DES MEMBRES DE LA SECONDE AUDIENCE
Lettre du licencié Salmeron au conseil des Indes.
Mexico, le ^3 janvier i53i.
Le gouvernement de cette ville est dans le plus grand désordre par les passions des uns et le manque d'autorité des autres. Tout a besoin d'être réformé. Malgré les taxes , les juges, avocats et procureurs , se sont fait payer ce qu'ils ont voulu. Pour réformer graduellement, nous avons ordonné qu'ils toucheraient d'abord huit fois la taxe d'Espagne , et par la suite cinq fois ; mais ils ne sont pas contents et voudraient toucher vingt fois autant.
Pour un petit procès criminel pour lequel
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on donne en Gastille un rëal au greffier , on prend ici trois ou quatre pesos- La même chose a lieu pour les médecins, les apothicaires, les barbiers et les autres professions. C'est encore pis pour les marchandises ; je pense qu'il faudrait tout taxer, et qu'il faut surtout le faire quand il y aura des plaintes.
La ville se plaint de ce que le président , et à son défaut l'auditeur le plus ancien, siège au conseil municipal ; on dit qu'il le tyrannise; mais cela parait nécessaire jusqu'à ce qu'on ait rétabli quelque modération dans les prix.
L'évêque et quelques religieux ont parlé plus librement en chaire que cela ne convient au respect dû à l'audience; mais ils ont abusé, parce qu'on leur a donné sujet. Je blâme plutôt le zèle que l'individu, car l'évêque est un très-honnête homme,- je lui ai remis la lettre dans laquelle on le réprimande : il l'a reçue avec soumission et a changé de conduite ; mais il veut se démetti^e de sa charge de pro-
lecteur des Indiens. Les religieux aussi veulent cesser leur mission^ renoncer à l'éducation des enfants^ et se renfermer dans leurs couvents. Cela nous a donné bien de l'embarras; mais enfin nous les avons persuadés par la douceur.
Le marquis del Valle ( F. Cortez ) est entré avec quelque insolence dans ce pays. Il s'est fait proclamer capitaine général, et a fait dresser une potence dans un village qui lui appartient tout près de cette ville. Les auditeurs l'ont fait renverser , et ont puni les régidors, parce qu'ils lui avaient permis de se faire proclamer capitaine général. Depuis il s'est modéré. Il a paru se réjouir de notre arrivée et a présenté ses patentes à l'audience.
Nous lui avons signifié qu'il nous paraissait nécessaire qu'il s'en allât, à cause de la grande influen.ce qu'il a sur les gens du pays et pour leur prouver la suprématie de l'audience en matière de justice et de gouvernement.
C'est pourquoi nous ne le consultons pas ,
mêine dans les affaires où son avis pourrait nous être utile, et nous préférons prendre nos informations ailleurs.
Le premier jour de fête après notre arrivée, l'évêque de Tlaxcalla a dit la messe.
Nous V avons tous assisté (Salmeron décrit ici H ordre dans lequel chacun a pris place). L'évêque, en priant pour les personnes royales, ayant ajouté et ducem exercitûs nos tri y je Tai réprimandé , et lui ai ordonné de conserver les droits du roi dans les villes qui lui appartiennent.
Quant au gouvernement du pays, il faut que nous nous occupions de la révocation et de la distribution des commanderies d'après les instructions sçcrètes de V. M. Cela va exciter bien des clameurs ; mais se fâche qui voudra, les ordres de V. M. seront exécutés.. Si cela nuit aux Espagnols qui sont établis ici, cela tournera à l'avantage des Indiens, et par conséquent cela est saint et juste.
Nuno de Guzman s'est éloigné dès qu'il a
appris notre arrivée et a réuni des troupes : il serait peut-être dangereux de lui demander des comptes. Le marquis nous a offert de se mettre en campagne quand cela nous conviendrait, et d'emmener avec lui des religieux pour la conversion des Indiens , afin que son expédition tournât à l'avantage et non à la destruction du pays.
Nous attendons avec impatience notre président ( Ramirez de Fuenleal ), qui est encore à l'ile Espagnole.
Il serait utile d'établir ici un hôtel des monnaies , qui en frappât de toute espèce , sur le pied d'Espagne. Car, comme il n'y a pas ici de monnaie courante , tous les tarifs deviennent illusoires. On va publier l'ordonnance relative aux esclaves ; mais ce sera la destruction des mines d'or. Il faudrait baisser le prix du marc d'argent de 60 maravédis et le mettre à 2,1 50 : cela tournerait au profit de V. M. Quand il y aura ici un hôtel des monnaies, il faudra défendre la circulation de
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l'or de tipuzque , et n'en laisser circuler que de bon aloi.
î.ettre des auditeurs Salmeron, Maldonado , Ceynos et Qairoga, à l'Impératrice - de Mexico, le 3o mars i53i.
A la fin de janvier nous avons envoyé à V. M. 12,175 pesos d'or et 108 marcs d'argent. Cette somme est peu de chose, mais nous ne faisions que d'arriver. Wous avons tant à faire pour mettre nos instructions à exécution que nous sommes obligés de travailler jour et nuit, et encore aurons-nous bien de la peine à avoir fini avant l'année prochaine. Nous attendons avec impatience notre président , qui est toujours à Saint-Domingue, car nous avons mille peines à faire exécuter les nouvelles ordonnances, particulièrement celle qui supprime les commanderies et ordonne de les changer en corregimientos. Nous avons ôté les Indiens à plus de cent personnes.
et nous n'en donnons à qui que ce soit^ ce
qui excite des clameurs universelles. Il en est
de même parce que nous avons modéré les
tributs qui avaient été imposés aux Indiens
par les gouverneurs qui nous ont précédé.
Nous avons chargé souvent Tévèque de cette
affaire, parce qu'il connaît bien le pays, et
qu'il montre beaucoup de zèle en faveur des
Indiens. Quoiqu'il ait été quelquefois trop
loin., nous pensons qu'on ne pouvait metti^é le
protectorat des Indiens en de meilleures mains^
parce qu'il est très-désintéressé.
Il y a ici des gens qiii ont rendu de grands
services et qui n'ont pas d'Indiens, ce qiii
nous cause une profonde douleur, surtout
quand ils viennent à mourir , et qu'il faut
enlever leurs coramanderies à leurs femmes et
à leurs enfants. Cependant nous montrons de
laroideur, et nous cachonsnotre compassion,
ce qui fait beaucoup crier contre nous et contre
les nouvelles ordonnances. Nous envoyons de
tojus côtés des gens habiles pour nous rendre i6. 9
compte de Tétat des choses > et nous Mtls<>^
loiis \eê mécontents en leur promettatit dé
rendre compte à Y. M. de leur» sefvkîdis et
de leuts besoins^ et de leur obtemi" AëA ifl-*-
demnités ; ces promesses , métëes de téptih
mandes et de châtiments^ ont jusqu'ii^i produit
un bon effet.
Pour filciliter l'établissement défi eàitte^
mientos ^ et désigner les villages qui didil^ètlt
les former^ nous aTons chargé quatre aticiètirè
habitants de i^echereher quels soM cëu% ^i
peuvent maintenir Un corrégidor, uii: atealote et un alguazil , et quels sont ceux qu'il fkut
réunir à d'autres. On en a déjà désigaé q«ei-i«-
ques^uns f mais> parmi les Espagnols qu^Mi» «
privés de leurs eommanderies , il y en a faim
peu qui réunissent les qualités convenables
pour être corrégidors^ ce que Vv M» avtiil
regardé comme une indtoinitépour euxé Noitft
avons nommé ceux qui nous y (mt paru pr<y^
près y et nous avons donné lés autres pkœs 4
quelques gentilshomftiés qui sont venus dans
ce pays avec le marquis ou à d'autres occluions. Ce sont D. Pedro et D. Tristan de Arellano , D. Francisco Manriqué ^ JffianOrtiz deGuzman^ Frandsco deChaVes^ Juan A)t#-f mirano et Ferliand Arias de Saavedrd..
Nims donnons ies atgQazilgzgos ^ eeuit des conquérants qu'on ne peut p^s fiiire eorrégidôrs ; mais il y en a qui les refusent et les Kiëf^iHsentf qiioit]^'i4s soi«nt sans vêtements $ ils ^noî^^|: mëritôr tes mêmes rééompe^MI que leur générai .
Quand U^ village est tpop pauvre poor feire ylyre un oorrégidor ^ «tn ^Iguazil et un curé, nous y envoyons un de ces conquérants pQw fpiire travMille^ les Indiens^ aux champs GèfBtniifiaux^ puisque Y. M. a ordonné que c'esMrec cek qu'îladoiveat payel^ )e tribut modéré ^ue Y « Af. I^ur a imposé ; mesure qlii a été trés^utile à leur c(m3W-' vâtfton, ear dains besttco^ d'endroits il n'y a pas de messes , ks ecclé^astÂquBs spnl; rares ;j c'ésl pourquoi nous n'«« envoyons
pas dans les endroits où il y a des curés. Il serait très-utile qu'il vint dans ce pays bésiu-* coup de prêtres et de religieux ; mais ce n'est pas l'avis des Espagnols ^ qui les ont eii horreur et qui pensent que ce sont les rëclama-t tions de l'évéque et des religieux qui ont été cause des nouvelles ordonnances.
Le salaire des corrégidors varie de 320 à 380 pesos d'or ^ celui des alguazils de 1 20 à , 1 40 y et celui des curés de 1 50 à 1 70. Ils sont très-modérés ^ et cependant nous ne savons avec quoi les payer. Nous encourageons les Espagnols à y aller^ quoiqu'on ne les paie pas encore. Nous leur promettons que les Indiens les feront vivre , et qu'on diminuera d'autant leurs tributs, en portant ce qu'ils fourniront au compte du corrègidor , car nous avons bien prévenu les Indiens qu'ils ne leur doivent rien. Il y aura certainement des abus /mais enfin nous verrons comment réussit cette nouvelle forme de gouvernement ; ceux qui ont des Indiens commencent déjà à les mieux
traiter. Par le moyen de ces nouvelles charges nous pouvons indemniser 90 de ceux auxquels on a enlevé leurs Indiens ; 38 seront corrégidors ou alguazils , les autres seront envoyés seuls dans les villages. Nous avons ^ d'après Tordre de V. M., laissé les Indiens à ceux qui les avaient reçus de la dernière audience^ mais nous avons modéré les taxçs et les tributs.
Ce qui nous a donné le plus d'embarras , ce sont les fermes que les commandeurs avaient établies dans leurs villages^ car^ au moment où on leur enlevait les Indiens , ils ne pouvaient plus les cultiver. Celui qui leur succédait dans la commanderie leur enlevait leurs terres ou leur faisait éprouver tant de vexations qu'ils étaient forcés de les abandonner. Les commandeurs voyant l'instabilité du gouvernement et avec quelle facilité on enlevait les Indiens àceux qui les.possédaicnt, n'ont plus voulu cultiver la terre ni élever de bestiaux ; ils ont mieux aimé dépouiller leurs
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Indiens de tout ce qu'ils possëdment , et les envoyer par bandes dans ies mines ; ils n'ont pensé qu'au présent et ne se sont nullement occupés de rayenir« C'est pourquoi la topre n'est pas cultivée, et elle ne le sera pas tant qu'il n'y aura rien de fixé^ Pour remédier un peu à ce mal , tious avon^ pt^mulgué les ordonnances que nous envoyons ci««jointes à Votre Majesté en la priant de les confirmer^ Il y a ici certaines gens qui n Wt pas m^nc^ pris part à la conquête , et qui croient que tout leur est dû et ne veulent rien fail*e. Ils ont quelque bétail et pourraient labourer la terre s'ils le voulaienté Nous tâcherons de les établir dans quelques terraitis près des villes qui ne soient pas possédés par les Indiens* Nous avons envoyé une personne convenable et connaissant bien le pays pour choisir un endroit propice entre Tlaxcalla et Cholula, ce qui est environ à moitié chemin de cette ville à la Vera-Cru£. On y cultivera des grains pour en fournir aux iles ainsi qu'à MexioOé
SUR h^ MEXIQUE. 435
pQUr epi^oiirager ces nouyei^ux cotons , nous dpnnerppp à çh^unifi quinze , viwgt pw trente iMcLians des enyirpps , qiii les aideront çt aphpr^ndrpnt d'eu3f ragriculture européenne. Car si les naturels s'y entepdaient> notre çpnii»jBrce et les produits de pos termes deviendraient immaqses. Maintei^nt ils vivqntdans l'oisiveté et U(B savent que s'epivrer et commettre toutes sortes de çnipe^ ' ils sont ass^z (snçlins au gain; mais ils sont si paresseux qu'il faut des uiilliers d'hpipmes pour exécuter le moindre travaiL Notre prinqipal but est de les accoutumer à la viq çivi}(e. Nous ayons demftndé au;3i^ phefs de cette ville de nous fournir déjeunes ludieus , que npus avpqç n)is qn apprientis^age pjiez des ouvriers eurppéens, comme on Je ^i|; en Espagne. Nous leur avons représenté qup, quand ils seraient passés inaî-, très I ils seraient 9ussi cpui^idérés et gagn^ raient autant d'argient que leç EJspagnols; car ils ne manquent pas d'habileté et apprennent facilement. Ils ne demandent pas mieu^ , mais
1 36 MËGES .
les ouvriers ne veulent pas les recevoir, parce qu'ils craignent de perdre les bénéfices qti'ik font actuellement. Ils ne veulent lès prendre que comme esclaves à perpétuité. Quand nous seix>ns moins chargés d'afiaires, nous nous occuperons de cette matière.
