‹ Pièces détachéesChapitre 10 sur 48 · LE SIEGE DE DREUX · texte numérisé non relu

LE SIEGE DE DREUX

PAR Henri IV.

Du au

DJ

/7iars

Le 15 septembre 1895, nous lisions dans le catalogue de Dorhon, 6, rue de Seine, Paris, p. 52, article 915 : « Dreux. Discours du sièrje de Dreux, etc. 1590, in-12 de 15 feuillets. Pièce fort intéressante et rare, entièrement inédite, sur un sujet presque entièrement inconnu. » 20 fr.

Cette note, un peu mercantile, ces mots : « entièrement inédite », peu j ustes pour une plaquette imprimée, devaient fixer notre attention ; mais notre télégramme n’arriva pas le premier. M. Gillard, l’aimable et savant bibliophile de Nogent-le-Roi, nous avait précédé. Sur notre demande, il s’empressa de nous communiquer le petit opuscule.

C’est un joli livret, cartonné avec dos en vélin, mesurant 0,164 sur 0,102. La reliure est signée sur le verso intérieur du cartonnage par l’empreinte, sèche du cachet de l’artisan : Pierson Henri-Joseph.

Les feuillets imprimés sont en papier vergé très mince

PIÈCES DÉTACHÉES lé

et jauni par le temps. Ils sont réunis en deux cahiers, et cotés, saut le premier feuillet, par les lettres : A ij, A üj, -1 iii/, Jl, J^iJ, B üj, B iiij. I.es |)ages sont nombrées en chillres arabes ; la dernière porte le N“ 15 et n’a que 7 lignes, et se termine par un bois, représentant une rose lantaisiste. Le verso est également orné d’une composition lleurie de lorme carrée. Ces feuillets ont été rf>gnésà la reliure.

Le titre est enrichi thune gravure toute de circonstance, mais inlorme et peu compréhensible. Elle représente une armée, rangée en carré, la lance le\'éc ; sur le premier rang, on distingue à peine (|ueu|ues ligures, et sur l’armée Hotte un drapeau orné de la croix de Lorraine.

Les caractères elzévirs sont assez nets bien c|u’un peu latigués. La justiticalion a 0,130 sur 0,073 et comporte 27 lignes à la page et de 31 à 34 lettres à la ligne. (Quelques abréviations encore usitées à la fin du XVL siècle, l’a souvent rem]3lacé par un — supérieur, l'a mis pour 1er et le V pour La, rendent la lecture moins agréable.

Nous ne ])ousserons pas plus loin cette description, car nous puldierons ce document avec la plus scrupuleuse fidélité, page par page, ligne par ligne, employant un t^’pe de caractères aussi semblable que possible.

Ce livre est rarissime, et l’heureux acquéreur le conserve avec un soin jaloux; ce]3endant la Bibliothèque nationale en possède un second exemplaire, coté L'’ 35, 211, d’après l’indication précise Cj[ue M. habbé Gautier a bien voulu prendre pour nous.

Ce n’est pas d’ailleurr, la seule pid^lication relative à cet épisode, pourtant secondaire, de la Ligue. M. l’abbé Langlois nous a montré le titre d'un second opuscule ; K Drfiiictc véri/ahlc fiiir les /roupes du roi/ de A'nvarre, le lundi/ einquiesme mars J 390, pnr les calhnliques de la ville de Dreux. — Ln'on, L,03^s Tantillon, 1560, in-12, 15 ff. 20 fr. »

La Bibliothèque nationale, sous la même cote que cidessus L'’, 35, 211 en i^ossède un exemplaire assez bien

— yy —

conservé, cartonné, mesurant 0, 150 sur 0,007. La justiOcation a 0,118 sur 0,072 avec 20 lignes à la page et 27 à 30 lettres à la ligne. Le li vret se compose de 10 feuillets, le dernier est blanc, les aidres soiit imprimés en caractères elzévirs, et sont cotés an bas du recto, sauf le premier et les trois derniers par les lettres A 2, A 3, A 4, IL La pagination olfre une anomalie, le chiffre 9 a été omis et remplacé par le chiffre 10 sans ([u’il y ait interversion ou interruption dans le texte.

