‹ Pièces sur le Mexique. InéditesChapitre 2 sur 7 · AU ROI · texte numérisé non relu

AU ROI

D. F. Juan de Zuxnarraga naquit en 1468, à Dorango, et reçat l'habit de Saint-François au couyent de N.-D^de Âran-^ zazu, en Biscaye. En 1627 , il fut nommé éyéque de Mexico, et sacré peu de temps après par D. Fr. Julian Garces , évéqne de Tlascala. 11 mourut en i548, à Tâge de quatre-TÎngls ans.

On a beaucoup reproché à Zumarraga et aux missionnaires de son temps , la destruction de tous les manuscrits mexicains; lis ont sans doute causé à la science un tort irréparable; mais il ne faut pas oublier que leur grande affaire était la propagation de la religion chrétienne , et ils regardaient comme un devoir de détruire tout ce qui pouyait leur rappeler leurs an* ciennes croyances.

Que la grâce y la paix et la miséricorde de

N. -S. J.-C. soient avec V. M,, et qu'elle 16. 1

lise avec attention cette lettre écrite avec l'intention sincère et légale de servir Dieu et V. M. J'écris san$ passion et pcnir értre utile aux habitants tant espagnols qu'indigènes de ce pays; pour dédiargcr ma conscience et pour remplir les devoirs de la charge que j'ai acceptée comme une croix et un martyre ; je dirai la vérité, quand même il devrait m'en coûter la vie, qui est menacée, à ce qu'on dit, par la haine de mes ennemis; mais celui qui doit nous juger tous me tiendra compte un jour des persécutions que je souffre pour sa cause.

Aussitôt mon arrivée dans ce pay« , après avoir consulté les religieux les plus graves , ainsi que les conquérants et les habitants les plus anciens , j*aî adressé à V. M. un rapport sur l'état dans lequel je l'ai trouvé; mais maintenant que j'ai plus d'expérience, et que j'ai pu m'instruire en conversant avec les indigèoesi, je ptiis lui Êiire connaitre la manîière de. voir des Espagnols , et tout ce qui

s'est passé depuis t'arrivée de Faudienceroyale avec laquelle je suis venu ^ et c'est au nom de Weu que je supplie V- M. de vouloir bien remédier aux abus.

Y. M. sait que quand Feraand Ciortez. vint pour la première fois dans ce p^ys , il était envoyé par Diego Velazquez, gouverneur de Cuba , à la recherche de Grijalva, que celui-ci avait envoyé avec une flotte pour faire des dér couvertes. Velazquez avait ordonné à Cortea de revenir avec lui s'il le trouvait, parce qu'il n'avait pas de permissicm de V. M.

pour faire des conquêtes ; et d^ns le cas con«r traire , de changer sur la cote , contre de l'or, toutes les marchandises qu'il avait apportées à cet effet, et de revepir à Ciuba. Grijalvay étant revenu avant que Çortez mît à la voile , celui-ci aurait dû renoncer à son estpédition | car l'effet devait cesser avec Ja cause; mai^ C!ortez, se voyant avec des hommes et deai vaisseaux , et conduit ^n^ doute par une itls^ piratiofi de Dieu, <Jui TOu-Wt sirracher eépaV^

au démon , ne suivit pas les instructions de Velazquez. Il partit, et, guidé par la divine Providence, arriva bientôt au premier port du Mexique , qui se nomme San Juan de Ulua. Le pays lui plut beaucoup » et il crut rendre un grand service à V. M. en le colonisant. Il y débarqua donc, contrairement aux ordres qu'il avait reçus, et écrivit à V. M., ainsi qu'à Diego Yelazquez, pour rendre compte de sa conduite. Les uns l'approuvèrent de s'être adressé directement à V. M., et de lui avoir envoyé l'or qu'il s'était procuré; d'autres l'en blâmèrent, et dirent qu'il aurait du le remettre à Yelazquez* L'armée de Gortez se divisa donc en deux partis ; mais ses amis l'emportèrent et le proclamèrent capitaine général. Il réduisit à l'obéissance, quoique avec beaucoup de peine, les partisans de Yelazquez, qui tentèrent même plusieurs fois de l'assassiner. La Providence le préserva pour qu'il conquit ce pays; car, selon tous les gens impartiaux, on

n'y serait jamais parvenu âans lui. Il s'em-* para donc de tout le Mexique et de sa capitale. y. M. connaît les détails de cet événement.

Aussitôt que le pays fut soumis , Fernand Cortez, à la prière de Julien de Alderete, trésorier de V. M., et de tous les conquérants^ fit la répartition des Indiens. Le pays était sur le point d'être entièrement détruit , car, sous prétexte de chercher des vivres ^ les Espagnols s'emparaient de tout ce qu'ils trouvaient. Ce fut à cause de cela qu'il se décida à faire cette répartition, dans laquelle il prit cependant , pour lui et pour ses amis , tout ce qu'il y avait de meilleur. Plusieurs conquérants , et particulièrement ceux qui s'étaient montrés partisans de Diego Velazquez, furent donc peu satisfaits de la part qu'il leur avait faite. Il avait assigné à V. M. les villes et les provinces les plus importantes ; mais ensuite il les enleva aux officiers royaux qui s'en étaient déjà mis en possession , en disant qu'en les donnant en commanderie à des par-

6 t^lÈCES

tkulieri^ le quint des tributs qite c^x^eî se^ «ktitobligéldc payer rapporterait davantage àli trésor lx>yal ^ tandis que tout le profit était aux officiers royaux et à leurs serviteurs. Il prit pout lui l'imp^lrtante ville de Tezctioo^ qui appartenait âuj^^ràyànt au domaine royal> ist distribua le tiesîbd à sa eonvenance*

Il y âLvàtt peu dé temps que le Mexique était «bnquis et partagé ^ q^and lés ofBoiers de Va M*^ Alonsd de Estrada^ Rodrigo de Al^ hùttvMy Gonisalo de Salatar et Pèro Almmdeé ËSiirino v arrivèrent. Cortez leur fit le meilleur accaueil > les mit en possession A^ leurs diargeSy et les combla de biens. Tous lui ii-^ Vent les plus grandes démonstrations d'amitié, ^ns en excepter le fkcteur Salajzar.

A cette époque Fefnand Gortez envoyait de tous côtés des capitaines avec bon nonkbfe de i^oldats pouf parcourir le pays et examiner quelles étaient les provinces qu'il serait convenable de coloniser. Parmieux se trouvait Chrislx>vai de Olid , à qui il donna une flotte et une

année peur aller ooiotûser la proyiiice de Hibuerasy et le cap de Hoiiduras qui passait pour un pays très-riche* Les préparatifs de cette ea^ pédition coûtèrent beaucoup d'argent à Gortez} mais GhristoTal de 01kl , qui avait été servi^^' teur de Diego Vdazquex^ etquiparconfiéqu^t était ennemi de Cortea» n'eut pas vu plutôt la richesse du pays^ qu'il prit la résolution de de rendre indépendante Aussitôt que Cortass l'eut apprîs> il lui envoya quelques officiers pour le sommer de reconnaître son autorité | mais Olid sV étant obstinément refusé , il résolut d'y aller en personne , sans se laisser effrayer par les difficultés que présentait un ausâi long voyage par terre*

€ortez se mit donc en route ^ laissant pour haut- justicier (justicia mayor) de tout le pays le licencié Zuazo^ auquel il donna le pouvoir de décider toutes les contestations. Il lui di»ina pour collègues dans le gouvernement le trésorier Âlonso de Estrad^a et le confador Albomoz.

A peine Cîortez avaib^il quitté la ville, qu'Es* trada et Albornoz se brouillèrent , s'accablèrent réciproquement d'injures , et tirèrent mêmerépée l'un conti^e l'autre. Cortez, informé de ce désordre par des lettres qu'il reçut de Mexico , fit partir de Guazacalco, où il se trouvait alors, le facteur Gonzalo de Salazar et l'inspecteur {veedor) Peralmindez Chirino, qu'il chargea de mettre un terme à ces désordres. Il leur donna deux patentes : d'après l'une , s'ils trouvaient d'accord Albornoz et Estrada , ils devaient simplement s'adjoindre au gouvernement, et gouverner tous les quatre de concert avec le licencié Zuazo qui , comme jurisconsulte, conservait seul l'administration de la justice; mais, si la discorde continuait, Salazar et Chirino étaient autorisés, par l'autre patente , à prendre seuls les rênes du gouvernement. Ceux-ci , poussés par leur ambition , s'entendirent avec Albornoz; celui-ci détestait tellement Estrada, qu'il consentit à être dépouillé de son pouvoir, pourvu

qu'il l'entraînât dans sa chute ^ et qu'on le punit comme le fauteur de tous les troubles* D'accord avec Albornoz, les envoyés de Cortez déchirèrent la première patente , et ne mon-^ trèrent que celle où il était dit que , puisque Ëstrada et Albornoz ne pouvaient s'accorder,ils leur étaient substitués dans le gouvernement. Estrada se soumit d'abord ; mais ayant appris d' Albornoz, avec lequel il s'était réconcilié, l'histoire de la patente déchirée , ils allèrent se plaindre au licencié Zuazo , et demandèrent à être reconnus de nouveau comme membres du gouvernement. Zuazo décida en leur faveur; mais il y eut beaucoup de troubles et de désordres à ce sujet, et ta guerre civile fut plusieurs fois sur le point d'éclater.

Salazar, en homme adroit , se ligua avec un certain Rodrigo de Paz , parent de Cortez y qui remplissait les fonctions d'alguazil mayor, et qui jouissait d'une grande influence dans le pays, parce que tous les partisans de Cortez le regardaient comme leur chef. Soutenu par lui>

i P1KCE8

il fît arrêter le trésorier et le cofitador^ les retint prisonniers dans leurs maisons^ commença à feire faire le procès de leurs amis 0t de leurs partisans ^ auxquels il infligea en public un châtiment honteux. La guerre civile fut de nouveau sur le point d'éclater ; miai$ grâces à Dieu et aux sermons de F. Martin de Valencia et de quelques autres saints religieux» on parvint à l'empêcher.

Aussitôt que Salazar et Chirino se virent maîtres du gouvernement, et que le corps municipal leur eut prêté serment, ils commencèrent à voler de toutes les manières* Ils arr^ient et torturaient les chefs indiens pour leur extorquer leur or et leurs bijoux* Ils distribuèrent des repartimientos très-considérables à tous ceux qui suivaient leur parti.

Rodrigo de Paz ayant voulu leur faire quelques observations , et leur ayant envoyé des religieux pour leur représenter qu'ils ruinaient et perdaient le pays^ ils le firent arrêter pour se délivrer d'un censeur importun. Cette ar-

SUR Lfi MEXIQUE. H

tèstâtion cnuda un id tumulte ^ que la guerre tiyile ibt une troisième fois sur le point d^étkterj mâlgfë lôelay ils lui firent son procès^ et le firent pendre au bout de peu de jours , après lui avoir fkit subith les plus eruellcs tortures. Quelque temps auparavant ils s'é- Isaîent déjà empanés> sous je ne sais quel pré^ texte ^ de la personne du licencié Zuazo> et n'avaient exilé , aii^i que plusieurs des principaux partisans de Cortez ^ afin que personne ne pût s'opposer à leurs volontés, et qu'ils fussent entièrement maîtres du gouvernement qui , entre leurs mains , ëtait le plus dé^r^ donné qu'on puisse imaginer.

Vers<sette époque, Sala^ar et Chirino ré^ pandirent le bruit que Gortez avait péri sous leâ coups des Indiens, avec tous ceux qui l'ac^ compàgnaient dansson erpëdition d'Hibueras. Les ami$ de CSortez contredirent cette nouvelle , ce qui les irrita tellement , qu'ils osèrent ftiire proclamer publiquement que personne ne fut assez hardi pour dire que Cortez vivait

encore^ sous peine de cent coups de fouet.

Salazar surtout se montrait très-violent contre Cîortez, et le traitait publiquement d'hérétique , de traître et d'usurpateur. Il ajoutait que , même dans le cas où Cprtez vivrait encore, il ne le laisserait jamais rentrer dans le pays; que ce n'était pas comme facteur qu'il était venu au Mexique, mais qu'il était porteur d'^un ordre secret du roi pour arrêter Cortez , et qu'il l'aurait exécuté si celui-ci ne fût parti pour Hibueras.

Les Espagnols se divisèrent donc de nouveau en deux partis : l'un , auquel appartenait Salazar, se composait des anciens amis de Velazquez ; l'autre , de ceux de Cortez. Salazar fit arrêter tous ceux de ces derniers dont il put s'emparer ; les autres se réfugièrent dans les forêts quand le bruit de la mort de leur chef se répandit dans Mexico. Salazar et Ghirino forcèrent de nouveau le corps municipal à les reconnaître comme gouverneurs au nom de Votre Majesté. Pour accréditer le bruit de la

mort de Cortez, ils firent célébrer de pompeuses funérailles en son honneur au couvent de Saint-François. Ils firent faire un inventaire de tout ce qu'il possédait et le vendirent au plus vil prix , car ils eurent soin d'en faire fixer l'estimation par un nommé Hernando Lopez, quiétait un de leur3plus chauds partisans. Quand la vente fut terminée, ils se firent prêter par lui un très-grand nombre de pesos d'or qu'ils envoyèrent en Espagne pour les mettre en sûreté. Salazar fit aussi piller la maison du roi de Tezcuco, qui avait accompagné Cortez à Hibueras , en disant qu'il avait également péri dans l'expédition. On est sûr qu'il y prit au moins cinq ou six mille pesos d'or, mais on dit qu'il y en avait plus de trente mille.

Quand Cortez et ses amis rentrèrentà Mexico , ils ne purent jamais savoir exactement ce qu'on leur avait pris , parce rpie celui qui en avait fait l'inventaire s'était enfui en Espagne et était mort dans la prison de Séville. Quant

au rcH de Tezcuco, il ne put jamais rien recou-- Trer de tout ce qu'on lui avait enlevé.

Une fisEQine de bien,^ dont le mari avait aocompagne Gortez, ayant dit dans sa doiiK leur que cette nouvelle n'était pas vraie et qu'ils étaient tous bien portants^ Saltzar lui fit donner publiquement vingt coupa àe fouet comme devineresse. Il était maître absolu du pays^ le gouvernait comme un tyraxk, et avait enrichi ses partisans avec les Indiens et la dépouille de Fernand Cartes et de ses compagnons ; car il comptait sur Tintérét qu'ils auraient à le défendre et k le soutenir si celui-ci reparaissait y ce que les anei€»is amis de Diego Velasquez , qui avaiaat embrassé son parti , étaient tout disposés à faire. Les amis de Cortez^ affligés et dépouil^ lés de tout , se réfugièrent dans les couvents en attenifaint le secours que IMeu leur enver-? rmt. Sialozar passait chaque semaine en revue ^es soldats, dont le moindre se vantait hau^ .temcflt que si Cortez était encore c« vie, il se

chargeait de le faire prisonnier ou de le tuer à coups de lance.

