‹ Pierre Bédard et son temps [microforme]Chapitre 3 sur 6 · L : ä , \ Eu ; I . 5 k sf \ 8 a " e Re · texte numérisé non relu

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sell ‘ . Le Canadien n'avait pas fie année d'existence, et déjà il était em | ‘5e butte à des attaques, non seulement de la purt de Canadiens-angiais, mais

de sources françaises aussi; les divisions malencontreuses entre gens de mêine origine affaiblissaient ainsi leur position. Il y avait deux purti® , en présence : celui des amis du gouvernement ou du château et celui des adversaires, Parmi les premiers se recrutaient le juge de Benne et le nn jee . : . colonel Pérrauit, detix amis intimes et tous deux puissunts par le rang et | l'influence, Ils avaient fondé un journal nommé le Courrier de Québec, . - dont le premier numéro vit le jour le 3 janv 7, un peu plus d’an * . mois Lis l'apparition du Canadien. Il était t rs et il parut

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ÿ ; de n SOCIÉTÉ ROYALE DU CANADA

2 : re ; sie à > RARE ; Fe ra 6 Do: pere - ainsi sans interruption jusqu’au 27 juin 1807. Il disparut alors de la scène ;

mais il n’était qu'endormi. Il sortit dé sa léthargie le 16 décembre de la

mêine année, pour vivre encore jusqu’à la fin de l'année 1808. Son premier rédacteur était le D° Jacques Liabrie, hommie d'érudition et en général

% d'ün vrai mérite. Il n'était ‘pas à la hauteur de Bédard par le caractère,

mais. il possédait, comme Bédard, de fortes études sur la constitution

. anglaise, et, de plus, il était versé dans les choses de l’histoire du Canada.

Pour ‘un rédactéur de journal, cet ensemble de connaissances pouvait devenir précieux à un moment donné, . : Le —. Le rédacteur officiel du Canadien était Jean-Antoine Bouthillier, mais Pierre Bédard y écrivait peut-être plus régulièrement. Ses articles sont facilement reconnaissables, car ils portent l'empreinte du maître. | Les deux organes canadiens-frânçais vécurent d'abord en assez bonne intelligence. À preuve qu’à la mort du Courrier, les colonnes du Candiien furent ouvertes aux correspondants du journal du D* Labrie, qui exposaient au public leurs doléances à l’occasion de. cette mort prématurée. Mais cette belle amitié ne pouvait durer toujours. Au mois d'août 1807, ./e Canadien publia un article, intitulé le Patedinaye, modéré dans la forme, mais un peu offensant pour M. Perrault, major du 1° bataillon de Québec et employé au greffe du palais de justice" Bédard n'avait voulu faire qu'un badinage ; il en résulta une chicane en règle qui dut se vider en public par la voie des journaux. 6 Voici le fait : Finn - . Au cours d'une conversation tenue au greffe avec Perrault, Bédard, Qui était, capitaine de miliée, s'était informé il serait du nombre des

» Officiers que l'état-major se proposait de recommander en vue de la révry . . e À LE Ca ‘*ganisatio® de la milice. “ Comment pouvez-vous espérer une telle

recommandation, lui avait. répondu Perrault, vous qui n'avez pas assisté dix fois aux exercices depuis que l'acte de milice est en vigueur? Vous savèz que le gouvernement ne veut nommer que des officiers de talent et d'influence ; or, vous n'avez aucune de ces qualifications. Cependant, offrez vos services, peut-être parviendrez-vous par ce moyen à'obtenir - votre nomination.” | :

Bkdard ne parut pas goûter cette semonce, et il se retira de l'entrevue un peu vexé, et il écrivit son article sur le patelinage. É . Perrault y répondit dans la Gazette de Québec, établissant les faits sous le jour le plus favorable à sa cause. + Bédard écrivit à son tour dans /a Gazette qu’il n'avait jamais demandé à M. Perrault d'être mis sur la liste des officiers. Tout ce dont

il avait été question entre eux, disait-il, c'était de savoir s'il était vrai que