Le feuillet du titre est orné d'un joli cul-de-lampe avec une figurine aii milieu. LTne autre figurine accom- ]oagne E. initial.

Après le récit de la bataille, sont imprimés en caractères italicjues, trois sonnets dirigés contre Henri lY et destinés à ramener le courage et la confiance dans Làme des ligueurs.

Ce récit en forme de discours est diffus, et si l’on met tle côté les réllexions religieuses ou politiques, la narration de la Défaide n’occuperait que c[uelques lignes (pages 8, 10 et 11). Ce discours est daté de Paris, le 10 mars 1590. Est-ce aussi la date de l’impression ? Selon toutes les probabilités, celle-ci fid très rapide, sinon immédiate, et l’opuscule a du être publié et répandu à j^rofusion dans le pays, soit avant la fin du siège, soit peu après. La faute de pagination signalée plus haut, l’impression peu soignée, la mauvaise qualité du papier sont des preuves d’une évidente précipitation. Nulle mention, on le comprend, de la défaite d'Ivr}' qui suivit la levée du siège, mais nous n’oserions avancer que l’opuscule lui fut antérieur ; le lieu d’impression, Lvon, semble rendre cette antériorité impossible.

Le siège de Dreux, j^ar Henri IV, du P' au 12 mars 1890, tel est l’objet de ces libellules.

Ce fait d’armes est l’un des moins célèbres et des moins

— lÛU —

impoi'lcinl.s de la latte persévérante etaeliarnée de Henri IV contre la Ligue, pour con(|uérir le tréjne de France.

Peut-être même seniit-il passé tout à fait inaperçu, si la Ligue, déjà él^ranlée, ayant à (dfacer la mau vaisedi+i^ pression produite j^ar la défaite de Ma3’’enne à lvr\p deux jours après la levée du siège de Dreux, n’eût tenté de faire de celui-ci une véritable victoire, et n’eût \ oulu s’en servirpoLir raA'iver sa popularité dans ce pavs Chartrain. C’est là le cœur de la France, les deux partis v a vaient des partisans dévoués. Chartres et Dreuxétaient à la porte de Paris, ils en étaient aussi le grenier d’abondance. Il importait à la Ligue d’v conserver le feu sacré. De là les opuscules nombreux, imprimés ou manuscrits, dont les deux nôtres ne sont pas les moins |)récieuxb

f,es di Iférents historiens ont-i Is fait autant d’honneurà ce fait d'armes.

Ln chroniqueur contemporain , chanoine de Notre- Dame de Chartres, fervent ligueur, et suivant ]:>as à pas, de 1585 à 1592, la Ligue dans notre contrée, abondant j^artout ailleurs en détails et anecdotes, le passe à dessein sous silence. « N(^us laisserons à escrire ce siège à ceux qui estoient j^résentsà " Ce silence nous a d’abord étonné. Il connaissait évidemment les opuscules ré]>andus sans doute en grand nombre dans la province.

De même, Souchet, dans son I/is/oire de Chartres, ne fait (|ue mentionner ce siègeb

‘ Les brochures relatives à la bataille d'Auneau sont très nombreuses. Citons en particulier. « Discours l'érilahle de la défaicle des lieistres protestants à Aulneau par les armes du duc de (iui/se. » Biblioth. de Chartres, Miscellanea in- 12, t. 83, n° 10 : « La novvelle défj'aicte et siirprinse des lieistres par Monseigneur te duc de Gu jse , mardy 24^ jour de novemhre 1387, dedans Aulneau, etc. Chez Didier Millot. MDLXXXVII. » 14 pages. Bibliothèque de M. Gillard, à Nogent le Boi, et Bibliothèque nationale, où se trouvent plusieurs autres livrets sur le même sujet.

- Bibliothècpie de l’Arsenal, mss. 4174.

^ Vol. H’, p. hSt.