Tous ces plans déplaisent atijt EdpâgnoFs ; ils sont fort mécontents de ce qu'on ne veut plus leur donner d'Indiens. Oti inurlnure d'aune manière incroyable. II y a même deS religieux de peu de sens qui les appuient; mais nous persévérerons avec fermeté dans tiott'e ligne de conduite.
y. M. nous a ordonné de faire tendre compte à Nuîlo de Guzman et aux auditeurs.
Celui-ci est absent avec quatre cents hommes : si nous les faisons venir, comment les faire vivre? Si rtous rappelons leur chef, qui diri-*géra la guerre? Nous avons consulté là-dessus les prélats et les religieux, et diaprés leur avis nous avons décidé que le marquis enver^ rait quelqu'un pour prendre le commande^
ment y et que quatre religieux iraient s'infor-
mer sr la guerre était juste, paree que, dans
le cas contraire, on ne la continuerait pas.
Nuno de Guztnan nous a fait présenter deux décrets de V* M. L'un le nomme gouverneur des pays dont il fera la conquête; Tautre l'autorise à rendre des comptes par procureur. Ce sont des copier certifiées conformes par^ un notaire et deux témoins j mais ces deux décrets ne disent pas que leurs copies feront autorité. Après quelques discussions , nous avons décidé que nous n'y ajouterions point foi , parce qu'elles nous paraissaient suspectes. Pendant ce temps , Nuno de Guzman s'est enfoncé à plus de deux cents lieues dans l'intérieur, sans avoir pacifié le pays derrière lui, de sorte que les communications sont coupées. Nous avons remis par duplicata à deux cavaliers qui vont le rejoindre avec quelques soldats, une lettre, dans laquelle nous lui ordonnons de venir rendre ses comptes en personne. Nous y avons joint
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Tordre de ne plus faire d'esclaves et de i^coon^ naître l'autoritëde l'audience, Nous recevons^ en attendant 9 toutes les plaintes qu'on noua fait^ et il s'élève contre lui des charges trèsgraves : son fondé de pouvoir s'est chargé d'y répondre.
Nous arrivâmes ici le 23 décemt^rç 1513f> U CXI fut informé aussitôt» et nous écrivit, w date du 1 6 janvier 1 531 , pour nous félîdtçr ; il était alors à cent trente lieues d'ici. Il s'est enfoncé depuis dans l'intérieur, en laissant deux de ses lieutenants pour gouverner Ia province de Panuco. Nous leur avons envoya des ordonnances relatives au^c enclaves j miû» ils nous ont répondu que ce serait }^ ruinf du pays; car les Espagnols qui rhabitai>t n'ont pas d'autre industrie que de faire 4içs esclaves pour les envoyer aux iles , au graod détriment du service de Dieu et de V. M»
Us ont fait de tout un monopole^ et ne permettent pas d'exporter une tête de bétaî).
Nous avons ordonné que chacun puisse
SUR Lfi MEXIQUE. 139
vendre la moitié de ses terre» cultivée» f et que quiconque possède deux chev^u^c pui»$e en exporter un, à rooin» que ce ne i$oit une jument» Dès notre arrivée , nou$ avons saisi les biens que Nuno de Guzman possédait id et àPanuco. Mais nous ne pensons pas que tout eela suffise pour compléter les dix mille pesos qu'il a pris dans le trésor royal* Nous n'avons trouvé ni meubles ni argent i ce qu'il possédait à Panuco consiste en juments et en esclaves.
Quelques personnes justifient son expédiation en disant qu'il va à la recherche des Âma^^ zones y et qu'il n'en est plus qu'à trois journées. Elle a été entreprise sans la permission de V. M. , et a produit peu de fruit.
Celui qui nous a apporté ses lettres nous a dit qu'il comptait fonder une colonie à Xa^ liscOy qui a été conquis par un certain François Cortezy envoyé par le marquis.
Le terme de la résidence n'est pas encore arrivé. Elle a produit contre les anciens audî-^
teurs les charges ]es plus graves. Delgadillo est arrêté , et n'en parle pas moins avec itisolence. Matienzo a la ville pour prison. Nous les avons trouvés tous les deux excommuniés depuis plus de six mois. Nous avons obtenu leur absolution^ et nous envoyons à V. M.
tous les actes de cette affaire , qui a amené bien du désordre : le démon nous en a amené une du même genre. Nous avions ordonné à l'alguazil mayor d'arrêter un esclave de Delgadillo ; celui-ci se réfugia dans le cimetière de Saint-Dominique , où l'alguazil le saisit parles cheveux et le conduisit en prison. Les Dominicains vinrent se plaindre; nous leur promimes justice y et le lendemain ^ nous envoyâmes le licencié Salmeron s'informer de l'afiaire, afin de ne. pas avoir une querelle pour si peu de chose. Les licenciés Quiroga et Aynez allèrent visiter la prison, et,pour laisser l'affaire intacte, ils n'interrogèrent pas l'esclave. Au moment où ils en sortaient , un prêtre leur remit une lettre insolente , dans
laquelle le prieur et le vicaire deSainUtominique leur déclaraient que si ^ dans trois heures, ils n'avaient pas remis cet esclave en liberté , ils procéderaient contr'eux : ce qui se fit avec tout l'éclat possible. Pour éviter une rupture, nous introduisîmes un appel. Le lendemain, ayant vérifié que l'affaire était de peu d'importance , et que ce lieu avait réellement des immunités, nous fîmes venir l'évêque, le vicaire et le prieur, et nous leur reprochâmes d'avoir &it tant de bruit pour si peu de chose, et de nous avoir manqué en public ; ils cherchèrent à s'excuser, en rejetant la faute sur l'écri vain qui en avait plus mis daiis la lettre qu'on ne le lui avait dit. Nous leur avons rendu le prisonnier en leur déclarant que nous ne le faisions que parce que sa faute était légère, et que nous instruirions V. M.
de leur conduite et de la manière dont ils nous traitent. Us ont construit ici un couvent plus beau que ceux d'Espagne, ce qui était parfaitement inutile. Cependant nous
avons ordonné qu'on le termine, puisque V, M* l'a prescrit. Ce monastère s'était f»t donner en commanderie un village cpai est près d'ici , et le prieur n'a pas mieux traiftë tes Indiens que ne l'ont fait les autres B»^ pttgnols; nous le lui avons reproché es jour-^, ainsi qu'un sermon qu'il a préaké pour démontrc*r que c'était un scrupule ovutré que de vouloir rendre la liberté à tous teslMu diens; et pour attaquer les ordonnances de V. M., relativement aiax esclaves, il pdu^ vait nous en parler en pa'fticulier, mais M n'était pas un sujet à traiter en chaire^ de prieur a eu quelques querelles avec tes Fran^ ciscains, parcequ'ila pris le parti desaneîetl» auditeurs. Grâce à notre condescendancuâ^ir nous sommes d'accord avec eux.
Le vicaire des Dominicains se rend en Bé-* pagne. Nous s^i^osons que c'est pour y ttà^ vaitler en faveui^ des membres de l'ancienm audience. Lui et le prieur ont eu une quefeH» avec Fr. Domingo de Betanços, religieux, (Jttî
SUR LE BtCXlQUE. 443
jouit ici d'une grande considération y et qui a pris fe parti des Franciscains. Ils l'ôïit envoyé à Guatemala^ et on dit que de là il s'e^t rendu en Espagne par Padama^ pour rendre eoityptê à ses Bupérkars de ee qui se pd^é» Ntil ne serait pIif capable que lui d'être un bon ëréqtie pour ce psrys- Nous pensons ^ contre l'opinion générarte des Espagnols , que rien n'est plus ùtitedans ce pays que les religieux, surtout pour le salut des Indiens, Ils ont été tluprudents dans quelques oeeasi()^s> maiè <m tes a bien tourmentésy et nous avoni^ besoin dé les eacourager^ On observe d'une manière inviolable et à la lettre les ordotinances que V. M. a &ites pour le bon ti^itement des Indiens ; il faudrait cependant en modérer plusieurs^ et particulièrement celles qui sont fe^ latives slvix. tamemes ou porteurs. Les Indiens ont de tout t»nps porté des fimleâ^x^ ils y sent acooiituBeBés> et n'auraient pu vivre au^ trement) puisqu'ils ^'avaient pas de bétesde somme.Désleurplustendreenfance,ilsportettt
leurs marchandises ou celles des autres pour gagner leur vie; ils vont avec des mardiands jusqu'à la distance de deux ou troiscents lieues^ tant parce qu'on n'a pas de bétes de somme, que parce que les chemins sont trop mauvais pour qu'on puisse s'en servir. Si on tientlamainà ce qu'ils ne portent plus^ ce seront eux et le pays qui y perdront : ils le demandent et le rëclament; daiis le tianguez, ou marché de cette ville, on en trouve toujours deux ou trois cents qui ofirent leurs services; Beaucoup de ceux que nous avions nommés pour inapecter le pays n'ont pas accepté, et nous avons éprouvé quelquefois deux ou trois refossuc^ cessifs; car personne ne veut se mettre en route sans porteurs. Cependant nous ne cédons pas. Nous pensons cependant que y. M.
devrait permettre de les charger, en cnrdoo* nant à laudience de veiller à ce qu'ilssôient bien payés : ce sont des- gens qui savent très-* bien se plaindre quand ils espèrent obtenir justice.
Nuno de Guzman n'a pas été si scrupuleux ; car révêque nous a dit qu'il avait emmené qukize mille Indiens de charge. On dit qu'ils ont presque tous péri : c'étaient des gens de cette ville et des environs , et cette destruction est un des plus grands maux qu'ait produits cette guerre.
Nous habitons les maisons qui ont appartenu autrefois au marquis ; les appartements sont très-éloignés les uns des autres , et on ne peut s'y rendre qu'en passant par les terrasses. Il y a dessous une quantité de boutiques; nous les avons fait taxer avec ou sans les boutiques; le marquis consent à les céder des deux manières.
Il faudrait envoyer ici des plantes de toute espèce, des vers à soie et des moutons mérinos : ce ne sera pas de l'argent perdu. Les habitants verront par là qu'on veut faire ici quelque chose de stable et qu'on encourage l'agriculture. Les longues divisions
qui ont existé dans ce pays , entre le marquis 16. 10
et l'ancienne audience , le rendent très-difficile à gouverner ; les habitants se plaignent de tout et se défient de tout; il y en a déjà qui disent que puisque V. M. veut prendre pour elle tout le profit, cç qu'il y a de mieux à faire , c'est de s'en aller et d'abandonner le pays.
Le marquis a nommé trois personnes, et nous en avons nommé trois autres pour faire le dénombrement des vingt-trois mille va$saux qui lui sont accordés. Mais le compte est presque impossible à faire, parce que les na^ turels du pays mènent une vie errante, et qu'ils sont tantôt dans un endroit et tantôt dans un autre. Le marquis se plaint de ee que l'affaire traine en longueur; nous craignons d'en trop donner, et il y trouve qu'il n'a pas son compte. La ville s'oppose à oe qu'on lui donne Cuyoacan, et nous avons sursis à le mettreen possession jusqu'à ce que nous connaissions les intentions de Y. M.
On lui a désigné quelques villages dans ia
province d'Oaxaca; mais au milieu d'eux se trouve la ville d'Antéquere, fondée par l'ancienne audience sur les terres du marquis y à ce quMl prétend y et pour lui nuire ^ il nous a remis une supplique à cet égard.
Ceux qui parlent les langues indiennes et servent d'interprètes se nomment naguata* tos : ils ont joui de la confiance des gouyerneur» et en ont abusé pour s'enrichir. Comme nous avons mis un terme à leurs déprédations, ild nous fuient> et nous ne pouvons plus en trouver : il serait nécessaire que l'audience eût un ou deux interprètes soldés. Nous avons envoyé les ordonnances de Votre Majesté à Guatemala^ mais nous n'avons pu les faire parvenir ni à Pamphile de Narvaez (i) , ni à Montejo, parce que nous ignorons ce qu'ils sont devenus. Nous croyons ce dernier en querelfe avec Alvarado.
L'abolition de l'esclavage a beaucoup nui
(i) Nanraez élait alors en Floride et Montejo au Yucathan.
aux mines et fait tomber le prix des maix^handises. Au moment de terminer cette lettre, nous recevons des renseignements sur les Opilangos. Leur pays est montagneux, et c'est une nation barbare et cruelle : ils se sont révoltés, ont tué cinq ou six chrétiens et beaucoup d'Indiens qui travaillaient aux mines. Nous avons ordonné à ceux qui y possédaient de» repartimientos de les feire rentrer dans le devoir à leurs frais.
Le marquis demande à faire la conquête d'une province voisine de ce pays , qui n'est pas encore soumise à V. M., et n'a pas encore reçu la un : nous Tavons remis à un auti^ temps; mais il sera bien d'étendre peu à peu nos conquêtes pour occuper les gens oisifs et turbulents. Les naturels deviennent chaque jour plus hardis et plus insolents. Auti^fois ils n'auraient osé approcher d'un cheval , maintenant ils vont au milieu des cavaliers dans un jeu de cannes, et sont plus adroits à éviter les chevaux que ne le seraient
les Espagnols; de sorte qu'ils commencent réellement à devenir redoutables.