1J..F. Perrault, avocat, était né en 1753. Il épousa Ursule McCarthy en janvier 1783. Greffier de la paix et protonotaire en 1705, député dé Huntingdon en 1796. Décédé le 5 avril 1844. Joua un rôte considérable comme ami dé l'éducation de la jedfesse, ;

: Coronne] ji PIERRE BÉDARD ET SON TEMPS | 08

- l'état-major n avait recommandé que les officiers qui avaient offert leurs

services. Du reâte, ajoutait Bédard, sa demande n'avait été faite qu'en passant, comme pour badiner, parce qu’il savait d'avance que Perrault ne le recommanderait pas. ‘“ La preuve, dit-il, que cette question n ‘était pas faite sérieusement, c'est qu’elle vint à la suite de compliments que je tis à M. Perrault sur sa majorité; je me rappelle même lui avoir dit qu'il devrait changer de perruque lorsqu'il ferait le personnage de major. Ce à quoi il me répohdit avec bonne humeur qu’il y avait déjà pourvu.”

M. Perrault publia dans le. Canadien du 26 septembre, une déclaration de son clerc, L. Plamondon, attestée sous serment et réaffirmant ce qu'il avait déjà dit, accusant ainsi M. Bédard de mensonge.’

Le Canadien du 3 octobre publia la note suivante signée par MM. : Planté et Borgia :

‘“ Nous qui sommes les deux amis de M. Bédard auxquels M, Perrault fait allusion dans son écrit dernièrement inséré dans la Gazette de Québec, certifions à M. Perrault, et si besoin est, à tous autres Qu'il appartiendra,

qu'il n’a pas fait en notrè présence, ni mot à mot ni en substance, la : réponse suivante mentionnée en son écrit : ‘“ Vous saurez que le gouver-

nement nous charge de ne lui ‘présenter que des officiers d'influence, de capacité et de talents ; or, n'ayant aucune de ces qualifications, nous eussions trompé la confiance du gouvernement en vous recommandant ”. Cette potite querelle n'eut d'autre effet que ‘de jeter un grand froid entre des hommes qui auraient dû s'entendre pour le plus grand bien de tous. ie Bédard füt nommé copine pour la ville de Québec, faubourg et banlieue, le 26 novembre 1807, et il retint son grade jusqu'au mois de: juin de l’année suivante. Le Canadien du 18 annonçait comme rumeur que Panet, Bédard, Taschereau, Borgia et Blanchet allaient perdre leurs commissions, parce qu'on les soupçonnait d'être les propriétaires du

. Canadien, et que M. Planté serait démis de sa place de greffier du papier

tèrrier et d'inspecteur des domaines du roi, pour la même raison,

Le Canadien du 2 juillet s'élève contre cette mesure draconienne qui frappait dans leur liberté des hommes haut placés dans la hiérarchie militaire. Ryland, le trop -célèbre secrétaire du gouvernèur, avait envoyé à chacun d'eux une lettre ainsi conçue: “ Son Excellence me charge de vous informer qu'elle a dû prendre cette mesure parce qu'elle ne peut

avoir aucune assurance dans les services d’un homme qu’elle a bonne

raison de croire l’un des propriétaires d'une feuille séditieuse et diffamatoire, qui se répand de tous côtés pour déprimer le gouvernement, exciter au mécontement la population, et créer un esprit de discorde et d’animosité entre les deux éléments qui la composent.”

Le Canadien se”çontenta de prendre la défense de Panet, qui était colonel. ‘“ M. Panet, dit- il, est un homme dont la loyauté est reconnue, [l'est un de ccux qui ont défendu le pays ën 1775. 1la toujours exercé