Pendant tout ce temps, Gortez ignorait complètement tout ce qui se pasisait. Il apptît enfin^ par un vaisseau qui vint toucher à Hon« duras ^ la tyrannie de Salazar et la iDaiiière dont il avait traite ses amis» Gomme il ne pouvait quitter le pays, il envoya un de ses pages à Mexico avec une révocation de ses^ pa-» tentes antérieures , et une autre par laquelle il annulait tous les pouvoirs des officiers royaux qui en avaient abusé pour allumer un pareil incendie ; il nommait pour gouverner k leur place un de ses parents appelé Franhcois de las Casas. Mais quand le page ar* riva à Mexico, il y avait longtemps que François de las Casas n'y était plus, parce que Salazar, pour s'en débarrasser, l'avait envoyé prisonnier en Espagne. Le page , craignant alors que le tyran ne le fit ipexi^ dre, se réfligia dans le co*iventdeSaintr-Fran* cois. Quand le bruit de son arrivée se fut ré'^

pandu dans la ville, Estrada^ Âlbornoz/ Salazar^ Chirino et leurs partisans en furent bien étonnés; car il n'y avait presque plus personne qui crût que Cortez fût encore vivant.

Quand les premiers eurent vu la lettre de Cortez, qui révoquait tous les pouvoirs qu'il avait donnés , ils crurent l'occasion favorable pour se venger de Salazar et de tous les affronts qu'il leur avait fait subir. Ils se réunirent secrètement au couvent de Saint-François, et y convoquèrent tous les amis de Cortez^ qui s'y étaient réfugiés. Ceux-ci n'osèrent désobéir aux principaux officiers de V. M. , qui leur ordonnaient de les suivre. Ils réunirent dans une maison les alcades et les regidors ^ et se firent remettre par eux la baguette de justice comme lieutenants du gouverneur, quoiqu'ils n'eussent pas de pouvoirs à montrer. Ils se rendirent ensuite tumultueusement à la maison de Cortez, où était logé Salazar; celui-ci s^ était retranché. Il avait avec lui beaucoup de ses amis bien armés, quoi-

qu'un grand nombre l'eussent abandonné.

On rompit les portes de la maison avec de l'artillerie, et l'on s'empara de Salazar au milieu d'un tel désordre, quec'est un vrai miracle que tout n'ait pas été perdu ce jour-là; car les Indiens avaient pris la résolution de profiter de cette occasion pour tomber sur les Espagnols, les massacrer jusqu'au dernier, et délivrer leur patrie.

Estrada et Albornoz, maîtres de la personne deSalazar, et débarrassés deChirino, qui avait pris la fuite, commencèrent à gouverner demanière à remplir leurs poches. Ils prirent pour eux un grand nombre d'Indiens, en donnèrent à leurs amis , et commencèrent à instruire le procès de ceux qui avaient pris parti pour leurs ennemis : plusieurs furent décapités ou pendus ; les autres se réfugièrent dans les couvents, dont on en arracha même quelques-uns pour les faire exécuter. Tous furent dépouillés de leurs Indiens et persécutés de toutes les

manières.

1 8 ITÈCES

Pendafift qlie ie Mexique étairt Ôévdrë par èet incendie, Gortez y Tentra. Quand on apprît qu'il avait quitte le port et qu'il approchait de la capitale, un effroi mcroyabk b' y t^épaiidit. Chacun voulait porter plairfte des 'exécations, des pillages et des vexatiotïs '^îavai^ent eu lieu. Lés uns accusaieiit Sala^sar êtObiritio, qui étaient prisonniers , ies autres, Ëdtrada et Albornoz , qui gouvernaient.

<^uand Clortez vit l'écheveau qu'il avait à débrouiller, il se retira au cbuvietit de Seiînt- François , se confessa et communia, et consulta ensuite le gardien et les religieux les pl^uB Igrarves siir tout ce qui s'éÉait pas^é ^et sur «la conduite qu'il avait à tenir. Mais ce fut à cette époque ^u'«n4và à la Nouvelle-Espagne te licencié Luis Ponce de Léon , queV. M. envoyait en qualité déjugé de Résidence. Atïs- ^itôtqu-il eut exhibé ses pouvoirs, ïotis les officiers de justice hîi remirent la baguette, insigneMfe lem* charge ; mais peu de Jours après , Dieu l'appela à lui ; d'après le bien que ttî'oflt

SUR L£ sliilXIQUE. 19

cUt 4e Im tous oeux ^ui l'oixt connu , sa mort iiut aaiiis tdpute un ccbàtivaent q«i'II plut à la ProyideiM^ç d'înâiger à^^pay/s. 11 avakdésigiaé pour k i^eiBwplacer le licencié Marcos de A^i-lar; wnis conopiin? il étaât tràsrv^ieux , sesiiiifir* mités rQo^pêohèrent 4e »rien foire. Il ma»rut au 4)oUit de peu 4e ^temps , après ayoir ii<^]W(iê à ^sa place le rtrë$Qricr Estrada.

3ous le gou^verneiuent 4'A)1q«^o de Estrada el;ide Go^alo de Sandoval^ Nuâo 4e Gm^ «nan am\a dans la proyince 4e Fajiiueo , ioù V. M* ?r^iyoyait en qualité de rgoiiyer neur. II. avait ipaa$é par l'Ile Espagnole et parCIuba» où À\ s'était arrêté longtemftô. lies Mbitanis de cea lies ; qui.étuient pour la {^upaiit enoe-iqi^ de Cprtez et envieuse de la position télev^ où îR était panven^u^ profiterait du sgoutr 4e Nuiio de Gus^eoan pour leipréveniriOontreJui. Il embrassa chaudenoeBt Je parti de i\rela;z(}uez parrintlueiioe de ?sqn paiienfcGo|a»lo4e.Guzman , qjui:est(Êiiypwrd'huigou»ve?neiir de Cu})a ,

etqui avait été longtemps au jsea:*vice de celui-ci.

Aussitôt qu'il fut arrivé dans son gouvernement, il commença à montrer sa mauvaise volonté en écrivant une lettre fort insolente à €ortez, et une autre remplie de témoignages -d'amitié au facteur Salazar, qui était alors en prison. Il entretint constamment une correspondance avec celui-ci , et en vint au point de regarder comme ses ennemis personnels fous ceux qui prétendaient que, loin d'êire un traître , Cortez avait rendu de trèsgrands services à V. M. Il en fît fouetter quçlques-uns et cassa les dents à d'autres avec un bâton y sans qu'ils eussent commis d'autres crimes. Il osa même en arrêter quelquesuns sur le territoire de Mexico , et les fit pendre. Il empiéta sur les limites du gouvernement de Cortez, en s'emparantde plusieurs villages que des habitants de Mexico avaient en commanderie; accabla les caciques de tortures et de. vexations , et mit garnison chez eux pour les forcer à reconnaître son autorité. Les habitants de Mexico étaient telle-

ment irrités de sa conduite , qu'une des plus grandes preuves de respect et d'obéissance qu'ils aient pu donner à V. M. , est de n'avoir pas pris les armes pour marcher contre lui. Avant de partir pour l'Espagne^ Cortez fit tous ses efforts pour apaiser Estrada et Sandoval^ qui étaient très-irri tés. Us se contentèrent donc de faire dire à Guzman de ne plus leur écrire de semblables lettres , parce qu'ils ne les recevraient ni ne les liraient.

Guzman était donc devenu le chef des partisans de Velazquez et des ennemis de Cortez , tant à cause des impressions qu'il avait reçues avant d'aborder au Mexique, que par l'influence qu'exerça sur lui le facteur Salazar après qu'il y fut arrivé; il espérait, à l'aide de celui-ci , parvenir à évincer Cortez de son gouvernement et à s'en emparer ; car, c'est le démon de l'ambition et de l'avarice qui a été cause de tous les crimes qui ont désolé ce malheureux pays.

Quand les membres de l'audience, avec les-

ffuels je avis venu dafvs ce pays, y furent arrivés,' ils envoyèrent en toute hâte lïtt messager à Panuéo pour en avertir Nufio de Guzmain ^ que Y. M. avait nommé leur président : mais avant qu'il fut arrivé à Mexico , deux des auditeurs étaient morts. Il ne restait que le vieux Matienzo et le jeune DelgadillOé Quant à moi, je crois qu'il est paiement màlheureilx pour te pays que lès uns soient morts et que les autres leur aient survécu.

Peu de jours après l'arrivée des auditeurs à Mexico^ on apprit que Nuiio de Gusman aVait quitté Fanueo et s'était mis en route pour se rendre à son posté. Salazar montra bien, dans cette occasion > l'amitié qui les unissait; car il envova ati^evant de lui des étoffes de soie et des draps , des tailleurs pour faire des vêtements au président et à sa suite , ainsi que de Targent et des rafraîchissements. Albornoz alla au-devant de lui avec des lévriers de chasse et tout ce qui pouvait contribuer à son

SUR L^ IJI^XIQUE. 23i

aif^V^çipent.. ISu$q 4e Qysyman reçut tpq^^r^-

S^la%^^ piçrsiimdft ai^ tr^^oriçr il^raçl^ , qui gQUveruail ^Iqts , d'envc^y^rau-dev^mt ^u pré-r

siiçlent Antonio 4^ (>vavqjal ?t \^n wàteçifl 0Qi9wé Hcyiçda ;^ qui €tw.ent ^lor^ yégidors. ^ Mexico^ lUét^içnt, et sftSjQirt tQ^iQwr3 ^jtwltféfiî

depuis, gr?i«d9t ^wi^ itft Sala^r pli em^emi^, mortels de Cortez ; il^ raccwatàrf n| à Guzm^n Umt cç qui $'ét%it p«^^$é au dq^v|^^t^ge de Cortea et du trésorier, qui , trompé par S^t la^ar? ïe çrpyait Ston meilleur aifli. Guzrnfin , pen^Dt que ce$ deu;i(: hommes lui étaient ç^rr VQyés par l?i ville , fut; ravi de pç qij'Us pai^-r tageaient sa Jîifu;ii^i;*e de voir, çt y erij^i'îi ayçç If^ rësQlutian bien prise 4'?s§Guvir sa l^^ine sur tQijs les pai^tisans de Çp^te?:.

Sal^zar T^'avait ^légligié auçijp îfloyep ppijr cirep^yenir M^tienzo et Pelg3dî)lo , les spjifls luembres de T^udiencp qiii eussent survécu , pe qui lui fut d'autant plus %ile, q^p îf^ïg^diJlo es j: çQrpinelui uafif ffp Qf enaçie. Ils av^ jpfït

d'ailleurs, dés le jour de leur arrivée, montré beaucoup de mauvaise volonté contre Cortez.

Elle avait été augmentée par le triste état dans lequel ils avaient trouvé le pays, et ils se réjouissaient quand on parlait mal delui. Salazar était sans cesse autour d'eux , s'occupant de leur logement et de tout ce dont ils avaient besoin : à peine les laissait-il seuls pour dormir. Ils le comblaient de faveurs , et il osait répéter sans cesse en leur présence mille horreurs contre Cortez, sans éprouver de contradiction. Quelques personnes cependant pensaient qu'ils agissaient ainsi par ruse, et qu'ils

se réservaient de le punir plus tard de tous les désordres qu'il avait causés.

Nuno de Guzman arriva à Mexico tout étonné de la grandeur et de la richesse de la Nouvelle-Espagne, qu'il avait traversée presque tout entière pour se rendre dans cette ville, du grand nombre des indigènes et de la réception qu'on lui avait faite. On lui avait élevé des arcs de triomphe. Un grand nombre

d'Espagnols à pied ou à cheval avaient été audevant de lui. Les Indiens^ couverts de riches vêtements en plumes, avaient exécuté des jeux et des danses. Tout le monde se' réjouissait en effet de son arrivée , car on espérait que l'installation de l'audience mettrait un terme à tous les troubles et à tous les désordres. Mais toutes ces belles espérances furent détruites par les manœuvres de Salazar et de ses amis , qui leur inspira une foule de mesures hostiles aux partisans de Cortez ; car il est bien notoire, dans toute la Nouvelle- Espagne , que l'audience ne se laisse guider que par ses inspirations et fait tout ce qu'il veut. L'audience n'a cessé de travailler à diminuer aux yeux de V. M. les services de Cortez, et à noircir sa conduite, dans l'espérance que V. M. ne lui permettrait pas de revenir au Mexique, et qu'ainsi, ils pourraient se partager tout ce qui lui appartient ; car ce sont des gens tellement avares , que tout leur parait encore trop peu.

lia ÊtYQur que le président et les iflM^is&i^j^es^ de l'audieuce accordaient à^ SiS|la2^r c^it 9#nir feste aux yeijx de tou^, II mangeiai^ çoj^tinu^ 'lemeut avec ^ux, particulièrement ^vec If^ président, qui lui dcfunait tptujour^ ^ l^ d^ la table. Ce n'était qu'à Iw ^ au3ç siqw q^'ite faisaient bon visage , et ils r^evaie«t trés-«)A) tans ceuj( qui venaient déposer Qontr^ lui quelque plainte à leur tribunal. Cep^d^tU^ personne ne parlait du retour diç F^nan4 C!arteZ| et Von accumulait contre lui un? tellQ masse d'accusations , qu'aucun avocat pi pçr^ sonne n'aurait osé élever la voiiç en sa favcuFt Salazar, voulant augmenter ^n pouvoir, dg^^-^ naît aux membres de l'audience les plus niiau^ vais conseils, et leur enseignait àtyranwisev le pays et à remplir leur bourse. C'était ^ur-r tout un certain Garcia del Pilar, interpréta de la langue des Indiens , qui les aidait dan^ toutes leurs machinations diabolique^. Cet homme, que les membres du gouvernement précédent avaient voulu faire pendre deux pu

trois foîS; et qui, malheureiiseni^nt , avai^ échappé au ehàtiment qu'il méritait si bieû^ et à qi^i Gortcz avait défeiidu^ saus peine dç mort y de se mêler des affaires des Indiens ^ inrofita du voyage de celui-ci à Hibueras> pour se liguer avec Salazar et ses partisans » et ils se mirent à voler tous de concert. Je puis assurer à V. M. que, sans compter ce que Salazar avait déjà envoyé en Espagne, on lui saisit plus de trente mille pesos d'or fin le jour où on l'arrêta , après que la nouvelle de l'approche de Gortez se fut répandue. Il était parvenu à amasser cette somme immense pendant le peu de temps qu'il avait gouverné.

D'après ses conseils et ceux de Pilar, les membres de l'audience envoyèrent de tous côtés des messagers indiens avec l'ordre à tous les chefs et à tous les caciques de venir se présenter devant eux. C'était Pilar qui les recevait; et malheur à ceux qui venaient les mains vides; ce n'était pas du saint baptême

qu'on leur parlait alors. lis trouvèrent cet expédient trop de leur goût pour ne pas y revenir. De sorte que s'ils ont observé la lettre des instructions de V. M., qui leur défend d'avoir des Indiens en propre, ils exploitent à leur profit ceux de Cortez et de V. M* qui sont au nombre de plus de cent mille.

