‹ Pierre Bédard et son temps [microforme]Chapitre 2 sur 6 · RE · texte numérisé non relu

RE

Le 26 juillet 1796, Pierre Bédard conduisait à l'autel Jeanne-Louise-

par our Luce-Françoise Frémiot-de Chantal-Lajus, fille de: François Lajus, médeard. cin, et d'Angélique-Jeanne Hubert, sœur de M# Hubert, évêque de . uses Québec. Ce fut l'abbé L.-L Bédard, missionnaire à. Saint-François iner (Beauce), et frère du marié, qui présida à la cérémonie,'en présence d'Anplus ‘toine Panet de Joseph Planté,' de Berthelot 4’Artigny; de/W. Bouthilrre- + Jier ‘et des parents des deux familles. On ne doit pas être surpris de voir de | figurer ici des hommes de & politique, entre autres l’orateur de l’assemdu blée législative, M. Panet, car Bédfrd était lui-même lancé, et depuis déjà 545) à | } :

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ues # vs Vi ur Re Fa b. quatre ans, dans la vie parlementaire. Il avait été élu député de Nortait à thumberland * aux électiohs générales de 1792. , tif, Pierre Bédard ne devait cesser d’être membre de la députatioh qu'en tie. 1812, après avoir tour à tQur représenté Northumberland, la basse ville ant de Québec et le comté de\ Surreÿ.° Lorsqu'il quitta là politique pour accepter d’être jüge à Trois-Rivières, il était le seul, avec M. Panet, qui ae 1 M, Panét était orateur de la Fhambre.

te, : M. Planté, notaire. \ 1pi- s M. Berthelot d’Artigny, avocal rut 4 M. Boüthillier, huissier à la verge noire.

Sa .: 5 Ce comté s’étendait depuis la seigneurie de Beauport jusqu'aux bornes de la rait province, en descendant du côté nord\du fleuve,

6 Surrey commençait à la limite ohest de la paroisse d la limite ouest de Varennes, et comprenait Saint-Ours, ! Varennes, Saint-Antdine et une partie de Belæil,

genie et finissait ontrecœur, Verchères,

DS

avait réussi à se faire élire sans interruption, depuis l'ouverture du Gre- .mier \parlement dont avait été dotée province de Québec, en vertu de la constitution de 1791. Il siégea donc pendant près de six parlements consécutifs, mettant au service de ses computriotes tout son talent oratoire et sa science constitutionnelle.

#4 . Avant même d’entrer dans la carrière parlementaire, Bédard s'était intéressé à la chose publique. Ainsi le voyons-nous, en 1790, s'opposer de toutesses forces au projet de changer le système de la tenure seigneuriale. Sur 168 représentations d'un comité spécial nommé pour étudier la question, quelques personnages auraient voulu faire adopter le free: and common soccage, où la tenure franche anglaise. et aussi donner aux seigneurs et à leurs censitaires le privilège de commuer la tenure de leurs terres. “ILes charges seigneuriales, dit Garneau, ct les taux des redevances étaient assez modérés sous l’ancien régime. Après la conquête, plusieurs Anglais, qui . avaient acheté des seigneuries de Canadiens émigrant en France, haussèrent ces taux et furent imités par quelques-uns des anciens seigneurs, Bientôt l'abus fut poussé par eux à un tel point, qu'il arracha des plaintes ‘aux censitaires, pour qui l'usage, la coutume était la loi, … Les nouveaux propriétaires attendaient depuis longtemps l’occasion de changer la tenure de leurs seigneuries afin d’en retirer de plus grands revenus ; ils crurent que le moment était venu d'accomplir leur dessein... Ils s'étaient déjà entendus avec des émigrants américains après l'abolition de la tenure, préférant ces derniers aux Canadiens, parce qu'ils les trouvaient disposés À payer des rentes plus élevées.” 1 Le fait est que les esprits n'étaient pas préparés à un changement. Du reste un nouvél état de choses, dans la diréction poursuivie par quelques-uns des seigneurs, eût été funeste aux colons cänadiens-françuis. Le séminaire de Québéc, hautement concerné dans ces affaires, ne désirait pas de Chängement, et Bédard, en cette occasion, ne fit rien de plus que demander le statu quo.

Mais pareil épisude ne compte guère dans la vie publique d'un homme, fût-il même le meilleur avocat de la meilleure des causes. C'est sur le . terrain de la politique que Bédard donna toute la mesure de son talent et de ses ressources oratoires, 11 ‘y entrait bien pyéparé, connaissant déjà, pour les avoir étudiés à fond, tous les ressofts de la constitution britannique, mieux, en somme, que beaucoup de nos hommes d'Etat anglais qui, au lieu de se pénétrer dé la lettre ét encore mieux de l'esprit de la grande charte, s'en tenaient au système déjà ancien mais non vicilli, de vouloir gouverner la province à l’aide d’un fonctionnarisme brutal et non pondéré,. .. La nouvelle constitution, octroyée par l'Angleterre, en 1791, auruitdû, ce nous semble, amoiïndrir le prestige et l'autorité de la petite oligar-

1 Garneau, III, pp, #et 100, 4° édition. -

pour leur concéder leurs terres

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chie qui,’ jusque-là, avait. conduit le pays à coups de bâtons, comme on

traitait les ilotes dans l'antique Sparte. : Loin de là, elle se crut encore

reine et maîtresse dans un pays conquis, et elle ne se préoccupa de respéc-

ter la constitution que dans les limites qu'elle se traçait elle-même.

L'acte constitutionnel de 1791, sans être un modèle du genre, accordait, du moins, aux Canadienë-français le droit de se gouverner, de faire. des lois et de les appliquer. Malheureusement il n'y avait pas de ministère responsable, et le conseil législatif, qui pouvait refuser son concours à l'assemblée, était nommé par la couronne. 11 y avait là deux défauts

sérieux, propres à rendre le fonctionnement du rouage administratif pres-

que impossible, ‘“ Sans ministère, dit Macaulay, un gouvernement parlementaire, tel qu'il existe chez nous, ne peut jamais fonctiônner sûrement. Il est indispensable pour nos libertés que la chambre des communes «it le moyen d'exercer sur le ice exécutif un contrôle réel, une influence souveraine.” ! : ; 4

“ Le grand mérite de la constitution, écrivait lord Brougham, con-

| siste dans la netteté avec laquelle eile reconnait et pratique le principe

|. fondamental de tous les gouvernements mixtes, à savoir :. que le pouvoir .

|souverain de l'Etat résidant à la fois dans plusieurs corps sépatés, le con-

\tément de chacun d'eux est indispensable pour la validité-d'un acte ai quelconque, et qu’on ne peut apporter aucuné modification aux.

ois existantes, ni leur ajouter un seul article, ni prendre aucune mesure qui affecte si peu que cv soit l’existence, la liberté, la propriété des

ditoy ens, sans avoir préalablement obtenu le complet assentiment de tous |

les pouvoirs dirigeants, c'est-à-dire du souverain, des lords, et de la cham-, “bre des | çommunes..... Le principe fondamental de la constitution est plus séffeusement compromis si l'un des trois pouvoirs de l'Etat -c per-met; sous un prétexte quelcorique, d'agir sans le éonsentement des deux autres, et sans y être autorisé par quelque loi générale bien connue À, laquelle le peuple soit tenu de prêter obéissance.” *

1 L'opinion de Macaulay et dalord Brougham nous font bien saisir le . vice capital de la constitution d@iF881 : pas de ministère, un conseil législatif irresponsable et tout à la disposttion des gouverneurs qui le nomment. Qu ï qu’il en fût, cette constitution fut agçueillie avec joie par les Cana- diens, car elle Icur necordait un rôle à jouer dans les affuires publiques,

| Les élections eurent lieu en juillet 1792, et le parlement s’ouvrit le

17 décembre de la même année. Le premier grand débat fut consacré à l'usage de la languc française dans la publication des documents officiels. Il y avait en chambre seize députés anglais et trente-quatre canadiens.