avec honneur les offices de milice dont il a été honoré par le gouvernement. On ne d'a jamais vu rechercher de la popularité par le moyen de ces offices, quoiqu'il les exerçât au milieu de ses électeurs ; et, quand, aux approches des élections, on lui a suscité des difficultés pour le faire échouer, il a continué avec fermeté de faire strictement son devoir. Il a eu l'honneur de tenir une commission de juge de Sa. Majesté, dont il a rempli les devoirs dignement, et qu’il aurait pu garder s'il eût voulu. 11 a eu l'honneur d'être orateur de la chambre d’assemblée, depuis son commencement, et l’on peut dire d’une chambre d’assemblée loyale et qui en a eu constamment le: témoignage de la part de tous les gouverneurs, * de la ptrt même de Son Excellence, Best difficile de penser qu'un homme déloyul puisse avoir été choisi constamment par une chambre aussi loyale pour être son orateur, Comment un homme qui a tant de témoignages ‘de sa loyauté aurait-il pu être déclaré déloyal ‘dans un instant, sur l’uccusation on ne sait de qui, sur le témoignage on ne sait de qui, sans avoir eu l'occasion de se justifier ni même de voir: son accusateur en face ? Son Excellence a pu lui retirer sa commission, comme Elle en a le droit, mais Elle n'a sûrement pas déclaré déloyal un homme

de ce caractère.” : ex Cet acte mjuste devait soulever les csprits contre un gouverneur qui

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plus respectables du parti canadien. Sur quelle autorité s'appuyait-il pour croire que Panet et les autres étaient propriétaires du Canadien ? , L'eussent-ils été vraiment, quel rapport cette coïncidence pouvait avoir + uvec leurs commissions de miliciens volontaires? Voici des hommes haut >. placés dans la société, qui veulent défendre l'Angleterre dans une guerre de plus en plus menaçante, et le représentant du roi refuse leurs services sous le prétexte qu'ils sont les propriétaires d’un journal soi-disant libelleux, prêchant la discorde, semant la zizanie entre les deux races. Or, nous avons eu sous les yeux la preuve que ce journal tint une conduite réservée, prudente et toujours constitutionnelle. 11 y eut sans doute des taches, un peu de laisser-aller ; mais comment aurait-il pu ne pas se laisser emporter alors que le Mercury, organe du château, ne tarissuit pas en invectives contre les Canadiens-français, contre leur religion et contre tout

ce qui portait l'empreinte française,

En veut-on des preuves ? Qu'on lise le Mercury durant toute cette longue période d'agitation, surtout sous l'administration de sir James : Craig, aidé du fameux Ryland, d'odieuse mémoire, et l'on se sentira, à quatre-vingts ans de distance, même avec les idées qui ont cours aujourd'hui sur la liberté de la presse, l’on se sentira, dis je, indigné de tant de grossiers mensonges lancés en plein public dans le but de détruire tout ce qui, dans notre province, était le plus respectable, clergé, communuutés

religieuses, citoyens intègres et franchement dévoués aù culte de lu patrie, “ Nous avons parcouru attentivement, page par page, le journal en question jusqu'à su saisie par l'autorité, et.nous avons trouvé à côté d'une

ne faisait que d'arriver au pays ct déjà broyait de son talon les têtes les |

[proNNs] __ PIERRE BÉDARD ET SON TEMPS TE

réclamation de droits parfaitèment constitutionnels, l'expression constante de la loyauté et de l’attachement le plus illimité à la monarchie na glass a

Ainsi s'exprime Garneau dans son Histoire du Canada.

.Nous-même l'avons parcouru dans son entier, et. nous partageons

% absolument l'opinion de Garneau. Quelques jours avant sa saisie, le Cañadien déplorait la’ diffusion de couplets vraiment séditieux, et où nous .

trouvons ces vers :

‘* Quand oserez-vous donc chasser, | Peuple, cette canaille Que le goûverneur veut payer