Ceux des bords du lac , de Guyoacan , de Huexotzinco, de Chalco, de Tamanalco, de Tezcuco , ainsi que tous les villages qui en dépendent, leur fournissent des vivres et des étoffesen telleabondancequ'ilsnesavent qu'en faire et les distribuent à leurs amis. Delgadillo fait vendre du maïs et des étoffes par un certain Lerma , auquel on a donné des Indiens quoiqu'il y ait peu de temps qu'il soit venu d'Espagne pour exercer ici la profession de pâtissier. Matienzo a pour agent un certain Antoine Borceguinero qui a été incarcéré et fouetté par la sainte inquisition. Après Salazar ce sont ces gens-là qui sont leurs grands favoris et dont ils font leurs compagnons. Il«

possèdent sous leurs noms de nombreuses bandes d'Indiens qu'ils font travailler aux mines , qu'ils emploient à construire de superbes maisons ou dans les moulins qu'ils ont construits aux environs de la ville et qui leur rapportent de gros revenus. Il n'y a pas vingt jours que l'on a achevé pour le président d'immenses moulins dans la ville indienne de Tacubaya. Il s'est emparé d'un moulin à six roues et d'un grand verger qui appartenaient au cacique, ce qui a beaucoup affligé les Indiens, non -seulement parce qu'on leur a pris leurs biens , mais encore parce que, pour faire aller ce moulin , on leur enlève l'eau qui servait à arroser leurs terres ; de sorte qu'ils sont privés de tout moyen d'existence.

L'auditeur Delgadillo a tenu la même conduite à Tacuba. Il s'est emparé d'un grand jardin rempli de fleurs et de fruits qui appartenait au cacique, et y fait construire une maison de campagne. L'autre auditeur , Matienzo , a enlevé de force à son propriétaire un

30 MÈCES

terram sftué dans le loéine endroit , sur lequel il fait construire des mouliBS. il s'est aussi emparé des meilleurs pâturages po<nr y placer ses troupeaux. En un «lot, fls^nat pris tant d'^Indiens^ de terres et de pâturages, que 1km peut dire, sans crainte de se tromper, <{ue depuis le peu detemps cpi'ils gouvernait ils ont «eqiFFS dhacun de vingt-ckiq à trente mài\e pesos dW.

^Uneftrentaine de répartimientos sontdevemis vacants depuis qu'ils gouvernent, «oit "par ia tfnort du titnilaire, soit par confiscation; mais loin de tse conformer aux ordres lie V. M.

et de les distribuer aux conquérants qui sont nmribreux et dont beaucoup \e utérîtcnt , il3 ne leur ont pas donné un seul Indien, lies Indiens de Tesquiaco qui appartenaient à Martin Vasqucz , conquérant marié établi dans cepaySjét qui rapportent beaucoup parce qu'ils travaillent àd'abondantes mines d'or, ont été donnés par eux à Salazar qui possède déjà un grand nombre de villages. On a donné à l'ins-

SUK LE MEXIQUE. 31

pectetlt* •( s^isedor ) îa pt^ôvince de Tepeaca qui est habitée par un grand nombre de tressons fndiëns , et à hXbùtnbz celle de Matlafcingo, t[uaiqif 'ileût déjà six oû sept repartimiétitôs.

Berriô , frère dti lidenciié Delgadillo , a cinq

dti feix^milte Indiens qui Ira vaillent aux mines

'dfe Tepô25co1u1a , dans la tneîlleure partie de la

prbvînde de Gtraxàca ; on aurait pu en faire

six ou sept repartiûiientôs. Frias, serviteur

^de Iftatiënzo, â reçu tous les Indiens d'André

dfe Tàpia qui est actuellement en Espagne,

'quoiqù^il ait fail; présenter un oindre de Votre

Majesté qtri d^nd qu'on les lui prenne. Le

Résident a donné à Manuel de 'Guzman , son

serviteur, les Indiens qu'il a pris à Hernando

âe Saavedra et qui travaillent aux mines du

'Mechoacan. 11 en a donné d'autres dans les

éfnvirons delà Vera-Cruz à un certain Lerma,,

Kfrercier et épicier qui lui a prêté de l'argent,.

et à Samaniego, créature d'Albornoz , alcade

et régidor de Mexico , ceux qu'on a enle^

vés au licencié Altamirano et qui sont trèsbons.

On a donné à Zarate, autre serviteur de Matienzo , d'autres Indiens très-bons dans la province deGuaxaca qui appartenaient à Cardenas Garcamo , qui est allé servir V. M.

jesté à bord de la flotte envoyée par Fernand Gortez dans la mer du Sud. Matienzo a aussi donné à un de ses cousins, qui n'a que quatorze ou quinze ans, plus de dix mille Indiens à Xaltepec : dans les mines de Guaxaca, Il les a enlevés à un conquérant nommé Juan de Rivera que la ville de Mexico a député à la cour, quoiqu'il ait présenté un ordre de V. M. qui l'autorise à les conserver. On a donné aussi des repartimientos excessifs aux régidors Hojeda, Gonzalo Mexia, Tapia et Villaroel qui sont partisans déclarés de Salazar ; et à quelques autres de la même trempe ^ qui ont pris part à tous les désordres. Car, grâce à leur secours , le président et les auditeurs font voter tout ce qu'ils veulent par le conseil

municipal. En un mot^ ils ne s'inquiètent ni des droits ni des services rendus , et ne donnent rien qu'à leurs amis.

Tous les emplois ont été distribués de la même manière. Sans s'inquiéter de la capacité des sujets , ils les donnent à ceux qui consenr tent à partager avec eux le fruit de leurs rapines. Un certain Juan Gonzalez, qui a été muletier et a exercé des métiers encore plus vils, a été nommé par eux juge de résidence et alcalde mayor de la Vera-Cruz, port du Mexi* que, ce qui est le meilleur emploi du pays , et cela parce qu'il avaitgagné l'amitié de Nunode Guzman en lui envoyant ce dont il avait besoin et en l'avertissant de tout ce qui se passait. Ils ont envoyé Berrio, frère de Delgadillo, en qualité déjuge de résidence dans la province de Guaxaca, quoique ce soit un homme sans consistance. Pendant tout son voyage, comptant sur la faveur de son frère, il a accablé les Indiens de mille vexations. Un autre Berrio >

son cousin, homme mal famé et qui entretient 16. 3

publiquement un€ concubine > a été envoyé en là même qualité dans la province de Zapotecas , et un nommé Tapia , qui ne vaut pas mieux > à Villa de los Ipilangod. Uiie créature deMatien20 a été nommée alealde deGua]«mcà< Ih ont expédié à Meehoacan un muletier qui avait été trouver Nuflo de Guzman à Panuco, pour lui apprendre qu'il était nomme président de l'audience. Ils lui ont donné quantité de marchandises ^ surtout des véte^ ment8> du vin^ de l'huile et du vinaigre pour les vendre aux Espagnols qui ejtploitent Ic^ mines de cette province, et lui ont fourni quantité d'Indiens pour les transporter^ chose qui est sévèrement défendue. C'est un char-^ pentier qui rend maintenant la justice à Te-^ guantepec. Voilà comment ils disposent de toutes les places> quand il y a ici bon nombre de personnes de qualité et de gentilshommes qui les rempliraient très-bien ; mais, ils n'en veulent pas parce qu'ils ne sont pas du parti 4e Safaaar.

J'ai déjà dit précédemment qu'Aussitôt lear arrivée dans cette ville le président et les auditeurs avaient , pût lé conseil de ^lazÂr, fàitordonner à tous les chefs indiens deseprésenter deVàht eujc> afin de lés exploiter par lé moyen de Pilar. Les seignèUi^s dé plusieurs vastes provinces vinrent leUr apporter des présents. Parmi eux se trouvait le grand Galzonzi duMechoacan^ le plus puissant roi dé tout le Mexique après Monte^uma , et lé plus riche en or et eu argent. Le président le tint pendant plus de deux tnois en prison dàiis sa propre maison et lui faisait dire chaque jour par l'interprète Pilar, que ses sujets eus^ sent à le racheter. Il exigea de lui huit cents plaques d'or du poids d'un demi-^mârc et mille plaqués d'argent du poids d'un marc, et lui donna un modèle en cire de la forme qu'elles devaient avoir. Le Galzonzi envoya des messagers dans ses états et racheta bien éher sa liberté. Pilar ne s'est pas oublié dans cette af-4 faire, car, avant l'arrivée dé l'aUdiéncé, il

était criblé de dettes, et maintenant sa personne et sa maison brillent du plus grand luxe. Cela n'est pas étonnant, car les Indiens le craignent encore plus que le président et lui payent une espèce de tribut. J'ai fait quelques observations au président en lui représentant qu'il n'était pas convenable qu'il prit pour interprète un homme aussi mal famé et que l'on avait voulu pendre deux ou trois fois. Cela faillit me coûter cher, car il redit le tout à Pilar qui vint m'insulter et m'accabler d'injures dans ma propre maison.

Le président m'a dit que Pilar lui rend des services ainsi qu'à V. M. Mais j'affirme et j'offre de prouver que c'est à l'enfer qu'il en rend. 11 mérite les plus grands châtiments, mais je n'ose espérer qu'il les reçoive dans ce monde.

Comme je ne dois rien cacher à V. M., je lui raconterai que les seigneurs de Tlatelulco, faubourg de cette ville, sont venus dernièrement me trouver en pleurant à san-

glots , et se plaignirent de ce que le président et les auditeurs leur enlevaient de force leurs sœurs et leurs parentes quand elles étaient jolies. Un autre cacique me dit que Pilar lui avait demandé huit jeunes filles pour le président. Je leur dis par la bouche du P. gardien, qui me servait d'interprète, de ne pas les livrer. L'on prétend qu'à cause de cela ils ont voulu pendre un de ces cfi^ciques. J'ai ehargé le P. gardien des Franciscains d'en parler au président. Mais celui-ci ne lui a répondu que par des menaces en disant que, si je le voulais, je pouvais faire une enquête sur sa vie.

Voyant que tous les reproches que je lui faisais en particulier sur sa conduite dissolue et sur sa tyrannie à l'égard des Indiens , que V. M. m'a chargé de protéger, ne servaient à rien , j'ai commencé à en parler dans mes sermons d'une manière générale, annonçant que j'informerais V. M. de tout ce qui se passait, et que c'était mon devoir de ne

3g t>IËGËâ

lui rien cacher* Le président en fut ttlle-^ ipent irrité qu'il dit un jour à sa table, au moins à ce qui m^a été rapporté par des per-* sonnes dignes de foi , qu'il me ferait Jeter en bas de ma chaire. Maintenant ils fuient mes sermops, au lieu dV assister; ils font dç3 banquets tous les dimanches ; ils vopt de inai-^ son en maison pour forcer les femmes à y as^ sister : il s'y passe des choses très^é^hoo-^ nêtes et ils dpnnent le plus mauvais exemple* Daps une fête que le président a donnée ch^i lui , le jour de Saiqt^Jacques, il a pris , en pré-' sepce de; tout le monde « une femme mal famée^ l'a soulevée en l'air et l'a retournée; les autres la lui opt prise des mains et en ont fait autant. 11 se passe tous les jours des choses aussi bop^ tepses pour les membres d'un tribunal suprême , et bien d'autres que je n'ose répéter , mais qui finiropt sans doute par venir aux oreilles de V. M. Elle a cru envoyer un présidept et des conseillers. Mais maintenant il y a une présidente et des conseillères qui ont

SUR Lf; HK^IQUE. 39

poussé l'wdace jusqu'à s'asseoir spus le dais royal et à y prononcer des jugements. Ce spnt elles, avecSala?ar, qui ont toute Tinfluenceet qui disposent de tout*

Pans la ville de Te^çuco, qui fait partie du domaine de Votre Msyesté, il y a une maison avec un grand endos, dont les religieux de %int-FrançQi$ ont fait depuis longtemps une espèce de couvent où se sont retirées uu grand nombre de dames nobles indiennes, tilles ou veuves, qui veulent s'instruire dans la religion chrétienne. Quoiqu'elles ne fassent pas de voBux, elles observent la clôture» Elles ont une fort bonne église où les religieux vont leur dire la messe et les instruire , sans les voir et sans avoir de communication avec elles. C'est une matrone espagnole | très - respec* table, qui est à la tête de cet établissement. Elle est venue se plaindre à moi , en sanglotant , de ce que , par ordre de l'auditeur Delgadillo, on a forcé la clôture pendant la nuit pour enlever deux belles Indiennes» Je sais,

à n'en pouvoir douter, que le frère de Delgadillo , qu'on a envoyé comme justicia majror à Guaxaca^ les a emmenées avec lui en les faisant porter par des Indiens. Il en a fait autant pour ses chiens, et pendant la rpute il s'amusait à les lancer sur les naturels pour les faire mordre. C'est ce qui m'a été raconté par un religieux franciscain qui parcourt cette province, et qui a vu lui-même un Indien à demi dévoré par les chiens de Delgadillo.

Voici une des choses qui m'ont fait le plus de peine , surtout à cause du mauvais effet qu'elle peut produire sur les naturels nouvellement convertis. Au bout de la chaussée qui conduit de Mexico à Tacuba , Fernand Cortez avait fait construire un ermitage dédié à saint Lazare. Les habitants y allaient faire des stations , surtout en temps de carême , et le P. gardien de Mexico s'y rendait souvent pour dire la messe et instruire les naturels dans la religion chrétienne. On avait construit auprès un hôpital pour les pauvres , avec un Jardin

potager. Le président, ayant remarqué qu'on trouvait dans cet endroit de très-beaux arbres et des eaux abondantes , oublia ce qu'il devait à Dieu et aux pauvres , et ordonna aux Indiens de démolir l'église , ce qui fut exécuté. Il a fait construire à la place une grande maison avec quatre tours percées de meurtrières, ce qui lui donne Tair d'une forteresse. Une innombrable quantité d'Indiens y travaillent encore aujourd'hui. On ne leur donne pas un moment de' repos les jours de fête , ni une poignée de maïs à manger. Ils apportent les matériaux sur leur dos et sont obligés de les acheter à leur frais. Plusieurs personnes dignes de foi m'ont assuré que quelques-uns sont morts de fatigue le jour même de la Fête-Dieu. Le président s'est emparé d'une grande pièce de terre appartenant à Fernand Cortez , qui se trouvait à côté de cette maison , et l'a fait enclore d'une muraille pour en faire un jardin. J'ai fait des reproches au président , qui s'est moqué de moi. J'ai cru cependant devoir résister aux

instances (iu gardiep de Tlaman^lco qui yqu-* lait que je rexcommunie à cau$ç de s^ çm-r piétements snr l'église. Par le oonseil de Sa** la^ar, le président a fait faire le procèf à Cortez^ à Alvarado et à plusieviri» autres > pour avoir, il y a huit ou neuf ans, pendant la guerre, joué aux cartes ou aux dés^ Les aceUf^ sateurs ont été si nombreux qu'il y a des jours où l'on a prononcé pour vingt m il le pesos d'a^ mendes, dont les membres de l'audienoe $e sont adjugé la meilleure partie. Les prisons d^ cette ville sont remplies de gens condamnés pour wla, et l'on a fait vendre à vil prix tout of qu'ils possédaient. Je puis sur tout affirmer que l'on a gaspillé çt détruit toute la fortuw d? Pedro d'Alvarado ; l'on s'est surtout emparé de tout ce qu'il avait apporté d'E$pagne et qui était si beau que cela aurait pu convenir à un comte. Ils lui ont pris une magnifique argenterie et des tapisseries superbes , dont ils se servent aujourd'hui, et ne lui ont pas laissé un morceau de pain à manger» Ils ont pris toutes

StJii LE MEXIQUE. 43

$0$ terres et toutes ses maisons ^ et ont été jusqu'À faire saisir une seule mule qui lui rcst^'^t au moment où il la montait en sortant de )^ ipai^on du président , le forçant ainsi à s'en ftUer à pied , sans respect pour la digpité d'Adelantàdo dont il a été revêtu par y. M. G'ççt ainsi qu'ils ont traité tous eeux qui se sont montrés hostiles à Salazar, sans Iqw permettre d'en appeler à V. M., ni Içur .donner acte de leurs procédures. On invçqtait de nouvelles persécutions contre cçux qui interjetaient appel ^ et on les tenait en prison jusqu'à ce qu'ils y eussent renoncé. Aucun notaire n'oserait rédiger une plainte, etpçr^onne n'oserait en envoyer, car le président fait arrêter dans les ports toutes celles qui sont adressées à V. M. C'est, un grand mialheur que de loyaux sujets, n'osent pas ineipç s'adresser à leur souverain pour lui demander justice ; c'est pourquoi je crois de mon devoir d'en avertir V. M.

