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NOS MEULES

Au bord de la corbeille, où glisse le fumier,

Il grattait, écartant le paillis. Deux femelles

Le suivaient pas à pas, plus petites, moins belles,

Qui semblaient deviser entre elles, par moment,

Comme de quelque grave et sombre événement !

Et la petite troupe arrivée aux allées,

Faisait, pour les franchir, de courtes envolées.

Alors je les comptai de nouveau : toujours trois !

Mais je n'ai jamais vu trois merles vivre ensemble.

Non plus que trois pigeons. Ah 1 grands Dieux! mais je tremble.

L'image d'un malheur se dresse. Que de fois

Le récit m'est venu de ce portier indigne.

Le vôtre, hélas i voisin, qui pour un cep de vigne.

Pour un pied de salade — ô barbarie insigne

Qu'il couvre vainement de la raison d'État! —

Se prétend tout permis, même l'assassinat.

Ahi le drôle sans cœur! quoi ! sachant qui vous êtes.

Et qu'il loge chez lui le plus doux des Poètes,

Pour vos meilleurs amis il n'a pas de respect !

Cet homme-là, voisin, doit vous être suspect.

Plus sec que son cordon, plus vil que ses légumes.

Il détruit les oiseaux I ces hôtes de l'Ether,

Ces êtres supérieurs, faits de chants et de plumes.

Qui viennent nous conter les bois, les prés, la mer.

Et mettre leurs chansons dans nos coins de verdure

Avec l'illusion de la grande Nature I

Donc, trois merles, sans plus, étaient dans le jardin

Et je les ai comptés moi-même, ce matin.

L'homme a passé par là. Le meurtre est manifeste.

Quand le Printemps nous va ramener les beaux jours

If POÉSIES DIVERSES

Eh quoi! trancher ainsi d'innocentes amours

Et nous ravir du coup de si belles aubades ?

Mais il faut, voyez-vous, sauver les camarades,

Ou bien tout est perdu. Plus de douce chanson

Pour sonner le réveil à Theure de matines.

Plus de tendres appels dans les vertes glycines

Dont les grappes de pourpre ont fleuri nos perrons.

Que nous restera-t-il? Le coq, à la voix aigre.

J'aime assez son clairon de cuivre, vif, allègre

Gaulois enfin. — Maudits tous les Cochinchinois,

Qui traînent dans la nuit leurs lamentables yoix!

Mais la note d'argent, limpide, éolienne,

Qui, dès l'aube, entendue à travers la persienne,

Évoque en plein Paris une image des champs.

Qui pourra nous la rendre? Eh bien, sus aux méchants I

Défendre les chanteurs, c'est affaire aux poètes !

Et vous les défendrez, voisin, car vous en êtes.

16 Février 1888.

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