A même notre taille ? ” à

‘“ Nous sommes sincèrement: fâchés que des expressions babe soient sorties de quelque endroit que ce soit. Nous prions tous les écrivains de notre parti de prendre garde de se laisser aller dorénavant à cès extrémités, et de porter le respect dû au représentant du roi. On plaide mal sa cause en employant des moyens illégaux, et on gâte quelquefois un bon écrit par des sorties semblables, les expressions de canailles, ete., que les anticanadiens ont employées dans leurs chansons contre les membres de l'assemblée, retombent assez sur les anticanadiens mêmes, pour que les membres y fassent la’ moindre attention, et pour mériter une réponse, surtout une réponse insultante au représentant du roi, quand même il serait possible de supposer qu’il eût part ou connaissance de cette autre chanson. Défendons-nous avec ‘dignité et sans dire d’injures, et gardons-nous des libelles et autres moyens illégaux et injustes. Si on veut désapprouver uné mesure du gouverneur, il faut le faire .avec respect, et de la manière que la constitution et la liberté britannique nous le permettent. Nous prions nos partisans de bien remurquer que nos LARtAgUMN sauront bien montrer ces passages malheureux en Angleterre, et qu'ils n'y montreront point les passages qui seront en notre faveur; tout ce que nous demandons, c'est de soutenir nos droits, et nous serons supportés en Angleterre malgré le ministère de ce pays, lorsqu'on'verra que nous soutenons ces droits avec fermeté, énérgie et sans tomber en faute.”

Est-ce là le langage de.la sédition, de la révolte contre l'autorité ? Céperidant le Canadien devait être brutalement saisi trois jours plus tard, et ses prétendus “propriétairos jetés dans les cachots deux jours après, Le Mercury était là qui veillait sur sa proie, attendant l'occasion favorable pour la dévorer ou plutôt la faire dévorer par plus puissant que lui.

Afin de mieux faire connaître l'animus qui guidait le journal à la .

dévotion des anticanadiens, lisous l’article qu'il publiait peu de temps avant l'arrestation de Bédard.

1 Le Canadien du 14 mars 1810, ü Sec, I, 1998, 7,

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‘“ Nous voudrions, dit-il, pouvoir donner crédit de bonnes intentions aux directeurs du Canadien quand ils mettent, comme ils se complaisent

à le dire, sous les yeux des Canadiens toûte l'étendue de leurs droits et . leur font comprengre l’excellence de notre constitution, dans le but de les

engager à l’ainref et à la défendre. On nous permettra de dire, sans manquer à la charité, que nous avons, de concert avec la masse qui constitue , notre clientèle de lecteurs, trop souvent différé d'opinion avec eux. Si le fiel eût été le plus mauvais ingrédient. dans leur encre, le public aurait pu se prémunir contre son amertume, mais leurs écrits ne sont trop souvent ‘que la dictée de passions malveillantes et égoïstes.

| Avant de conclure, on nous permettra de rappeler aux plaignants que durant l'élection du comté de Québec, une affiche a été publiée, dans laquelle le gouvernement était accusé de faiblesse. - Ceux que-cette affiche concerne, savent qu'ils ne sont pas tout à fait sous le gouvernement du roi soliveau.

‘Ses rédacteurs se vantent que le Canadien est le journal le plus libre : de la province ; dans l’injure, nous sommes prêts à l’admettre. De fait, il :

nous apporte la preuve qu'il est ce que nous avons toujours crü qu'il serait, le plus grand ennemi de la liberté de la presse par son esprit licen-

cieux. Il n’a pas plus consulté ce qui convenait à la presse canadienne, que ne le fit la chämbre d’assemblée, il x a quelques années, sur la ques tion de privilège.

“ Nous nous flattions, il ÿ a quinze jours, en lisant le numéro 32, détruit depuis à cause de sa réserve, que l'esprit troublé du Canadien 8e calmerait, Malheureusement, nous avons constaté que d'est un de ces mauvais esprits, dont l'heure de courir le monde sous la forme du démon de la discorde, n’est pas encore terminée, Nous craignons qu'il ne soit condamné à une nouvelle épreuve, en vue d’une complète purification.” ;

Différer d'opinion avec le Mercury/était donc un acte criminel ou licencieux ! C'était là un des plus fustes reproches que l'on pouvait

adresser au Canadien, mais qui aurait empêcher cela? La divergence ,

lèse-muajesté, quoi qu'en ait Hit le Mercury e 1809.