Non*- seulement le président et les auditeurs

ont dépouillé Pedro d'Alvarado, comme Je Tai déjà dit, mais ils ont employé tous les moyens possibles pour l'empêcher de se rendre dans son gouvernement de Guatemala. Ce n'est qu'en leur faisant pour quatre ou cinq mille pesos de présents qu'il a pu obtenir la permission de partir. J'envoie ci-joint une liste de tous les objets de prix qu'il a été obligé de leur abandonner. Il faut encore ajouter tous les présents que leur ont faits d'autres Espagnols pour qu'on expédiât leurs procès.

Delgadillo a extorqué par la crainte à Siguacaci , seigneur mexicain , qui a reçu au baptême le nom de Francisco Tapia , des plumes très-riches qu'il possédait. Il est très-affligé depuis ce moment, car il y tenait beaucoup.

Aussitôt mon arrivée dans ce pays, j'appris que la province de Panuco , qui avait été gouvernée par Nuno de Guzraan , était entièrement détruite, et qu'il en avait tiré un grand nombre d'Indiens libres qu'il avait vendus

dans les îles, après les avoir fait marquer d'un fer chaud. J'ai pris des informations trèsexactes sur ce sujet, parce que cela m'a paru très -important pour le service de V. M, et j'ai appris que, contrairement aux ordonnances , Nuno de Guzman , dès son arrivée à Panuco, avait permis à chaque Espagnol de vendre vingt ou trente Indiens dans les îles. Aussitôt que les marchands des îles l'eurent appris, voyant qu'il y avait de l'argent à gagner, parce que ces Indiens sont trèsbons, ils se hâtèrent de se rendre dans cette province. Nuno de Guzman fît fréter pour eux des vaisseaux au port de la Nouvelle-Espagne, de sorte que Panuco est aujourd'hui entièrement désert, car on en a tiré neuf ou dix mille âmes au moins , peut-être même davantage ; il en est parti vingt-et-un vaisseaux chargés d'esclaves. Cela a répandu un tel efiFroi dans le pays , que les Indiens , par ordre de leurs chefs, ont abandonné leurs villages et se sont réfugiés dans les forêts. Ils n'appro-

chent plus de leurB feiuities pour ne pas engendrer d'esclavê!S* Voilà ce que disent lès ba^ bi tante de Panucp^ et cela est confirmé par une enquête qu'Âlon^o de Estrada a fkit faire pendant qu'il gouvernait le Mexique, poiir l'envoyer à V. M. Mais quand il apprît que Gutsman était nommé président, il eut peiir et lui livra tous les originaux. Celui^i a persécuté de toutes les manières les per^ sonnes qui ont déposé contre lui , et lés a dépouillées de leurs biens. Les uns sont eti prison et les auti^s se sont réfligiés dans les gôu^ vetits. Cependant plusieurs vaisseaux chargés d'Indiens ont péri. Uii grand nombre se 6otit précipités à la mer pour éviter l'esclavftge^ et ils auraient tous fait de même si on ne leâ eût surveillés jour et iiuit. Ced3( qui sont arrivés aUic ilêS étaient di fatigués du Voyage , du manque de vivres et d'air, produit par l'encombrement du vaisseau , que les malftdies contagieuses ne tardaient pas à se déclarer parmi eux, et qu*ils mouraient par milliers.

Lés marchands ont prétendu qu'on léur avait donné, pour tfê cûmttierce, une per^ middion spéciale. Mais si V. M. Ta accordée, elle doit en faire une rude pénitence, car elle À été cau^e de la destruction de toute la province. Aussitôt que Guzmàn d'est vu à la tête du gouvernement de là Nouvelle-Espagne, il a rassemblé, à l'aide de Pilar, utt très^rand nombre d'Indiens, et les a envoyée vendre à Panuco après les avoir marqués d'un fer chaud.

Si leurà principaux partisans ont été payés en repartimientos , ils ont donné aux autres , et même à leurs palefreniers , la permission d'exporter des esclaves, de sorte qu'ici on le» vend et on les joue publiquement. On usé de toutes sortes de ruses pour faire pasàer les Indiens libres pour esclaves. Si V. M. ne porte remède à tous ces désordres, cela sera bientôt inutile, car tout le pays sera désert.

Ce qu'il y a d'odieux et de scandaleux , c'est que lés membres de l'audience, même en pleir^

tribunal y Salazar et tous ses partisans traitent publiquement Fernand Cortez et tous ses amis de traîtres et de rebelles. Ce n'est certainement pas ce que mérite celui qui a conquis uii si riche pays , et Ta réuni à vos domaines. Quand il a quitté Mexico pour la première fois , il a placé le gouvernement entre les mains des officiers de V. M. , qui Font ruiné et tyrannisé , tandis qu'il avait parmi ses compagnons des hommes habiles et capa-^ blés, auxquels il eût pu le confier. Il s'est soumis non-seulement à tous ceux que V. M.

a envoyés, mais même à ceux qu'ils ont désignés en mourant pour les remplacer, et est allé se présenter devant V. M. au moment où elle était le plus irritée contre lui, à cause des faux rapports qu'on lui avait faits. C'est ce qui a amené toutes les querelles que nous avons eu tant de peine à calmer. On croyait que l'arrivée de l'audience arrêterait l'incendie; mais c'est de l'huile et non de l'eau qu'on a jeté sur le feu.

Dans toutes les enquêtes que Ton a faites' contre Cortez , on n'a voulu écouter que les témoins qui étaient notoirement ses ennemis ; c'est un prêtre apostat nommé Barrio , qui suborne les témoins ou en cherche de faux.

Ce Barrio est si bien soutenu par l'audience et par Salazar^ que je n'ai pas osé l'excommunier^ parce qu'ils prétendent que je n'en ai pas le droit. Ils lui ont donné des Indiens qu'ils ont enlevé à un conquérant. Le président m'a dit l'autre jour que si j'osais lui résister, il m'enverrait aux Açores avec mon clergé.

En résumé , c'est Salazar qui est cause de tous les troubles et de tous les désordres ; car les membres de l'audience ne se sont laissé guider que par lui. Il est plus puissant à présent qu'il ne l'était quand il se fut rendu maître du gouvernement pendant l'absence de Cortez à Hibueras. Comme on s'est assuré du conseil municipal soit en intimidant ses membres , soit en leur donnant des Indiens ,

on lui a fait nommer, comme procureurs en 16. 4

Castille^ deux hommes tout à fait yendus à Salazar et ennemis de Cortez. Ce sont des gtas sans ayeu , et de si basse dasse que l'un d'eux ne sait même ni lire, ni écrire. Pour fournir aux frais de leur voyage , on a mi& une taxe sur le pays , ce qui a mécontenté tout te monde. Ils doivent demander à V. M. de ne pas permettre à Cortez de revenir au Mexique , de charger le président de Taudience de la distribution des repartimientos, et de remettre le gouvernement 4es indiens entame leurs mains , sans permettre que ni moi ni aucun autre religieux nous exercions la charge de kur protecteur.

Craignant qu'on ne réagit compte à Y. M.

de leur conduite, ils ont empêché AUamirano et le trésorier Estrada de se rendre en Espagne. Il y a peu de temps que je fis partir deux religieux avec de& dépêches pour V. M. Afin d'éviter les soupçons, je leur ordonnai de suivre la route de Panuco; mais le président , en ayant eu avis , envoya après

eux un certain ivt^n del Gamino^ rjui les suivitjusqu'à San-Estevan de Panrico. Il les inena loger chez rni alcade nommé Tixon , majordome du président, et là, on leurvofo tous leurs papiers^ Pour combattre mesacen^ations, les membres de l'audience y dès qu'ils en eurent oh) naissance , commencèrent une instruction contre moi; ils n'ont pas plus manqué de témoins pour attester leuirs calom* nies contre moi que contre Femand Cortez.

H nte peste encore à rendre comfpte à V. M. de ce qui m'est arrivé à cause de mra charge de protecteur des Indiens. J'arriirai au Mexique en même temps que les quajtre nombres de l'audience^ et le bruit se répandit bientôt que j'étais chargé par V. M.

de la défense et de la protection des naturels. Je parcourus rapidement les soixantc^qujnze lieues qui séparent Mexico de la mer. Les chefs indiens se hâtèrent de venir au-devant de moi pour implorer ma protection , et m'offrirent un grand nombre de présents que je ne

voulus pas recevoir. Aussitôt mon arrivée à Mexico, je les réunis au couvent de Saint- François, et je leur fis expliquer par Fr. Pedro de Gante, qui est très-bon interprète, les intentions de V. M, en leur faveur. Je leur dis que V. M. connaissait la fidélité des chefs de la Nouvelle-Espagne et les services qu'ils avaient rendus , surtout ceux de Huexotzingo et de Tlaxcala; que l'intention de V. M, était de les protéger, de les défendre, et d'enoipêcher qu'on ne les dépouillât de ce qui leur appartenait , et que tous ceux qui le feraient seraient punis sévèrement. Je leur représentai la grâce que Dieu avait daigné leur faire, en permettant qu'ils fussent conquis par les Espagnols pour qu'ils reçussent la foi chrétienne,

Quandj'eus dit tout cela aux chefs de Mexico et des environs , et même à ceux des provinces éloignées , ils vinrent tous se plaindre à moi de toutes les injustices criantes dont ils étaient victimes. Pour remplir les devoirs de

ma charge de protecteur des Indiens , je commençai une enquête contre les coupables. Salazar se hâta d'aller trouver le président et les membres de l'audience pour leur dire que s'ils me laissaient faire ^ ils ne pourraient plus tyranniser ni piller le pays; que les chefs ne leur obéiraient plus, mais viendraient se plaindre à moi; qu'ils ne pourraient plus faire travailler les naturels comme ils le voudraient, et que ce seraient les Espagnols qui deviendraient les esclaves; que peut-être même je finirais par les rechercher pour toutes les vexations dont ils s'étaient rendus coupables.. Salazar ne fut écouté que trop favorablement. Ils me firent donc défendre, au nom de V. 4|^, et sous les peines les plus graves, de me mêler en rien des afiaires des Indiens. Je leur répondis que V. M. m'en avait chargé et m'en avait rendu responsable, et que, dût-il m'en coûter la vie, j'étais décidé à remplir mon devoir. Ils envoyèrent alors un notaire pour me défendre , au nom de Tau-

dience^ et comiiie «étant nécessaire au servîœl de V. M. , d'exereer directement ou indii^ectem^nt la charge de pixjtecteur des Indiens. Je répondis de mon mieux; car il n'y a pas daas tout le pays un avocat qui oserait me donner un conseil , venir chez moi ni me recevoir chez lui. On envoya des espions pour observer tous ceux qui venaient chez moi ou en sortaient, 0» défendit à tous les JEspagnols qui avaient des Indiens de venir me parler de leurs affaires , sous peine de les perdre; et Ton chargea Pilar de dire aux naturels de ne pas venir me trouver, sous peine de la potence. Cette défense jeta un tel effroi dans le pays ^ que les Espagnols et les Indiens me fuyaient comme un excommunié* j^

Par le conseil deSalazar, et pour m'effrayer, le président et les auditeurs m'envoyèrent signifier un autre écrit rempli d'abominations contre les religieux et contre moi, quoique ceux-ci, qui sont venus sous la conduite de Fr. Martin deValencia, aient rendu les plus

grands services. J'en ai demandé une copie au notaire^ mais il me Va refu^, parce qu'on le lui avait défendu^ J'allai réclamer auprès du président^ en fèivêur d'un chef indien que l'on avait mis en croix comme Notre Seigneur, parce qu'il ne pouvait fournir tout l'or qu'on lui demandait^ et de plusieurs autres que l'on avait pendus ou malti^aités; mais Je ne pus obtenir qu'il prêtât là moindre attention à mes paroles.

Peu de temps après, les chefs de la province de Huexotziogo vini^ent me trouver, et se plaignirent qu'outre le tribut qu'ils payaient à l'intendant de celui-Kîi^ le président et les auditeurs en exigeaient un autre, en demandant qu'ils portassent chaque jour à la maison de chaque auditeur sept poules, soixante œufs et du gibier. Pilar exigeait en outre, pour lui, du bois et du diarbon, du raadis et d'autres choses.

Cette exigence est d'autant plus lourde pour eux , qu'ils ont dix-huit lieues à faire , et sont

obligés de traverser des montagnes couvertes de neige. On force une grande partie de la population à venir servir à Mexico. On charge les femmes enceintes et les enfants , et dernièrem^nty cent trente-cinq personnes sont mortes de fatigue. Ils ajoutèrent que si je ne venais pas à leur secours , ils s'enfuiraient dans les forêts^ parce qu'ils ne pouvaient plus supporter cette tyrannie. Je tâchai de les consoler, et j'allai trouver le président, auquel je dis, pour ne pas les compromettre , que tout cela m'avait été écrit par les religieux qui résidaient à Huexotzingo. Je tâchai de le toucher par le tableau de leurs malheurs; mais il me répondit sèchement que les ordres de l'audience devaient être exécutés ; que sinon , on me traiterait comme on avait traité l'évêque de Zamora , et que je n'oubliasse pas que je parlais à mes supérieurs (i).

(i) Levêque de Zamora , don Antonio de Acuna , Ton des chefs des comimen>s , fut pendu , par ordre de Charles- Quint , aux créneaux de la forteresse de Simancas , où il était prisonnier. (Voy. Histoire des Comuneros , par M. Ternaux.)