. Les premiers ne voulaient que de l’anglais, les autres ou presque tous, \ beaucoup plus conciliants, opinaient en faveur des deux langues mises

1 Macaulay, Histoire du Règne de Guillaume III.

dE. rd Brougham, De la Démocratie et des Gouvernements mixtes, pp. 369 et 370, du

t de l'anglais par le vifomnte, narpania Paris, 1872.

[proNNE] | PIERRE BÉDARD ET SON TEMPS #:

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.78 ? : SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA " (or en regard. Le procédé était plus coûleux, mais il était plus juste, car il : no > ne fallait pas Gublier que la grande majorité de la population était d'ex-. :*. lc ; traction. française. ‘Les partisans de la languci anglaise donhaient pour . . au “JS raison que c'était la langue du souverain et de la mère patrie. A cette 0 bie +. ,: objection M. de Lotbinière fépondit ainsi: CRAN es ex LS “ Je dirai! avac cet enthousiasme qui est le fruit d'une vérité reconnue RSR. ‘et journellement sentie, que notre gracieux souverain est le centre de la res É bonté et ‘de la justice ; que l'imaginer autrement sérait détiguter son dè image et percer nos cœurs. Je dirai que notre amour pour lui est"tel nn : et . que je viens de l'exprimer ; qu'il nous a assurés dé son attachement et que 1 "de nous sommes persuadés que ses nouveaux sujets lui sont aussi chers.que ‘. | E-. *ph __* lesautres- Enfants du même pèré, nous sommes tous égaux à ses yeux. nt 7" D'après cet exposé, qui est l'opinion générale de la province, pourra:t-on ‘ -nous persuader qü'il refusora dé nous entendre” parce que nous ne Æ savons parler que notre langue? De pareils discours ne seront jamais - 5 crus : ils profanént la majesté du trône, ils le dépouillent duplus beau de the ses attributs, ils le privent d’un droit sacré, du droit de rendre justice ! : | Pa …. : Non, ce n’est point ainsi qu'il faut peindre notre roi; ce monarque équi- ) Un table saura comprendre tous ses sujots, et en quelque langue que nos © dé hommages et. no$ vœux, dui soient portés, quand nos voix respectueuses RE . “. .frapperont le pied de son trône, il penchera vers nous une oreike favo-, ON .. 16 rable et il nous entendra quand nous lui parlerons français. D'ailleurs, Es à av ” cette langue ne peut que lui être agréable dans la bouche de ses nouveaux K ©" T: sujets, puisqu'elle lui rappelle la gloire de son empire et qu’elle lui prouve, lie d'une maïñière forte et puissante, que les peuples de ce vaste continent "A tri sont attachés à leur prince, qu'ils lui sont fidèles, et qu’ils sont anglais el à 1 + “par le cœur avant même dé savoir prononcer un seul mot de sa langue.” 5 il] La seconde raison alléguée par l'élément anglais contre l'introduction k e$] du français dans les documents officiels, était que l'usage éxclusif dela ; À - Er - de la‘ langue anglaisé asfimilerait plus vite les Canadiens à la mère patrie, 4 sal , “c'est-à-dire qu’elle les rendrait plus loyaux. La raison se réfutait d’elle- ÿ ca : même, car avait-on eu jusque-là quelque motif de suspecter le loyalisme . de ., , des Canadiens? ; : .:: CRT E + ab UE “ Rappelons-nous l’année 1775, s'étrie M. de Lotbinière. Ces’ Cana- n log À. diens qui ne parlaient que français ont montré leur attachement, à leur x fai É souverain de la manière la moins équivoque. Ils ont aidé à défendre cette province. Cette ville, ces murailles, cette chambre même où j'ai l’hon- . ch neur de faire ntendre-ma. voix, ont été en partië sauvées par leur zèle et A | par fe On les 4 vus se joindre aux fidèles sujets de Sa Majesté : ne : et repousser les attaqnes que des gehs qui as bien bon anglais fai- " | pu ‘saient sur cette ville, Ce’n'est donc pas l’uniformité du langage quirend CE h à m /!

' es peuples plus fidèles ni plus unis*entre eux...” M. Taschereau fit un vigoureux discours dans le même sens : 26: demanderai, dit-il, si la représentation estlibre. Personne ne me dit que

L: non. Etant libre, il pouvait done-se faire que cinquante membres” qui, | na ‘entendent paint l'anglais, auraient composé cette chambre ; d'ex- .: comme moi, n \ auraient-ils. pu faire des lois en langue äñglaise? Non, assurément. Et pr À « bien, g'aurait, done été une Smpossttiitté, 8 une impossibilité né-peût u £ L exister.” . ? + % ; nnue +. Bédard- -prononça un à grand discours qui fit sébiatiou comme Us fit du’ de la LÉ “reste petite , discussion sur un sujet aussi vital que celui de la conservation ‘ r son de notre fangne. De-ce moment il conquit la sympathie de ses collègues ; it'tel et l'adnifration du, mpubiie. Ce am s En ei ”

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same CE Fe Ére pos due d'un intérêt non mois vital viendraient se. ! à la surface. rod. | se : : : s” ; at-on , Je “ x % ne se AS PM ve ad ù rues deux hommes qui vont Her les premiers. l'attention sur de | ‘théâtre parlementaire, aasnt, dit Garneau; M. Pierre Bédard et M. Joseph . FR se Papineau, que la tradition pous roprésente, comme des patriotes doués de pur L 1 véritablès talents oratoires. Ils furent dans la législature les plus formes ; équi- ) Ë ù défenseurs de nos droits, et les partisans les. plus. fidèles de l'Angleterre, Fe ŒD . au service de laquelle le dérniet s'était distingué par son zèle durant la A À » L É. révolution américaine, Sortis tous les deux des rangs du peuple, ds, cé | avaient reçu. une éducation classique au collège de Québec...

leur, ele ‘A une figure, dont les traits fortement prononcés étaient rie: eaux i Ms dé durs, Bédard joignait un mainfjen .péu gracieux et un extérieur etes É | très négligé. Bizarre et insouciant, par camactère, il prenait peu d'intérêt He | à la plupart des matières qu'on discutait dans la chanibre ; et en n général HE DA “il parlait négligemment. Mais iii question attirait vivement son Le “esprit; il sortait de son indifférence avec üno agitatign presque fébrilè. ee. E Embrassañt d’un coup d'œil son ‘sujet, il” l'abordait largement mais non. da a 3 1 sans quelque … .En commençant; sa parole était difficile ét sacetape L cadée: mais bientôt la figure énergique de l'orateur s'animait "sa voix | SaNe; : dress ferme et puissante. De. ce moment sa phrase juillissait aveu Meme . abondance et avec éclat. Il combattait ses adversaires avec une force de

HA ", logique irrésistible: rien n'était capable d'intimider son courage où de CARE \ faire fléchir ses convictions, ‘ er ET “ Tels sont les deux personnages que les Canadiens prodhts > ts > cette à . chefs dans les premières années du régime parlementaire. Mi. l'hon- | Ces deux patriotes sembleront-s’éntendre 8ur la politique la plus favone ee leyrs compatriotes. L'union de ces deux. forces, rendues plus. lajesté CHU puissantes par le groupe de, députés ‘canadiens formant les deux tiers de ses Re . À Ja chambre, eût produit de mefveilleux résultats sous an régime francherend + L ment constitutionnel. - Mais, en ces temps-là,-la force pNmait le droit.