De Thou' est ]5lus explicite, (c Cependant le roi alla faire le siège de Dreux et camper le dernier jour de février ( 159Ü) devant cette place. De Falandre y commandait pour la Ligue et avait avec lui une garnison nombreuse. Henri IV était accompagné du maréchal d' Au mont, de Charles d’Angoulème, grand prieur de France, et d’Anne d’Anglure de Givrv, qui lui avaient amené des troupes, le premier de Champagne et les autres de la Brie. Du Rolet lui avait aussi envoyé quelques secours du Pont de 1 Arche. D’abord il v eut une action fort vive dans les, faubourgs c|ui furent enfin em]:>ortés par les troupes du Roi, et les ennemis obligés de se renfermer dans leurs murailles. Ensuite, après quelc|ues volées de canon, on pointa l’artillerie contre le château, et le roy ayant commencé à battre Ici place, un samedi matin, 3 de mars’, vers midi, les troupes se disposèrent à monter à l’assaut.

« L’attaque commença par quelques volées de canon, qui d’abord incommodèrent beaucoup les ennemis. Ensuite les troupes du roi marchèrent contre la place, mais elles furent reçues vigoureusement par les assiégeans, qui les obligèrent enfin de se retirer avec perte. La nuit suivante fut emplo}'ée par les ennemis à réparer la brèche et à se fortifier en dedans par un bon retranchement. Ils se disposaient le lendemain à soutenir un nouvel assaut ; mais comme on manc[uait de poudre et de balles dans le camp du roi, ce jour-là et le suivant se passèrent dans l’inaction, et Givry eut ordre de se rendre à Meulan, à la tête des chevaux-légers, pour faire venir au camp les munitions nécessaires. Cependant pour tenir les assiégés en haleine, le 7, le roi tlttirer quelc[ues volées de canon contre une écluse et une tour ijui en était proche. Enfin ayant eu avis de la marche de l'armée ennemie, il fit retirer son

' Histoire Universelle, t. xi, p. ID.

» Notre deuxième opuscule, seul et par erreur, indique d'une manière précise le lundi o mars.

artillerie de devant la place et décampa aprèstreize jours de sièg'e. »

Les auteurs modernes, les historiens de Dreux n'ont pu ])asser ce siè>j;e sous silence. Dorât et depuis Lemaître lui consacrent une ])age, citons ce dernier :

« Le duc de Mayenne, apprenant que le roi s'approchait de Dreux, nomma au gom ernement de cette ville un sieur de Farlande, ligueur exalté et personnel ennemi de Henri IV. Farlande, dès son arrivée, en vo va demander des munitions à Chartres; les ayant obtenues, il attendit de pied ferme les ro3aiux,qui ne tardèrent ]:>as à se présenter. La tranchée fut om^erte, le L'’ de mars, par six canons et une C(julevri]ie ])ointés contre le donjon, à la courtine duc[Liel ils ])rati(juèrent une grande brèche, par laquelle les assiégeants voulurent s'introduire dans la place, mais ils furent vivement rej^oussés. Le grand maître de l'artillerie, un capitaine nommé La Ijoullave, ainsi que plusieurs soldats, furent tués et trois cou])S de mousquet ren- N crsèrent le maréchal Biron dans un fossé, d’où son fils ne le retira qu'avec la plus grande difficulté. Enfin, pendant les douze jours que dura le siège, les Drouais se défendirent avec autant de courage que d'adresse et d'activité, rétablissant, sans cesser de combattre, leurs fortifications ébranlées, relevant les murs écroulés sous les coups de l'artillerie, et ren\'ersant dans les fossés ceux c|ui tentaient de montera l'assaut. Henri IV admirant une si belle résistance de la part d'une poignée d'hommes, (il n’\^ avait (Ici ns la ville, outre les bourgeois, dit Dorât, que cinq cents soldats de pied et 200 chevaux) voulut essa3"er de ral lier à sa cause de tels braves. 1 1 entama donc des négociations avec la ville, à laquelle il fit de généreuses propositions, mais, sur ces entrefaites, apprenant que MaA-enne avait ]xissé la Seine à Mantes pour venir au secours de Dreux il leva le siège, le 12 mars'... »

‘ Histoire tie la ville et du chdleau de Dreux, pa.v Ph. Ltmaitre, p. 471

Mais aucun de ces historiens ne cite nos brochures et n’en laisse soupçonner l’existence et encore moins ne nous en fait connaître les auteurs.