Quelques jours après, il apprit que c'étaient les Indiens de Huexotzingo qui étaient venus se plaindre à moi , et envoya un alguazil pour les arrêter; mais je les fis prévenir à temps de se mettre en sûreté : j'y fus moi-même pour m'informer si tout ce qu'ils m'avaient dit était vrai. Les religieux étaient indignés de toutes les infamies que Ton avait débitées contre eux. Le père gardien, qui était alors à Tlaxcala , vint me trouver pour s'en plaindre. Je réunis dans cette ville les gardiens et les principaux des différents monastères, tout disposé à leur accorder la permission de se retirer en Espagne , s'ils le désiraient. Après les exercices de dévotion et la discipline , on décida qu'un religieux se rendrait à Mexico , et y prêcherait un sermon , dans lequel il exhorterait les membres de l'audience à rentrer dans leur devoir, et déclarerait hautement que, grâce à Dieu, ils ne s'étaient pas rendus coupables de toutes les infamies dont on les accusait. Le jour de la Pentecôte, Tévé-

que de TIaxcala dit la messe en habits pontificaux. €e religieux monta ensuite en chaire et déclara solennellement que ni lui ni ses confrères n'étaient coupables de ce dont ies membres de l'audience les accusaient; qu'ils n'avaient violé ni leurs vœux ^ ni teurs r^les^ et qu'il croyait de son devoir de i^pousser le mépris qu'où voulait déverser sur les prédicateurs de l'Évangile , et qui retomberait immanquablement sur leur doctrine. Le préâi«dent lui ordonna plusieurs fois de se taire on de quitter la chaire , et comme il s'y refusait > l'auditeur Delgadillo envoya un alguazil qui , suivi de plusieurs personnes de leur parti > se saisirent du prédicateur et l'en arrachèrent violemment. Comme on les déclara excommuniés pour ce fait, et qu'on refusa de célé^ brer le sacrifice de la messe jusqu'à ce qu'ils eussent fait pénitence, ils le condamnèrent au bannissement de tous les états de V. M. ; et sans lui permettre d'interjeter appel , ils le firent saisir par un alguazil^ qui devait

StJR LE MEXIQUE. 59

le conduire au lieu d'embarquement. Comoïe il refusa de quitter l'église où tout cela s'était passé I on mit des gardiens tout autour, et l'on défendit, sous peine de mort, de lui apporter des vivres. Aussitôt que j'eus appris cette nouvclJe à Huexotzingo , je me hâtai d'accourir pour mettre la paix» On convint que l'auditeur Matienzo viendrait , au nom de l'audienœ, recevoir l'absolution au couvent de Saint-François , et qu'on brûlerait le réquisitoire injurieux qui avait été publié contre les religieux. Cela fut exécuté; c'est pourquoi il m'a été impossible de m'en procurer une copie pour l'envoyer à V. M.

Après avoir réuni Fr. Martin de Valencia et les principaux religieux, nous avons examiné ensemble les moyens les plus propres à faire prospérer ce pays et à y répandre la foi chrétienne ; et nous pensons que le premier, et le plus important, serait de mettre à la tête du gouvernement une personne juste et capable y qui mit un terme à toutes les passions

diaboliques et à tous les désordres qui déchirent ce pays. Il est nécessaire que V. M.

remplace les auditeurs Matienzo et Delga* dillo : ce sont des avares qui ne s'occupent que de leurs intérêts. Leur mauvaise conduite est cause de toutes les querelles et de tous les désordres. Ils n'ont aucune considération personnelle, et passent leur vie avec des hommes de la condition la plus abjecte , et des femmes plus viles encore. Il serait bien que V. M.

envoyât au plus tôt un juge de résidence pour faire rendre compte à Nuno de Guzman et aux deux auditeurs.

Nous pensons aussi que V. M. devrait confisquer les fermes , moulins , vergers et plantations que le président et les auditeurs ont fait faire depuis qu'ils sont dans ce pays.

Tout cela est le produit du travail des Indiens , vos vassaux , auxquels on n'a pas payé un seul raaravédis , quoique , pour éviter cet abus, V. M. eût accordé des salaires fort élevés. 11 faut aussi faire rendre compte aux na-

guatatos ou interprètes indiens , et leur faire payer de fortes amendes. V. M. le peuten toute conscience, car tout ce qu'ils possèdent a été volé à ses vassaux.

Nous supplions aussi très -humblement V. M. de nous faire donner la maison et les jardins que Nuno de Guzman a fait construire sur l'emplacement de l'ermitage de Saint- Lazare, afin que les Indiens voient qu'on doit respecter tout ce qui appartient à l'église.

Ce que V. M. peut faire de plus utile pour les Espagnols et pour les naturels est de donner aux premiers des repartimientos perpétuels sans que les gouverneurs puissent les suspendre ou les retirer, et qu'ils en jouissent comme de majorats perpétuels pour eux et leurs héritiers. Dans la répartition, il faut d'abord préférer les conquérants et ceux qui ont rendu des services, particulièrement ceux qui sont nobles ou qui sont mariés. Cela sera fort heureux pour les naturels , qui ne

^veiit maintenant à qtiel maître obéir , parée qu'on les change à chaque instant^ de sainte qu'aucune affection mutueUe ne peut s'ëtaUtr entre eux. Us sont mal traités et s'enfuient dans les forêts. Si au contraire ils avaient un seigaeur perpétoeJ, ilssecalmeraient. Gomme ceux qui gouvernent peuvent actuellement prendre et donner des Indiens comme ils le veulent, et qo'ffs constituent toute la rix^hesse dans^ ee pays, ils sont plus absolus que ne Fesl V. M. dans ses royaumes de Gastille, et les Espagnols y sont réduits à la servitude la plus abjecte , sans que personne ose articuler une plainte, ce qui cesserait si les Indiens étaîefrt donnés à peiqpétuité. On épargnerait eewx>-ci pour tes conserver et pour les laisser à ses* e»fonts ; on s'occuperait à cultiver dans les viK tages la vigne et les oliviers. Aujourd'hui personne n'oserait planter un ai^bre dans la crainte qu'on ne le lui prit le lendemain. Si V. M. ne se hâte, il arrivera la même chose que dans l'île Espagnole, où quand on ac-

corda les repartimientos perpétuels, il n y avait plus d'IiKËens àt'épartir; mais it faut choisir avec soin celui qui sera chargé défaire cette répartition* si on veut qu'eHe soit faite av€C justice.

Il faut aussi que Y. M. i^nde la charge de protecteur des Indiens telfement indépendante que ceux qui sont chargés du gouvernement ne puissent intervenir dsum feurs afibires^ C'est le seul moyen de m^tre un t^^me à des querelles qui se renouvetleront sans cesse. Le protecteur , qui lies connaîtra mieux que personne, rendra les ordonnances nécessaires, et nonf>mera desalcaldes chargés de décider leurs causes àviles et criminelles. Je désignerai pour cet emploi F. Martin de Valencia,de l'ordre de Saint-François, et F. Domengo de Betanzos, qui sont deux apôtres.

Il est urgent que Ton empêche ceux qui sont chaînés de distribuer les repartimienios de posséder des hidiens même sous des noms supposés, comme le font aujourd'hui le pré-

sidcnt et les auditeurs qui ont pris tout ce qu'il y avait de meilleur. Aucun religieux, ni aucun de ceux qui reçoivent des appointements ne doit posséder d'Indiens, mais se contenter de ce qu'il reçoit de V. M., et qui est bien suffisant pour vivre dans l'aisance. La quantité d'Indiens qu'ils se sont adjugés empêche d'en donner à beaucoup de conquerants qui vivent dans la pauvreté.

L'usage des soieries est devenu si commun dans ce pays que les gens de la plus basse classe ne veulent pas employer d'autres étof^ fes; pour s'en procurer, ils arracheraient volontiers la peau des Indiens. Il est urgent que l'on réforme cet abus et que l'usage des étoffes de soie ne soit permis qu'aux conquérants, et cela encore avec modération.

Il est aussi d'une haute importance que l'on mette un terme au trafic des esclaves qui se fait dans la province de Panuco. Pendant le gouvernement de Nuno de Guzman , on en a exporté la charge de vingt et un vaisseaux; si

Ton ne met un terme à cet abominable commerce, ce pays sera bientôt désert. Le fer qui sert à marquer les esclaves doit être placé dans des mains pures, car on en fait un grand abus en réduisant en esclavage beaucoup d'Indiens libres. Il ne faudrait permettre d'acheter des esclaves qu'à ceux qui exploitent les mines. Le président et les auditeurs ont distribué à leurs partisans plus de quinze cents licences pour trafiquer en esclaves ; on les vend et on les joue publiquement.

Les Indiens sont extrêmement maltraités parles Espagnols qui voyagent; ils en font des bêtes de somme et ne leur donnent pas même à manger. Il en périt un grand nombre sur les chemins. Ceux mêmes qui conduisentdes esclaves aux mines , pour les épargner , forcent les Indiens libres à transporter leurs bagages , et les emmènent ai nsi à trente, quarante, et même cinquante lieues de chez eux. Dans la province de Tepeaca, qui appartient au licencié

Peralmindez, et que l'on traverse pour se 16, 5

rendre aux miues^ il a péri de la sorte plus de trois iTiille Indiens, à ce que m'a dit le chef. La même chose est arrivée dans d'autres endroits; et ceux qui sont depuis longtemps dans ce pays affirment qu'il a perdu plus de la moitié de sa population. Ce n'est pas tant la coutume de les chaîner que je blâme, car cela avait lieu avant la conquête, que l'excès avec lequel on le fait. Cela consume toute la population; et si l'on n'y met promptemeat un terme, il arrivera la même chose qu'à Cuba et dans l'ile Espagnole.

Il est bien difficile que les religieux parviennent à convertir les naturels tant que les membres de l'audience diront à ceux-ci de ne pas les écouter et afifecteront de les mépriser. Quand ils envoient les jeunes Indiens qu'ils ont élevés dans les endroits où ils ne peuvent aller eux-mêmes, on les maltraite et on les charge de coups : il est donc nécessaire que V. M. donne aux religieux des marques éclatantes de sa protection, afin

que les Indiens apprennent à les respecter.

V. M. doit aussi régler la manière de traiter les Indiens qui sont en commanderie, par des ordonnances sur lesqucl les leur protecteur puisse s'appuyer. Il faut que l'Espagnol auquel ils appartiennent soit obligé d'entretenir un religieux qui les instruise dans la religion chrétienne, et qu'il leur abandonne le dimanche pour se livrer à la prière. Les évèques doivent y veiller et les y contraindre par les censures ecclésiastiques.

On doit punir sévèrement tout Espagnol qui prendra à un Indien sa fille , sa femme ou sa soBur ; qui lui prendra ses biens et ses vivres, qui l'appellera chien, qui lui donnera des soufflets, des coups de bâton ou de couteau.

Je ne pourrais dire à V. M. toutes les plaintes de ce genre que j'ai reçues depuis que je suis dans ce pays.

Comme les Indiens sont très-soumis, et qu'ils fournissent des vivres à tous les Espa-* gnols qui viennent dans leurs villages ,

il y a quantité de vagabonds qui vont de village en village avec deux ou trois concubines et autant d'Indiens de service, et se font nourrir par les habitants qu'ils dépouillent de tout. Il serait donc bien de défendre aux Espagnols de s'arrêter plus d'un jour dans les villages indiens quand ils voyagent.

Ceux qui possèdent des Indiens les font administrer par un ou deux agents qui, quand ils sont méchants, les maltraitent et les accablent de coups. Il ne faudrait pas permettre que l'on envoyàtaucun agent dans les villages sans qu'il eût été préalablement examiné et agréé par le protecteur des Indiens. On doit aussi les empêcher de prendre les femmes et les parentes des chefs pour en faire leurs concubines. Il ne faut pas non plus permettre que l'on envoie les Indiens des commanderies travailler à des mines qui soient à plus de quinze ou vingt heures de leur habitation.

Il y a peu de jours que l'on a appris à Mexico que V. M. a comblé Hernan Cortez de

faveurs, l'a créé marquis, et le renvoie à la Nouvelle-Espagne. Nuno de Guzman , Pedro de Alvarado, Albornoz et Salazar se promenaient à cheval ensemble; le président leur annonça la nouvelle, et Salazar s'écria en présence d'un grand nombre de personnes :

« Un roi qui emploi un traître comme Cortez est un hérétique et non un chrétien. » Personne ne dit rien dans ce moment, parce qu'on pensait que le président l'avait entendu ; mais voyant qu'il n'en était rien , le mercredi 18 août, Alvarado présenta une pétition à l'audience, par laquelle il demandait la permission de défier Salazar pour le punir de ce propos et de beaucoup d'autres qu'il avait tenus contre V. M. ; car il avait osé dire que si l'on renvoyait Cortez au Mexique, il fallait prendre les armes et se révolter. On ne répondit pas de suite à cette pétition parce que le président était absent; mais au bout de deux jours il prononça cet arrêt en audience publique : « Alvarado ment comme un traître

en accusant Salazar. Il n'a pas tenu ce propos et

c'est un serviteur lovai de S. M. » Le (en-

demain on jeta Alvarado en prison et on hii mit les fers aux pieds. C'est ainsi que Salazar est sorti triomphant de cette affaire , queîqu^ii y ait plusieurs témoins qui Taient entendu.

Le bruit court que le président et les auditeurs ont résolu de ne pas reconnaître l'autorité de Cortcz, et même de le &ire arpcter, se fondant sur Tinstruction criminelle qui a été faife contre lui pendant son absence. Ils ont résolu d'éloigner tous ses amis; et, pour rf*lfl , ils leur ont ordonné de se tenir prêts à partir pour une expédition que Guzman vm, dti-tl, faire chox les Teules Chichimèqoes , |>oy>i pauvre et. désert. Ceux-ci, qui soDt presque tous des conquérants pauvres et ruinés , se réfugient en grand nombre dans les monnstores. Frrro Martin de Valence m'écrit qu'il n]>prond <lr ses catéchumènes que les Indiens préparent des armes, et qu'ils n'attendent , pour un souloveniont tifénéral , que le

moment où cette expédition aura quitté le pg^ys. J'ai été faire des représentations à Matienzo, car tout le monde sait bien que le véritable but de Guzraan est d'aller dépouiller les chefs des provinces qui sont déjà soumises^ et particulièrement le Calzonzi de Mechoacan; mais il m'a répondu de manière àprouver que loin d'empêcher le mal, il cherchera plutôt à l'augmenter. C'est donc V. M. seule qui peut venir à notre aide.

De Mexico- Teousti tan , le mercredi 37 août iSsg.

tJuAN DE ZUMARRAGA^

évêque de Mexico.

Depuis que je suis au Mexique et que j'ai eu occasion d'en voir l'abondance et la fertilité , j'ai toujours cherché à persuader aux Espagnols de renoncer à toute idée de rentrer dans leur patrie, et de cultiver ce pays,

qui deviendrait le plus riche du monde. On pourrait y cultiver tout ce qu'on voudrait; car on y trouve des climats froids , chauds et tempérés^ des plaines^ des montagnes et des vallées. Mais il serait d'abord nécessaire de faire venir d'Espagne quelques agriculteurs^ afin qu'ils instruisissent les autres.

Ce pays est extrêmement peuplé , et les habitants sont très-adroits : ils imitent à l'instant même tout ce que l'on apporte d'Espagne sans avoir jamais appris à le fabriquer ; mais ils sont très-pauvres, car ils n'ont jamais connu les bestiaux ni les instruments d'agriculture. Ils ne cultivent que le coton ; et quoiqu'ils n'aient que des instruments très-imparfaits, il savent en fabriquer des étoffes aussi fines que les plus belles toiles d'Allemagne, et à si bon marché, que l'on peut acheter six vares de cotonnade pour un réal de Castille.

