A L ANALYSE DES ARCHIVES COMMUNALES
DE LA VILLE DE DREUX
En 1875, M. Lucien Merlet, archiviste du département d’Eure-et-Loir, publiait un excellent ouvrage, Y Analyse (les Archives communales de la ville de Dreux. Cet inventairesommaire, si précieux pour l’histoire locale, a sa place marquée dans toutes les bibliothèques d’amateurs.
(< Ce n’est assurément pas, dit l’auteur, une histoire de Dreux...; c’est tout simplement une analyse des documents antérieurs à 1789 que possèdent les Archives municipales de la ville de Dreux. Malheureusement, ces documents sont bien peu nombreux et bien peu anciens : ils ne remontent pas au-delà du XVP siècle et se composent presque exclusivement des registres de Tétat-civil des deux paroisses de la ville (1526-1789). »
On y trouve des baptêmes, mariages et sépultures concernant les familles les plus notables de Dreux. Dans ces actes, M. Merlet a intercalé les notes si curieuses et en même temps si instructives sur les événements les plus remarquables que les curés rapportaient au jour le jour sur leurs registres.
Un peu partout, l’inscription des mariages et des décès fut de beaucoup postérieure à celle des baptêmes et ce n’est guère qu’à dater de l’ordonnance royale de 1667 qu’on peut espérer avoir des renseignements complets :
ARCHIVES COMMUNALES
c^est un fait. Mais à Dreux les registres portent des lacunes vraiment trop considérables : de 1563 à 1643 nous ne voyons aucun mariage, et de 1526 à 1652 aucune inhumation. De plus, les remarques anecdotiques ne commencent qu’à partir du l'*’' décembre 1667.
Dans la préface de son livre, M. Meriet regrette de n’avoir eu entre les mains que des « documents bien peu nombreux. »
Le savant archiviste ne se proposait d’autre but, il est vrai, que de dépouiller les registres des actes de Tétatcivil. Mais, en dehors de ces recueils, il en existe, aux Archives de la Mairie de Dreux, six autres, différents d^aspect, 'identiques au fond : le plus ancien commence en 1574 ; le plus récent s’arrête à la séparation des deux églises Saint-Pierre et Saint-Jean, en 1669 i^l). Ils ont tous le même intitulé : « RegUire contenant les honoraires des Ohits^ Inhumations^ Mariages, Offertes et autres droits des trois curés de Saint-Pierre et de Saint-Jean-en la-Plaine, son annexe, » Le troisième porte en outre cette mention particulière : « Ce registre a été faict par MM. Nicolas Devaux, Noël Bréant et Nicolas Bonjean, curés des églises parochiales MM. Saint-Pierre et Saint-Jean, pour servir à mettre par état les noms des personnes qui décèdent et de ceux qui seront mariez en ces églises ou qui auront congé ou permission de prendre le Saint-Sacrement de mariage ès-aultres églises. »
D’ordinaire, ces registres n’offrent rien de très séduisant pour les travailleurs. Leur étude exige un véritable la-
(1) A cette époque comme on le sait, l’église Saint-Pierre, la seule paroisse de Dreux, était administrée par trois curés que l’on appelait portionnaireset qui desservaient alternativement par semaine l’église Saint-Pierre et l’église Saint-Jean, son annexe ; celui qui ne se trouvait pas de service avait pour mission de porter les sacrements. Cette organisation présentait souvent des difficultés et occasionnait des plaintes de la part des fidèles Le 28 avril 1669, Mgf de Neuville, évêque de Chartres, y mit fin, en érigeant « l’église succursale de Saint-Jean en titre d’église paroissiale distincte et séparée de l’église Saint-Pierre », et en attribuant désormais à chacune d’elles un curé particulier*
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beur de bénédictin, car il faut parfois parcourir quantité de pages insignifiantes pour arriver à surprendre un fait historique.
Nous avons- eu la bonne fortune de trouver parmi les papiers laissés par Louis-Claude Rotrou (1) une copie complète de ces registres. A l’aide de ce précieux guide, nous avons pu, sans trop de peine, suivre les manuscrits originaux. Notre travail se trouvait par là même singulièrement simplifié.
Cet ensemble de manuscrits présente un grand intérêt, car c’est là qu’avant 1667 les curés avaient consigné leurs remarques anecdotiques.
Sans doute, il n’embrasse qu’une période assez restreinte, — pas même l’espace d’un siècle, — mais il remonte à une époque, sinon très reculée, du moins où les documents font généralement défaut.
Il acquiert d’autant plus de valeur que sur la ville de Dreux nous ne possédons presque pas de pièces originales. U Histoire de la Maison de Dreux d’André Duchesne ne nous expose que les faits et gestes des comtes. Elle ne nous apprend à peu près rien sur les bons bourgeois et sur le commun peuple. Du reste, c’est déjà un ouvrage de seconde ou de troisième main.
Et puis nos Registres des Ohits ne relatent pas seulement, comme partout ailleurs, de menus faits : crimes et accidents, orages, intempéries des saisons, inondations, épidémies, ou même des cérémonies religieuses, processions et Te Deum. A cette époque, se déroulèrent à Dreux des événements de la plus haute importance. Nos manuscrits nous en font connaître les principales péripéties :
(1) Louis-Claude Rotrou (1756-1829) fut maire de Dreux une première fois en 1791 et une seconde fois de l8ü8 à 1815. 11 avait épousé en premières noces Marie Hélène Le Vienestrel et en secondes noces Augustine Belin. En I9ü9, mourut Lelièvre-Botrou, son unique descendante : avec elle s’est eteinte la famille du célèbre poète. (Voir la biographie de Louis-Claude Rotrou que nous avons publiée dans le Gui).
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Les deux sièges par Henri IV, qui eurent pour conséquence la destruction complète des fortifications de la ville et par suite la fin de sa grandeur politique ;
2^ Une série d’épouvantables épidémies qui décimèrent cruellement sa population et dont la dernière eut pour principale victime l’illustre poète Rotrou, lieutenant particulier au bailliage roj^al de Dreux.
Les notes que nous publions constituent donc des documents de premier ordre, des faits historiques^ et les quelques pages qui vont suivre formeront un complément indispensable à ï Analyse des Archives communales de la ville dé Dreux.
Cette découverte de nouveaux faits ajoutera beaucoup plus de poids encore à l’observation suivante que faisait M. Lucien Merlet dans la préface de son ouvrage :
« Aussi croyons-nous que, pour l’histoire de la ville de Dreux proprement dite, nos registres de l’état-civil en apprendront bien plus long que les travaux si savants d’ailleurs faits jusqufici par des auteurs fort estimables sur la ville et le comté de Dreux. »
Reproduire intégralement ces Registres, relever tous les noms, il n’y faut pas songer. Ce travail, facile évidemment, n’apporterait au lecteur qu’un ennui mortel et amoindrirait pour le travailleur l’intérêt historique. La méthode employée par M. Merlet pour les inventairessommaires demeure donc la seule praticable.
Le texte authentique se trouve imprimé en caractères romains. Les résumés et les gloses sont en italiques.