Evidemment ceux-ci sont ligueurs et cito3'ens de Dreux. Les détails techniques qu’ils donnent sur les dilférentes phases du siège, les particularités locales nous montrent des hommes du métier et instruits, des familiers de la cité. Mais à moins d’une découverte plus explicite, nous ne pouvons espérer les connaître jamais.

l.e héros de cette heureuse défense e.st avant tout autre le gouverneur de Dreux, l’héroïque François Patr^q sieur de Falandre.

Nous aurions a'ouIu présenter en quelques lignes sa généalogie, mais nous n’avons pas encore trouvé les renseignements nécessaires et suffisamment précis.

L'auteur des Choses méinorahles, cité plus haut, semblait nous ouvrir une voie : « On disait C[ue le sieur de Vaupillon l’avait trahi le sieur de Falandre), pour estrefils du seigneur de Chantemesle et gendre du seigneur d’Entragues. » Ces mots laissent soupçonner une haine de famille d’autant plus vive c[u’elle est répréhensible. Les sieurs de Chantemesle, de la célèbre famille d’Illiers, et les d'Entragues, sont bien connus. Mais nous n’avons nul nioj'en de rattacher François de Patinq sieur de Falandre, ni à l’une ni à l’autre.

La phrase obscure de l’auteur ne nous autorise pas à le regarder comme l’un des membres de ces deux familles; ce n’est pas lui, mais le sieur de Vaupillon c[ui était fils du seigneur de Chantemesle et gendre du seigneur d’Entragues. Souchet [llisloire de Chaidres, iv , p. 106), ne laisse aucun doute sur ce point: « Le sieur de Vaupillon, fils du sieur de Chantemesle, de la maison d’Tlliers (fait

prisoanier) fut rcnN’oié sur sa loi au sieùrxle Chanlcmesle, son père, par la ])rière du sieur d’Kntra^'ucs, la lille dm^uel il a^adt épousée n.

Celte liliation n'est pas douteuse. D’autre part, Falandre avait épousé non une d’Entraigues, mais une deCrairart. d’après la note suivante, prise ]:>cir M. G. Durand dans Laisné, VI, (’. 398. « Partage du lundi 9 mars 1579 entre François de Grattart, liOA^s de Grattart son lils et les seigneurs de Saint-Germain, la (^ueue et de Falandres, à cause de leurs femmes, tilles de François de Gralîart et de Jehanne de Feugerays (minutes de Jehan Gu3"gnart, notaire à Chartres) »•.

Les arcliives départementales ne nous disent rien sur les Patry de h'alandres. Seuls les registres de baptême de Dreux contiennent son nom. « Le dimanche, 25 de febvrier J 590, fut baptisée Françoise, tille de Cosme Lemère et de Catherine, f^e parrain noble homme François Patrv, sieur de Fallandrcs, capitaine de cent chevaux-legers, gouverneur de la ville, chasteaitet comté de Dreux pour le ro\^

très chr'étien signé : François Patry Fallandres : » — « Le

25 décembre 1590, fut baptisé André de Gray, âgé de 20 ans, de la compagnie rie feu iroble homme seigneur messire Françoys Patry, seigneur de Falandre, capitainerie cent chevaulx-legers pour le service rie la saincte Unyon et gouverneur rie ce.ste ville de Dreux. »

Si ces tleux notes sont précieuses pour nous faire connaître la popularité du gouverneur tlans la ville de Dreux elles ne nous rlisent rien rie nouveau sur sa personne.

Toutefois, notre chronicj^ueur Chartrain, si parfaitement au cr)urant ries événements et des choses rlu pav^s, n'a pas laissé soupçonner la haine de famille entre E'alantlre et Vaupillon sans motifs. Nous laissons à d'autres plus habiles le soin d’éclaircir ce mystère.

Ce brave capitaine eut son heure rie célébrité. Ses exploits, son dévouement à la Ligue, son héro’isme Lavaient rendu populaire.