Si l'on apprenait à des Indiens civilisés les métiers que l'on exerce en Castille, ils y

réussiraient sans aucun doute, et construiraient des villages avec des rues et des places comme ceux que l'on voit en Espagne. Cela faciliterait beaucoup l'introduction du christianismeparmi eux; ils s'enrichiraient promptement , ne diminueraient pas , et ne mourraient pas dans les champs comme les animaux; car maintenant leurs habitations sont si éloignées les unes des autres, qu'ils ne peuvent pas se secourir mutuellement quand ils sont malades.

Comme tous ceux qui viennentici nepensent qu'à l'or et à l'argent, il faudrait que le conseil des Indes nous fît envoyer de Séville de toutes les espèces d'arbres qu'il y a en Espagne, plantées dans des tonneaux, qu'on en mît cinq ou six à bord de chaque vaisseau, et qu'on recommandât au capitaine de les arroser et de les soigner jusqu'à leur arrivée à la Vera-Cruz. Cela remplira un double but; car non- seulement cela enrichira le pays, mais cela fera perdre à tous les Espagnols qui

y viendront et qui y trouveront toutes les productions de leur patrie le désir d'y retourner.

Il faudrait aussi envoyer quelques laboureurs avec leur famille , qui fonderaient des villages dans ce pays ou la terre est si fertile^ et, parmi eux, quelques personnes qui sussent cultiver le lin et le tisser ainsi que la laine. «Ten ai déjà amené moi-même , mais il en faudrait bien davantage pour un pays aussi étendu. Il faudrait veiller non seulement à ce que les nouveaux colons se livrassent à cette fabricaticm , mais aussi à ce qu'ils renseignassent aux Indiens ; car souvent les maîtres œ veulent pas enseigner leur art pour ne pas diminuer leurs bénéfices ; les Indiens s'onrichîront, et cela tournera au grand avantage dé TEspagne.

II faudrait aussi envoyer des montagnes de Gi'enade quelques maurisques diretiens qui sussent soigner etprépai^r la soie, et qu'ils aplK>rtassent de la gi^ine en abondance : elle

réussira très-bien dans la partie tempérée du pays, où l'on trouve quantité de mûriers entièrement semblables à ceux d'Espagne, quoique leur fruit soit plus délicat.

11 serait bon d'importer aussi environ deux cents moutons mérinos à laine fine. Ils se multiplieront bientôt avec une telle rapidité , qu'on pourra fabriquer des draps non seulement pour l'exportation , mais même pour l'usage du pays. On trouve ici beaucoup de matières qui donnent d'excellentes teintures et, entre autres , de la cochenille. Les Indiens font de très-belles étoffes et de magnifiques tapis avec du poil de lièvre : ne feront-iU pas mieux encore quand ils auront de la laine?

On trouve aiiasi du pastel qt du safran. Si l'on envoie quelques laboureurs qui sachent cultiver le chanvre, cela sera tFès-utile pour la construction des vaisseaux, particulièrement sur lescotesdelamerduSud. On imposerait à chaque cacique l'obligation d'acheter une douzaine de brebis et un bélier fin : de cette

manière , ils s'adonneraient à l'éducation des bestiaux, au lieu de se liyrcr à l'cHSÎvetéy comme ils le font actuellement , et ils engageraient leurs macefauales à en faire autant. Pour toutes ces affaires, il vaudrait peut-être mieux que la ville de Mexico eût un agent à Séville, auquel on donnerait vingt-cinq ou trente mille maravédis d'appointements.

(Sans date.)

Voici ce que je pense que l'cm dent foire dans ce pays pour le service de Dieu et <ie l'illustrissime empereur, pour affermir leur domination et civiliser les habitants.

Ce pays est très-riche , très-fertile et trèspeuplé. On y trouve de For, de l'argent , du cuivre, de l'étain, des pierres fines, des perles et des bois de teinture. Les Indiens savent très-bien travailler les métaux, le bois, la

terre cuite, le poil de lapin et le coton; car il n'y a dans le pays qu'un peu de laine grossière. Dès qu'on apporte quelque chose d'Espagne, ils parviennent à l'imiter, excepté les peignes, qu'ils n'ont jamais pu fabriquer; il est vrai qu'ils ne les ont pas vu faire. Ce sont cependant les gens du monde les plus pauvres, quoiqu'ils n'aient rien à dépenser pour se vêtir ni pour manger. Cela vient de ce qu'ils ne sont pas encore civilisés , et qu'ils n'ont ni laine, ni chanvre, ni lin. Ils n'ont pas non plus de bestiaux , pas même d'ânes pour porter leurs fardeaux; de sorte que les pays où l'on trouve toutes ces choses sont réellement plus riches que celui-ci, quoiqu'il soit rempli de métaux précieux. C'est pourquoi , comme évêque de Mexico , je crois de mon devoir de prier les seigneurs du conseil des Indes de travailler à le faire jouir des memes avantages.

Dans ce pays , on cultive , file et tisse le coton en abondance , mais non sans de gran-

des difficultés^ parce que l'on manque des instruments nécessaires. Malgré cela, une pièce de coton de trois brasses de large et de quatre de long ne vaut que deux réaux. S'ils avaient du chanvre et du lin , ils pourraient nourrir dix et vingt fois plus d'Espagnols qu'il n'y en a dans le pays , et rapporteraient bien plus à leur maître , car une pièce de toile de lin de cette dimension vaudrait un ducat. Les Indiens s'enrichiraient eux-mêmes en ven*dant pour l'Espagne des toiles de toute espèce. 11 est donc à désirer que l'on envoie leplosfcôt possible une quantité de graines.

On pourrait ordonner à tous les capitaines qui viennent au Mexique d'emporter sur leurs vaisseaux un certain nombre de mérinos à laine fine qu'ils vendraient, et qui répandraient parmi les Indiens l'usage de la laine, tandis qu'à présent ils font leurs tapis avec du poil de lièvre.

Les capitaines y gagneraient plutôt qu'ils n'y perdraient. 11 faudrait aussi envoyer de

Séville quelques ouvriers habiles clans la fabrication des tapis pour perfectionner les Indiens.

Il faudrait aussi envoyer bon nombre d'ànesses et les vendre aux chefs et aux caciques. Non-seulement cela leur serait utile, mais on pourrait alors éviter de charger les Indiens. Il vaudrait mieux que ceux-ci employassent leur or à cela , qu'à orner leurs personnes et leurs idoles.

Si l'on introduit aussi les arbres d'Espagne et la culture de la soie, on n'exportera plus de ce pays autant d'or et d'argent ; mais , pour arriver à ce but, il ne faut pas craindre quelques dépenses ; car qui veut recueillir doit semer. Mais si l'on néglige la culture des terres, qui sont excellentes, pour se livrer à l'exploitation des mines , la perte du pays est prochaine.

Plusieurs serviteurs de V. M. pensent qu'il faudrait accorder à ce pays le privilège d'introduire ses marchandises franches de droits en Espagne^ comme on l'a accordé à V\\e Es-

pagnole. V. M. fera à cet égard ce qu'elle jugera convenable.

(Sans dat6. )

Voici mon opinion à l'égard des deux questions qui m'ont été soumises y et je ne connais pas d'exemple ni d'autorité qui puisse prouver le contraire.

1^ Est-'U juste que C on fasse dans ce pctys le commerce des esclai^es? Je ne connais aucune loi divine, naturelle ou positive, civile ou canonique, qui autorise à réduire en esclavage les Indiens de ce pays. Quand j'étais un des commissaires qui tenaient le fer à marquer, j'ai toujours voté pour qu'on déclarât libres tous ceux que mes collègues reconnaissaient comme esclaves.

2^ Peut-on réduire en esclavage les prisonniers de guerre ? Si j'avais le pouvoir en main, je l'empêcherais. Je ne permettrais pas qu'on

fit la guerre aux Indiens qui ne nous attaquent pas , et n'ont peut-être jamais entendu parler de la religion chrétienne. C'est aux âmes qu'il faut faire la guerre , en leur envoyant des religieux comme Jésus-Christ autrefois envoyait ses apôtres. C'est peu à peu , et non pas tout d'un coup , qu'il faut pénétrer chez eux : on le voit par ce qui est arrivé aux compagnons de Narvaez (i) , qui ont traversé de vastes pays , dont les habitants n'avaient jamais entendu parler de la foi avant leur arrivée. Cependant ils n'ont pas été dévorés , et on les a mieux traités que les chrétiens n'ont jamais traité les naturels. Ceux-ci avaient pour eux la vénération que nous avons pour les saints ^ comme ils l'ont raconté eux-^ mêmes.

V. M. a vu aussi y par la relation que lui a adressée Fr. Jacobode Tastera, alors gardien , comment Fr. Francisco de Fabienza ,

(i) Voyez la relation du voyage de Pamphile de Narvaez dans la première série de cette collection

Italien y a pénétré chez les Chichimèques^ qui"^ lui ont confié leurs enfants pour les instruire dans son couvent de Sinapecuaro, dans la province de Mechoacan. Les Indiens venaient d'eux-mêmes pour être instruits dans la foi ; mais les fatigues qu'a éprouvées ce missionnaire en errant dans les forêts et en travail'lant de ses propres mains à la construction de son couvent, ont abrégé sa vie. Fr. Jacobo est parti lui-même avec quelques-uns de ses religieux pour faire la conquête spirituelle de plusieurs provinces éloignées qui n'ontpas encore été subjuguées par leschrétiens. Voilà la guerre spirituelle que l'on doit faire au démon, et plut au ciel qu'on n'en fit jamais d'autre à la Nouvelle-Espagne , car ce sont de véritables boucheries; les instructions de V. M.

sont justes et catholiques , mais ceux qui font la guerre pour leur propre intérêt ne s'en inquiètent guère.

On demande aussi si l'on doit laisser à ceux qui ont le droit de déclarer la guerre, celui

de décider si les esclaves ont été pris avec justice , et celui de marquer. C'est une folie de croire que Ton remédie aux abus en leur adjoignant l'évêque et deux i^ligieux, car ils n'ont pas la majorité ; et d'ailleurs y dans les provinces où l'on fait la guerre, il n'y a or^ dinairement ni évêque ni religieux , ou s'il y en a , ils sont impuissants pour mettre un terme aux massacres 5 il vaut donc beaucoup mieux que ce soit l'audience qui décide toutes ces questions. Quant à moi , je suis convaincu que si quelques religieux avaient accompagné Narvaez , et si d'autres essayaient de pénétrer dans les provinces éloignées , on verrait bientôt que toutes cesguerres sont inutiles. J'avais demandé que trente religieux au moins vinssent me rejoindre ; on pourrait alors envoyer en avant ceux qui connaissent le mieux le pays, et sont le plus accoutumés à la ma-* nière de vivre des Indiens; mais on ne m'en a donné que douze , en disant que c'était bien assez. Je supplie donc V, M, de m'en

faire envoyer d'autres, sans lesquels je ne pourrai rien faire. Si les besoins de V. M.

sont trop grands pour lui permettre cette dépense, il faut que chaque évêque consente à payer le passage des religieux qui viendront dans son diocèse, où Ton pourraitconsacrer chaque année,' à cet usage, le produit d'un repartimiento.

( Sans date. )

Chaque jour les Indiens me donnent de nouvelles preuves de leur intelligence; chaque jour je visite une paroisse, et après leur avoir enseigné leurs prières et leur avoir dit la messe, je leur prêche un sermon , dans lequel je leur fais sentir toute la reconnaissance qu'ils doivent à V. M.

On a fait de grands travaux pour rétablir les aqueducs; il y a maintenant des fontaines sur toutes les places, et Ton fournit de Teau

à beaucoup de maisons qui appartiennent à des Espagnols. On a rétabli tous les ponts en maçonnerie. On s'occupe beaucoup de la bonne administration du pays.

Il faudrait changer, à quelques égards, l'ordonnance qui prescrit que les Indiens payeront en tribut les produits de leur canton. Il y a des Indiens qui font le commerce du mais et des étoffes. Ceux-ci n'aiment pas à en donner, et préfèrent acheter de l'or aux Macehuales.

Le mot dépendance ne s'entend pas ici d'un hameau. Telle ville était autrefois une capitale , et n'est aujourd'hui qu'une dépendance. Quelquefois on comprend sous ce nom les faubourgs. Il ne faudrait pas, en accordant des grâces, se servir de paroles aussi vagues.

RELATIVES AUX DISSENSIONS KIMTRE LA PREMIÈRE AUDIENCE DE Lk NOUVELLE- ESPAGNE PRÉSIDÉE PAR NU^O DE GUZMAN ,' £T l'ÉVÉQUE de MEXICO.

Décret de l'empereur.

Madrid, a octobre i5t8.

Décrets de la reine.

Tolède, i5 mars iSsg »

et 3i mai iSsg.

Il y est ordonné de fournir des vivres et des vêtements à trente-neuf Indiens quéFernand Cortez a amenés avec lui de la Nouvelle-Espagne; de les bien traiter et de les renvoyer dans leur pays aux frais de Sa Majesté. Les principaux sont : D. Martin, fils de Montezuma; D. Juan Coyaraitle, André de Tapia, fils du gouverneur indien de Mexico; D. Gon-

zales Aculçyn, D. Hernando Tacuyltecatl , D. Lorenzo de Tlaxcalla , D. Juan de Zempoalla.

Qu'on leur donne à chacun une veste de velours bleu, des chausses de damas jaune, un manteau et des bas rouges , un bonnet de velours bleu, deux chemises et des souliers. Ces vêtements leur furent remis en avril 1 529.

Déclaration faite à Tenuxtitau , le 25 (le nom du mois est en blanc) i529 y par Fr. Jaan de Zumarraga, ëvéque de ceUe ville « devant Juan VeTazqnez , notaire.

Nuno de Guzman, président de l'audience de la Nouvelle-Espagne , et gouverneur de Panuco, s'est rendu dans son gouvernement sans avoir exhibé ses pouvoirs, ni avoir averti de son départ le gouverneur delà Nouvelle-Espagne. Il a suspendu tous les repartimientos des habitants de la ville de Sant- Estevan, et, au lieu de les leur rendre, il les a appliqués à son profit. 11 a donné aux habitants de son gouvernement la permission de

faire et de vendre des esclaves. 11 en a donné un grand nombre à un marchand en échange contre des chevaux et des juments^ et celui-ci les a embarqués pour les îles. Sa Majesté a ordonné au licencié Juan Ortiz de Matienzo de faire une information contre lui et de Tenvover au Conseil des Indes.