A cette lettre est jointe une autre lettre particulière
du licencié Salmeron.
L'idée de fonder de nouvelles villes m'appartient et a été approuvée par les prélats et d'autres personnes considérables. Cela fournira aux vagabonds un moyen de gagner leur vie, et cela instruira en même temps les Indiens dans l'agriculture. A moins d'ordre contraire , nous donnerons à celle que nous faisons construire le nom de Puebla de los Angeles; on n'y recevra pas d'habitants de Mexico pour éviter les réclamations , mais tous ceux de Vera-Cruz qui voudront y venir ; car cette ville est le tombeau des Espagnols : on ne peut pas y élever d'enfants.
II faudrait permettre au moins de réduire à l'esclavage les Indiens qui se sont révoltés.
Sans eselaves , pas de mines. Nous avons réprimandé les religieux qui parlent sans cesse dans leurs sermons des affaires publiques; mais nous ne pouvons venir à bout de les faire taire : il faudrait , à cause de la ville d'Antéquere, enlever au marquis ce qu'il possède dans TOaxaca et lui donner autre chose en échange. En général^ il vaudrait mieux lui donner en un bloc ee qui lui revient , que de lui laisser des propriétés dans toutes les parties du pays.
Lettre écrite à l'einpefeiir par les audfteitn Sahneron » Maldonado , Geynos et Quîroga.
Mexico , le 1 4 août 1 53 1 .
Depuis que nous somfnes arrivés dans ee pays, nous avons été obligés de travailler dix ou douze heures par jour. Nouveau pays , nouvelles affaires. Les Indiens, quoique naturellement doux et tenus sous le joug, commettent des crimes atroces , et sont sans cesse
en querelle entre eux. On les traite si mal que nous sommes obligés de nous en mêler , ce qui excite encore le mécontentement des Espagnols ; qui nous reprochent d'ajouter foi à ce que disent les Indiens et de les favoriser. Quant au premier points nous ne faisons qu'exécuter les ordres de V. M.; quant au second^ nous savons très-bien combien ils aont rusés et menteurs : mais les plaintes des Espagnols ne viennent que de ce qu'on leur met un frein, tandis qu'auparavant chacun jGûsaît ce qu'il voulait*
Lesrsix arbitres nommés pour compter les 23,000 vassaux que doit avoir le marquis ont commencé par Coadnaguaca., et ont employé tout le carême à faire le compte d'un seul des villages de ce district, qui en contient plus de vîegL Us n'ont pas même pu finir, et sont venus nous déclarer que ce calcul est impossible, car il ne se présente pas la cinquième partie des indiens que l'on suppose que ce pays contient.
Les caciques et les chefs nous cai^ent la véritéé La plupart des indiens n'ont pas de résidences fixes y parce que ce sont ceux-H!Î qui sont maîtres de tout. Ils vont de coté et d'autre; car eux et leurs femmes peuvent très-bien porter sur leur dos tout ce qu'ils possèdent. Cependant il y a un peu plus de fixité dans les villages voisins de cette ville. Les chefs ont tant de pouvoir sur les maoéhuales y que la plupart du temps ceux^i ne possèdent rien en propre ; ces gens sont d'une obéissance sans égale. Beaucoup de chefs ne le sont pas par droit , mais par usurpation ; il y en a même qui ont été esclaves.
On a donc suspendu le règlement de l'affaire du marquis^ ce dont il se plaint amèrement.
Il demande que l'on exécute les ordres de V. M., et qu'on lui donne de quoi vivre. Nous sommes convenus avec lui de lui donner^ en attendant, la ville Coadnaguaca'^et trois autres, où ron peut cultiver toutes sortes de production. Il pense que dans six
ans ce district pourra fournir du vin à tout le pays. Il est à quatorze lieues de Mexico.
Nous lui avons donné , en outre , la province de Cotasta , sur la côte de la mer du Nord auprès de Vera-Cruz, et celle de Coatepec sur celles de la mer du Sud. On trouve dans cette dernière un port où il pourra faire construire des vaisseaux. Nous avons eu soin de réserver sur tous ces pays les droits de V. M. Nous lui avons donné en commanderie Oaxaca , Cuylapa et tous les villages contenus dans les vallées qui portent ce nom y ainsi que la vallée de Matlalcingo et les villes de Cuyoacan et de Tacubaya; mais sans juridiction aucune et sur le même pied que les autres Espagnols.
Ces deux derniers sont à deux lieues de Mexico : on y arrive par une chaussée très-bien construite ; on y cultive du blé et du maïs. Les terres y sont considérables et propres à toute espèce de culture. Il y a des forêts remplies de gibier. Le territoire de ces deux villes s'étend à une demi -lieue autour et à une lieue
du côte de la chaussée. Les habitants du Mexico se plaignent beaucoup de cette concession. Ce sont les forets et les prairies les plus voi^nes de la ville, et le marquis prétend cpie les forets lui aqppartiennent conme les
vilb^es , mais nous pensons que cda serait trés-nuisible.
Tcrfuca, ca|Htale de la vallée delladricii^iOy est à six lieues de Ifexico : c'est on parfs trèsfertile en ble et en amûs et tarés- convenable pour T élever des bestiauju Cînadnagnaea est à quatorze lienes ; Cotasia et Tsadpan aost auprès de Vera-Cruz. (Test un pays venable pour la culture du sucre, et le quis y a dga hit construire un aa ouK n.
Qaxaca« Cnvl^ia, et les vallées qui cnr dépendent, sontâquatre-vim^ iicnesdeliesioi»»
On a fondé thms la première la viUe dTAnléquere. Ccst un pavs t fco» ft i tMc ^ et c'eut la
roule poursirrendreàTecuanlepcr^Soconnaeo^ diiapa ou est la ville dr Yîlla Vicmsa, Gnatewala et les aulre«^ pn^ince» de la bmt dln
Sud y dont Aiitéquere est éloignée de qiiai^ante lieues.
Tecoantepec est à cent vingt lieues de Mexico et à quatre seulement de la mer du Sud. C'est une province riche en or. Le marquis y trouvera des ports et des bois de construction.
Nous ne lui avons accordé de juridiction ni àGuyoacan ni à Oaxaca; maïs il s'en plaint fortement. Nous la lui avons accordée dans les autres districts pour voir comment il en usera, mais nous blâmons sa prétention de s'emparer des forêts , des pâturages , des eaux , et de tout ce qui doit appartenir au public.
Les affaires du marquis nous ont donné bien d'autres embarras. 11 y a pour et contre hiiun parti si violent, que ses ennemis , dont le chef est te facteur Salazar, aimeraient mieux perdre tout ce qu'ils possèdent que le reconnaître pour leur supérieur. Comme nous vivons au milieu de gens qui , quoique doux et mal armés, pourraient se révolter à cause des mauvais traitements qu'on leur fait subir ,
nous avons ordonné au marquis, en sa qualité de capitaine général , de passer en revue tous les habitants de cette ville en état de porter les armes , et de leur en distribuer ; mais malgré nos ordres beaucoup ne se sont pas présentés.
Le marquis s'était rendu dans la province rebelle d'Opilcingo , et nous avions ordonné à tous les non conquérants qui possédaient des commanderies de prendre les armes pour l'accompagner. Il a vaincu les rebelles quoiqu'ils se fussent retranchés sur un rocher très - escarpé. Quelques - uns des non conquérants lui ayant désobéi , il a voulu les punir, mais nou$ nous y sommes opposés , et nous avons déclaré que nous ne lui laisserions exercer aucune juridiction dans les pays où s'étend celle de l'audience royale.
Le marquis fait construire ici un palais plus somptueux qu'aucun de ceux qui sont en Espagne; les murs ont plus de cinq pieds d'épaisseur; il occupe trente-cinq carrés, dont
chacun a cent soixante-dix pieds de façade. Les murs étaient déjà terminésavant notre arrivée, et depuis il en a couvert environ la seizième partie. Comme nous avons mis en corregimientos les villages qu'il employait à ce travail , il a été forcé de rinterrompre. Sur ses plaintes, nous lui avons permis d'y employer les Indiens de Chalco, à condition qu'il leur paierait leur journée. Le marquis y consentit; mais bientôt après nous apprîmes du corrégidor de Chalco qu'on ne les payait pas. Après avoir consulté l'évêque, parce que c'était une affaire qui concernait les Indiens, nous leur avons défendu d'v travailler : nous leur avons aussi défendu de lui fournir des vivres gratuitement, comme ils le faisaient auparavant, car ils ne lui appartiennent pas et ne lui doivent rien.
Le marquis s'offre à conquérir la province de Xalisco, qui touche à celle de Mechoacan.
Il y a déjà fait une expédition il y a six ans ; mais comme aucun chrétien n'v est resté , les
habitants continuent leurs idolâtries et leurs sacrifices. Quand Nuno de Guzman passa par là il les vainquit y mais il n'y laissa personne. Maintenant qu'il a un décret qui le nomme gouverneur de tous les pays dont il fbra la conquête 9 il a envoyé quelqu'un pour en prendre possession ; mais Cortez et les habitants de Mexico s'y sont opposes , parce que cette province dépendait du gouvernement de la Nouvelle -Espagne longtemps avant qu'il la visitât. Après avoir consulté lés évéques de Mexico et de TIaxcalla , ainsi que les chefs des ordres religieux, nous avons ordonné à Gorfet d'aller la réduire. Nous avons décidé que quel* qu'un l'accompagnerait, au nom de V. M. , pour distribuer des repartimientoa à ceux qui se distingueraient dans cette conquête; ainsi que quelques religieux qui serai^it chargés de décider les contestations qui pourraient s élever entre eux. Cortez s'oflfensa de eette mesure, en disant que c était au chef de Tarméo à partager les récompenses entre ses
soldats. Nous désiix)ns qu'il n'y ait que ceux qiii n'ont pas d'établissement qui prennent part à cette expédition ^ et qu'elle soit pour la <x>nversion et non pour ]a désolation du pays, ce qu'on obtiendra par la personne qui sera chargée de surveiller Luis del Castillo , auquel Ck>rtez a confié le commandement de ses troupes , et en défendant de faire des esclaves. On
enverra avec les religieux quelques-uns des jeunes Indiens qu'ils ont élevés , afin qu'ils
puissent prêcher aux Mexicains dans leur langue.
Dans le décret que V. M. a donné en faveur de Cîortez , elle lui accorde certaines villes ai^ec leurs villages et dépendances ,• il s'autorise de cela pour réclamer beaucoup plus que nous ne voulons lui accorder. Il réclame aussi , comme lui appartenant , l'artillerie dont l'audience a pris possession. Nuno de Guzman en a emmené une partie. Il prétend qu'à moins de plaintes formelles , le protecteur des Indiens n'a pas le droit d'envoyer des inspecteursdans
ses domaines ; mais nous voulons qu'il 8<nt traité comme les autres : car c'est le droit du souverain de s'enquérir comment sont traités ses sujets. Toutes ces difficultés amènent des plaintes, particulièrem^it de la part de ses gens. Nous les avons cbatiés afin que le marquis apprenne qu'il a des supérieurs. Noos ne laissons tomber aucune de ses paroles : il se comporte comme un loyal vassal; mais nous ne perdons aucune occasion de ftire sentir aux Indiens qu'il n'est qu'un sujet, et que c'est nous qui lui commandons au nom de y. M. Comme les Indiens de cette ville et des environs sont les phis intriligents du pays j nous leur avons défendu de travailler pour lui, quand même il les pâmait, afin qu'ils soient bien convaincus que c'est Y. M. qui est le maître. Nous avons mis en prison , à cause de cela , quelques-uns des dmnestiques du marquis. Les Indiens le comprennent bien , et ce sont des gens auxquels on n'ôte pas facilement quelque chose de la tète quand
une fois on Vy a mis. L'affection qu'ils ont pour le marquis vient de ce que c'est lui qui les a conquis y et de ce qu'à vrai dire il les a mieux traités que tous les autres. Il prétend qu'il va aller porter ses plaintes à V. M. Nous ne serons pas fâchés de le voir partir ; mais s'il reste, nous le traiterons comme son rang et ses services le méritent, quoiqu'il y ait bieq des gens qui désirent le contraire.
Nous avons fait taxer la magnifique maison qu'a fait construire le marquis, sans y comprendre les boutiques qui rapportent plus de trois mille pesos. L'audience y est établie et le prix qu'il en demande ne nous paraît pas exorbitant. 11 en réclame le paiement, parce qu'il veut, dit-il, partir pour aller faire des découvertes dans la mer du Sud , où il a déjà fait construire quelques vaisseaux* Nous lui avons donné 9,000 pesos courants, ce qui équivaut à 6,000 pesos d'or de mine, mais il en demande davantage. Il faudra lui défendre de
continuer la construction de ces boutiques, 16. 11
parce qu'on pourra, sur cet emplacement, construire un hôtel des monnaies, unepriftoû et d'autres édifices publics.
Dans cette province, il n'y a ni yilined> nî terres pour faire travailler les Indiens, parce ^u'el les sont toutes occupées par les Edpàgtiol^ t)n les eDàploie aux édifices publics, tandis que les membres de l'ancienne audience left faisaient travailler aux leurs. Ils conMmi- «ent un couvent de femmes comme V. M.