F * / È ne Canadien vraiment digne de ce nem, attaché à su langue,-à sa foi,

lit que

1 Garneau, Ill pp. 81 et 82, 4e éd.

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quelque loyal qu'il fût, était marqué du sceau fatal, Où voyait toujours. * .en lui un ennemi-né de l'Angleterre, du gouverneur et de son gouvernement despotique: On traquait les nôtres, on leur refusait souvent la plus : élémentaire justice, par haine ou par un ,sordide intérêt. C'était le système organisé de la persécution, et ce système ne pouvait finir, étant do une coÿstitution informe, mal comprise et encore plus mal- Nous.avons déjà dit que Bédard, dès le début de sa carrière politiq s'était livréavec passion à l'étude de la constitution britannique. . Il comprit bientôt le fonctionnement, à l'aide des auteurs main. Aussi le vit-on à la chambre soutenir les grands principes qui régissent les peuples soumis à la couronne anglaise, avec un talent et un: savoir-faire prodigieux pour l'époque, alors qu'en Angleterre même, les idées n'étaient pas encore très nettes sur ce sujet aussi délicat que difficile, Le Canädien, dont Bédard était l'âme, rénferme des théories acceptées aujourd’hui comme les plüs rutionnellés.. 11 y avait en cet homme ùn sentiment inné de liberté et de justice, qi devait le guider dura La devise du Canadien :

CŒLUM, explique bien l'idée de celui qui la choisit, et elle explique encore mieux pourquoi cette gazette fit tant de.bruit et amoncela ta la tête de ses rédacteurs. C’est à causé de son amour pou Bédard travailla à fonder un journal, qu'il entreprit une lutte avec des journaux hostiles à notre race et à notre religion. de son amour pour la justice qu’il réussit à faire conttôler par la chambre les dépenses de lu province, qu'il contribua sion des juges de la politique active, etc.

Bédard fut done un grand patriote, comme nous ‘allons pouvoir -en juger nous-mêmes en le voyant à l'œuvre. Patriote par la parole, patriote par lu plume, patriote par l'action, tel il fut toute sa vie,

carrière parlementaire.

Le."

Le 28 mai 1829, quelques semaines après la mort de Bédard, /a

Minerve écrivait :

d’assemblée.

“Ce fut lui qui le premier fit sentir au pays la nécessité d'avoir un agent ef Angleterre.”

Examinoys si ce témoignage de {a

de Bédard.

C'était en 1810; à la veille du coup qui devait terrasser lé Canudien “et ses rédacteurs. Depuis trop longtemps déjà la province, faute de pré-

mise en œuv

qu'il avait sous. la

FIAT JUSTITIA RUAT

nt d’orages sur rga liberté que

C'est à cause

plus que tout autre à l'exclu-

“ Si la province, en se chargeant de ses propres dépenses, acquit aux . Canadiens ou à la chambre d'assemblée quelque poids ou que influence dans les affaires du pays, c'est à M. Bédurd qu'on le doit.

“Le paiement de lu liste civile fut son ouvrage,

“C'est à lui que nous devons l'exclusion dés juges de la chambre

Minerve rend justice à la mémoire

ujours iverne-

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Lors] | PIERRE BÊDARD ET SON TEMPS EE 81

voyance ou Fe calcul de la part de ses représentants à la chambre, acceptait de l’Angleterre les deniers destinés au paiement des traitements et appointements des fonctionnaires publics. Ceux-ci se trouvaient par là même à jouir d'une certaine indépendance, dont ils abusaient à coup

“sûr. Jamais ils ne perdaieñt une occasion d'insulter les députés canà-

diens-français. Cette conduite était révoltante, car, d’où que leurs émoluments vinssent, ces fonctionnaires n’en restaient pas moins les officiers de la chambre, les serviteurs de la province. .

‘La chambre d’assemblée déclara que le pays était-assez riche pour

défrayer ses propres dépenses. Bédard fut le premier à se:prononcer en *

: faveur de cette mesure, qui allait mettre un terme à des abus intolérables, +08 Angie accueilierait , sans doute avec plaisir la démarthe de la petite colonie, puisqu'elle aurait pour résultat de dégrever son propte budget. Malgré l’opposition. du gouverneur, qui ne voulut pas transmettre à la chambre des communés, non plus qu'à la chambre des Jords, | l’adresse de la députation canadienne, mais seulement au roi, la proposi-

tion prévalut, et bientôt la chambre d'rggemblée eut sa liste civile et la

- petite oligarchie buroaucrate se trouva lée.

Dans le cours de la même session de 1810, la chambre, désireuse de se protéger et deçvenir au secours des Canadiens-français honnis, conspués, accusés de trahison, de menées séditieuses, de/complots ourdis dans l'ombre, etc, etc., résolut d’ envoyer en Angleterre un agent spécialement chargé : d’ éclairer le public anglais sur la colonie. “Là-bas on se renseignait comme on pouvait, et le plus souv ès mal. Le fait est que les Anglais ne nous connaissaient ni de loin ni dé près. Les quelques gazettes anglaises,

‘imprimées’ici, n'avaient que du venin à distiller sur le-compte des nôtres. ns On les appelait the French rascals ; on les traitait d'ignorants, dé gens + toujours prêts à s'insurger contre les lois et contre les gouvernants, NH: importait done de mieux renseigner la métropole, et on crut que le mieux .

.serait de maintenir à Londres un agent ädroit, instruit et versé dans la ‘Jangue anglaise. Bédard, qui avait, le plus poussé la chambre dans cette voie, reçut la nomination. Mais, pour des raisons inconnues, le choix . tomba ‘plus tard sur un autre, et lorsqu'il fut question de lui voter un traitement, la résolution de la chambre fut jetée au panier, par le fait d’une prorogation inattendue.

Ce fut à la session de 1808 que les juges furent déclarés inhabiles à siéger comme députés. Une majorité de vingt votes le voulut ainsi. Bédurd en était. Son vote fut âinsi motivé: ; :

“En Angleterre les juges sont inéligibles. : La lex parliamentaria donne pour raison que les juges peuvent siéger à la chambre des lords ; alors comment pourraient-il siéger aux communes? Cette raison ne peut être appliquée à la province de Québec.

“ Mais la principale raison qu'on peut invoquor contre l'éligibilité des

juges, c'est leur influence commejuge. Cette influence, mise au profit d'un

Section I, 1808, 6.

82 SOCIETÉ ROYALE DU CANADA De

parti politique, est illégale et tend à la corruption du peuple et des jiges

“eux-mêmes, c'est-à-dire à la corruption l'un par l'autro du pouvoir légis-

latif et du pouvoir judieiaire. La supposition que les juges sont incorruptibles ne tient pas dans les idées du populaire, qui 8 imagine à tort ou

à raison avoir plus à attendre d’un juge en votant plutôt pour lui que contre lui. Jl y a une. grande différence entre l'influence d'un juge

candidat et un candidat ordinaire. L'influence du dernier peut s accroître en raison de la bonne réputation dont il jouit, tandis que celle de l’autre peut augmenter à cause de sa mauvaise réputation : plus elle est. mauvaise, plus il y a à espérer ou à craindre de son vote.