On le savait persécuté. Le gouverneur de Chartres, de Reclainville, dont la fidélité était soupçonnée et sur lec|uel des bruits fâcheux commençaient à se répandre, l’avait refusé comme lieutenant, malgré les ordres du duc de Maj^enne. De plus Falandre était réputé l’ennemi pei'sonnel du Navarrais; celui-ci même le redoutait et ne s’en cachait pas. Falandre avait donc tout ce qu’il fallait pour être acclamé par la foule enthousiaste.

Avant de pulilier sa victorieuse résistcince à Dreux, nous allons redire, d'ajjrès le chroniqueur Chartrain^ ses principaux exploits dans ce pays et Sci mort héroïcj^ue.

Il était déjà à Chartres au mois de juin 1589. Il y avait été envoyé par Mayenne, avec le sieur de Vaupillon, pour mettre la ville en état de soutenir le siège dont le roi de Navarre la menaçait.

« On manda, dit le chroniqueur, le sieur de Phalandre, vaillant capitaine, qui avoit une compagnie de chevauxlégers. Aucun disoient c|u’il avoit lettres de M. de Mayenne pour être lieutenant du gouverneur de Chartres. Quelque peu de jours devant, il avait été chargé des ennemys à la Croix du Perche, et s’estant retiré à nos faulshourgs (des Espars) avecque le sieur de Vaupillon, il fut chargé dedans ledit faLdiourg, vng jour de hi Trinité et la nuytque suit lad. leste, ou le lundy au matin, sur ladiane, et là il fut]jrins prisonnier, ayant perdu pl us de quarante chevaux. On disoit c|ue ledit sieur de Vaupillon l’avoit trahi poui' estre gend re du seigneur tle Chantemelle. On disoit encore que le sieur de Reclainville estoit cause de sa prinse,poLir ne voidoirqu’il fust son lieutenant, et ce ([Lie l’on colligeoit pour ce t[ue led. sieur de Reclainville ne voulust jamoys (|ue on tiras! vng seul coup d’artillerie l’IlCCrS UICTACHÉES 1 ‘1

sur les ennemvs. qLK)yc(ueon en \eid grand nombre dedans le fauxlîou rg, qui cependant tuèrent plusieurs gens de bien et bruslèrent vue maison... Monsieur de Phalandre étant prisonnier fut mené au roy, et craignoit-on l:)eaucoLq;) qui ne lu}" feit trancher la teste, mais depuys, estant délivré movennont rançon, il fut fait gouverneur de Drcu.v, laciuelle il garda au siège contre le roy de Navarre'. »

« Le sieur de Phalandre, sur la tin de 1589, avant pillé le Chasteauneuf, dont le roy de Navarre est baron, il y myst des Albanoecs en garnison, qui en furent aussitôt chassés, et s’en retournèrent tous desmontez à Chartres, et le sieur de Vigy à Dreux:. Et peu de temps après le sieur de Phalandre y retourna qui reprins tout et brusla le chasteau. d

Ixi défense victorieuse de la Aulle de Dreux ne fut pas le seul exploit du vaillant capitaine.

Un autre fait d’armes, plus heureux, lui concilia toutes les faveurs populaires.

Nogent-le-Roi avait été surpris, le 25 juillet 1589, et entièrement pillé par les royaux. Béthune d’abord, et ensuite la C uytf)nnière, y tinrent garnison, ravageant tout le pavsh « Et persévéra ledit la Guvbonnière, juscj[u’au mois

' Soiichct dit : a 11 fut en danger de perdre la vie pour avoir faucé sa foi au roi, duquel il avait touché l’argent. »

-«Plusieurs marchans de Chartres perdirent beaucoup de blez, a}’ant là des greniers pour estre plus proche du quay de JNogent pour embarquer et mènera Rouen, et y eut tel marchand de Chartres qui perdit plus de deux mil escuz vailland audit Nogent-le-Ro}v On estime que la prinse de Nogent aporta plus cent mille livres de perte à la \ ille de Chartres depuis sa prinse jusqu'à la reprinse. R y demeurât vng petit huguenot capitaine, nommé Béthune, qui exigeât les tailles du pays circonvoisin et contregnoit les paysans d'aller fortifier la ville et le chasteau, et ceux qui estoint defîaillants il les mettoit prisoniriers, comme aussi les capitaines de Chartres en faisoient aultant, tant cpie les pauvres gens estoient contrains de payer la taille en deux lieux et à fortifier deux villes.