Y A ordonné, et un hôpital. V. M. a ordonné qu'ils payassent le tribut àvCc lès d^rétt que produit leur pays ; mais comme ils n'cmt rien , nous les faisons travailler. Ilè sont tellement satisfaits de cette mesure, que cette année ils ont ofiert volontairement ti|iielqutt bijoux d'or. Il faut tâcher de contentd^ les Indiens de cette ville, parce que ce sont eux qttf mènent les autres.
Outre la maison dont j'ai parlé, Cortese ttk fait construire d'autres qui seront les plus belles que l'on ait encore vues dans ce pays. La
ville se remplit d'édifices somptueux qui sont presque tous sur le même plan ; ce sont les Indieps qui les bâtissent. Nous les faisons travailler au couvent de Saint -Dominique ^ qui y comme V. M. l'a ordonné , sera un édifice superbe. Les religieux de cet ordre, qui sont soumis au supérieur qui rjéside dans les lies, voudraient en être affranchis, Ils ont tenu ehapître et ont choisi , pour aller ^.
Rome f F* Domingo de Betanços , qui jouit jdans toutce pays d'une grande vénération. Il le ooqiiait parfaitement, et l'on n'^ pas encore vu à la Qour quelqu'un qui inéritat au-^ tant de confiance. Qu^and Y. M, lui aura donné audience , nous la supplions de nous le renvoyer, car il nous manquera beaucoup.
Milie religieux seraient suffisants pour la conversion du pays, mais il n'y en a pas uème cent, et encore y a^-t-il des gens qui -prétendrai; qu'il y en a trop.
La nouvelle ville entre Tlas^alla et Cholula a été fond^ée par Hernando de Saavedra , que
nous avons nommé corrégidor de Tlaxcalla.
Il a fait construire une église, de's édifices publics et cinquante maisons pour les Espagnols. Elles sont en bois ou en briques crues; on ne les a pas faites en pierre pour ne pas trop fouler les Indiens. On y a fait travailler les Espagnols et les Indiens des deux villes voisines, et on les a peuplées de gens qui vagabondaient et ne désiraient qu'un coin pour se reposer et un peu de terre pour la cultiver. Quelques-uns ont déjà des troupeaux et des bœufs de labourage; on a donné à chaque nouveau colon vingt Indiens pour le servir.
Ils apprendront les mœurs et l'agriculture à l'espagnole, et ensuite on les établira pour leur' compte. Nous y avons envoyé le licencié Sàlmeron pour y établir un corps municipal et des officiers de justice. Cette nouvelle ville est à mi-chemin de la Vera-Cruz, et c'est par là que passe la nouvelle route. Nous y avons fondé un hôpital , ce qui était bien nécessaire à cause du grand nombre de malades qui nous
arrivent de la Vera-Cruz. Les Indiens de Tlaxcalla et de Gholula ont déjà été dispensés par Votre Majesté de payer le tribut d'or, parce qu'il n'y en a pas dans leur pays ; nous les dispenserons aussi de celui du mais, à la charge d'aller servir les nouveaux colons. On se moque de notre idée , et l'on prétend qu'aucun Espagnol ne voudra résider dans la nouvelle ville, si on ne lui donne des repartimientos; mais nous espérons que Dieu la fera prospérer. Les auditeurs précédents avaient donné en repartimiento la ville de Gholula qui, seule, peut faire subsister celle-ci; mais nous l'avons reprise et réunie au domaine royal.
Voici encore une autre chose que nous avons entreprise malgré l'avis de tout le monde, excepté celui des religieux , et qui prouvera que les Indiens peuvent devenir de véritables
chrétiens et se civiliser. Les jeunes Mexicains qui sont élevés dans les monastères seraient sans doute pervertis de nouveau s'ils retour-
liaient ensuite atiprés de leurs fiarente ; noos avons chargé le licencie Quiroga de A^tAiét un endroit où l'on pût les établir tens préjodice des indigènes: il Ta choisi aux énviroiis d^ Cuyoacan , à quatre lieues de Menoo. On j construira de petites maisons et on y en vertu les jeunes Indiens quand ils sortircMit des monastères bien instruits et mariés sekm la loi de Dieu. Nous transportàtHis dans le nouveau village un couvent de religieux, «fui est inaiiitenant à Cuvoacan dans une maison af^partenant au marquis. Ils auront sain de les maiiHtenir dans la religion dirélienne et que per-* sonne ne vicsine les troubler. On fioMideru deux autres villages du même genre pour y envo^^er les jeunes Indiens des tanTirons. On en a marié plus de deux cents dans les der- Qiersi temps^ et nous leur aTfms domié qi ie l ^ que rbo^ pour s^'élablir.
L'on a très-mai choisi les disiridbs qui de- |wt¥tlimt de Tev^Miê «te Tlaiffialla. Le plus nqppTwW<rst «relui de la Ver^-Omt . qui en est à
cinquante lieues sur les côtes de la mei^ du Mord; Guazacalco etGrijalva, qui sont à cent; Chiapa, qui est à cent soixante ; la Zapoteca, à quatre-vingts. Les évêchés devraient être de peu d'étendue et composés de districts rapprochés, afin de pou voir être facilement visités par leurs pasteurs ; les évêques seraient alors pauvres et nombreux, et ne s'occuperaient que de la conversion des infidèles, comme dans la primitive église. Nous trouverons, pour occuper ces sièges, des religieux tels que Fr. Domingo de Betanços, Fr. Francisco de Soto, Fr. Martin de Yalencia et quelques autres. Il faudrait former l'évêché de Tlaxcalla des districts de Huexotzingo, Gholula, Tcpeaca, et de la nouvelle colonie, qui, tous, soafc dans un rayon de dix lieues , et où il y a plus de 500,000 âmes à convertir. On pourrait ehoisir, pour la résidetice de l'évêque, cette dernière , qui se trouve au centime ; il faudrait que rarchevêque de Mexico n'eût qu'un petit district, et que, comme métropolitain , il
^eçùt du pape des pouvoirs très-étendus poui* résoudre les doutes qui se présentent journel-*lement, particulièrement dans ce qui est relatif aux mariages des Indiens. Eux seuls connaissent leurs degrés de parenté et ont grand soin de les cacher quand ils y trouvent quelque intérêt.
L'ordre queV. M. nous a donné de nommer des alguazils pris parmi les indigènes ^^ a été très-utile pour découvrir leurs idoles et les cérémonies superstitieuses qu'ils pratiquent en secret, comme aussi pour amener les jeunes gens dans les couvents. Il y en a maintenant une vingtaine où l'on élève des indi-* gènes 9 parmi lesquels il faudra désormais choisir ces alguazils, après avoir consulté les religieux.. Quant à former des corps munici*^ paux indiens 9 nous avons jusqu^à présent suspendu cette mesure , parce que nous rie les trouvons pas assez civilisés pour cela.
Ce qui s'oppose surtout à la civilisation des Indiens, et leur permet de se livrer sans
crainte à ridolàtrie et à l'ivrognerie , c'est que leurs habitations sont tellement dispersées > qu'un village couvre quelquefois quatre ou cinq lieues de pays , ce qui rend toute surveillance impossible. Leurs descendants feront
comme eux, car ils héritent de leurs idoles et de leurs croyances; non-seulement ils conservent avec soin les idoles qu'ils trouvent dans la succession paternelle, mais ils en font encore de nouvelles. De l'autre côté, ce système a pour avantage que chaque Indien a autour de sa maison les champs qu'il cultive. Comme ils sont naturellement peu laborieux, il serait bien difficile de leur faire défricher de nouvelles terres , ce qui serait nécessaire si on les réunissait dans des villages réguliers pour les civiliser. Une année se passerait à construire les nouvelles maisons et à défricher de nouvelles terres; pendant ce temps-là ils mourraient de faim.
Il y a ici huit ou dix conquérants rongés de bubons. Plusieurs autres ont laissé des en-
fants légitimes ou naturels et rien pour les élever. On leur fournit, pour vivre, du mais et du blé tiré des magasins de V. M. ; nous faisons la même chose pour un fils de Mon-^* tézuma, qui a été en Espagne présenter ses respects à Y. M. Un de ses parents qui , dit-on, meurt de faim, a refusé le même bienfaitparce que ses prétentions s'élèvent plus hauL II y a un ordre de V • M. qui nous ordonne de fidre quelque chose pour eux , mais jusqu'à pré^ sent l'occasion ne s'est pas présentée. Ils voudraient qu'on leur donnât quelque village des enviix>ns qui leur fournit des vivres ; ils n'ont pas oublié leur père , ni je crois leur ancienne religion.
Nos afiaires ne nous ont pas encore laîiaé le temps d'étudier l'ancien gouvernement dfis naturels, qui , à ce qu'il parait, était une iy-^ rannie. Nous voudrions bien le connaître pour t^ler le tribut que paient les classes infi^ rieures , et le diminuer s'il est excessif. On prétend que toutes les ixnluctions que nous
faisons ne profitent pas aux petits^ mais aux chefs y qui emploient leur superflu à leurs superstitions et à leurs orgies. Il est bien difficile de connaître les méfaits des chefs par le témoignage de leurs inférieurs, car ceux-ci leur sont tellement dévoués qu'ils subissent les tortures les plus cruelles plutôt que de les dénoncer, et qu'on ne peut les vaincre ni par les promesses ni par les menaces. Cela vient des supplices barbares qu'on leur fait subir quand \\s désobéissent.
C'est ce qui nous rend très-^lifficile de savoir ce que les Indiens payaient du temps de Montézuma. Nous tâchons cependant de le régler sur ce que nous croyons qu'ils peuvent payer raisonnablement. Il y avait des provinces qui ne payaient rien du tout à M ontézuma, les unes parce qu'elles étaient ses alliées, comme , par exiemple^ celles de Tescuco et de Tacuba. Elles lui faisaientseulement quelques présents. D'autres, parce qu'elles lui avaient résisté, comme Hnexotzingo et TIaxcàlla. Nous prenons tout
cela en considération; les Espagnols s'en plaignent et regrettent le temps où leur volonté faisait loi; ils se plaignent aussi de Fordonnance sur les tamemes. Quant à cela^ on devrait le permettre ; l'excès seul en est blâma}>le : dès l'âge de trois ans les Indiens s'accoutument à porter des fardeaux , et souvent ils n'ont pas d'autre manière de gagner leur vie.
Nous avons déjà dit qu'un an avant notre arrivée , Nuno de Guzman était allé à la conquête des Teules Ghichimèques , et qu'il se trouvait à Xalisco , à cent vingt lieues d'ici. Nous lui envoyâmes l'ordre de venir rendre compte de son gouvernement. Il nous envoya copie de deux décrets de V. M. , et nous avons sursis à la vente de ses biens, que nous avions ordonnée pour le remboursement de 10,000 pesos appartenant à Y. M., qu'il a employés à cette expédition. Quatre ou cinq mois après, nous avons reçu les origi-^ naux. Nous y avons obéi , quoique nous pcn-
sions que le pays dont il s'intitule gouverneur n'existe pas. Tout ce qu'il veut, c'est aller en avant et découvrir un port sur la mer du Nord. Les pays intermédiaires n'en seront pas plus civilisés qu'auparavant.
D'après nos instructions, nous avons fait proclamer qu'il n'y a que ceux qui ont des repartimientos qui soient obligés d'y résider, sous peine de les voir changer en corregimientos, mais que les autres Espagnols peuvent , s'ils le veulent , aller s'établir dans d'autres gouvernements.
Après avoir fait une enquête secrète contre Nu&o de Guzman, on l'a communiquée à son fondé de pouvoirs , afin qu'il répondît aux divers chefs d'accusation. Il y a plus de quarante jours que l'enquête est promulguée dans ce qui est relatif à son gouvernement dePanuco : on voit qu'il exportait sans cesse des esclaves pour introduire du bétail.
Delgadilloet Matienzone se sont pas encore justifiés de toutes les accusations portées
contre eux; nous avons saisi leurs biens qu'ils dénaturaient secrètement. Delgadillo a caché son argent j vendu ses tapisseries , ses bœufs , ses charrettes , ses esclaves , en un mot tout ce qui était transpc^table. Il % commis tant d'insolences, qu'il a fallu le mettre en prison pour le calmer. Maintenant il a sa maison pour prison , avec permission de nous visiter^ ainsi que le greffier et son collègue Matienzo ; celui-ci est en pleine liberté.
Les Espagnols sont toujours trés-méo(mtents de ce que l'on transforme en corregimîentos les repartimientos qui viennent à vih quer. On ne dépense plus rien ; les marchands ne font plus d'affaires ; les tms netoument en Espagne , d'autres vont à Guatemala ou re«joindre Nufio de Guzman , parce qu'ils n'ont pas de quoi vivre. C'est en partie ce qui nous a décidés à fonder la colonie de Xalisoo y afin qu'ils n'allassent pas dans des contrées trop éloignées , et pussent nous secourir en «as ée
SUR LE MEXIQUE. f75
révolte; car quoique les Indiens soient ti^sdcmx, il ne faut pas oublier qu'ils sont trésnombreux et très-soumis à leurs chefs : il n'en ftut pas davantage pour tout perdre. Ce sont vingt ou trente chefs qui disposent de tout le pays ; mais nous sommes toujours sur nos gardes.