Ce numéro 32, condamné à la destr Ctiop, ne renfermait, à vrai dire, qu'une communication avec notes sur les droitset les devoirs dos chambres d'assemblée, extraite des pipiers de Kingston (J amaïque) du 4 avril 1809. Des difficultés étant survenues là-bas entre le gouverneur, le dûc de Man-

d'opinions entre an ie jamais été Vonsidérée comme un crime de

chester, et la chambre, celle-ci porta ses plaintes en Angleterre ; cette

attitude fut approuvée comme constitutionnelle.

Les notes, rédigées, sans aucun doute, par Bédard, sont absolument anodines. Elles ont pour but d'établir les pouvoirs de la' chambre d'assemblée de faire des lois, et de chasser de son sein des députés indignes. Ces pouvoirs, d'après Bédard, sont indéfinis, afin qu'ils puissent être étendus à tous les cas imprévus. Ces cas peuvent être nombreux. |

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[ronnE] PIERRE BÉDARD ET SON TEMPS. , 99

entions Quant'au fiel répandu dans les écrits du Canadien, il n'exista jamais - . »laisent que dans l'esprit dés rédacteurs du Mercury. re ne rite L'année 1810 devait être fertile en événements tragiques, Avec elle t de les ‘s'ouvrit üne ère de malaise, qui‘allait dégénérer bientôt en des troubles ner sérieux. Le parti anglais, à la tête duquel se trouvaient le juge Monk, le’ natue juge Sewell, avéc:le Mercury pour organe, crut qu'il valait mieux en finir Si le avec l'élément français, devenu trop puissant à la chambre. Les critiques rait pu du journal francophobe devinrent de plus en plus acerbes ; les conseillers ouvent in petto de sir James Craig, réussirent à soulever l'esprit de ce dernier, au point de lui faire croire que les Canadiens-français complotaient dans gnants l'ombre des projets de rébellion. Or, c'était de la plus évidente fausseté, ; 6, dans car les sommités canadiennes, parmi lesquelles se dressait de-toute sa hauaffiche teur la tête de Mr Plessis, rêvaient bien autre ‘chose que la révolte cohtre , du roi l'autorité constituée, Les mauvais ferments -germaient ailleurs qu'à. é: l'évêché de Québec et dans les buréaux du Canadien. Les alliés de la “. ‘3 18 libre . bureaucratie voulaient un coup d'Etat, et ils l'obtinrent à leur aise. Ce c. fait, il fut le Canadien qui fut frappé parcé qu'on ne pouvait sévir autrement et 0 üù qu'il d’une façon plus propre à attirer l'attention publique ee Eu : 0 licen- Le 17 mars, un petit peloton de soldats armés, précédé d’un magis- [| lienne, trat et de deux ‘éonstables, fit soudainement irruption: dans l’atelier-du . ques journal français, et s’empara forcément de la presse et des papiers. no. épars dans les bureaux ‘de la “rédaction. M. Lefrançois, imprimeur, fut “ 4 détruit appréhendé au corps et jeté en prison ainsi que le plus vulgaire malfaiteur. | 4 nerait. Une patrouille, organisée sur un bon pied, se mit ensuite à circuler dans 1 'sprits, les rues, comme s’il y avait eu, en réalité, des conspirateurs dans. tous les corde, coins de la ville. C’en était assez pour jeter l’alarrne dans les familles, une sinon la consternation. % . ane = Deux jours après, c’est-l-dire le 19, MM. Bédard, Taschereau et nel ou Blanchet, trois propriétaires du Canadien, furent à leur tour arrêtés et uv »] incarcérés. À Montréal, des constables s’emparèrent également de Pierre . FR x Laforce, de Pierre Papineau (de Chambly), ainsi que de François Corbeil me de (de l'île Jésus), accusés, eux «anssi, de menées traîtresses (treasonable. $ | ; practices). On n'a jamais pu savoir pourquoi tous ces personnages, sur- L | ii dire, tout ces trois derniers, furent arrêtés. Le mot trahison était bien lâché, 1 mwbres mais On eût été empêché de dire en quoi et comment ils avaient trahi le 4 | 1809. drapeau britannique. Les vrais traîtres n'étaient-ils pas plutôt ceux-là | Man- même qui ne faisaient que compromettre le représentant de Sa Majesté es ; cette en asservissant son autorité à des fins plus eu moins avouables? Ou ‘encore ceux qui, au lendemain de la suppression du Canadien, écrivaient : ument “Le coup est porté. Le Canadien a requ le coup mortel. Le plus grand | d'as- malheur qui puisse arriver à la. presse, c'est qu'elle tombe entre des lignes. mains invisibles et licencieuses. Nous n'en dirons pas plug long, câr nous