- “Supposer les juges incorruptibles, qui le prouve ? Ils le seront

: peut-être tant qu'on leur évitera les occasions de se laisser corrompre ; ce

n'est pas aux législateurs à les leur fournir, ‘ Les juges sont des hommes pétris du même limon que les autres. Tout ce qu'on peut accorder à la fragilité humaine, c'est de la croire infaillible, même avec les précautions

‘ que la prudence-requiert, Celui qui cherche l'occasion trouve le péril,

celui qui l’aime-déjà n’est pas loin d’en aimer-la conséquence,

“ Perdre les lumières des juges ! Il n'y a que deux juges actuelle. ” ment dans ls chambre, et il n "y en aura pas d’autres qui auront l’effron-

terie de briguer le suffrage populaire aux élections prochaines, à moins qu'on en nomme expressément dans ce but. Qu'on examine la vie privée de ces juges, puisqu'ils nous en ont donné le droit en se faisant élire représentants du peuple ; qu'on examine les tergiversations de leur conduite politique ; qu'on écoute leurs discours et leurs arguuien(s pitoyables, et qu'on nous dise ce que valent les lumières qu'on est menacé de perdre.

‘1 faut avoir perdu tout sentiment d'honneur, il faut être peu préoccupé

de la dignité royale et de l'intérêt public pour ne pas être indigné de voir la judicature exporée en pareil spectacle.”

: Ce ne fut que plus tard, d'après les représentations expresser de l'Angleterre, que les juges cessèrent d'être éligibles. Elle ordonna au gouverneur de sanctionner la loi qui aurait pour résultat de priver ces fonctionnaires d’un privilège susceptible de tant d'abus,

Nous avons vu gmbien était informe la constitution de 1791. Pus de ministère, un conseil nommé par la couronne, par conséquent hostile

‘à la chambre d'assem blée composée en grande partie de Canadiens-fran-

ais. Si une mesure ne plaisait pas au gouverneur, il n'avait qu'à frapper à la porte du conseil pour la faire rejeter, Il devait nécessairement résulter des conflits entre ces deux corps. La chambre s'insurgea souvent contre un état de choses aussi grave, qui ruineit son indépendance. Bédard avait des idées’ justes sur la question.

« Le premier devoir de l'assemblée, troisième branche de la législa ture, dinait-il, est de défendre ron indépendance, même contre les tenta

es juges ir légis-

1t incor- :

À tort ou

Jui que .

‘un juge

croître » l'autre est mau-

e seront

ipre ; ce

hommes

rder à la

cautions

le péril, A

actuelle- ‘ l'effron-

à moins le privée re repréonduite ibles, et perdre.

'éoccupé de voir

de l’Anau gouiver ces

1, Pus L hostile ns-franfrapper irement gen soundance.

législas tentn-

| (rroxe] PIBÈRE & BÉDARD HE TEMPS, ss

| tives que ferait le condéfl

Gutif pone la restreindre, En adoptant le u’il n’y a point de ministère au Canada, il

sentiment de ceux qui d

. faudrait ou qu'elle abaïdonngt son devoir et renonçât à se maintenir, ou bien qu'elle dirigeñt ses accusations contre le représentant même du roi, ce qui serait une chose monstrueuse, parce que nous devons voir en notre

gyavereeur la personne sacrée de Sa Majesté et lui appliquer les mêmes

maximes” Il est vrai qu ‘il n'y avait paa de ministre, mais il y avait des miss.

tres secrets, des personnages marquants occupant de‘ hautes charges,

. lesquels, tout irresponsables qu'ils fussent, conseillaient lo gouverneur en petit comité. Mais qui eût osé venir devant la chambre ou devant le pub- . lic et dire: “C’est moi qui ai conseillé le gouverneur en telle et telle circonstance ”. Ces conseiilers étaient bien connus, bien qu'ils se tinssent dans l'ombre. ‘ Quand il deviendra nécessaire de les connaître, s'écriait Bédard, la chambre en trouvera le moyen ; on sait bien que les ministres ù aiment mieux se tenir cachés, “et qu'ils n'ont pas a été connus en.

Angleterre comme ils le sont aujourd'hui” Ces paroles devaient susciter bien des animosités et provoquer contre Bédard J'ire des personnages mis en scène. Aussi fut-il dès lors considéré

<omme un révolutionnaire, et la presse gouvernementale l’accusa de vou-

loir fomenter la sédition parmi le peuple...

Le juge de Bonne, député du comté de Québec, protesta contre la

théorie de Bédard : “ L'admettre, disait-il, serait avilir autorité royale et

le souverain lui-même. 11 ne faut pas agiter de pareilles questions dans

un moment, pù l'attitude des Etats-Unis est menagante : ce serait montrer des symptômes de division. Prenons ganle aussi de fairo paraître de la

jalousie contre les autres pouvoirs, et de justifier ce qui a été dit touchant

| les.signes de rébellion dans le discours du gouverneur.” *u

- M. de Bonne était l'organe de sir James Craig. Rien de surprenant

: qu'ils'élevât contre une théorie à laquelle le nn de Sa Majesté ne croyait pas ou feignait de ne pas croire. ° La chambre ne voulut pas non plus endosser la responsabilité d’une ”

doctrine constitutionnelle qui pouvait paraître trop hardie aux yeux de

quelques-uns, peut-être risquéè pour les autres, Voilà pourquoi elle réfusa d'adopter le paragraphe que Bédard aurait voulu faire insérer dans l'adresse au discours du trône ; de même elle rejeta une proposition

de M. Bourdages, ayant une portée à peu près identique. Le paragraphe de M. Bédard se lisait ainsi :

“Nous ne pouvons nous empêcher de regretter que Votre: Excellence ait cru nécessaire de rappeler à notre attention les circonstances particulières des différentes parties dont le peuple de cette province est composé, ainsi que nous, et qu'elle ait eu l'idée qu'il ft possible qu'il éxistét parmi nous des soupçons et des jalousies contre le gouvernement, sous les soins

protecteurs duquel nous sommes PANIER à l'état de notre félicité aotu-.

84 __ SOCIÉTÉ RAXALE DU CANADA elle. Nous sommes trop assurés dela droiture et de la générosité du cœur de Votre Excellence pour lui attribuer ces idées. Nous les attribuons aux ‘insinuations de personnes: mal connues de Votre Excellence, qui n'ont à cœur ni le bien du gouvernement de cette province, ni celui du

: peuple dont le bonheur lui est confié.” Res Résumant la quostion, Garneau s'exprime ainsi au sujet-de Bédard : |

“#1 lui paraissait qu'un ministère était un rouage absolument nécessaire: dans le gouvernement parlementaire du Canada, Il fit observer qu'en fait et indépendamment de toute maxime constitutionnelle, le gouverneut, qui était dans le pays depuis si peu de temps, ne pouvait connaître. es dispositions des habitants que d’après les renseignements qu'on lui donnait L'orateur, dans ce discours remarquable où il indiqua si

nettement le principal défaut de la constitution de 1791, et où il exposa un système qui devait être accordé au Canada quarante ans après, fut regardé comme l’apôtre d’une idée révolutionnaire...”