Le bétail est très - abondant et à très - bas prix dans le pays , parce qu'on en a apporté des îles une grande quantité. Une brebis qui valait 7 pesos de mine , n'en vaut plus que 4; une jument 60 ou 70 , un cheval de 1 20 à 200. A partir de l'année prochaine , on pense que les juments nous donneront deux cents poulains par an; les brebis se multiplient beaucoup et mettent bas deux fois en quatorze mois; les porcs sont innombrables; la culture du Wé se répand. Nous avons défendu de tuer des vaches pour multiplier le bétail qui sert déjà à faire les transports de Mexico à la Vera-Cruz, qui est à soixante-dix grandes lieues d'ici. Il aide aussi à la construction des
ponts et des chemins; cela soulage beaucoup les Indiens ; mais il faudrait qu'un de nous visitât sans cesse le pays.
Les deux adelantades, MontejoetAlvarado^ sont en querelle sur les limites de leurs gouvernements respectifs : le premier écrit qu'il manque de tout, l'autre qu'il a découvert de riches mines d'or. Nous lui avons répondu de ménager le pays , car cette fureur démines est la destruction des naturels.
Âlvaradp et les habitants de Panuco trouvent bien dur le décret qui leur défend de faire des esclaves ; ils disent que personne ne voudra y aller, et qu'on ne soumettra pas le pays. Nous avons ordonné que tous ceux qui possèdent des repartimientos seraient obligés d'aider le gouvernement à soumettre les Indiens rebelles; mais ce moyen ne les a pas satisfaits. Malgré cela nous avons promulgué la défense dans toutes les provinces.
Quoique les Indiens eussent autrefois des esclaves , c'était une chose bien différente ; ils
les traitaient comme des parents et des vassaux; les Espagnols les traitent comme des chiens. Il est vrai que quelquefois on en sacrifiait aux idoles ; mais, en général , on était trèsbon pour eux. Les chefs choisissaient même quelquefois un esclave favori pour leur succéder. Ainsi Ton dit qu'un certain Tapico, qui gouvernait la partie de Mexico que l'on appelle Temixtitan , avait commencé par être esclave. Ce fut à lui que Cortez remit le gouvernement après la mort de Guatimozin. Nuno de Guzman l'emmena dans une expédition où il mourut. Il y a ici un de ses fils qui a ac* compagne Cortez en Espagne.
Nous venons de mettre en corregimiento la ville de Tonala, dans la province de Mechoacan, que Nuno de Guzman avait gardée pour lui , et où il avait un intendant. Quelques prêtres possédaient des Indiens ; nous les leur avons laissés à condition de les instruire :
nous attendons les ordres de V. M. à cet ^ard. On construit un monastère pour les
béates qui sont venues d'Espagne , et l'on donne aux Indiens qui y travaillent un demicelemin de mais par jour. C'est une chose bien nouvelle dans ce pays que de donner quelque chose aux Indiens qui travaillent pour le gouvernement.
Les villes de Guaxacalco et de la Victoria sont à cent et à cent cinquante lieues d'id : ce sont des ports sur la mer du Nord , à plus de cent lieues de la Vera-Cruz. Les habitants sont pauvres, les villages sont petits, et les repartimientos ont été faits par les auditeurs y nos prédécesseurs; nous pensons qu'il vaudrait mieux en faire deux ou trois commanderies qu'un corr^imiento.
A la Vera-Cruz , la ville et les maisons sont de paille; c'est pourquoi il y a eu beaucoup d'incendies. Lors de la venue du marquis^ il y on eut un qui fit pour plus de quinze mille ducats de d^àt. Nous prenons des mesures pour qu'on construise île meilleurs édifices.
Les mines rapportent fort peu; on les
n^lige depuis que V. M. s'est réservé le quint. De 1523 à 1529, quand V. M. ne fiiisait payer qu'un dixième, elle en tirait un plus gros revenu. Le Mechoacan passe pour trèft-riche en argent; quoiqu'il n'y ait pas d'homme instruit dans cette partie , il en produit beaucoup , mais de bas aloi.
Pedrarias est mort , et l'on a nommé pour le remplacer le licencié Gastaneda , qui était alcalde mayor. On commence à trouver de l'or au Nicaragua. On a écrit de l'envoyer ici par le Guatemala, car sur cette route tout est soumis ; et l'on vient de Léon , capitale de cette province, à Mexico , en soixante-dix jours.
Nous pensons que V. M. a disposé du gouvernement d'Honduras depuis la mort de Lopez Salcedo.
Vasco Porcallo, que Cortez avait choisi pour son lieutenant dans l'expédition d'Opilcingo, vient d'arriver ici. Il dit qu'il a laissé
tout tranquille, et a amené avec lui trois
chefs prisonniers ; il raconte que les Indiens
se fortifièrent sur un rocher, et déclarèrent qu'ils aimaient mieux mourir que de se rendre : il fallut donc les attaquer. Il leur fit deux mille prisonniers, et les fit marquer au bras , afin qu'on les reconnût , s'ils étaient arrêtés de nouveau , mais d'une autre marque que celle des esclaves ; il les partagea ensuite entre ses compagnons, en réservant le quint pour V. M. Nous l'avons fait arrêter pour le punir, mais il s'excuse en disant qu'il a agi par ordre du marquis. Nous avons interrogé celui-ci ; mais , comme il tient beaucoup à ses prérogatives de capitaine général , il a répondu qu'on avait eu raison, que d'ailleurs on n'avait fait ce partage qu'en attendant que V. M. en ordonnât autrement, et qu'il avait le droit de partager les dépouilles faites à la guerre. Comme cette affaire nous paraît fort grave, nous continuerons l'instruction commencée contre son lieutenant. Le licencié Quiroga ira sur les lieux, fera remettre en liberté les vieillards.
les femmes et les enfants ; les hommes seront envoyés aux mines ^ et l'audience fixera le temps que chacun doit y rester en punition de sa révolte. Mais nous craignons que les prétentions du marquis n'amènent encore bien des querelles.
Peu de temps après l'arrivée de Cortez , et avant la nôtre , le seigneur de Tescuco tua un autre des principaux seigneurs et six autres chefs. Le premier était ami de Cortez , et Ton prétend qu'il tua l'autre parce qu'il suivait le parti de l'audience. Ceux qui étaient présents lors du meurtre sont en prison depuis plus de six mois ; le seigneur de Tescuco s'est réfugié dans le couvent de Saint-François; maison en fera justice.
. Nous avons envoyé un juge et un interprète pour décider une querelle entre les villes de Cuyoacan et de Xochimilco, sur les limites que Cortez avait données aux habitants de la première. Ceux-ci se crurent en droit d'attaquer. Ceux de Xochimilco eu tuèrent cinq ou
six y et en blessèrent plusieurs : le licencié Mal-* donado est chargé de cette affaire. On fera justice des principaux séditieux et même du mar^ quis s'il est trouvé coupable; mais tout ce qu'on avance contre lui , c'est que les gens de Cuyoacan disaient dans la bagarre : « Tuonsles tous y c'est le marquis qui l'a dit. »
On tire de Zempango^ près de cette ville, toute la chaux dont on a besoin. Il vaudrait mieux réserver les habitants pour ce travail et dédommager le commandeur. On a promulgué la nouvelle ordonnance de V. M. , qui ordonne que tous les absents qui possèdent des Indiens présentent leurs patentes dans le délai de quatre mois. Il faudrait défendre aux absents d'en posséder et ne le permettre qu'à ceux qui concourront à la défense du pays.
Nous sommes^ de V. M. , etc.
A cette lettre est jointe une autre lettre du licencié Salmeron
au conseil des Indes.
Mexico , le 1 3 août 1 53 1 .
J'ajouterai à tout ce qui a été dit dans la lettre écrite en commun y qu'il faudrait nous envoyer ici un président qui fùtjurisconsulte^et plusieurs auditeurs , afin que deux d'entre eux pussent constamment visiter le pays. Il y a de l'ordredansun certain rayon autour du siège de l-audience et dans les environs des couvents ^ maisdans tout le reste du pays les Indiens sont très-maltraités. Gomme les visiteurs n'ont d'autre salaire que les amendes qu'ils perçoivent, ils en infligent à tort et à travers aux Indiens et aux Espagnols. Ceux-ci ne se corrigent pas, et quand les autres apprennent leur arrivée, ils s'enfuient dans les forêts. Qu'importe que les ordonnances soient bonnes si ceux qui sont chargés de les faire exécuter les exploitent dans leur intérêt. Maintenant les visites font plus de mal que de bien, et cela durera
tant que les visiteurs ne recevront pas d'appointements fixes.
Rien n'est plus important que Tarrivée d'un grand nombre de religieux , afin qu'on puisse les répartir, par deux ou par trois, dans toute rétendue du pays. Appuyés par eux, les Indiens viennent se plaindre, et on peut châtier les commandeurs qui abusent de leur pouvoir. L'on sera alors parfaitement sûr de la tranquillité du pays, car les Indiens ne se révoltent jamais que quand on les tjo^annise de la manière la plus cruelle. Il n'y a d'ailleurs que les religieux qui puissent les convertir et les civiliser.
On ne peut se figurer l'avarice , le désordre et la paresse des Espagnols qui sont dans ce pays. S'ils ont des repartimientos , ils ne pensent qu'à en tirer le plus de parti possible, sans s'inquiéter le moins du monde du bienêtre ou de l'instruction des Indiens. S'ils n'en ont pas, ils viennent effrontément nous demander de quoi vivre. Quand on leur dit
qu'ils sont jeunes et qu'ils peuvent travailler, ils répondent avec impudence qu'ils ont travaillé à telle ou telle conquête; c'est pour tâcher de les caser que l'on a fondé Puebla de los Angeles; il y en a déjà qui y ont construit des maisons et qui y cultivent la terre ; il y a maintenant, dans cette ville, cinquante chefs de famille (yezinos) .
Tous les ambitieux de ce pays sont mécontents ; ceux qui ont gouverné avant nous sont fâchés de nous voir faire ce qu'ils n'ont pas osé essayer. Ils croyaient avoir mis V. M. dans la position de ne pouvoir se passer d'eux, et voient qu'avec le système actuel on pourra coloniser toute la Nouvelle-Espagne. Avec ce qui n'aurait pas suffi à l'un d'eux , on contente maintenant trente ou quarante personnes, et la terre est labourée au lieu de rester en friche, et les naturels apprennent à la cultiver.
Il faudrait que Puebla fut érigée en ville et en siège d'évêché, qui serait séparé de celui de Mexico par une chaîne de montagnes qui est
à douze lieues de Mexico et à dix de Puebla.
TIaxcala est à cinq lieues au nord de cette dernière ville. L'on prétend qu'avec ses annexes elle contient 50^000 habitants. Tepeaca^ avec 30,000 habitants y est à six lieues à Test; au midi^ il y a un grand nombre de gros bourgs en terre chaude situés à la distance de cinq^ six ou sept lieues. On remarque parmi eux celui d' Yzucar , qui est très-considérable. A une lieue et demie à l'ouest^ on trouve Cholula avec 20^000 habitants ; et à quatre et demie, Huexotzingo, qui en a 30,000. Tout cela suffît pour former un bon évécfaé , sur^ tout si l'on y ajoute quelques villes un peu plus éloignées.
Puebla est à vingt-deux lieues de Mexioo; elle est plus près que cette ville de la Vera- Cruz , de Guazacalco et du Rio de Grijal va ; elle est à la même distance du Rio de Panucoetde la ville de Saint*Louis. Il faudrait construire à Puebla des maisons pour l'audience, ainsi ({u'à Mechoacan , qui est à cinquante lieues
ouest de Mexico; cela sera utile à tous les environs, ainsi qu'aux provinces de Colimas, Zacatula et Xalisco, que l'on va coloniser.
Diego de Ordaz et Peralmindez Chirino ont en commanderie les Indiens de Huexotzingo et de Tepeaca. Ils sont absents et possèdent d'autres commanderies ; on pourrait les indemniser et ordonner que les habitants de ces deux villes , ainsi que ceux de Cbolula et de Tlaxcalla , servissent les habitants de Puebla, en en accordant vingt à chaque personne , et en dispensant ceux qui feront ce service de tout autre tribut. Il ne faut pas qu'un Indien soit obligé de servir plus de la dixième partie de Tannée, c'est-à-dire trente-cinq jours. De cette manière , les Espagnols auront dfe l'aide pour construire leurs maisons et cultiver leurs terres, et les naturels l'apprendront d'eux, et s'accoutumeront à vivre au milieu de gens civilisés. Quand toutes les maisons seront construites et tous les champs mis en culture, c'est-à-dire dans huit ou dix ans, les
Indiens seront bien instruits, et l'on pourra supprimer ce service. L'on pourra alors astreindre les Indiens au service militaire et en exiger un tribut régulier pour V. M. , parce que , sachant cultiver la terre et exercer les arts mécaniques, ils seront en état de le payer. Plus tard, le pays deviendra assez riche pour pouvoir payer l'alcavala; mais pour encourager les nouvelles colonies , il fondrait les dispenser de cette dernière taxe.