« Le huguenoteau Béthune pilloit et ravageoit ladite ville, il venoit

d’ap\"ril‘, que quelques gens de bien dudit Nogent, bannis et chassez de leurs biens, advertis c[ue il estoit ung certain jour absent, et cj[ue il y avoit fort peu de garnison audit Nogent, l’allèrent escalader en vue nuit, et la prindrent, le chasteau demeurant toujours en la puissance des ennem3cs. Car il faut notter c|ue à la première prinse de Nogent tous les citovcns furent pillez et prins à rançon, et ceux qui s’estoint absentez n’avoint onccjues puj^s ausé retourner audit lieu, dont ceux qui s’estoient retirés en ladite ville, voyant vng jour vng des trahistres qui les avoit trahis, nommé Mo\met, ilz le noyèrent en la rivière de Chartres près la porte Droize.

« Ces habilles bourgeois de Nogent, ayant aussi reprins leur \'ille par escalade, mandèrent aussitôt M. cle Pha-

exiger les tailles jusques aux fauxbourgs de Chartres, tant que vng jour ilz prindent plus de vingt des habitants de Chartres qui venoint de Paris et desqueiz ilz exigèrent plus de troys mille escuz de rançon, sans touttes leurs marchandises qui furent pardues, qui montoint presque à aultant. Et continuèrent à ravager huit ou neuf moys. Finallement ledit de Béthune, ayant assez butiné, feist son pacquet et s'en alla de tous poincts, et laissa en son lieu vng certain bastard huguenot, nommé la Guytonnièj'e, qui se mocquoit du sieur de la Bourdaisière, venant quérir les tailles jusques aux portes de Chartres. Mays celui-ci se laissa prendre au sieur de la Bourdaisière, mays il le délivra aussitôt mo^vnnant rançon » (f. 68).

‘ Une première tentative de délivrance avait eu lieu quelques mois auparavant d'une manière assez curieuse : « Il advind à Nogent-le- Boy ung pareil cas comme à Yillebon. C'est que ung gentilhomme dudit pays nommé Monsieur de Champs, estant détenu prisonnier au cliasteau, et se voyant seul, gagna quelques soldats du mesme pays cpii le deslièrent et s'emparèrent dudit chasteau ; ledit sieur de Béthune estant en la campagne pour aller secourir llliers . I.e sieur de Champs manda que on luy envoya du secours de Chartres. . . Ung avocat, nommé Sureau, voulut l’entreprendre, et partit d'icy avecque quelque mil ou douze cens hommes à l'heuré qu’il eut dût arriver à Nogent, car le sieur de la Frette et Béthune, advertis, tournèrent aussittüt le visage vers Nogejil et laissèrent là llliers .. Ledit sieur de Champs se voyant hoj's d'espérance de pouvoir avoir du secours de Chartres, et ne pouvant fournir à veiller nuyct et jour (car il estoit là dedans lui troisième) il fut contraint de capituler. »

Icind ro à 1 )reu X, cjui, OlaiU arrivé audit Nogenl, vind à Chartres, assa\'oir la Patrière, .Dauvillier et le capitaine Basile (|ui conduisoit les enlTans d’Orléans.

« Les enlTans de Chartres, désireux de recouvrer cette place et se venger des oultrages des garnisons dudit lieu, accompagnèrent ledit sieur de Phalandre audit Nogent avec leur artillerie, et comme ledit capitaine estoit en débat sur la dinicidté de inonter rartillerie en lieu éminent pour battre ledit chasteau, vng clumoine de Chartres là présent, nommé M. Salmon, leur présenta vng aultre entrant de Chartres, nommé Claude Richer, cpii leur monta ladite artillerye, et la rendit preste ])Our battre le lendemain. Ce fini entonna bien les ennemvs quand on leur donna le bonjour à grands coiq^s d’artillerie, et ne tardèrent guère à rendre le chasteau, et ainsv cette place retourna en la ]:>uissance de Chartres.

