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Cnioxwe] PIERRE BÉDARD ET SON TEMPS 101
| vèrent les actes de rigueur de l'oligarchie, prenaient ue source dans le
joñrnal le Canadien que les patriotes du temps publièrent pour se défendre des attaques envenimées et grossières que débitaient contre eux les gazettes anglaises. La presse, les caractères, etc., qui servaient à l'impression de
.ce journal furent saisis par un piquet de soldats commandés par un juge
de paix ; ma foi, il faut l’avouer, par mon beau-père, le capitaine Thomas Allison, du 5° régiment d'infanterie, mais retiré alors du service, et furent déposés dans les voûtes du. palais de justice. Ce serait certainement aujourd'hui une lecture pleine d'intérêt et des plus curieuses que celle de l'ancien: journal le Canadien, depuis le premier numéro jusqu'au 17 mars 1810, qu’il fut saisi par le gouvernement. On prétendait alors que plu sieurs articles de ce journal tendaient à soulever le peuple, ce qui fut cause que les éditeurs-propriétaires et les correspondants accusés de pratiques séditieuses furent incurcérés. Les moins coupables aux yeux des auto. “rités, soit officiers dans la milice, ou exerçant quelques fonctions sous le gouvernement, furent congédiés Oh! oui, ce serait une étude très
- curieuse que de chercher à découvrir les crimes qu'avaient commis tant |
de loyaux et respectables citoyens d'origine française, qui leur valurent uné persécution si cruelle de la part. du gouvernement britannique. Je jette aujourd’hui le gant au tory le plus farouche, pourvu qu'il ait quel-
.… Que’ teinturé de la constitution anglaise, et je veux passer pour le plus sot
individu du Canada, s'il pêut me montrer une phrase, une seule phrase dans ce journal qui pût motiver les rigueurs de l'oligarchie sous l'admi-: nistration Craig. :
‘ Au physique, le chevalier Craig était d’une petite taille, mais corpulent, quoique malade dès son arrivée en Canada. Il y avait beaucoup
d'expression dans ses traits, qui devaient avoir été beaux dans sa jeunesse,
Son regard était perçgant comme celui du faucon et semblait chercher jusqu'au fond de l’âme les pensées les plus secrètes de ceux auxquels il parlait d'une voix aigre. On l’appelait en Angleterre Little King Craig parce qu'il aimait la pompe et le faste. Il passait pour un homme vain. Fier, orgueilleux, oui; mais il avait trop d'esprit pour être vain ; c'est
- toujours l'apanage d'un sot que là vanité. Je vais porter un jugemient
bien extraordinaire sur un homme dont la mémoire est encore odieuse aux Canadiens-français après un laps de cinquante-quatre ans. Quoique bien jeune alors, ma position ‘dans la société me mettait en rapport avec ses amis et ses ennemis ; j'ontendais constamment le‘pour et le contre, et j'en conclus que loin d’être un méchant homme, un tyran, sir James avait un excellent cœur,.et je vais en donner des preuves. Je.tiens d’une autorité non suspecte, de mon oncle Charles de Lanaudière, membre du conseil législatif, haut tory s'il en fut, et qui approuvait même presque tous les actes arbitraires de l'oligarchie, je tiens, dis-je, de -cette source non suspecte, que sir James Craig, qu'il voyait fréquemment (il l'avait connu en : Anglèterre, et même au Canada, pendant la guerre de 1776), lui avait dit
peu de temps avant son départ pour l'Eûrope : “qu'il avait été indignement trompé et que s'il lui était donné de recommencer l'administration de cette colonie, il agirait différemment.” (Cet aveu n’est pas celui d'un homme méchant. Comment se fait-il alors qu'un homme si pénétrant se soit laissé abuser ? c’est ce qu'il m'est difficile de résoudre. Ses amis prétendaient, pour l’excuser, qu'élevé dans les camps, il avait péché par ignorance de la constitution anglaise. Halto-là ; sir James Craig était ‘un littérateur distingué, une des meilleures plumes, disait-on, de l’armée britannique ; et il avait tout jeune homme occupé la situation de jugeavocat dans l’armée, ce qui exige une étude plus que superficielle des lois anglaises. Il a souvent, à ma connaissance, présidé la cour d'appel à Québec, et ses remarques étaient celles d'un homme qui possède des connaissances légales que l'on rencontre rarement en dehors de la profession du barreau. Quelqu'un lui fit observer un jour que M. Borgia, qui avait plaidé devant lui, le matin, n’était pas naturellement éloquent : c'est vrai, dit-il, mais je crois qu'il y a peu d'avocats dans cette colonie qui aient une connaissance aussi profonde du droit. romain. Et sir James ne se trompait pas. Il était de bonne foi lorsqu'il sanctionna les mesures tyranniques de son conseil ; sa conduite comme commandant de la garnison le prouve. Il croyait à une rébellion imminente des.Canadicns-français, lorsque les Bédard, les Blanchet et autres furent écroués.”?
| Dans le cours du mois d’avril, des amis de Bédard tentèrent, mais ‘vainement, de faire émettre un writ d’habeas corpus en faveur du prison-nier et de ses compagnons d'infortune. Le gouverneur se montra impitoyable ; les portes de lg prison restèrent formées sur les victimes d'un despotisme sans frein. Ce ne fut qu’en juillet qu'un des prisonniers, . malade, fut relaxé. : | | Quelques semaines plus tard, un autre obtint son élargissement pour. la même raison de santé. : ;
, Lefrançois sortit de sa prison au mois d'août.
Il ne resta plus bientôt que Bédard, qui demandait, comme faveur, qu'on lui fit son procès. On le lui refusa persévérammont, car on savait bien que devant un jury, même le plus mal disposé, aucune preuve ne pourrait établir la culpabilité du rédacteur du Canadien. Le gouverneur voulait qu'il demandât pardon, afin, sans doute, de laisser croire au public que son prisonnier était coupable. Mais au château l'on ne connaissait pas Bédard, ou on le connaissait mal. Il eût préféré la mort plutôt que
de prononcer l’aveu d'une faute dont il était innocent. Bédard attendit
‘done patiemment dans sa prison le procès auquel il avait droit, au grand mécontentement de la faction Sewell, qui eût désiré donner aux événements uno autre tournure.
M.ide Gaspé nous .donhe de nouveaux détails sur le sort de Bédard,
durant toute la période de son emprisonnement : “ De toutes les victimes de la tyrannie du gouvernement de cette époque, monsieur le juge Bédard, avocat alors, fut celui qui endura sa
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