A une lieue au sud de Puebla , il y avait autrefois une ville nommée Totumiacan. Avec son territoire, elle comptait trente mille harbitants dans un rayon de quatre lieues. Liors d'une guerre qui eut lieu entre les différentes nations, les habitants de Tepeaca apprirent qu'un certain jour ceux de Totumiacan et leurs alliés devaient venir les attaquer ; noais avant le jour fixé , les gens de Tepeaca envahirent une nuit le territoire de leurs ennemis, brûlèrent les villages , massacrèrent les babi-* tants et emmenèrent les femmes et les enfants.
Le peu de naturels qui échappèrent au carnage se réfugièrent à TIaxcalla. Il y a de cela soixante ans y et la province était restée déserte.
Je me suis rendu à la Pentecôte à la nouvelle ville pour diriger les travaux. J'ai fait ouvrir une nouvelle route jusqu'à la Vera- Cruz; elle est plus courte, et éloignée de Tancienne de six ou sept lieues : elle traverse des pays abondants en eau et en pâturages. On a construit quatre hôtelleries (ventas); deux sont louées deux cents pesos pour le compte de V. M. ; je la supplie de concéder les deux autres à la nouvelle ville. On aurait pu faire passer la route par plusieurs villages indiens, raaisi on ne l'a pas fait pour empêcher les voyageurs de les maltraiter ; Ton n'a pas consulté pour toutes ces mesures le trésorier, qui est nouveau et n'y entend rien ; les autres fonctionnaires, loin de nous aider, font ce qu'ils peuvent pour nous entraver : ils nous donnent bien de l'embarras avec leurs pré-
i 90 PIÈCES
tentions , particultèrament lecontador. Il landrait faire remplir toutes les charges par des hommes nouveaux , qui n'eussent pas trempé dans les anciens désordres et ne fussent pas accoutumés à vexer les Indiens.
Quoique V. M. ait ordonné que les Indiens ne fussent pas obligés de venir servir leurs maîtres ou de leur apporter le tribut à la dis* tance de plus de vingt lieues, plusieurs habitants de Mexico , qui ont leur repartimientoft dans les environs de Puebla, n'ont pas voulu aller s'établir dans cette dernière ville. Beau* coup de personnes craignent que les Indiens ne finissent par nous massacrer, si un grand nombre d'habitants de Mexico la quittent pour aller s'établir ailleurs.
J'ai cédé pour éviter du trouble; cependant la nouvelle colonie ajoute à notre sûreté, car ses habitants maintiendront dans l'ordre TIaxcalla et son territoire.
Dans mon voyage à la Puebla , j'ai visité les pix)vinces deTepeaca, Cholula, Huexot-
zingo et Ghalco; J'ai exhorté tes Indiens à venir travailler aux routes et aux ponts : ils l'on fait très-volontiers. Dans chacune de ces villes^ il y ft trois religieux; Fr. Francisco de Soto est à la Puebla avec trois autres.
Nous avons bien besoin de menue monjiiaie; on pourrait en frapper d'or, d'argent et de cuivre sur le même taux que celle d'Espagne. II faudrait réduire l'or de Tepuzque en or ordinaire : les cinquante mille pesos d'or de Tepuzque qui circulent dans le pays seraient alors réduits à trente mille ; mais il faudrait y mêler un peu d'alliage, afin qu'il n'y eût pas d'avantage à l'exporter, et qu'il restât pour le commerce du pays.
Je pense que dans tout le pays il faudrait ouvrir des routes praticables pour les bétes de somme et pour les charrettes; cela contribuerait beaucoup à la sûreté de notre domination. Comme les Indiens n'avaient pas de bétes de somme, leurs chemins étaient roides et étroits; ils étaient tellement droits, qu'ils ne
se seraient pas détournés d'un pouce pour s'é-* viter de gravir les montagnes les plus escarpées. On commence maintenant à les arranger f quoique plusieurs personnes s'y soient opposées f sous prétexte de ménager les In« diens. On ne veut pas entendre qu'il est utile pour eux d'être forcés continuellement à un.
travail modéré, et que cela les empêche de se Vwvev au vice* Est-ce se conduire en père que de ne pas châtier son fils , et de le laisser se livi^r à la paresse? Fr. Domingo de Betanços rendra compte de tout cela à V, M, J'en dirai autant de la défense de charger les Indiens : il faut absolument se relâcher un peu sur ce l>oint. C'est maintenant l'époque des plantations. On voulait faire venir de Panuoo vingt mille pieds de vigne. Apres avoir examiné la question avec le marquis (Cortez\nous n'avons pu trouver d'aub^e moyen de les transporter.
Le chemin n'est pas praticable pour les bètes de somme, et dès qu'on tire les esclaves dics mines , ils en pi\)fitcnt pour prendre la fuite*
On observe à la lettre le décret sur les esclaves^ quoique beaucoup de personnes s'en plaignent^ particulièrement les habitants de Panuco et de Guatemala; on a écrit de la manière la plus sévère à l'adelantade Alvarado , qui avait voulu s'opposer à sa mise à exécution.
L'adelantade Montejo se trouve mal à l'aise
dans les limites de soq gouvernement; car
Gozumel et le Yucathan sont bien peu de
chose. Il est en querelle avec les habitants du
GuazacalcOy parce qu'il veut s'établir sur leur
territoire, auprès de la ville d'Espiritu-
Santo. L'autre établissement qu'il a fondé se
trouve dans le gouvernement d' Alvarado;
Ton a écrit à celui-ci de ne prendre aucune
mesure violente sans nous prévenir, même
s'il est dans son droit. Il a écrit à Cortez qu'il
voulait coloniser la province de Naco, au
nord de Puerto Cavallos. Cet endroit fait partie
du gouvernement de Honduras , où l'on a fait
mourir Cristoval de Olid : elle fut alors aban- 16. 13
donnée. Lope de Salcédo voulut y fonder un (établissement; mais il mourut avant d'avoir exécute son dessein. Ceux <jul gouvernèrent après lui y envoyèrent ceilt hôùimês qui y rewStèrent six mois sur le pifed de guerre àvéè les naturels; mais comme ils manquaient dé vivres, les uns s'en allèrent au Guatemala^ léi» autres au Nicaragua. Nous ne lui avons pas envoyé la permission qu'il demande ; mais nous pensons que si le Nicaragua doit être réuni à Honduras, on pourrait lui donner le territoire depuis Naco à Puerto Cavallos, sur le golfe Iluloe, et jusqu^au Rio de Cristianos, jusqu'où est arrivé Alonzo d'Avila. Le pa;\'^, entre ce fleuvo ol les limites du Guazacalco, ferait donnée Montojo* ainsi que le versant des montagnes du wté de la mer du Nord : il aura alors de quoi fonder une colonie. Fbur se ivndro du Nicaragua à la mer du Nord.
il faut trawrsor le Honduras et la vallëe *ie Valle llormoso ou lluvlancho, où Benito Hurtftdo ax-ait fonde une colonie; on
laisse alors Naco à cinquante lieues à l'ouest.
S'il est nécessaire d'envoyer quelqu'un au
Nicaragua pour mettre un terme auxdésordred
{fOf^n causes le licencié Castaneda , on pourrait y envoyer le licencié Maldonado, gentilhomme de beaucoup de sens ; il y sera trèsutile, parce qu'il connaît la manière de gôaivcrber ce pay&-ci , et pourra aussi infbrmer des'affaires du Guatemala , où l'on reproche à Alvarado de s'occuper beaucoup plus à s'etiirtchir qu'à bien gouverner; cela: vaudrait mieux que d'y envoyer tin homme nouveau et sftns expérience.
Le licencié Quiroga pourra s'occuper des aflbires du Mechoacan et visiter le pays. C'est un homme vertueux et très-jaloux du bien des indiens; mais il est timide et scrupuheuxf c'est pourquoi il est plus propre à exéeiiter ^u'à diriger. Les nouveaux auditeurs que Ton enverra pourront rester ici avec le Hccndé Ceynos.
On dit bien des choses sur la conduite du
marquis. Il a été longtemps maître absolu du pays : ce qu'il n'a pas pris pour lui, il Ta distribué à sa volonté. Quoique maintenant il se montre soumis et obéissant , il a un tel pouvoir sur les indigènes y que d'un seul mot il pourrait tous les faire révolter. Il veut exercer toute son influence dans le pays; c'est pour cela qu'il a profité de sa dernière expédition pour vexer tous les officiers qui ne sont pas de son parti. Nous tâchons qu'il ne se mêle de rien de ce qui n'est pas sous son autorité. A cet (^ai\l y nous interprétons les instructions do V. M. plutôt à la lettre que dans le sens le plus large.
Il dit qu'il abandonnera sa diarge de eapi-
laino général, et qu'il retournera en Espagne. V\\\t au ciel qu'il le fit ; cela serait heureux ixvur la Nouvelle-Espagne : au moins, ne <loil-il avoir d'autorité que dans les villes t]u\>n lui a conocdéos, et qui ne lui donnent qur tiN^p d'influence. On ferait bien de ne lui donner ni \ntcquôre^ ni Cuyoacan, ni
Guaxaca; sans elles, il a déjà plus de vingt-trois mille vassaux* Il estpoli dans ses rapports avec nous ; mais il nous serre de près , et se montre très-mécontent de nous. Nous serions trèsmalheureux s'il avait le moyen de satisfaire ses haines.
Opinion de l'audience sur le dënoinbrement des 3o.ooo vassaux
accordés à Cortez.
8 avril i53i.
Il y a quinze jours que Cristoval de Barrios , Geronimo Ruyz de la Mota et Ruy Gonzalez ont été faire ce dénombrement avec les arbitres nommés par le mai^uis^ qui sont André de Tapia , Juan de Saucedo et Francisco de Terrazas; ils ont commencé par la capitale de la province de Cuernavaca, et ont rencontré des difficultés insurmontables. Les Indiens font tous leurs efforts pour cacher leur nombre; ils rencontrent à chaque instant des maisons vides > dont on leur dit que les propriétaires
198 HSCES
sont morts; tandis qu'on trouve la terre cultivée tout autour, et quelquefiM», en y repassant, on y voyait des habitants. Les Indiens ne vivent pas séparément ; mus ils forment de petits hameaux ou pegiijrmles de cinq, dix ou quinze familles qui occupent chacune une maison séparée des autres par une palissade de bambous. Dans beanooqp d'endroits on avait arraché ces palissades et renfermé plusieurs maisons dans une seule enceinte pour faire croire qu'elles appartenaient à la même personne. Tout cda empêche de Êûre un calcul exact. Il fiiucira compter toutes les maisons habitées ou noD; sans cela le domaine royal éprouvera un grand préjudice.
La Tille d'Antequère , à raadi«oee de la niiiifiin<i rnijw
Si vous saviez le danger que court cette ville et celle de Saint-Alifouso de los
tçça^, vous mettriez plus de zèle à uqus secoure* ; depuis que les Indiens Zapotecas ont tué Alonso de. Tavera et ses çoippagQons , a T^ltepec, i^l^, opt massacré cinq ou six Espagnols qui allaient chercher de l'or avec un gra^id nombre d'esclaves^ Nous ay^qsi ^pyoyé j|li secours de la ville de 3ainirAlifonso^ notre ^Icillde Juaq deValdivieso^ vingt-cinq Eapa* gqoli^ et un grand ooiDbre d'Indiens; nous lejur.Javon$ encore i envoyé d'autres renforts, desorte que la ville est pi^sque abandonnéc/Il faudrait forcer tous ceux qui possèdent des Indiens dans cette province à venir y résider.
Un certain Francisco de Paz s'est présenté au nom de Cortez, dans la province de Teguantepec. Il a destitué tous les fonctionnaires et les a remplacés par d'autres choisis par le marquis ; il a renversé le gibet élevé au nom de S,.]VI. , et l'a remplacé par un autre au nom de soa maître ; il enlève, beaucoup de villages à noU'e territoire^ ^t veut lesréppir à celui de
Teguantepec, disant qu'ils font partie da marquisat; il donne asile à tous les débiteurs, et ne permet pas d'exécuter ^les jugements. Si cela continue , ce district deviendra une caverne de voleurs.
Un certain D. de Guinéa a persuadé aux Indiens de Cuilapa de déclarer que toute la vallée dépend de Cuilapa : il espère par ce moyen agrandir le marquisat aux dépens de notre ville. Nous envoyons à la cour D. de Porras , pour protester contre les usurpations du marquis ; nous vous supplions de lui accorder aide et protection.
Coûvention entre Cortez et Faudience , au sujet du dénombrement de ses 28,000 vassaux , par-devant Alonzo Lacas » notaire de l'audience.
Mexico t 1 mai i53i.
Relativement aux contestations survenues sur le dénombrement des 23,000 vassaux , il est convenu que le marquis conservera.
SUR LE MEXIQUE. 20f
mais seulement en dépôt et jusqu'à ce qu'on ait pris les ordres de S. M. , les villes de Cuernavaca^ Âcapiotla, Yautepec, Tepuztlan, Guastepec , Teguantepec , Xalapa , Utlatepec , Quetasrtla , Tuztla , Tepeaca , Yzcalpan , et toutes les bourgades et villages qui en dépendent. Le marquis s'engage à restituer tout ce qu'il y aurait au delà de ce qui lui a été accordé par le décret de S. M. , le tout sans préjudice des droits qui lui sont concédés par le même décret.
A l'impératrice, le président et les membres de l'audience de Mexico, savoir : l'évéque de Saint-Domingue et les auditeui» Salmeron , Maldonado , Geynos et Quiroga.
Mexico, le 19 avril i532.