4 Pa .

Au côurs de la session de 1805, un long débat surgit au sujet de la. taxe. Comme il fallait bâtir des prisons, il importait de trouver des ressources pécuniaires. Taxerait-on la propriété foncière ou les articles de: consommation importés dans-le pays? Les marchands, il va sans dire, slélevèrent en musse contre ce dernier projet, lequel pourtant paraissait le. plus rationnel. De fait la chambre imposa. des droits sur la classe mer. cantile, ‘voulant ainsi épargner la clusse agricole, Les marchands s'insur- : gèrent et demandèrent à grands cris que le roi opposât son veto au bill des prisons, La chambre, de son côté, insista pour en sanction, et elle envoya en Angleterre un mémoire dans son sens, Bédard fut l'instigateur de cette démarche que commandait l’état des esprits. On trouve : dans ce mémoire le passage suivant :.

“ L'ussemblée estimé qu'il n’y a aucun parallèle à faire entre les. pays de l'Europe et le Canada, pour ce qui regarde la justice et l'à-propès. de taxer les terres. En Angleterre et dans les pays où l'agriculture n rendu les terres À peu près d'égale: valeur, une taxe territoriale pèse également sur toutes ; mais en Cunada, où l'agriculture laisse tant d'inégalité, une taxe pur arpent, comme celle qu'on à proposée, serait inégale . et sans proportion, car celui dont le fonds ne vaut que six-deniers l'urpent,. paierait autant que celui dont le fonds vaut l’arpent soixante livres (de France). La taxe pèserait donc plus sur ceux qui commencent à défricher que sur les autres, et par là les nouveaux colons seraient chargés de, la plus forte partie-du fardegu, tandis qu'ils ne doivent recevoir que desencouragements. :

“ Une taxe basée sur la valeur approximative de chaque torre est | pareillement impraticable. Les frais d'estimation et de perception seraient. plus à charge que la taxe même. |

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“ Du reste, une taxe foncière serait injuste, en ce que 1 habitants . des villes dont les richesses sont en effets mobiliers, èn seraient exempts, . “ L'assemblée ‘croit qu'un impôt sur le commerce en général, et sur . des articles taxés par la loi en particulier, sera moins senti et plus également réparti ; que le consommateur paie en dernier lieu ;. que bien qu'il ait été objecté que les marchands sont ici dans des chtoonetanoen plus : désavantageuses qu'ailleurs, parce qu'ils n'ont pas la facilité de réexporter leurs marchandises, cette circonstance, au lieu d'être désavantageuse est favorable, puisqu'elle leur permet de régler le &omerce et de faire : payer l'impôt par le consommateur, vu. qu'ils ne sont en concurrence —. des marchands qui paient les mêmes droits qu'eux." En vain voulut-on faire tomber la proposition de M. Bédard, la loi requt l'approbation de la née et le gouverneur général la sanctionna.

C'en’était assez pour rooileve la colère des marchands contre Bédard. -Tls devaient bientôt se venger en le livrant aux coups du Mercury, journal francophobe et tout dévoué aux intérêts du commerce.“ Cette province,

disait-il, au lendemain de la victoire de Bédard, est déjà trop française

pour une colonie britannique... Que nouësoyons en guerre ou en paix, il est essentiel que nous fassions tous nos efforts, par tous les moyens avouables, pour nous opposer à l'accroissement des Français et de leur

Le influence... Depuis quarante-sept ans qus) nous la ponte, il est juste

que la province enfin devienne anglaise.” Ceci se passait en 1805. M. Bédard devait répondre bientôt aux diatribes saugrenues du Mercury par la publication du Canadien.

xs

. Le prospectus du Canadien fut lancé le 13 novembre 1806, et le premier numéro parut le 22.du même mois. '

“Il y à déjà longtemps, lisons-nous dans le ste que des per-” sonnes qui aiment leur pays et leur gouvernement, regrettent en secret que le rare trésor que nous possédons dans notre constitution demeure si longtemps caché, faute de l'usage de la liberté de la presse, dont Fe 4 .. est de répandre la lumière sur toutes ses parties. |

“ Ce droit qu'a un peuple anglais, sous une telle constitution, d'exprimer libtement ses sentiments sur tous les actes publies de son iii ment, est ce qui en fait le principal ressort.

” “ L'exercice de ce pouvoir censorial, si redoutgble pour tous ceux qui sont chargés de l'administration, est ce qui assure le bon exercice de toutes les parties de la constitution, et surtout l'exécution exacte des lois, en quoi consiste la liberté d'un Anglais, qui ét à présent celle d'un.

: Canadien.

“ Ce pouvoir est essentiel à la liberté, que l'État le plus despotique. où il serait introduit, deviendrait par là même un Etat libre ; et qu'au .

contraire, la constitution fs plus libre, telle que celle d'Angleterre, duvien i

-drait tout à coup despotiqüe par le seul retranchement de ce pouvoir, “ C'est cette liberté de la presse qui rend la constitution d'Angleterre propre à faire le bonheur des peuples qui sont sous sa protection. Tous

les gouvernements doivent avoir ce but, et tous désireraient peut-être l'obtenir, mais tous n'en ont pas les moyens. Le despote ne connaît le peuple que par le portrait que lui én font les courtisans, ét il n’a d'autres

conseillers qu'eux. Sous la constitution d'Angleterre, le peuple a le droit de se faire connaître lui-même par le moyen de la liberté de la presse, et par l'expression libre de ses sèntiments, toute la nation devient, pour ainsi dire, le conseiller privé du gouvernement.

. “Le gouvernement despotique, toujours mal informé, est exposé sans cesse à heurter maladroïitement les sentiments et les intérêts du péuple

qu'il ne connaît pas, et à lui. faire, sans le vouloir, des maux et des vio- :

: Hencés dont il ne 8 aperçoit qu'après qu’il n'est plus temps d'y remédier, . d'où vient que ces gonvernements sont sujets à de si terribles révolutions. Sous la constitution d'Angleterre où rien n’est caché, où aucune con-

‘trainte n'empêche le peuple de dire librement ce qu'il pense, et où le :

peuple pense pour ainsi dire tout: haut, il est impossible que de pareils inconvénients puissent avoir lieu, et c'est là ce qui fait la force étonnante

de cette constitution, qui n’a reçu aucune atteinte, quand toutes les cons-

titutions de l'Europe ont été bouleversées les unes après les autres.

“ Mais, pour que l'exercice de la liberté de la presse ait de bons effets, ;

il faut qu'il soit général pour tous les côtés. S'il était asservi à un parti, il aurait un effet tout contraire, il ne servirait qu'à créer des divisions ‘odieuses, à entretenir d’un côté des préjugés injustes, et à faire sentir profondément à l'autre côté l'injustice de la ven sans lui laisser les moyens de la repousser,

‘Les Canadiens, comme les plus nouveaux sujets de l'empire britannique, ont surtout intérêt à n'être pas mal représentés. Il n’y à pas

bien longtemps qu'on les a vus flétris par de noires insinuations, dans un

papier publié en anglais, sans avoir eu la liberté d'y insérer un mot de réponse ; tandis que certain parti vantait sans pudeur la liberté de la presse dans les exercices peu libéraux de ce papier. Si les Canadiens ne méritent pas ces insinuations, la liberté de la presse à laquelle ils ont droit. aussi, leur offre le moyen de venger la loyauté de leur caractère, et de ‘défier l'envie du parti qui leur est opposé, de venir au grand jour avec les preuves de ses avancés. Ils ont intérêt à dissiper les préjugés qu'entretient ce parti envieux dans l'esprit d'un nombre des anciens sujets de Sa. Majesté avec qui ils ont à vivre unis dans ce pays; ils.ont intérêt surtout à effacer les mauvaises impressions que les coups secrets de la malignité de ce-parti auraient pu faire dans l'esprit des sujets de Sa Majesté ; et ils y ont d'autant plus d'intégle que les bienfaits qu'ils ont reçus les rendraient coupables d'ingrétitude, et qu'ils mériteraient de perdre ces