« (friand les enlTans de Chartres veirent c|ue on donnoit ht yye sauve ausdites garnisons dudit chasteau, se souvenant des maux qu’ils leur avoiîit fait endurer, les allèrent guetter avecque les enlfans d’Oidéans et en tuèrent plusieurs, tls avoint pour commandeur vng nommé Poussemottc , entrant de Chartres, et fuitif, cpn se sauva de c('tte défaite, ma vs depuvs, estant retombé entre les mains des enlfans de Chartres, il fut pendu à la places des Halles de Chartres. M. de Phalandre et les aultres capitaines ayant ainsi rcqiint Nogent et le chasteau, y constituèrent vng enlTant de Blovs caj^itaine, nommé Vienne, qui se gouverna fort bien, mavs nous en verrons sa nu^rt à la repi'inse de Nogent'. >i

Phalandre était donc considéré comme ung véritable libérateur dans toute la contrée, et il avait l’auréole du héros.

' a Le mardv 27® dudit moys de novembrede maréchal de Biron assiégea et reprins Xogent-le-Ro3' et feit pendre le capitaine de Vienne et pilla la ville. »

Une autre exploit moins heureux, mais plus glorieux peut-être, mit le comble à sa popularité à Chartres.

Le sieur de la Patrière venait de prendre Courville, il voulut surprendre également Maintenon . «II manda le sieurde Phalandre de Dreux et l’envoya c|uérir de l’artillerie à Chartres, sachant bien que en impecteroit plustost que lui. Mais les enlTans de Chartres furent deslogés et mis en fuite. Le sieur de Phalandre demeura derrière et prins la charge défaire laretraitte et donna la charge à la Patrière et à la Gagnière de ramener l’artillerie, ce cpi’ilsne firent.... Monsieur de Phalandre, qui estoit derrière au danger, soutint plusieurs assaulx, non sans perte, fut contraint prendre la routte, ]>ensant que l’artillerie sera déjà proche de Chartres, mavs il la trouA-a encore bien loing et presque abandonnée des gens de pied. Il se trouva bien trompé, car il pensoit que la Patrière et la Gagnière devoint tenir l’infanterie et scopetterie prête et en devoir pour la receA'oir, comme c’est le rendez-vous en tel cas; mays aussi tost c[ue ils ouirent la recharge sur ledit Phalandre, ils s’enfuirent et laissèrent l’artillerie et l’i nfanterie en grand desordre, chacun ne pensant qu’à se s un'cr ; tellement que M. de Phalandre restant arrivé, lut contraint de jiasser oultre pour ne se perdre... Les fuyards disoint que Phalandre estoit mort, maAxs on veid le contraire quand il arriva à la porte, pleurant de la perte de l’artillerye et de l’infanterie, et se plaignant que ses fuA^ards l’a voint abandonné. Cecy arriva le jour de sainct Michel, au soir (80 septembre''... On disait c[ue la Patrière avoit faict cela pour trahir M. de Phalandre, et ce c[ui le faisoit juger, c’est que cpiand les ennemyrs massacroient cette infanterie, il/, crioint ; Ou es-tu Phalandre? On n’a pu sçavoir au vray qui commandoit à cette cavalerie ennemve ; on sou]3çon?ioit que c’estoit le sieur de Montlouet, huguenot, frère du sieur de Maintenon. »

Le héros catholique devait être la victime de son courage cheA^aleresque. « Le 17 décembre 1590; M. de Pha-

— IIU —

landrcalUi escalader la \dlle de Couches, où il fut lue d’vng coup de moiis(|Liel, et ne mourut que luy de sa troupe. La ville lut prinsc et pillée par ses gens qui emportèrent le butin à Dreux. )>

(Jn pcLd juger ])ar toutes les circonstances relatées dans ce récit de l’enthousiasme du peuple pour le valeureux capitaine.