Au moment où nous nous y attendions le moins , nous apprîmes que Nuno de Guzman^ qui avait commencé à fonder la ville de Compostela^ était arrivé dans la province de Xalisco , où l'audience avait envové D. Luis
202 piicis
de Castillo pour la coioniâer. Guiuaii IrJKt arrêter y et nous renvoya arec riostruclîaii qu*îlavait fait faire contre luL CSomaps il avait beaucoup de soldats avec lui , nous loi cqt vovàmes l'ordre de se borner à colomacr b provincede Xalisoo, et àne pas pcnéinr dans cette province du côté du Mecfaoaan.
Au delà de cette ville , ce fut D. Luis de Castillo que nous cbarg^àmes de cnlooiarr cette partie de la province ; nous défiendunes aussi à Guzman de se mêler des affitircs de Tunala et de son district. Cette ville est silnëe sur les bords du Rio-4irande ^ du côté du 3fechoacan. Cette rivière, qui est une des plus considérables du pays , nous parait une limite
convenable entre son gouvernement et celui de la Nouvelle-Espagne.
Vers la fin de février , Guzman a , mis à i eau un brigautin pour aller à la découvcria d une petite ile qu^on aperçoit au mitieu da la mer.
Alvaraiio nous écrit de Guatemala qu'il
StJK LE MEXIQUE. 203
nrmc Qçuf vaisseaux , et qu'il compte mettre è.Jft voile dans le mois de juillet , si la per^ aoQne qu'il a envoyée près de S. M. est de retour. Nous lui avons défendu de rien faire MJQiS up ordre royal.
, . Montejo a attaqué les Indiens du Rio-San- Lazaro et les amis eu.déroute. Ayant entendu dire qu'Alonso Davila est encore vivant , et ipi'il a. fondé une colonie dans l'intérieur, il est allé le rejoindre avec quatre - vingts hommes et trente chevaux ; nous le favorisons tant que nous pouvons.
Le marquis a lancé deux brigantins à Acapulço , et une caravelle à Teguantepec, où il a. fait venir deux autres navires de moyenne grandeur , le tout dans l'intention d'acQomplir son contrat avec V. M. Nous apprîmes qu'il faisait porter par des taipemes, deGuaxa* ça .à Acapulco, tout ce qui était nécessaire pour équiper ses brigantins; ils furent rencontrés par deux alguazils que nous avions envoyés, et qui leur ordonnèrent de retourner
204 NECES
sur leurs pas. Le marquis lésa étés des mains des alguazils , et leur a ordonnr de coottamcr leur cfaeinin. Nous ayons commmcé une iostruction contre lui, et nous FaTonsaîoiinié à ccMDparaitre ; mais il était défii en rouir pourvenir. Il s'oppose à ce que les TÎaileurs se présentent dans les TÎllagcs qull possède sur ia mer du Nord; noais nous en arons mkrajé malgré lui. Il a crf>tenn du pape une bulle qui le dispense de la dime, et refuse de la payer sur ses domaines, i^ïous en emroirotis copie à V. M.
Désirant connaître la situatioQ des Taaaaux du marquis à Cuernavaca , et dans les quatre autres YÎlles de cette vallée , nous y utoos envoTé secrètement des Indiens qui sV sont rendus sous prétexte de commerce. IKaprès (es peintures qu^ils nous ont rapportées , Cuernavaca^Guastepec, Acapistlaet lesvilligyf de la yallée renferment plus de vingt mille maisons y dont chacune est habitée par plusieurs Êunilles ; ils ajoutent qu'à Cl
seul il y a quatre-vingt-deux fermes ; cépendant les ennemis du marquis n'en comptent que dix-sept, et les plus exagérés trente. Le visiteur a trouvé à Cuernavaca soixante maisons, et d'après. la peinture des Indiens , il y en a deux mille cent quatre - vingts. Nous croyons donc qu'on a donné au marquis plus qu'il ne lui revient.
Le 9 avril , nous avons prononcé notre jugement contre le président et les membres de la dernière audience ; nous les enverrons prisonniers en Espagne par le premier navire.
Gomme Nuno de Guzman a des affaires trèsimportantes , nous lui avons, accordé un an pour se présenter devant V. M.
S. M. nous a autorisés à réviser, après avoir consulté Tes prélats et les religieux, les règlements relatifs aux tameraes. Nous avons permis aux gens mariés d'en employer huit ou quatre, selon qu'ils ont ou non leur famille avec eux; aux célibataires> d'en avoir deux, à condition qu'ils les loueraient librement, leur
paieraient cent amandes de cacao par jour, et hé les emmèneraient p8ls au delàd' une journée décbéis eux. Cela suffit, parce qu'il y ai main^ tenant dans le pays des bêtes de somme et dès chemins. ■'"'-
■D'après la recommandation de V'. M., nous avons donné un corregimiento à Luiîs Pediio de Avellano. Uchichila, chef du Mechoacaii , a fait donner la torture du feu à trois Indiens pour qu'ils lui déclarassent ce qu'étaient à^ venus des bijoux d'or que le €al2onzî avait laissés à ses fils : ils les lui livrèrent > et celui* ci les emporta chez lur pour les fondre. On dît qu'il en a tiré quinze ou seize barres d'or. H n'en a déclaré que deux et quelques bijoux d'or et d'argent. Nous l'avons fait arrêter, et le procureur fiscal lui fait son procès ainsi qu'aux fils du Calzonzi. Nous enverrons pour corregidor dans cette province un juriscon?suite, afin de voir>corament ceux*-ci réussissent à la Nouvelle-Espagne. Les Indiens y ont été très-mal traités.
A la sollicitation des habitants de Vera- Cruz, nous avons consenti à ce que la ville fut transportée une lieue et demie plus haut ; quelques marchands s'y opposaient; mais, malgré cela , nous avons permis à tous ceux qui le voulaient de changer de demeure.
Nous avons envoyé à Nuno de Guzman l'ordre de mieux traiter les Indiens , de désigner les biens sur lesquels on doit prélever les mille pesos qu'il doit au domaine y et de rendre rartillerie.
J.ettre du licencié Salmeron.
Mexico, le i" noYcmbre iJ>3?.
La colonie de Puebl a de los Angeles diminue, parce qu'en attendant les ordres de V. M., on ne lui a pas fourni tout ce qui lui était nécessaire. Les mécontents répètent sans cesse aux côtdris qu'ils les perdent et se perdent euxmêmes ^puiisque cet essai prouve qu'on peut gouverner le pays sans repartimientôs.
Le président et l'audience, moins le licencié Qairoga
qui se trouve abseat.
Mexico t le 3 novembre i53s.
On continue à se plaindre de notre gouvernement; mais les Indiens sont tranquilles et contents, et commencentà se civiliser; lescorregidors n'osent plus abuser de leur pouvoir : nous les avons intimidés en en destituant plusieurs. Les Indiens ont maintenant appris à se plaindre ; ils viennent de loin pour cela , et accusent en face les corregidors eux-mêmes. Nous gardons presque toujours les corregidors à Mexico > et nous ne leur permettons que rarement de visiter leur juridiction; de cette manière, la ville se peuple et ils ne vexent pas les Indiens.
Le marquis avait compris parngii les dépendances de ses domaines beaucoup d'endroits qui sont des chefs-lieux. Ainsi , il avait compris Totolapa parmi les dépendances d'Acapistla; nous l'avons réuni de nouveau au
domaine de V. M. , et nous y avons envoyé un corregidor. Le marquis^ qui se trouve à Cuernavaca , nous a écrit qu'il défendrait ses droits par écrit ; il a su se faire beaucoup d'amis : de six juges qui sont ici ^ il en a trois à sa solde; le quatrième a épousé sa cousine ; le cinquième est alcalde mayor de ses domaines , et le dernier est un conquérant qui n'entend rien aux affaires. Comme il sait qu'on va faire le dénombrement de ses vassaux, il travaille à se faire des amis , ce qui lui est d'autant plus facile, que beaucoup de personnes sont mécontentes de nous , parce que nous protégeons les Indiens , et nous cherchons à supprimer les repartimientos ,• ils sont donc tout disposés à s'unir contre nous : il faudrait faire sortir du pays le marquis et cinq ou six autres.
Il y a deux ports sur la mer du Sud , Acapulco et Teguantepec. Auprès de ce dernier, on trouve en abondance du bois de construction, de la poix, une espèce d'étoupe qui 16 U
peut servir pour calfater, du fer et beaucoup d'autres choses ; il appartient au mar<)uis : il serait préférable qu'il fit partie du domaine royal.
Nous avons déjà annoncé à V* M. le départ des deux brigantins que le marquis envoie faire des découvertes dans la mer du Sud, Nous avons appris , il y a trois jours , que quand ils furent arrivés au delà du pays dé^ couvert par Nufio de Guzman , les vivres com-*' mencèrentà leur manquer, parce qu'il y avait soixante-dix personnes à bord , outre les m^ riniers. Le capitaine a continué sa route avec un brigantin et vingt hommes , et a renvoyé le second avec les cinquante autres. Celui-ci en débarqua trente auprès de la ville de San Miguel, qu'a fondée Nuâo de Gu2man, et échoua avec le reste à l'entrée d'un autre port que Nuno de Guzman a découvert huit lieues plus loin , et qu'il a nommé Aldea*Nueva. Sur six hommes qu'il envoya à terre pour chercher des vivres, les Indiens en massacrèrent
quatre , car i\$ sont révoltés. Le marquis se prépare à partir pour Teguantepec^ où il a deux autres vaisseaux, l'un déjà lancé , et r.autre presque terminé : on dit qu'il veut acheter la flotte d'Alvarado.
II est déjà arrivé ici quelques mérinos ; il en faut davantage et surtout des brebis ; nous désirons aussi des ânesses et des oliviers.
On a commencé, d'après les ordres de V. M., à fonder des villages pour les jeunes Indiens élevés par les religieux. L'évêque a près de lui un fils et un neveu de Montezumà, ainsi qu'un fils du dernier gouverneur de cette ville : V. M* pourrait faire quelque chose pour
eux.
Nous avons commencé à modérer lentement les tributs; les Indiens comprennent bien la grâce que leur fait V. M., et viennent de loin avec des peintures pour solliciter la diminution.
Puisque V. M. approuve les visites des auditeurs , ils en. feront tour à tour avec un reli-
gieux pour leur servir d'interprète. Nous avons fait des ordonnances sur les mines ^ ce qui est une chose nouvelle; elles prospèrent, surtout celles que Ton a nouvellement découvertes dans le Mechoacan.
Il y a mille inconvénients à ce que les officiers de V* M* possèdent des Indiens; il vaudrait mieux leur assigner un salaire convenable. V. M. a ordonné qu'il y eut deux naguatatos ou interprètes, pour intem^er les Indieùs qui se présentent comme témcnns et modérer leurs tributs. Il est nécessaire de leur accorder des appointements.
La ville de la Yera-Cruz est à cinq lieues de San Juan de UUoa , où viennent aborder les vaisseaux ; on les décharge dans des barques qui remontent le fleuve pendant quatre lieues, etarrivent tout près des maisons: les habitants se plaignent de ce que l'endroit est malsain , ce qui est très - vi'ai ; car on ne peut y élever des enfants, et les femmes v deviennent rarement enceintes. Cela vient de ce que le fleuve
forme plusieurs marais dans- cet endroit, et que les habitants ne sont pas assez riches pour construire de bonnes maisons , et de plusieurs autres causes. Nous avons donc envoyé quelques personnes à la recherche d'un endroit qui eût les qualités requises pour y fonder un bon établissement. Parmi eux se trouvait Fr.
Thomas de Berlanga. Ils désignèrent un endroit à une lieue et demie plus bas de l'embouchure du fleuve ; mais les marchands se sont opposés de tout leur pouvoir à ce projet pour ne pas s'éloigner du port, et pour conserver leurs maisons. L'audience n'a voulu rien décider sans avoir pris les ordres de V. M.
Nuno de Guzman et son audience avaient accordé à la ville des terres du côté de Cuvoacan. Elles sont cultivées par Cortez et par les Indiens qui lui appartiennent; la ville demande qu'on la mette en possession et le marquis s'y oppose; que ferons-nous?
iiù Pièces
VéTêi\VLe de Saint-Domingue à l'impératriceV
Mexico, le 3 novembre i53s
Sébastian Ramerez de Fnenleal, éréque de Saint-Domingue, fut choisi à cause de sa réputation de vertu et de prudence poor
présider la seconde audience de la Nouvelle - Espagne
En i534 , il fat promu , pour récoapeiMe de let terrioatf k 1 evéché de Cuenca , en Espagne.
il faut continuer le système d^ corregi*-' niientos jusqu'à ce que Ton ait plus d'expé-^ riencCé C'est la providence qui a inspiré à V< M. de supprimer les commanderies et de réunir les Indiens à la couronne^ Geux^i en ap*précient les avantages et deviendront des sujets fidèles s'ils ne sont plus exposés au meurtre et au pillage comme ils l'étaient auparavaot*
Quand V. M* accorde des domaines à perpétuité y il serait nécessaire de les bien dé^ finir , car les mots de capitale et de cheMieu ont un sens très-vague dans ce pays.
