‹ Pierre BlotChapitre 13 sur 17 · LE SALUT DU SAINT-SACREMENT · texte numérisé non relu

LE SALUT DU SAINT-SACREMENT

petits papiers qui déjeunent du crime, qui en dinent et qui en soupeni, à qui le crime donne leurs redingotes, leurs cliemises et leurs souliers et qui mourraient subitement d'inanition, si on leur ôtait le crime de la bouche, comme les mouches meurent dans les quartiers où la police bien faite donne la chasse aux choses putréfiées, toutes les semaines, dis-je, ou toutes l€s quinznines, ces pelits papiers très-adroits, très-hypocrites et très-implacables dans leur petite spéculation, versent de petites larmes de pelits crocodiles sur la multiplicité croissante des crimes. 0 tartufes d'un sou!

Ainsi le célèbre Vidocq, raconte-t on, à la fois voleur et policier, traçait d'une main des plans de pillage admirablement combinés et « empoignait » de l'autre les camarades qui mettaient ces projets à exécution, profilant, lui aussi, des deux a sentiments innés » dont l'un payait son expérience de vieux loup et l'autre ses mérites comme chien de garde.

Moi, ce qui m'étonne, ce n'est pas la multiplicité des crimes, c'est au contraire leur rareté, eu égard au nombre des gens établis qui en vivent!

Les crimes pullulent, c'est vrai, nous en sommes comblés, saturés, gorgés ! Il y en a tant que bien des bêtas, naturellement friands de crimes, commencent à trouver qu'il y en a trop et prennent peur en faisant ripaille de répouvantablj& civet, servi par la rédaction de leur petite gargote mal imprimée. Les petits papiers cannibales sont obligés de redoubler de larmes pour empêcber la vente de baisser, tout en saignant, saignant, saignant toujours pour faire monter la vente.

La Vente ! le sou ! Mais c'est aussi pour cela que les crimes s'accumulent. Le sou ! Les sous ! ! !

Quelles belles affaires nous avons eues cette année ! Et quels beaux petits articles larmoyeurs I La vente a donné. Bonne saison !

Mais je le répète, si terriblement fréquents que soient les crimes, pourquoi n'y en a-t-il pas

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encore davantage? Nul n'en sail rien; cela viendra. Pleurez de joie, petits papiers hideux, votre vente monlera, le crime aussi : c'est inévitable. Vous vivez du crime, le crime vit de vous, tenezvous bien, serrez-vous, le crime et vous, l'union fait la force.

Et ne craignez pas les autres papiers, les grands, ceux qui coûtent trois sous ; ils auront beau vous foudroyer de leurs articles de sept aunes, verboses et tartufaslueux, vous avez pour vous le sans-gêne ; on fume dans votre compartiment, on y mange la charcuterie du crime sur le pouce, sans mauvaise honte, on y boit le coco rouge à la bonne franquette. Allez ! vous êtes la presse, la vraie presse, l'épanouissement suprême de celte fleur; continuez bellement votre commerce, mouillez vos mouchoirs de larmes et de sang, étranglez, poignardez, découpez, empoisonnez, noyez, cela ravigote! Et poussez, poussez à la vente I

Et si les grands papiers vous objurguent, di-

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tes-leur de ma part : « 0 pédants ! ô lourds ! ù \ides ! Est-ce vous qui arrêterez le torrent des crimes? où est votre outil? votre arme? où est votre Dieu? Sophistes qui avez tué la religion dans le cœur des hommes, nous sommes la boutique du crime, c'est vrai, mais nous l'achelon* choz vous, en fabrique.,.. »

Pierre Blot n'avait jamais tué ni volé, j'en aurais mis ma main au feu. Le crime de son suicide, le meurtre involonlaire d'Adèle, n'élaient pas de ceux que la loi atteint, ni même de ceux qui excitent la vulgaire indignation, quoiqu'il n'y en ait point que Dieu poursuive d'un châtiment plus certain.

Je parle surtout du suicide.

Mais qui peut sonder le mystère de l'extrême minute où le repentir est encore possible?

Le fait, d'ailleurs, que Pierre Blot aurait été un assassin ou un voleur n'eût point modiliô mon devoir de chrétien envers l'enfant, envers la morte, envers Pierre Blot lui-même. Cepen-

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