éten- ne guerroyons pas contre des morts.” : “0

Les-autorités civiles firent de minutiouses recherches à travers les Papiers saisis dans l'atelier du Canadien, mais elles revinrent bredouille :

22 ro a LL PRÈS

aucune trace de conspiration, aucune trame suspecte. Pendant ce tempslà le public attendait avec la plus grande anxiété qu’on lui fit conpaître les crimes des inculpés. “Que l’on juge maintenant, dit Christie,

si les procédures auxquelles on avait eu recours à cette occasion, résul-

taient - d'une epprébension bien fondée de troubles ou d'un. -6xereice. abusif du pouvoir.’ ‘ | 5

Le 21 mars, au milicu d’ un hahohe sans précédent dans nos annales politiques, sir James Craig lançäit une proclamation dans laquelle il essaie de se défendre des attaques auxquelles il était en butte de la part des Canadiens, anglais et français, qui condamnaient vertement son autocratie. Ce document est plutôt, dans l’ensemble, un essai de justificatiôn qu'une leçon constitutionnelle. C’est'l’œuvres d’un homme: effrayé de sa propre conduite. ‘

“ Vilset téméraires fabricateurs de mensonges, disait-il,.sur quelle partie ou sur quelle action de ma vie fondez-vous l’assertion que je cherche à’opprimer vos compatriotes ? Que savez-vous de mes intentions ? Canadiens, questionnez sur moi ceux que vous consültiez autrefois avec attention et respect ; questionnez les chefs de votre Eglise, qui ont occasion-de me connaître. Voilà des hommes d'honneur et de lumières. Voilà. les hommes dont vous%evriez ällér prendre les avis, Les chefs de faction, ‘les démagogues ne me voient point.et ne peuvent me connaître.

‘“ Pourquoi vous opprimerais-je ? Serait-ce pour servir le roi ? Depuis. qu'il règne, ce monarque bien-aimé n’a pas donné à votre égard un seul ordre qui n'ait.eu votre bonheur pour objet. Serait-ce par ambition ? Serait-ce pour acquérir de la pyissance ? Hélas, mes bons amis, avec une . vie qui décline rapidement vers la tombe, ! sous le poids de maladies con- : tractées au service de mon pays, je n'ai pas d'autre désir que de passer ce qu'il plaira à Dieu de m'en laisser, dans les douceurs de la retraite, au milieu de mes amis. Je ne reste Dern vous que pour obéir aux ordres de mon roi.” |

La proclamation du gouverneur était destinée à produire un grand retentissement. Elle fut lue du haut de‘la chaire et à la porte de quelques églises. A la cathédrale de Québec, MF Plessis en fit quelques commentaires fort appropriés, se contentant toutefois de demander à "sôn Peuple l'obéissance à l'autorité légitime, comme il avait toujours fait, du reste, depuis son accession au trône pontifical.

+ M. de Gaspé, dans ses Mémoires, tous apporte des détails intéressants ; et nouveaux sur cet épisode de l'incarcération de Bédard et des autres Canadiens. Nous avons là le récit d'un-témoin oculaire véridique.,

.“Ce serait une étude curieuse à faire aujourd'hui quée rechercher les causes qui ont induit le gouvernement d'alurs à porsécuter ces citoyens si respectables à tous égtrds. Perggnne n'ignore que les griefs qui moti- :

1 Sir J. Craigétait alors âgé de soixante et un afs. Il devait mourir un peu plus ‘d'une année plus tard, au mois de janvier 1812. ;

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