Quelquefois trois ou quatre vil tes, autrefois capitales 9 ae trouvent dans un même reparti* miento^ et alors on regarde comme le çhef^ lieu ceJle où le propriétaire espagnol perçoit son tribut; mais on ne doit pas pour cela r&^ garder les autres villes comme des dépendant ces, excepté dans ce qui concerne les intérêts particuliers du propriétaire : les Indiens n'en sont pas moins divisés en difiërentes tribus. Il y a ensuite ce que du temps de Montezuma on appelait Calpiscazgo. Danschaque province l'empereur envoyait un Calpisque ou majordome pour percevoir ses revenus. Celui^ résidait dans la ville principale, et les autres y apportaient leurs tributs , mais elles n'étaient pas pour cela dans sa dépendance. Elles étaient elles-mêmes la capitale d'un district et avaient un seigneur particulier.
Souvent un seigneur, outre la ville où il résidait, en possédait plusieurs autres qui étaient gouvernées par des chefs qui relevaient de lui. Ceux-ci lui payaient AejR \m\HAM et le
servaient, mais ils n'en avaient pas moins un territoire distinct , et le gouvernaient à leur volonté, quoiqu'ils se reconnussent sujet du seigneur qui habitait la ville principale. Quelquefois il y avait sur le territoire d'une ville des villages qui en dépendaient tout à fait et payaient une partie de son tribut. Quelques villages dépendaient autrefois d'une ville , et quand la province fut conquise par les Mexicains, ils se les partagèrent. Maintenant on veut les réclamer comme des dépendances de cette ville quoiqu'ils en soient affrandiis df^puis longtemps. Souvent aussi les villes ont des espèces de faubourgs dont les maisons sont plus ou moins disséminées dans la campagne; eeux-ci sont de véritables dépendances , quoiqu'ils forment souvent des villages considérables ; mais les Espagnols , pour diminuer en apparence ce qu'ils se sont fait donner, les nomment toujours estancias ou fermes.
Quant à ceux qui payaient autrefois l'impôt, et à ceux qui en étaient exempts, tout
ce qu^on sait, c'est qu'il y avait autrefois parmi eux des seigneurs que l'on appelait Tecatede ou Tetuan. Montezuma portait le titre de Tecatecle Tetuan Intlacatly et c'est celui qu'ils donnent à V. M. ; cela veut dire : seigneur sage et puissant. Il avait sous lui des gouverneurs ou Tacuxalcaltecs -^ ils rendaient compte à l'empereur de tout ce qui se passait; ils étaient chargés , en outre , du recouvrement des tributs et de faire les payements; ils y avaient des employés inférieurs qui châtiaient les coupables d'après les ordres des gouverneurs. Le Tecatecatl équivalait au capitaine général : il dirigeait les affaires de la guerre , et dans chaque quartier il y avait des of&ciers auxquels on était tenu d'obéir. Un autre était à la tête de toutes les constructions que l'on entreprenait et devait diriger les ouvriers. Le Guaumuchil équivalait à notre Alguazil mayor. Il y avait au marché ou tiangueZf deux juges chargés de décider toutes les contestations qui pouvaient s'élever entre les
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vendeurs et les acheteurs* Dans chaque quar-*tier, que nous appelons actuellement paroisse, deux des principaux étaient chargés de ré*partir le tribut, et de veiller à l'exécution de tous les ordres du gouverneur dont j'ai parlé plus haut. Tous les fonctionnaires que Jeviens énumérer étaient personnellement exempts du tribut; mais dans beaucoup d'endroits on le leur faisait payer pour les terres dont ils jouissaient. On en dispensait aussi quelques chefs subalternes qui veillaient à ce que tous les ordres fussent exécutés. Les Espagnols les ont nommés Mandones ', les Indiens les appe^ laient les vieillards.
Dans beaucoup d'endroits le peintre ou Tia-^ culoca ne payait pas non plus de tribut, parce que c'était une espèce de notaire publie* qui tenait r^tstre de tout ce qui %e passait ; d'ailleurs ceux qui étaient chargés de traoer les peintures, n'avaient garde d'oublier de faire valoir leurs droits. On exemptait aussi les musiciens et les chanteurs, qui
irès-estimés parmi les indiens , parce qu'ils conservaient dans leurs chants le souvenir de tout ce qui s'était passé. Ce n'est que par ces chants et par les peintures qu'ils ont conservé le souvenir de leur ancienne histoire et la connaissance de leur religipn. Ils regardent donc ceux qui se livrent à ces arts comme des sages et des savants*
On exemptait aussi du tribut ceux qui s'é-^ taient distingués à la guerre par de grands exploits. Ils avaient des insignes qu'eux seuls avaient le droit de porter. On ne pouvait pas les charger de fardeaux^ car ils étaient dis:penséâ de tout service personnel comme de tout impôt.
• Les pauvres étaient aussi libres de toute redevance , aî^^i que tous ceux que les chefs dont j'ai parlé plus haut jugeaient convena- .ble d'en exempter : oh n'en demandait pas iion plus aux jeunes garçons, jusqu'à l'âge de dix ou douze ans, ni aux Mandoues chargés de le.s élever; car, jusqu'à cet âge, ils n'ha-
bitaient pas avec leurs pères, mais dans des édifices destinés à cet usage, que Ton nommait Ispuchiles. Ils devaient seulement un service personnel , et on les employait aux travaux publics.
Ceux qui étaient soumis au service personnel et aux tributs , se nommaient maceguales. On les tenait dans une telle sujétion que leur maître pouvait à son gré les tuer ou les vendre comme esclaves.
Le tribut ordinaire était le quart d'unepiéce de coton que Ton devait livrer tous les quatrevingts jours, ce qui fait environ une pièce par an : celles que Ton fait à Cuernavaca, et qui sont les meilleures du pays , valent environ 4 réaux la pièce. On devait , en outre , un service personnel ; mais j'espère que bientôt les naturels pourront payer tout cela en or ou en argent.
Pour se procurer ce dont ils ont besoin pour payer Timpôt etpour acheter des vivres ou des vêtements , les naturels ont l'habitude
d'envoyer leurs femmes au tianguez ou marché^ pour y vendre toute espèce de chose ; d'autres portent de l'eau, du bois ou du charbon ; quelques-uns ont des terres, des vergers ou des plantations de maguey, dont ils tirent une espèce de chanvre; il y en a qui sont potiers, charpentiers, peintres, sculpteurs ou qui exercent d'autres mëtiers.
Il n'y a que très-peu de Maceguales qui possèdent des terres : elles appartiennent toutes aux chefs et à leurs descendants; mais les villages en possèdent que les habitants cultivent en commun. C'est avec leur produit qu'ils payaient ce qu'ils devaient à leurs chefs, et qu'ils subvenaient aux dépenses des temples et des fêtes, et qu'ils acquittent maintenant le tribut aux Espagnols; ils étaient aussi obligés à cultiver certaines terres que le seigneur possédait en propre, et qui formaient leur patrimoine. Le petit nombre de Maceguales qui possédaient un champ en propre y construisaient une cabane, et vivaient et payaient
leurs impôts avec le produit. Quelques-uns prenaient des terres à ferme et vivaient de la même manière.
Môntezuma possédait, dan9 presque tous les districts, et particulièrement dans ceux qui avaient été conquis par ses armes , des terres qu^il distribuait aux plus vaillants guerriers de Mexico, afin qu'ils eussent de quoi vivre honorablement.. Cela était d'autant plus nécessaire, que cette ville étant bâtie au milieu du lac n'avait que très^peu de terres. Depuis l'arrivée des Espagnols, on a rendu ces terres aux villes à qui elles appartenaient autrefois, et les habitants les cultivent pour payer leur tribut. Les rois de Tezcuco et de Tacuba, qui étaient les plus puissants du pays après Môntezuma, suivaient le même système.
Toutes les conquêtes se partageaient entre eux et le roi de Mexico ; mais celui-ci était le plus puissant, et prenait toujours la meilleure part.
Depuis que l'on a découvert beaucoup de
mines d'or et d'argent, on recherche les esclaves , qui se payent jusqu'à quarante pesos la pièce. Il faudrait défendre de réduire un seul Indien en esclavage , car ce sont eux qui cultivent et font vivre le pays : tant qu'ils seront nombreux , il ne manquera pas d'Espagnols.
Il faudrait envover des hommes habiles exploiter le minerai d'argent. On en extrait des mines une grande quantité , mais il s'en perd beaucoup; on trouve aussi de l'alun et beaucoup de drogues utiles. Nous aurions bien besoin de gens qui se connussent à tout cela. Il faudrait, pour les encourager, leur accorder des corregimientos dans un endroit convenable, surtout s'ils sont mariés; car les célibataires ne valent rien pour coloniser.
Tout le pays est tranquille, et depuis le gouvernement de Nuno de Guzman jusqu'à celui d'Alvarado, il n'y a pas un seul Indien en armes. Ils savent apprécier les bienfaits de V. M., et viennent se plaindre quand on les
maltraite. Il y a dix jours ^ les chefs du Mëchoacan et les fils du Calzonzi sont venus pour porter leurs plaintes à Y. M. Us nous ont fait un discours si bien ordonné , qu'il y avait du plaisir à entendre la traduction que nous en ont faite les interprètes.
Il y a cinquante mille pesos dans la caisse de V. M. Il devrait y avoir toujours ici un vaisseau de Y. M. , pour qu'on pût lui faire passer des fonds.
Je suis vieux , malade ^ ecclésiastique et peu fait pour être président d'une audience; je n'ai accepté que pour obéir à Y. M. , dont Je baise les mains.
Fr. Martin de Valeacia , gardien des reiigieax firanciicains de la Nonrefle-Espagne , à rimpâmtdce.
Teguantepec , le i8 janTÎer i533.
Ce fut dans l'année i 524 que j'arrivai dans ce pays à la tète de douze religieux de mon ordi^. Malgré les obstacles que nous oppo-
saient l'abominable religion des habitants de ce pays et la baine qu'ils nous portaient par suite de la guerre ^ nous parcourymes les diverses provinces, et nous détruisîmes une quantité innombrable de eues ou temples d'idoles; nous construisîmes des églises, et nous commençâmes à distribuer le saint baptême , que les naturels recevaient avec tant de zélé et de ferveur, que nous ne craignons pas d'exagérer, en disant que chacun de nous a baptisécent mille personnes, dont la majeure partie étaient des enfants ; car nous n'osions l'accorder à tous les adultes qui nous le demandaient. Grâce à la divine Providence , ces religieux firent des progrès si rapides dans la langue du pays, qu'ils furent bientôt en état d'instruire les naturels dans notre sainte religion , et les convaincre de l'erreur dans laquelle ils étaient plongés. Ils allaient les prêcher dans les places, dans les marchés et dans tous les endroits où ils avaient l'habitnde de se rassembler.
Pour mieux assurer notre succès, noii^ avons pris avec nous les enfants des caciques^ pour leur apprendre à lire, à écrire et à chanter les saints offices ; de âorte que noii* seulement ils ont été amenés à hbtre sainte foi catholique, mais que souvent même ils ont converti leurs parents. Ils parcourent le pays pour détruire les idoles et pour convertir leurs compatriotes et les exhorter à renoncer à leurà vices ; ils le font avec tant de zèle, que souvent ils courent danger de la vie.
Ces jeunes gens nous sont d'un grand sé-^ cours , surtout auprès des vieillards qui n'ont pas renoncé à leurs anciennes idoles, quoiqu'ils fréquentent nos églises, reçoivent les sacrements et aient même renvové tiyutés leurs concubines pour vivre avec Une seule épouse légitime.
Les bulles du pape Léon et surtout du pape Adrien nous autorisaient à exercer alternativement la juridiction ecclésiastique; mais quand Tévêque élu fut arrivé dans ce pays.
nous y renonçâmes en sa faveur. Celui-ci , yqyant que les monastères n'étaient 'pas plus respectés que des établesv et que l'on en tirait de force les criminels pour les exécuter, au grand scandale des naturels, qui avaient le plus grand respect pour leurs faux dieux, réforma tous les abus et rétablit l'ordre et les droits du dergé^.Cinq ans avant l'arrivée des membres de. la dernière audience, et dans l'année qui la suivit, il exerça cette juridiction sans con* testation; mais quand ils virent que nous nous opposions à leurs lïiauvais desseins, ils voulurent s'y soustraire ; ce fut alors que nous envoyâmes Fr. Antonio de la Cruz pour porter nos plaintes à V. M.
Notre joie fut grande quand nous apprîmes que V. M. avait renouvelé l'audience de la Nouvelle-Espagne. Nous espérâmes que ce changement mettrait un terme aux discordes des Espagnols, ainsi qu'aux mauvais traitements dont se plaignaient les naturels, et qu'il contribuerait ainsi à leur conversion;
mai^ nous fûmes encore plus heureux en recevant les nouvelles ordonnances qui sont le salut du pays. Heureusement que l'évêque les reçut avant les membres de l'audience; sans cela nous n'en aurions probablement pas entendu parler si tôt; car, malgré nos sollicitations souvent répétées, ils ne les ont pas encore fait promulguer, et se sont refusés à reconnaître l'évêque comme protecteur des Indiens, et nous comme ses coadjuteurs, comme V. M. l'a ordonné. Jamais les Indiens n'ont été aussi maltraités que pendant leur administration.
M. DE Valencia , gardien ; Martin de Jésus , Ildefonso de Herrera , N. deI^adilla, Torribio Motolinia,
F. XlMENEZ , A. DE GuADALUPE.