L'évêque qui reçut cet ordre, et qui probablement l'avait sollicité, l'ayant montré à diverses personnes, elles furent toutes d'avis que personne n'oserait le signifier au licencié Ortiz, qui était l'ami intime du président, et que d'ailleurs celui-ci saurait bien trouver les moyens d'obscurcir la vérité, et avertirait le président qui perdrait tous ceux qui déposeraient contre lui, comme il Va. déjà fait à l'égard de dix ou douze personnes de cette ville qui avaient servi de témoins dans l'instruction que le licencié Estrada fit faire contre lui. Le président s'est emparé des pièces de l'instruction , a mis les témoins en prison et leur a enlevé leurs repartimientos. C'est

pourquoi l'évèque, en sa qualité de jugeecclesiastique et de protecteur des Indiens, a ordonné une instruction secrète de laquelle il résulte :

QueNuno deGuzman est parti pourPanuco sans montrer ses pouvoirs, ni avertir le gouverneur de la Nouvelle-Espagne , qu'il a suspendu tous les repartimientos des habitants de Sant-Estevan , sous peine de mort et de confiscation des biens; que deux fois il a en-* voyé son alguazil mayor Halcon avec trois ca<valiers pour enlever l'or, les étoffes , les esclaves et les vivres des seigneurs du pays; qu'il permit aux habitants de cette ville d'envoyer des esclaves dans les îles, l'un vingt, l'autre trente , etc.

Qu'un marchand nommé Zuazo étant arrivé dans le port de cette ville avec dès chevaux et des juments, il les a achetés en les payant avec des esclaves; qu'il en a exporté une grande quantité dans des vaisseaux frétés, soit par lui, soit par des marchands. Quand il corn--

niença à gouverner cette province, qui peut avoir vingt-cinq lieues dans sa plus grande largeur, elle contenait 25,000 Indiens soumis et pacifiques. Il en a vendu 10,000 comme esclaves, et les autres, craignant le même sort, ont abandonne leurs villages. Les caciques du pays, craignantd'être mis à mort s'ils ne fournissaient le nombi^ d'esclaves qu'on leur demande , ont donné jusqu'à leurs fils, leurs frères et leurs parents , et déclarent , par crainte, que les hommes libres sont des esclaves; alors on les marque d'un fer chaud et on les exporte. Quand Guzman était président de Mexico , il a enlevé aux caciques un grand nombre d'Indiens des deux sexes par le moyen d'un nommé Garcia del Pilar , et sans en avertir l'audience. Il les a envoyés ensuite àPanuco, où on les a marqués d'un fer chaud et expédiés pour les îles.

Dix témoins déposent successivement qu'ils connaissent Nuno de Guzman depuis un, deux, trois ou quatre ans; qu'ils ont assisté à

sa réception comme gouverneur de Panuco.

Ils nomment tous les vaisseaux qui ont exporté des esclaves ainsi que leurs capitaines. Le tiers au moins des marchandises qu'ils ont apportées a été payé en esclaves. Il y en a eu dix • ou douze mille de marqués. Quand il est ar-r, rivé dans ce gouvernement, le pays était tranquille à 25 lieues à la ronde, mais on a tellement maltraité les Indiens en pendant les caciques ou en les vendant comme esclaves ^ que le pays est entièrement ruiné; sur les dix mille esclaves qu'on a vendus il n'y avait pas trois cents prisonniers de guerre.

Ce document porte la signature de Fr. J. dr ZuMARRAGA, légalisée par le notaire

Yelazquez.

Rxlrait d'uue leUre du Fr. Vincent de SU Maria , domiaicain ^ à TëTéque d'Osma . président du conseil des Indes.

Il y a eu ici de graïKles querelles enti'e les

membres de l'audience et le nouvel évêque.

Elles viennent surtout des doutes qui se sont élevés sur certains articles de la nomination de celui-ci à la charge de protecteur des Indiens. Les auditeurs ont voulu consulter S. M. sur leur interprétation, mais celui-ci, voulant user de ses droits , a ordonné à certains religieux franciscains de prêcher publiquementcontre eux. Ceux-ci ont étéjusqu'à les appeler voleurs et brigands, et à ordonner aux visiteurs de cesser leur office sous peine d'excommunication. Ceci a eu lieu à Mexico et dans plusieurs autres villes. En ma présence ils ont traité de tyran le président de l'audience. Us ont recommandé aux Indiens de ne pas lui obéir quand ils leur ordonnaient de venir travailler aux ouvrages publics. Fr. Torribio Motolinia, gardien de Huexotzinco, adonné asile aux principaux caciques dans son monastère pour empêcher qu'on ne les y forçat.

Ils s'en est fallu de bien peu que les Indiens ne se révoltassent. Je vous rends compte de

tout cela^ parce que cela me parait fort mal. Les religieux ont beaucoup trop d'influence sur lés Indiens. Il est certainement bien que l'évêque protège les Indiens^ mais il ne vivra Jamais en paix avec les membres de l'audience, s'il peut les soustraire à leur autorité. Ceuxci ont toujours bien traité les Espagnols et les Indiens , mais ils se plaignent parce qu'ils ne peuvent supporter la justice. J'admire la patience avec laquelle l'audience a supporté l'insolence des religieux franciscains.

Je supplie S. M. de leur écrire de se mieux conduire à notre égard; ils nous en veulent parce que nous n'avons pas voulu prêcher dans le même sens qu'eux. Ils empêchent les Indiens de venir travailler à notre maison. Ce qui prouve leur peu de charité , car ils en ont déjà dix ou douze dans le pays, et nous n'en avons pas encore une seule* Dans tous leurs sermons ils se recommandent sans parler de nous qui travaillons sans cesse à rétablir la paix.

Fr. Julian Garces, évêque deSainte-Marie, de los Remedios et de S. Juan d'Ulloa ou Tlaxcalla, et fr. Juan de Zumarraga , évêque de Mexico, ont présenté à l'audience de Mexico leur nomination de protecteurs des Indiens datée de Burgos du 24 janvier 1 528 , contresignée Covos ; le président et les auditeurs répondent qu'ils obéiront et qu'ils sont prêts à les appuyer de leur autorité, mais qu'ils ont délégué leur autorité à des i^ligieux qui usurpent leur juridiction , veulent juger au civil et au criminel , et se mêlent de choses entièrement étrangères à leurs fonctions.

L'évêque prétendait nommer des officiers chargés d'exécuter ses ordres, punir les Espagnols des délits qu'ils commettaient contre lies Indiens, et juger les quei^lles de ceux-ci entre eux ; que ses officiers ne pussent être jugés que par lui, et qu'on appelât de leur sentence, non à l'audience, mais à l'évêque.

Toutes ces prétentions sont déclarées par

l^audience exorbitantes et contraires aux droits du roi.

Rapport au roi par Fr. Jnan de Zumarraga.

En date du i^^ avril 1530^ les auditeurs ont fait afficher dans toute la ville une proclamation dans laquelle ils rendent compte de l'arrestation d'Angulo , qui fut pendu le lendemain.* Le jour suivant ils allèrent demander l'absolution au couvent des Franciscains. Quand ces religieux furent partis , ils la firent demander de nouveau à leur prieur à Tezcuco. Ils l'ont aussi demandée plusieurs fois au vicaire des Dominicains , qui la leur a refusée pour ne pas se brouiller avec les Franciscains. Ce n'est donc pas leur faute, disent-ils , si la ville a été mise en interdit; ils sont d'ailleurs prêts à la demander de nouveau.

L'évêque répondit en chaire qu'on leur refusait l'absolution parce qu'ils ne voulaient

pas la demander à qui de droit ; que c'était non au gardien des franciscains qu'il fallait la demander, mais à lui, comme juge ecclésiastique : d'autant plus qu'il n'avait pas encore quitté la ville, dont il ne sortit que le dimanche de Saint-Lazare, après avoir prêché sur le texte : Jésus autem abscondit se et ex'witde templo.

L'évêque se présenta ensuite devant un notaire, et lui déclara que ce n'est pas d'une cour , comme le prétendent les auditeurs , mais bien d'une maison habitée qu'ils avaient fait tirer les accusés qui étaient tonsurés et avaient par conséquent des privilèges ecclésiastiques ; que, s'étant rendu, à la tête du clergé, à la prison pour les réclamer, les auditeurs avaient méprisé la sainte Croix, et l'avaient insultée; le lendemain Angulo a été pendu et mis en quartiers, etLlerena a été condamné à recevoir cent coups de fouets et à avoir le pied coupé : ce n'est qu'en voyant cette

obstination que l'évêque s'est décidé à les i6, 7

excommunier et à mettre la ville en inteixlit. Si les religieux ont quitté la ville, c'est que les auditeurs ont été jusqu'à les frapper dans l'église, à faire jeter en bas de la chaire un prédicateur j et à mettre des sentinelles à la porte du couvent pour empêcher qu'on y portât des vivres. D'ailleurs , ils ne peuvent supporter de voir tyranniser les naturels qu'on traite tous les jours de mal en pis.

Sommatioti de la rille de Mexico, relatnrement à 1*mlerâif .

Dans le monastère de St-François de la ville de Tezcuco, le 1 2 mars 1 530, Luis de la Mota , alcalde de Mexico, Ghristoval de Ojedaet Francisco de Santa-Gruz, Régidors, en présence de moi Francisco de Legazpi , notaire public, et de Fr. Luis de Fuensalida, gardien de Saint-François , ont supplié l'évéque et les religieux de Mexico de rentrer dans cette ville et de lever l'interdit , leur représentant qu'il

n'était pas en leur pouvoir de forcer les auditeurs à leur rendre justice , et qu'il n'était pas juste que l'on affligeât toute une ville innocente; ils ajoutèrent qu'il était reconnu que la justice avait le droit de s'emparer des meurtriers quand ils se réfugiaient dans les églises, et qu'il était notoire qu'Angulo avait assas-sine deux ou trois personnes ; que le président et les auditeurs étaient entrés par une cour qui dépendait du monastère y sans forcer ni porte ni muraille, et l'avaient arrêté ainsi que Garcia de Llerena , serviteur de Fernand Cortez, qui avait commis d'autres crimes.

Quand ils eurent été conduits en prison le samedi, l'évêque, les religieux et les prêtres tentèrent de la forcer, et violèrent ainsi les droits des magistrats qui les maintinrent le lundi suivant , en faisant pendre Ahgulo et en sommant toute la population de leur prêter maio^orte. Quoique les auditeurs eussent offertde faire pénitence, et de replacer Llerena dan$ le monastère, l'évêque et les religieux.

outre-passant leurs droits^ ont mis la ville en interdit, et ont divisé le pays en deux partis, dont l'un invoque Tautorité du roi , et l'autre cherche à s'appuyer sur Fernand Gortez et sur les Indiens encore mal soumis. Us ajoutèrent qu'ils les requéraient de rentrer dans la ville et de lever l'interdit, sans quoi ils se plaindraient au roi et au pape , et arrêteraient leurs dîmes , leurs prémices et tous leurs revenus.

Fr. Luis de Fuensalida lui répondit que tout ce que l'évêque avait fait était bien fait, et qu'il le lui ferait voir en temps et lieu.

Déclaration faite à la St-Ghristoval de la Havane,

le 3i juillet iSsg.

Fr. A. de Avendano , T. J. de Anguyo et T. J. de Montemayor, déclarent que, par ordre du président Nuno de Guzman, on leur a enlevé dans la ville de St-Estevan de Panuco

leur obédience et quatre paquets de lettres pour TEspagne, qu'on les a lues malgré eux, et que le président a voulu employer la force pour les empêcher de s'embarquer pour l'Espagne.

Deux lettres de l'ëvéque Zumariraga au conseil des Indes et à rimpératrice> en date du 28 mars i53i.

Il reconnaît avoir été trop loin , et supplie qu'on n'ajoute pas foi aux calomnies que les membres de l'ancienne audience ont répandues contre lui. « Si j'ai répondu durement à l'auditeur Delgadillo, il était sans ses insignes et une lance à la main ; il a vomi mille injures contre les religieux , leur disant que ce n'était pas d'un sanctuaire , mais d'un mauvais lieu ( puteria ) qu'il avait tire les prisonniers. »

Les franciscains écrivent dans le même sens, sous la date du 27; mais, dans leur lettre^ ils font leporti'ait suivant des Indiens.:

c< Les Indiens sont très - dam. Ils agissent plutôt par crainte que par vertu • Il faut les prot^r et non les élever. Il faut forcer les Espagnols à les bien traiter , mais sV prendre de manière à ce qu'ils ne perdent pas le respect qu'ils leur doivent. Ds sont laborieux quand ils sont bien commandés ^ et seraient de bons agriculteurs si on les laissait jouir du fruit de leur travail ; ils sont si adroits pour les métiers qu'ils les apprennent rien qu'en regardant faire; ils s'appliquent à l'élève des bestiaux y mais ce sont en général des gens n^ligents. Leurs chefs se font servir avec beaucoup de grandeur et d'édat* Us sont menteurs, mais disent cependant assez la* dlement la vérité à ceux qui les traitent bien. Ils embrassent assez volontiers notre sainte foi catholique, mais ce sont des ivrognes, et Ton a bien de la peine à les empêcher de se livi^r à ce vice. Les enfants que nous élevons vont trèS'bien et instruisent les autres : ils ont appris le plain-chant et chantent avec

accompagnement d'orgue. — Quelquefois, quand nous leur parlons de la douceur de la loi évangélique^ les vieillards indiens nous répondent : « Comment se fait-il que^ dans les temps que vous appelez cruels et barbares , nous étions plus heureux et plus nombreux que maintenant que nous professons la religion chrétienne ? «

Procès-verbat fait au nom de randience , par Hernandez Prona, soa alguazil mayor» coatre certaii» reli^eux franciseains de Gholula qui ont méprisé Tautorilé de l'audience, en date du 3 mai 1529.

F. AlonzoXuarez, gardien de Cholula , lui a dit qu'en vertu de certains brefs du pape, les religieux de Saint-François avaient le droit de se partager tout le pays jusqu'à Guatemala , que Cortez allait bientôt arriver de Cuba avec six cents chevaux pour chasser l'audience. 11 ne cesse de recommander aux Indiens de ne pas obéira l'audience ^ leur fait donner tout ce

qu'ils possèdent; a, dans son couvent, une prison et un pilori pour les punir quand ils n'exécutent pas ses ordres; et tout cela sous prétexte de la propagation de la foi.

Procès- verbal de l'audience contre certains franciscains de Hiiexotzinco, commanderie de Fernand Cortez, commencée le 2 2 avril 1629.

L'audience ayant ordonné à l'alcade Pero Nunez d'arrêter et de lui amener les principaux de Huexotzinco et leur famille, les religieux de Saint-François les ont reçus avec leurs propriétés dans leurs monastères et ont ainsi arrêté le cours de la justice.

Les témoins déposent que, le 1 5 avril 1 529, les Indiens, informés de Tordre de Faudience, se sont réfugiés chez les franciscains ; que frère Âlonzo de Herrera, prêchant à la grand' messe, les a traités d'audience du diable et de Satan; que, quandcllefutterminée, F.Torri* hioMotolinia, gardien qui l'avait célébrée, prit

la parole et confirma tout ce que le prédicateur avait dit, et ordonna au commissaire de l'audience de quitter la ville dans le délai de neuf heures sous peine d'excommunication, et leur fit signifier le lendemain un acte ainsi conçu :

«Nous, frère Torribio Motolinia, gardien » du couvent de S. Miguel de Huexotzinco, vi- » siteur, défenseur, protecteur et juge des » Indiens dans les provinces de Huexotzinco, »Tlaxcalla et Guacachula, parles pouvoirs » que nous a donnés Tévêque de Mexico, nous » vous ordonnons, sous peine d'excommuni- » cation , de retourner à Mexico ; de ne pas » vous mêler des affaires des naturels, et de ne » pas procéder contre eux au nom de Tau- » dience. »

Les religieux recommandent sans cesse aux Indiens de ne pas payer les tributs demandés par l'audience, mais ceux qui sont fixés par eux. Ils les poussent directement à la révolte.