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| (pioxn] PIERRE BEDARD ET SÔN TEMPS 8 >

pre EE Re KT mêmes bienfaits et los avantages. de leur constitution, si ces insinuations étaient vraies.” A Le principé de la liberté de la presse invoqué par le Canadien ou mieux par Bédard, car c’est lui qui tenait la plume, n'était pas neuf, mais il importait de le faire accepter pour tous, sans distinction de partis ni de : races. Comment le Mercury aurait-il eu le privilège de tout dire si le . Canadien en eût été privé? L'injustice aurait été trop criante ; et cepen# dant c'est ce qui devait arriver. : nr on En Angleterre, la liberté de la presse n'existait pas sous les Tudors, | ni sous les deux premiers Stuarts. Le long parlement ‘et Cromwell se montrèrent aussi peu libéraux. Le premier bill relatif à cette matière fut voté après la Restauration. Le licensing Act armait le gouvernement d'un droit de censure absolu sur les livres et les gazettes. Renouvelée en 1685 et en 1693, cette loi fut enfin abolie en 1695. a En 1798, lors de la discussion pour le renouvellement du licensing Act, on vit, pour la première fois, se faire jour un.sentiment, bien faible il est ï vrai, mais très réel, en faveur de lu liberté de la presse. Pendant toute la durée du licensing Act, il n'y eut pas d'autre journal que la Gazette de Londres. Lorsqu'il fut supprimé, on vitypéraître un

es

grand nombre de feuilles. Chose remarquable, lu liberté de la presse . produisit tout de suite un excellent résultat sur le ton'des journaux. Ils

se montrèrent en général respectueux et surtout plus modérés que. les anciens pampblétaires. Le régime prohibitif transformait Âes écrivains en contrebandiers. Ils exergaient le. journalisme comme un véritable braconnage. Fe. Rs.

La liberté de lu presse permit aux hommes éminents, qui se tenaient

à l'écart par dégoût ou par dédain, de recourir à cet énergique instrument

de propagande. Le ton s'éleva. Le langage reprit les allures de la . bonne compagnie... UE ÿ + C'est de cette époque que date la purification de lu littérature anglaise. Lo gouvernement put se faire respécter en face de la licence de la prèsse. Le juge souverain entre la presse et le gouvernement, c'est la nation constituée en jury : le célèbre bill de Fox (libel bill) rendit le jury arbitre quant au droit et quant au fait. Des condamnations sévères ont enseigné aux journalistes anglais le respect d'eux-mêmes et le resp@ët

. d'autrui.

Mais, dira-t-on, il y a des abus! ‘“ Les abus ! qui les ignore? Tout . peut devenir abus en ce monde. ; On peut mésuser de ses yeux, de ses mains, de ses pieds.:. est-ce une raison pour mutiler l'homme ? La presse a donné lieu et peut donner encore liéu à des abus énormes! Mais qu'est-

. ce que cela prouve ? ‘Il n'en resté pas moins démontré pour tous les

hommes de bon sens que lés avantages de lu presse libre sont de beaucoup supérieurs à sés inconvénients. Qui a fait pénétrer dans Tès couches :

les plus profondes .de la société &es notions, ces ‘principes qui: font de

’hom me aujourd'hui un être respecté ? Rare

“ La presse ! Quelle injustice reste inaperçue sous son regard vigilant ? Quel est l’homme politique qui n'écarte pas de son cœur la pensée d’une prévarication, lorsqu'il songe que sa voix implacable n'est jamais fatiguée ? Je confesse que je mobile est quelquefois aussi mauvais chez le dénonciateur que chez le délinquant. Qu'y faire ? Accordez-moi que les mobiles ordinaires sont nôbles.et élovés.” 1 É«e +

Bédard connaissait, sans doute, les avantages et los inconvénients de la liberté de la presse. Pour lui les avantages primaient les inconvénients, car il voulait instruire le peuple, et non le pousser à la révolte, 11 vouluit être prudent, modéré, enuemi des personnalités. Instruire le peuple, lui inculquer le goût des sciences et des arts, lui apprendre à mieux connaître

sa langue, à l'aimer, afin de la mieux conserver. Tols étaient les princi-

paux mobiles de la fondation du Canadien. Nous allons maintenant le

voir à l'œuvre, et le suivre presque pas à Pas jusqu'au moment où, frappé par le gouvernement, il dut briser une carrière qui s'annonçait brillante

. @t surtout utile. |

; **4 | | Le Canadien ne vécut que troifans et quelques mois ; il était hebdomadaire. Pour l’époque, un journàl paraissant une fois Par.semaine, était

considéré suffisant. Aujourd'hui, un journal militant, hebdomaduire, serait tout à fait inférieur à la tâche; c'est la lutte de tous les jours et même de toutes les heures qu'il faut, 1] peut cépendant y avoir des exceptions à cette règle lorsqu'un journal, même politique, se tient en dehors des partis pour ne se livrer qu'à des Observations ou à des critiques plus générales, abstraction faite des hommes. Celui-là peut encore exercer une bonne influence sur l'opinion publique, surtout s'il est bien pondéré, et si son rédacteur est véritablement lni:même un homme sachant planer

au-dessus des misérables passions de la vie politique... -

. Le Canadien fut modéré, systématiquement, respondances venues de l’extéricur,

| passion, ce fut un journal calme, rése

À part quelques coroù l'on perçoit assez souvent de la

rvé.. Il étudie les grandes questions du jour et il les aborde avec sang-froid et sans pousser à l’exagération. Les questions conétitutionnelles, si chères à son rédacteur, viennent se ranger tour à tour sous la plumo de Bédard, On sent qu'il est plus à l'aise dans ce milieu familier. En habile tacticion, il laissait croire dans son journal qu'il existait réellemont une administration responsable, dont les discours du trône n'étaient que l’écho fidèle: Il vantait la loyauté des Canadiens-français et les bienfaits de la constitution britannique appliquée sagement à notre province. Re “ Elle est peut-être, disait-il dans Le Canadien du 4 novembre 1809, la seule où les intérêts et les droits des différentes classes dont 1n société est composée, sont tellement ménagés, si sagement opposés et tous ensemble

1 L'Angleterre, études sur le Self-government, par M***, Paris, 1864, É

3 2 $ Le % on : ; (prowe] $ PIERRE BÉDARD ET $ON TEMPS 82

liés les uns aux c autrod, qu'elles s'éclairent mutuellement et se soutiennent par la lutte cape qui résulte de l'exercice simultané des pr qui leur sont confiés..." "

