart des livres liturgiques du moyen” âge, le psautier de Saint-André a fourni une longue carrière. Ses marges salies et, plus encore, les corrections successives qu’on lui a faites, attestent un long usage. Il servait sans doute encore au commencement du XVII® siècle. Sans parler du calendrier, dont le peu qui subsiste a subi bien des surcharges et des ratures^ nous trouvons des corrections dès la première page du pSoLutier. Les antiennes romaines du commencement des matines du dimanche, Servife domino et Veniet ecce rca? (cette dernière pour TAvent), sont écrites d’une main très postérieure, et sur grattage. On distingue fort bien dessous l’écriture et la notation de l’antienne Pro fidei meritis, qui
De même aujourd'hui^ on pourrait appeler, sans inexactitude, le jour de la fête de Jeanne d’Arc, le dimanche dans l’octave de l’Ascension. Il est probable que la Fête-Dieu fut introduite à Chartres à la suite du concile provincial de Sens, en 1320, et qu’elle y fut célébrée pour la première fois, sinon cette même année où elle serait tombée le 29 mai, c’est-à-dire quelques jours seulement après le concile, du moins l’année suivante, en 1321.
On peut consulter aussi sur cette question J. B. Thiers, Ibid., ch. VI ; Vivier . Notice sur Sainte-Eve , Voix de Notre-Dame de Chartres, octobre 1902.
MANUSCRITS PROVENANT DE l’aNCUNNE ÉGLISE
était la première des matines dominicales dans la liturgie romaine-française. Cette correction est évidemment postérieure au Concile de Trente, à partir duquel le bréviaire de la Curie Romaine supplanta, dans une mesure plus ou moins grande, les anciens livres locaux.
Le commun des apôtres a souffert, plus encore que le psautier, de ces corrections. Elles n’ont pas toutes été achevées : une partie de l’ancien texte a été effacé, sans que rien y ait été substitué.
Un bon nombre de corrections n’intéressent que le chant. Aux notes traditionnelles, posées sur une portée de quatre lignes rouges, employées par le notateur du XIV® siècle, une main postérieure a substitué souvent de grosses notes carrées, tantôt reproduisant l’ancien chant note pour note ou à peu près, tantôt le modifiant gravement. C’est ainsi que la cadence finale de la psalmodie du quatrième ton a eu régulièrement un ut substitué au si primitif.
Tel est ce manuscrit dont j’ai cru bon, à cause de la rareté des livres semblables d’origine chartraine, de donner une description assez complète. J’ai pu le faire facilement, grâce à la complaisance de son possesseur, M. Denisart, qui m’a permis de l’étudier à loisir.
Que sont devenus les autres livres liturgiques de Saint André, missels, bréviaires? Qu’est devenu, en particulier, ce martyrologe, vu par Brillon en 1717, et qui contenait les « commendaces de l’âme », avec des « notes sans lignes »? (1) Tout cela a eu^ sans aucun doute, le sort du livre d’anniversaires dont les fragments ont été transcrits plus haut ; on en a utilisé les morceaux pour couvrir des volumes ou des registres. Qui sait si l’avenir ne nous réserve pas d’autres surprises?
Y. Delaporte.
(1) H. Merlet, Documents sur les oricflnes de l'Eglise collégiale de Saint- André de Chartres. ( Le Cinquantenaire de la Soc. Arch. de Chartres, l,p. 483.)
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