Sommation faite par Juan de la Pena , au nom des auditeui-s MatienzoetDelgadillo , au gardien Fr. Juan de Faensalîda.

Tezcnco, le i3 mars iS3o.

Il représente les faits suivants :

L'auditeur Matienzo s'est présenté , tai>t en son nom qu'en celui de son collègue» au couvent de Mexico , et a déclaré qu'il était prêt à faire pénitence et réparation s'il avait ea tort d'enlever les coupables du couvent. Le P.

Maldonadoy gardien^ a dit qu'il en référerait à son chef F. J. de Fuensalida. Celui-ci^ sans faire de réponse, est venu à Mexico, et a, ainsi que tous les religieux, laissé le couvent désert et les portes ouvertes. Nous trouvâmes les autels dégarnis, la custode ouverte, la chaire et les bancs renversés au granii scandale de tout le monde. L'évéque a mis la ville en interdit, et cependant les auditeurs ont déclaré qu'ils étaient prêts à se soumettre k, l'autorité de l'Église.

Fr. Juan de Fuensalida a répondu au pro-

cureur fiscal que tout cela était bien fait, et que les auditeurs devaient s'adresser à l'évêque pour en obtenir l'absolution.

Le 44 mars les auditeurs se sont rendus au couvent de Saint-Dominique , ont représenté au vicaire l'obstination des franciscains, et lui ont déclaré qu'ils étaient prêts à faire pénitence et à convoquer tous les théologiens sous la présidence de l'évêque de Tlaxcalla , pour juger leur affaire. Celui-ci y a consenti. Mais l'évêque a répondu qu'ils n'avaient aucun droit pour les convoquer, puisqu'ils étaient excommuniés, et qu'ils ne pourraient réclamer que quand ils auraient fait pénitence.

Procés-verbal dressé à Mexico, le 5 mars iS3o, par Alonzo Lucas , secrétaire de l'audience , sur l'ordre des auditeurs Ortiz et Delgadillo.

Quatorze témoins déposent les faits suivants :

Pendant que les auditeurs visitaient la pri-

son, l'évêque arriva suivi d'une foule de prêtres, de religieux dominicains et franciscains; la plupart étaient armés de cottes de mailles. Ils portaient deux croix recouvertes d'un crêpe, dont l'une appartenait à la cathédrale, et l'autre au couvent de St-Frariçois. Les auditeurs donnèrent, par une fenêtre, ordre aux ecclésiastiques de se retirer et aux laïcs de prêter main- forte à la justice. L'évêque monta alors sur un puits et déclara que Tordre était nul et qu'on ne devait pas y obéir , parce que les auditeurs n'avaient pas de pouvoir du roi pour en donner de pareils; que c'étaient des fous, des voleurs, des traîtres, dea tyrans et des communeros , et qu'il leur ôterait leurs charges comme à des extravagants.

Il ordonna aux ecclésiastiques de rester, et aux laïcs de s'en aller, sous peine d'excommunication. Il ajouta encore d'autres discours outrageants et scandaleux. Quand il fut descendu du puits, on brisa la porte de la prison. Delgadillo descendit armé d'une lance pour en

défendis Tentrée, révêque l'accabla d'injures et lui déclara qu'il avait des pouvoirs du roi et qu'il le destituerait comme un fou furieux.

Rapport fait à randience de Mexico, le 2 3 ayril iSsg ,

par Gonzalo de Médina.

Il contient la déposition de frère Juan de Paredes , franciscain , qui déclare que pendant le gouvernement du trésorier Estrada^ les religieux de son ordre avaient fait un complot pour faire soulever le pays et s'en emparer. Au jour fixé tous les caciques du pays devaient prendre les armes ainsi que leurs vassaux , pénétrer dans la cathédrale de Mexico , au moment où les Espagnols y seraient rassemblés^ massacrer le gouverneur et les principaux officiers, s'emparer des autres et les embarquer de suitepour l'Espagne. Ils avaient résolu de né plus laisser rentrer aucun Espagnol dans le pays sous prétexte de

s'occuper plus libreiUient de la conversion des Indiens. Ils consentaient à regarder le roi d'Espagne comme leur souverain^ et s'engageaient à lui envoyer le double de ce que le pays produisait actuellement. Les marchands devaient avoir la permission de venir commercer, mais à la condition de se rembarquer aussitôt qu'ils auraient terminé leurs affaires. Les chefs du complot étaient Fr. Luis de Fuensalida, F.

Francisco Ximenez et F. Torribio Motolinia.

Le déposant assure avoir assisté à leurs conciliabules.

On a joint à cette pièce une lettre de F. P«redes, au gardien du couvent du Saint-Évangile. Il lui reproche de lui avoir arraché des aveux par la tortui'e, et d'avoir forcé des Indiennes à déposer contre lui en les attachant à un arbi'e et en les fouettant; il lui signifie qu'il révélera ses menées , et déclarera qu'il a souvent fait fouetter et pendre des Indiens.

Mandement de Fr. J. de Zamarraga , évéque de Mexico, contre l'audience , par lecfiie! il ordonne la cessât io a d'mnis.

Nous, F. Jean de Zumarraga, évéque élu de cette grande ville de Tenuchtitan, juge spirituel et temporel nommé par l'autorité apostolique, par des bulles adressées aux prélats des ordres de Saint-François et de Saint-Dominique qui résident dans cette ville; chargé par Sa Majesté impériale de l'instruction et de la conversion des Indiens , à vous les trés-nobleç licenciés J.-V. deMatienzoet D. Delgadillo, ainsi qu'à vous Geronimo Ruiz de la Mota, alcalde de cette ville, et à tous les ministres et officiers de justice et à toutes personnes séculières et ecclésiastiques, salut et bénédiction.

Vous savez très-bien , vous, auditeurs et officiers de justice, que dans la nuit de vendredi dernier , 4 mars, avant l'aurore, vous vous êtes rendus , suivis d'un grand nombre de gens armés , au couvent de Saint-François de cette ville, et vous vous êtes emparés de la

personne de Gama de LIerena et de Christoval d'Angulo, qui s'étaient réfugiés dans ledit monastère et dont l'afFaire avait été évoquée par la juridiction ecclésiastique qui leur avait assigné ledit monastère pour prison. Vous les en avez arrachés en chemise et nu-pieds en les accablantde coups. Vous les avez conduits à la prison publique ^ où vous les avez chargés de chaînes et où ils ont subi la torture. Je vous ai écrit pour vous sommer de les restituer dans le sanctuaire d'où vous les aviez tirés^ et vous vous y êtes refusés. JTai décerné contre vous mes censures^ mais vous les avez méprisées^ et vous n'avez pas sollicité l'absolution. A ces causes y et après avoir consulté les gardiens de Saint- Dominique et de Saint- François^ communi omnium consensu , si vous persistez dans votre obstination ^ on cessera dans cette ville de célébrer les offices divins. C'est pourquoi nous vous requérons et exhortons à réparer l'insulte que vous avez faite à l'église ^ et de renvoyer dans ce sanc-<

tuaire lesdits Garcia de Llerena et Christoval d'Angulo dans le délai de trois heures. Sinon , comme il est notoire que vous agissez contre les immunités ecclésiastiques ^ nous ordonnons que tout service divin cessera dans la ville.

C'est pourquoi nous vous faisons signifier les présentes, nous requérons les religieux de ces deux ordres , et nous ordonnons à tous curés, prêtres et chapelains de proclamer cette cessation des offices avec toute la solennité requise. Nous vous citons devant le Pape pour rendre compte de votre conduite , et nous vous rendons responsables de tout le mal que causera votre obstination.

Donné dans ladite ville de Tenuxtitan , le 6 mars 1 530.

F. Jean de Zumarraga.

Diego Velazquez , not, apost.

Mémoire prëseoté, en 1637, au conseil des Indes, par moi , Geronimo Lopez , habitant et conquérant de la Nouvelle- Espagne , qui suis venu à la cour pour rinformer de ce qui se passe dans ce pays.

Le président et les auditeurs se sont alliés avec le facteur Salazar contre le marquis {Fernand Cortez), ses parents et ses amis. Ils leur ont pris leurs Indiens, ont enlevé leurs armoiries et les ont vexés de mille manières ; poussés par le facteur^ ils ont employé tous les moyens possibles pour dépouiller les conquérants. Us ont recherché tous ceux qui ont joué depuis la conquête et leur ont fait payer des amendes énormes. En un seul jour ils ont fait payer à deux personnes jusqu'à 22^600 pesos d'amende^ et n'ont pas voulu leur permettre d'en appeler à V. M. , ni leur en donner acte, afin qu'ils pussent réclamer.

L'évêque , voyant les vexations dont ils accablaient les Espagnols et les Indiens, s'est rendu plusieurs fois chez eux pour les admonester fraternellement. Voyant que cela ne

servait à rien, il les réprimanda en chaire et les menaça d'informer S. M. de leur con duite , afin qu'ils ne détruisissent pas le pays et n'empêchassent pas la propagation de la foi, que les Indiens recevaient de la meilleure volonté. Le président ne lui répondit qu'en faisant proclamer dans la ville que tout Indien qui iraitseplaindreàl'évêque serait mis à mort, et tout Espagnol puni par la confiscation de ses Indiens. Les Indiens de Huexotzingo étant venus secrètement se plaindre des visiteurs qui les dépouillaient, le président et les auditeurs firent arrêter les principaux et les firent traîner en prison la corde au cou et tout nus, ce qui est pour eux la plus grande honte.

Les Indiens de Tacubaya et les Otomites, qui habitent les montagnes de Cuyoacan , auprès de Mexico, avaient amené par des conduits de l'eau qui venait de plus de trois lieues et leur servait à arroser leurs champs dans les temps de sécheresse ; par ce moyen, ils avaient beaucoup de champs etde jardins, et cette eau fai^

sait vivre plus de 20,000 habitants. Le président la leur a enlevée en faisant rompre Taqueduc dans un endroit où il a placé trois moulins et six roues. Cet immense édifice a été construit aux frais des Indiens. L'eau ne sert plus qu'à cela et se perd ensuite dans le lac.

Ici et à Panuco , les auditeurs ont placé des gardes qui vont jusqu'à sonder les barils et les bouteilles, afin qu'on ne puisse pas faire partir de lettres sans qu'ils en aient connaissance , et qu'on ne puisse se plaindre d'eux* Ils en ont saisi trois des miennes et ont commencé des poursuites pour me perdre ; ce n'est qu'avec beaucoup de peine que j'ai pu obtenir la permission de venir ici. L'évêque ayant fait partir deux religieux, le président a envoyé après eux un de ses serviteurs pour leur enlever les lettres dont ils étaient porteurs. Il y en avait une de Pedro d'Alvarado , où il disait la vérité; c'est pour cela qu'on l'a mis en prison et qu'on l'a ruiné.

L'évêque ayant appris que les députés de la ville Bernardo de Tapia et Caravajal allaient s'embarquer avecle facteur Salazar , il alla les trouver jusqu'à la Vera-Cruz, qui est à soixante-quinze lieues d'ici, et les somma de se charger de ses lettres pour Sa Majesté. Mais ils lui répondirent qu'ils ne s'en chargeraient qu'après s'être assurés, en les ouvrant, qu'elles ne contenaient rien contre le président et les auditeurs. Il y eut là-dessus des anathèmes et des excommunications. Enfin l'évêque en fit passer deux par le moyen d'un Biscayen qui les cacha dans une boule de cire qu'il mit dans un baril d'huile. Dieu permit que les deux vaisseaux qui portaient les marchandises des députés et du facteur vinssent à périr sans que les autres courussent aucun danger.

Quand les visiteurs arrivèrent, les auditeurs recommencèrent le partage des commanderies.

Ils ont donné celles du marquis à leurs parents, à leurs amis et à leurs créatures. Ils eu

ont même pris une quantité pour eux sous le nom de leurs domestiques^ mais ils n'ont rien donné aux conquérants.

Ils faisaient acheter des Indiens de tous les côtés^ et le docteur Hojeda^ leur ami , qui était dépositaire du fer royal y les marquait sans prendre d'autres informations.

Le président a exporté une foule d'esclaves par le port de Panuco, dont il est gouverneur; la plupart sont morts en mer. Maintenant qu'il n'y a presque plus d'Indiens dans la province de Panuco, on en envoie chercher ailleurs y on les marque , on les vend et on les exporte malgré les ordonnances royales.

Le président et les auditeurs ont construit des palais, des fermes, des moulins, des jardins entourés de murs, le tout aux frais des naturels.

Pour remédier à tous ces maux, il faudrait :

r Faire une visite générale, et donner des repartimientos perpétuels aux conquérants et aux colons.

2° Faire rendre gorge à ceux qui ont été naguatatos et visiteurs, parce qu'ils ont volé beaucoup , particulièrement Garcia del Pilar.

3° Faire instruire les naturels et les bien traiter.

4° Leur restituer les eaux et les terres dont le président et les auditeurs les ont dépouillés.

5° Rétablir Termitage deSaint-Lazare» parce que les Indiens disent que d'une maison de Dieu on en a fait une maison d'ivrognerie.

6*" Oter les Indiens aux fonctionnaires, puisqu'ils sont salariés ; ils s'occupent de leurs affaires et non de celles de l'État. Il y en a qui possèdent jusqu'à vingt et trente mille Indiens.

7° Annuler les repartimientos faits par les auditeurs.

8* Favoriser les conquérants.

9° Exécuter l'ordonnance qui défend à certaines personnes de passer aux Indes.

10"* Obliger les gens mariés à amener leurs femmes.

11^ Exempter les colons du droit d'aliuojarifazgo.

12'' En exempter aussi les conquérants qui font venir pour l'usage de leur maison.

13"" Nommer un curateur des Indiens qui ait soin de leur faire rendre justice.

1 4* Révoquer toutes les sentences prononcées contre les joueurs.

1 5* Donner des ordres sévères relativement à la marque des esclaves.

16** Qu'on n'avertisse pas le président et les auditeurs , qu'on en envoie d'autres pour les remplacer, car ils cacheraient tout ce qu'ils possèdent dans la province de Panuco.

17° Examiner soigneusement les comptes des visiteurs et des naguatatos.

18** Examiner soigneusement la conduite du naguatato Garcia del Pilar, âme damnée des auditeurs et du facteur, qui, par le moyen de ce Pilar, ont volé au Calzonzi de Mechoacan plus de dix quintaux d'argent et beaucoup d'autres objets au détriment de S. M.

1 9** Que le président rende compte de son gouvernement dePanuco où il a commis beaucoup d'excès, particulièrement dans ce qui est relatif au trafic des esclaves.

20° Qu'on ne puisse exporter des naturels par aucun port.

21 ° Qu'on puisse en appeler en Espagne sur tous les procès faits aux joueurs ou relatifs à la possession des Indiens.

Page 1