Cette faveur populaire l'avait suivi à Dreux. A sa voix les citoyens prennent cou fiance et s'a]:>prétent à défendre courageusement leurs foyers ; et l)ientôt la victoire viendra couronner leurs efforts.

Chartres et Dreux n’avaient ]Das seules adhéré à l’Union : <( Les c illes qui se mirent du parte et v ont le plus longtemps jiersévéré sont ; Nogent-le-Roy, Montfort, Dreux, Anneau, Estampes, Janville, Gaudreville, Brou, Illiers, Courvillc, Villebon, La f'erté-Bernard, Anet, Yvry, Nonancourt, Iloudan ».

« Celles qui se déclarèrent contre TUnemn sont : Rambouillet, Maintenon, Denon ville, La Ferté-au-A^idanie, Nogent-le-Rotrou, Maillebois, Favières, Arpentigny. »

En 159!), Henri IV était victorieux sur toute la ligne. Depuis la victoire remportée à Arques, le Béarnais avait tenté une attaque sur Paris, s’était retiré à Etampes dont il bri'ila le château, de là à Janville et à Chàteaudun, c|ui ne firent aucune résistance, et enfin à V^endbme qu’il saccagea et « mit ung huguenot gouverneur, le plusennemy des presbtres et de la religion catholique qui se peult'. »

* « Pour exemple, dit le choniqueur, vng certain jour, vng compagnon chantre du pays chartrain, de Francey, vicariant, se présenta à Vendôme pour trouver party et s’y habituer ; selon leur coutume, leschanoynes du chasteau luy dirent que ilz ne fauseront recevoir

(< De Vendôme, le roy de Navarre alla assiéger le Mans, par le plus grand yver, et lac|uelle luy fut incontinent lyvrée, de là, il alla à Laval, de là à Alençon, pu}^s à Falèze..., et avant prins Evreux, sur le commencent de 1590, il s’achemina pour venir assiéger Dreux... Nous laisserons ajoute-t-il à escrire ce siège à ceux qui étoient présents. » (f. 65 et GG.)

Cependant les Chartrains ne restaient pas indilférents, car « ils avoint grand peur c|ue il pleust sur Dreux de peur c|ue il ne dégouttast sur eux. »

Aussi « quand M. de Phallandre estant arrivé à Dreux avec lettres de gouverneur de Monsieur de Maine, envoya c[uérir à diverses lojrs des pouldres en ceste ville, on luy en envoya tant qu’il en demanda , estant fort resjouis que leurs pouldres fussent emploj'ées plus tost pour défendre Dreux c|ue pour se défendre eux-mêmes. »

Tel était l’état des choses quand Henri IV s’approcha de Dreux.

Cette ville avait déjà subi plusieurs sièges et pouvait passer pour une ville foHe. Son château semblait imprenable, si les fortifications eussent été bien entretenues.

Victorieuse en 1590, elle devait succomber trois ans plus tcird, en 1593, mais non sans gloire du moins.

Ces vieilles murailles sont tombées ; à peine s’il en reste quelcj^ues vestiges. Les témoins de ces temps malheureux et troublés sont rares, ceux que nous présentons aujourd’hui ont sur les vieilles forteresses l’avantage d’être intacts et d’une rare éloquence. On les lira, nous en sommes persuadé, avec un véritable intérêt.

I.es vieux druides étaient liers de cet exploit et en conservaient précieusement le souvenir; nous devons

sans la permission dudit gouverneur, lequel il alla trouver pour le luy demander ; mays il luy leist responce que il délogeast de la ville sens delay ou que il le feroit mettre prisonnier, et que il en avoit déjà trop de sa robe et de sa profession. »

citer en terminant l’inscription gravée autrefois, au témoignage de la Plane’, sur une pierre de la place « ou fat brèche. »

« Par feu, par fer, par bruit j'ai combattu « De sang', de bras, de corps, j’ay cette place teinte (t Par un pouvoir divin j'ay vn roy combattu « Et dans ce lieu-cy j’ay sa fureur j^einte. »

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