ODE A VICTOR HUGO
Un journal a raconté que le jour des funérailles de Victor Hugo, au pied de l'Arc-de-Triomphe, où le cercueil était déposé sous un monceau de fleurs, op avait vu voler un papillon blanc.
C'était Tàme du grand poète Qui voltigeait sur ce cercueil.
Pour le monde, c'était un deuil :
Pour elle, c'était une fête I
Elle disait : Ne pleurez pas ; Plus que jamais je suis vivante, Libre, après un siècle d'attente, Libre enfin, grâce à toi. Trépas !
Maintenant, plus de défaillance !
Plus de limite à mon essor :
J'ai beau monter ; je monte encor !
Rien ne finit, rien ne commence.
Au fond de l'infini vermeil Je vais, je reviens, je me pose Tout à l'heure, au bord d'un soleil, A présent au bord d'une rose.
Hier, dans le Panthéon bleu, Où préside Apollon Sminthée, Eschyle disait à Tyrtée : « Le voici, serrons-nous un peu. »
Au-dessus d'eux, le vieil Homère Me pressait sur son torse nu :
« mon fils, sois le bienvenu ! »
Shakespeare me disait : mon frère.
Sous un haut portique d'onyx, Périclès, Démos thène, Eschine M'appelaient, de leur voix divine Dont l'éloquence emplit le Pnyx.
Et le chantre des Lusiades, Accouru d'un air radieux, A l'écart de ces demi-dieux, M'entraînait sous les colonnades.
Mais me voici, mes bien aimés !
Et toi, la Grand'ville, ma mère.
Qui viens pleurer sur la misère De ces restes inanimés 1
Ainsi sous l'arche triomphale Vous avez mis le vieux rimeur :
Que va dire le sombre auteur De l'Épopée impériale ?
Nous avons chanté sa grandeur Et les fureurs de son génie :
Soit. La fête où je vous convie, C'est l'apothéose du a Cœur f »
Paris s'exalte ! C'est lui-même Qu'il salue en moi, son enfant.
Ce qu'il appelle un grand talent C'est la grande amour dont je l'aime !
Et c'est pourquoi les carrefours, S'emplissent : bancs, fontaines, marbres, Les quais, les ponts et jusqu'aux arbres !
Et la foule grossit toujours.
Eh bien ! que l'ample théorie, Se déroule : Institut, Sénat, Chambres ! la force de l'État, La parure de la Patrie !
Et l'armée avec ses clairons, Ses tambours et ses cantinières ; Et le Peuple, avec ses bannières !
Les Gymnases, les Orphéons I
Ces massifs de fleurs qui sous l'arche.
Montaient plus haut que le cercueil, Les voilà qui mènent le deuil ; On dirait le jardin qui marche I
Mais pourquoi tous ces crêpes mis Sur la file des lampadaires ?
Pas d'abat-jour sur les lumières :
Les boisseaux sont mes ennemis.
Montons dans la clarté sereine, Montons dans l'amour, dans la foi I — Au Panthéon ?... Non. Suivez-moi I C'est bien plus haut que je vous mène.
Plus haut que temple et que saint lieu, Sur les pentes de TEmpyrée Voyez monter la Voie sacrée ; Suivez-moi : je vous mène à Dieu.
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