. “Vous avez k pant-etis vécu dans ces temps malheureux qui ont précédé la conquête de .ce pays, où un gouverneur était une idole devant laquelle il n'était pas permis de lever la tête. Il existe encore dans la ville de Québec un vieillard, dont l'existence. semble se prolonger pour | attester un fait peu connu et digne de l'être, qui peut nous donner une idée de l'espèce de gouvernement de cette colonie à cétte époque. C'est un navigateur. Il était à Montréal. : Il en partait lorsqu'on annonça la nouvelle de la victoire de Carillon. Un vent favorable le conduit à Québec avant que les courriers chargés de la nouvelle l’eussent apportée offi- __ciellement au gouvernement. En arrivant en ville, le brave capitaine la

répandit avec enthousiasme, sans songer qu'il en pût résulter aucun dunger, et avec la joie que devait sentir un bon citoyen de lu gloire qui en revenait à son pays. Malheureusement la nouvelle alla chez l'intendant. ou quélque autre grand subordonné du gouverneur qui, piqué, fit mettre en prison. l'imprudent navigateur, et ce, pour À raïson qu'il aurait dû . l'en avertir le premier, et qu’en fait c'était lui manquer d'égards.. es

“ Je voulais vous faire comprendre par cet exemple la différence avec le temps où nous vivons. Un homme, le peuple n’était rien ou moins que rien: Un gouverneur aurait cru s'avilir, s'il eût souffert qu'on lui fit éprouver la moindre contradiction, Une remontrance, un avis, un reproche eussent été des crimes irrémissibles. …

- Nous jouissons maintenant d'une constitution où tout le monde est à sa place, ot dans laquelle un homme est quelque chose. Le peuple a ses droits ; les pouvoirs d'un gouverneur sont fixés et il les connait ; les grands ne peuvent pas aller au delà des bornes que lu loi met à loue autorité,

Qu'un gouverneur soit trompé et entraîné dans de fausses mesures, cè

n’est pas un dieu qui ‘lance la foudre, sans qu'on puisse: 80 sovatraira à

des coups inévitables ; c'est un ange conservateur qui, dans le temps mêmié"

“où il exerce le droit suprême qui lui est dévolu pour fairo valoir son autorité, soutient, saus s'en douter, l’éditice qu il pourrait être tenté de vouloir ébranler. . C’est-qu'il existe un équilibre tellement ménagé entre . les droits du peuple et les siens, que s'il va au delà des bornes que la constitution lui a assignées, ou sil fait de son autorité un ss inutile, le peuple a un moyen sûr et juste de l'arrêter dans sa marche.” Le parti anglais, du moins la fraction des fanatiques, des franco: phobes, accusait les Canadiens en général de manquer de loyauté à la couronne britannique. Elle ne voyait partout que complots et menées sourdes contre le gouverneur et son gouvernement. Etait-elle convaincue . de ses dires, ou n'agissait-elle. ainsi que pour provoquer. l'autorité à sévir contre des gens incapables de se défendre? , Une accusation est Bientôt . lancée, et le mal qu'elle produit est toujours à redouter, mêîne si l'avenir

0 ; : ty 90 SOCIËCE ROYALE DU CANADA

prouve qu'elle est fausse. Or, il était absolument contraire à la vérité î le que les Canadiens eussent de l'hostilité contre le gouverñement de Sa RES. : Majesté. Nous étions à la veille des événements de 1812 ; les Etats-Unis . étaient toujours là, depuis 1775, prêts à faire le coup de feu’ contre la petite colunie qu'ils n'avaient cessé de convoiter dépuis la déroute de. Montgomery et d'Arnold. Le Canadien, le seul organe des Canadiens, ne | cessa jamais de défendre nos compatriotes contrè cptte accusation ridicule. Partout, dans les campagnes, nos volontaires se préparaient, par des ‘exercices militaires, à recevoir l'ennemi comme il le méritait. En veut-on des preuves ? Sa: * Au mois d'août 1807, les milices canadiennes furent averties de se tenir prêtes en cas d'attaque. Le colonel Dupré réunit auseitôt le pre: mier bataillon de Québec, le sien, et dans une harangue à ses soldats, il leur rappéla la bravoure de leurs ancêtres, et. il leur dit, en outre, qu’ils auraient peut-être une belle occasion de montrer leur loyauté à la faèe de tout l'univers. : ss Dee ; “Chaque capitaine, dit Ze Canadien, fit appeler hors des rangs les * miliciens qu'il voulait commander. ‘ Les miliciens sortaiont des ran à des figures aussi gaies que si c'e été pout entrer en danse ; on n'éh vit pas-un seul qui montrât le moindre signe dé tristesse. Des personnes qui avaiont vu faire des commandements en Europe, dans les autres parties” . de l'empire britannique, disaient qu'ils n'avaient jamais vu une telle gaieté dans ceux qui étaient commandés. Les officiers et soldats de la | ‘garnison paraissaient en sentir du plaisir ; on en entendit qui disaient qu'ils n'avaient plüs aucune om a sur la défense du pays. La joie

paraissait sur les visages de tous les anadiens, et l’on peut même ajouter, … des Canadiennes ; il semblait que chhoun était fier d'être Canadien”!

Dans les campagnes, même dévouement qu'à la ville. Le colonel - : Perreault, de Kamouraska, fit ussi l'inspection de son bataillon, et il 1 ÿ courut à la Rivière-Ouelle et à Sainte-Anne-de-la-Pocatière, où se recru- | tait surtout son petit corps de volontaires, : A Sainte-Anne, le premier “milicien appelé fut un nommé Michel Lévesquo, de la compagnie d capitaine Beaulieu. Il sortit gaiement des rangs'en criant: ‘“ Vive roi!” Un autre jeune homme dit: ‘ Je comptais mé marier sous peu ; j'aime mieux tarder ; à mon retour ma fiancée ne m'en aimera que mieux ”, Un autre disait: * Me voici donc invité des noces, je n'en suis pas fâché, mon capitaine, car j'avais grande envie d'y aller en survenant ”. CS

Du reste, le commandant des troupes, Thomas Dunn, ne put s'empé- ME LR” cher de reconnaître par un document public, que les.troupes canadiennes | à âvaient montré le plus grand empressement à obéir au premier appel, “Je ° : crois avoir raison, disait-il dans sa proclamation du 9 septembre, d'affir- L. Mur que dans aucune partie des. domaines britanniques, il n’a jamais rer ee été témoigné ,de dévouement plus ardent pour la personné de Sa Ma- .

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1 Le Canadien du 26 rût 1807. Ç ENS

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(ion) PIERRE BÉDARD ET 80N TEMPS :

jesté et pour son gouvernement, et l'on doit particulièrement remar- * quer que l'idée de défendre leurs propres familles et leurs propriétés à paru;'en quelque sorte, dans l'esprit sujets de toutes les classes en | cette province, être un objet de bien mofndre considération pour eux.que celui dé la défense dé la cause d’un souverain justement chéri, et du soutien d'un gouvernement qui, par expérience, a été reconnu le plus propre à promouvoir le bonheur et\assurer la liberté du genre humain.” Le Canadien du 19 septemse.contenait des conseils aux troupes, en vue du succès. : “11 faut, dissitfl, un es pr et une déteymination. ferme et durable, de la part des Anglais et des Cänadiens, d’être à l'avenir . indulgents les uns envers les autdes, et de sé traiter comme des frères qui . veulent verser jusqu’à la dernière|goutte de leur sang pour la cause commune. Plus de ces animosités qüi avilissent et dégradent, plus de ces dis. tinctions .choquantes qui humilient et indisposent, plus de ce titre distinc-) sin tif d'anciens et-de nouveaux sujets. Tout cela tourne au détriment des sages mesures ‘qu’on pourrait prendre pour le bien génggal. . Quarànte- |‘. huit ans de conquête doivent ensevelir dans un profond ubli cette différence'd’opinions qui existait peut-être dans le principe. Nous voilà arrivés au jour de la conciliation... Soyons tofs amis, si| nous voulons vaincre : : ‘ nozennemis. . . Soyons unanimes, que l'esprit de riotisme se perpétue,

que l'envie et la jalousie ne viennent jamais troubler l'harmonie” .

