LES TIÉVDS. PÈRES JÉSUITES
Hector de Callière, chevalier de l'ordre de St. -Louis, gouverneur et lieutenant-général pour le roy en toute la France Septentrionalle ; Jean Bochart, chevalier, seigneur de Champig-ny, Noroy et autres lieux, conseiller du roy en ses conseils, intendant de justice, police et finances au dit pays.
Veu la requeste à nous présentée par le Révérend Père Martin Bouvart, supérieur de la Compagnie de Jésus en ce pays, et le Père François Vaillant son procureur, tendant à ce qu'il nous plust leur transférer en propre les fief, terre et seigneurie de Sillery, dont ils n'ont jouy jusques à présent que comme administrateurs du bien des sauvages clirestiens, à qui le dit fief avoit été donné par Sa Majesté au mois de juillet mil-six-cent-cinquante-et-un et que les dits sauvages ont été obligez d'abandonner depuis dix ou douze ans pour s'établir ailleurs, tant parce que les terres en cultures y étoient tout-à-fait usées que parce que les bois de chauffage ccupéz depuis près de quarante ans se trouvent beaucoup éloignéz de leur
demeure ; comme aussi de leur transférer pareillement en propre et en tief quatre perchei de terre de front sur huit de profondeur, concédées par feu M. De Montmagny, et vingt toises en quarré d'augmentation, concédées par feu M. Dailleboust, tous deux gouverneursgénéraux de ce pays, à feu Pachiriny, capitaine sauvage dans le lieu des Trois-Rivières, dont les dits Pères Jésuites ont donné depuis plus de quarante ans, comme tuteurs et administrateurs du bien du dit Pachiriny, des contracts de concession à divers particuliers françois pour les occuper et y bâtir comme ils ont fait, moyennant quelque petite redevance, lequel Pachiriny est mort, et les dits Pères Jesuittes sont demeurés dans la jouissance des dits emplacements, dont ils nous requièrent de leur donner la concession ; et estant pleinement informéz des bonnes intentions des dits Pères de la Compagnie de Jésus, dons, grands secours spirituels et temporels qu'ils rendent aux sauvages de ce pays, et des grands soins qu'ils ont pris et des dépenses excessives qu'ils ont faites pour soutenir les missions des dits sauvages, et pour travailler solidement à leur salut et particulièrement à l'égard de ceux qui étoient établys au dit lieu de Sillery, pour lesquels, depuis qu'ils en sont sortis, ils ont acheté à leurs propres frais d'autres terres en divers lieux de ce pays afin de les y établir, sans quoy ils se seroient disperséz ; pour ces raisons nous avons donné, concédé et octroyé en propre aux dits Pères Jésuittes les dits fief, terre et seigneurie de Sillery, d'une lieue de large sur le fleuve St.-Laurent, et d'une lieue et demye ou environ de profondeur jusqu'à la seigneurie de St.-Gabriel qui la termine par derrière, commençant du coté du nord-est à la Pointe de Puisseaux, et d'un coté au sud-ouest à une ligne qui la sépare du fief de Gaudarville, lesquelles lignes ont été tirées, l'une il y a environ vingt-cinq ans, et l'autre il y a environ quarante, avec tous les droits et privilèges concédés autrefois aux dits sauvages, pour jouir le tout en véritable fief, ne relevant que du roy, avec droit de haute, moyenne et basse justice, ainsi qu'ils possèdent toutes les autres terres que Sa Majesté leur a bien voulu accorder en ce pays ; et pareillement, nous leur donnons, concédons et octroyons en même titre de fief et avec les mêmes droits et privilèges cy-dessus spécifiéz les dites quatre perches de terre de front sur huit de profondeur, concédées par feu M. De Montmagny, et les vingt toises en quarré d'augiTientation concédées par feu M. Dailleboust, tous deux gouverneurs généraux de ce pays, au dit feu Paschirigny, capitaine sauvage, pour du tout jouir par eux en propriété à toujours, suivant la Coutume de Paris, à la charge que les appellations de la justice du dit Sillery ressortiront devant le Sr. lieutenant-général de la prévosté de Québec, et que les dits Pères Jésuittes seront tenus de prendre de Sa Majesté ratiffication des présentes dans un an.
En témoin de quoy nous les avons signées, à icelles fait apposer les sceaux de nos armei et contresigner par nos secrétaires.
Donné à Québec, ce vingt-troisième octobre mil-six-cent-quatre-vingt-dix-neuf.
(Signés) LE CHEVALIER DE CALLIÈRE, et
Par Messeigneurs,
(Signés)