-. C'est lo même journal qui, moins de deux années plus tard devait.” être supprimé pour des raisons qui n'ont jamais été connues. En us CAS, ‘ce ne pouvait être pour son manque de loyauté, car jémais journal ne montra plus Ye fidélité à la couronne, et nos compatriotes eux-mêmes n'avaient rien ÿ se reprocher sous ce rapport. D'un autre côté, il est notoire que, durant l'invasion américaine, en 1775, des Angluis du Canada, - commirent la lâcheté de s'enrôler dans la milice ennemie pour combattre «+ l'Angleterre, leur patrie ; d’autres, à Montréxl, refusèrent de se rendre à Saint-Jean d’Iberville où les Yankees s'étaient mässés, lorsque les Canadiens soutenaient seuls le siège en çommun avec les-troupes régulières. Un négociant anglais, de Montréal, courut. nuitamment avertir l'ennémi qu'on. était à sa poursuite, À Québec, plusieurs citoyens anglais, plutôt que de s’exposér à eridurer les privationÿ d’un siège, se sauvèrent dans les campagnes environnantes, à Charlesbourg, à Lorette. ous \ à Telle avait été la mesure du patriotisme de’ certains, fils d'Albion À\ = | cette période critique de notre histoire, lorsque, cerné de toute part, le Canada âurait pu, du jour au lendemain, passer sous un autre drapeau, si les Canadiens-français l'eussent voulu. Et ce soni ces mêmes Canadiens que l'on acdusaient, trente ans plus tard, d’être traîtres à leur roi. Sir James Craig, à son arrivée au pays, croyait à la loyauté des nôtres ; il vantait © même leur bravoure. Ainsi, dans un ordre général dh 24 novembre 1807, an mois après son atrivée,! s’il exprimait quelque inquiétude éur les actes

ke

* 1180ctobre 1807. ‘ :

q ROY ALE DU CANADA

d'insubonilnation mn certains quartiers, c'était les émissaires amé. ricains qu'il @ÿ4lt en vue, 68 nullement le pouple canadien. . k Les journaux américains du temps semblaient éroire que les Canadiens fratiQhis étaient prêts à secouer le joug de l'Angléterre, advenant une guorre ave lo Etats-Unis. Ces rumeurs puisées à des sources suspectes, pour 2e pas dire plus, étaient Propres à nuire à la bonne réputation des nôtres dnaai e Canadien en fait-il bone justice, ‘“ Ces écrits, * contre les bonnes dispositions des Canadiens, qui remplissent les papiers américains, sont plutôt un effet de la crainte que leur a inspirée le zèle que les Canadiens ont montré pour la défense de leur pays: Les éditeurs . américains connaissent très bien eux-mêmes la loyauté des Canadiens et ” leur attachement à leur roi et à léur patrie, et 'c'est ce qui les engage à : forger ces écrits pour rassurer le peuple effrayé”? , fo Le fait est que des Yankces, réfugiés en Canada, lors de la guerre de ‘ l'Indépendance, se montraient plutôt favorables aux Etats-Unis qu'à l'empire britannique. 11 y avait alors dans les deux provinces cana-

. diennes environ huit cents personnes qui, à différentes époques, avaient déserté le service thilitaire des Etats-Unis. Les prisons en renfermaient. Ki cent-quarante autres qui avaient refusé de prendre les armes contre les : Yankees. Tous ces gens-là avaient été attirés on Canada dans l'espoir de faire de grandes acquisitions :de terrains èt partant de s'enrichir. L'An. &leterre, pour eux, ne devait guère déranger. leur patriotisme, si tant est : que ce noble attribut d’un loyal sujet existôt Chez eux. Or, rien d'éton-

.\% .. nant, qu'avec ln connaissance de ces faits, grâce à éspions habilement À … 3 dissémiriés dans notre pays, la Presse américaine ‘ait essayé de mettre en ‘suspicion la loyauté des Canadiens en général, quand -elle avait sous les.

s yeux le chiffre des familles qui désertaient:le Canada Pour aller se fixer

. dans Je Vermont. En deux mois, trois cents familles avaient ainsi franchi. la frontière canadienne. ; Ho

et que cette feuille. & leur réputation.”* ‘4 “Les Canadiens ke,

qu'à cette époque ” :

îles

s plus. attachés au gouvernement gans son Histoire, La con-

1 Le Canadien du 16 3 YI F ? Le Canadien du 18 févriér 1808.

k Le "3

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[prowxs] PIERRE BÉDARD ET SON TEMPS SR

né- , duite de Bédard, les articles vi x du Canadien faisant des appels 4 ‘a la bravoure et dla loyauté des n to pou défendre le lien colonial, . na- aurait dû-tranquilliser le gouver Mr sur l'état des esprits. S'ins sé int # : toujours des ‘conseils de son éfitpuragé, si James Craig semblait voir us- # des enngnis partout, et parmi les plus fortes têtes de l& chambre, ta- entre autres Bédard et Taschereau. Pourtant le Canadien vonservait its, pe toujours la note juste à travers toutes ces accusations mensongères diriers . gées contre lui.

èle : #; Qui peut nous repiocher une tache ? (disait.il} qui peut nous mon —< 1rs. Ù wcun temps, un Canadien abandonnant le chemin de l’homneur, et ISA nG es devoirs, sourd à ln voix de sa patrie, je ne dirai passe À : er dû côté de ceux qu'il devrait combâttre, marcher sous leurs étenpois , mais demeurer dans l'inaction à la vue des ennemis ? Non; non, de à ‘de paréils faits ne souillèrent jamais notre histoire. Que l'on consulte ses l'à - fastes, l'on y verra que nos ancêtres défendirent généreusement leur pays, a- ‘‘signalèrent leur courage, et ceux qui l'ont conquis l'éprouvèrent plus d'une nt fois : les munuments de leur’ gloirg subsistent encore. . Il nousoùt transnt mis, avec leur courage, avec le sang qui les animait et qui coulé, maintees: :\ - ; nant dans nos veines, le noble désir de les imiter et: de suivre letirs traces 1 le D: dans le sentier de l'honneur. Depuis, les Canadiens combattirent. avec “à 1- : L autant de valeur pour défendre et conserver la conquête des” Anglais : N : à devenus leurs maîtres, et versèrent généreusement: leur. sang por eux. | ji : Is wombattirent seuls, et seuls ils repoussèrent: leurs ennemis. Les soi-- TR Ce disants Anglais (du moins ceux que la frayeur n'avait pas. avetglés) h nn furent témoins de leurs efforts et ne les partagèrent pas; ils en furent : S. in à ‘spectateurs, ‘ainsi ae de leur gloire et en retirèront tranquillement les . r ÿ : fruits,” :

Nous éroyons en avoir assez dit: ‘pour prouver que les Cavadiné! … françuis étaient, à cette époque de 1806 à. 1810, aussi loyaux que. les plus loyaux des Anglais du Canada, ét que ce loyalisme puisait son fondu :

| caractère propre de la nation, qui est le respect, de l'autorité constituée, . à quelle qu'elle soit.

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