‹ Pierre BlotChapitre 2 sur 17 · LE DEMEU DU S ACRÉ-CIEU U · texte numérisé non relu

LE DEMEU DU S ACRÉ-CIEU U

mon sous-lieutenant et qu'il se porte bien, Dieu merci. Il était jeune, jeune; il appelait sa maman. Un bon petit cœur! Il m'a écrit jusque de Bretagne pour avoir de mes nouvelles et m'annoncer son mariage....

Ah! j'étais fort en ce temps-là! Je l'avais sur mes épaules quand j'attrapai mes trois coups de fusil. Je me dis : Tiens dur ! le bon Dieu est là. Le genou me faisait tant de mal que j'en pleurais comme un lâche ; mais c'est égal, je me traînais encore assez vite, car je rejoignis le bataillon, et je ne dégrafai mon petit Breton que quand je tombai tout à fait, — en dedans du rang.

Un peu de sang était revenu à la pâleur de ses joues, et il souriait. Jean s'assit auprès de lui et dit :

— Ça vaut pourtant bien la peine d'èln^

PREFACE-ANECDOTE

raconté au long, cette histoire-là; allez, mon frère, on vous écoute.

Mais le frère répondit :

— Il n'y a pas autre chose ; j'ai tout dit.

Le temps était très-chaud, malgré l'heure matinale. Nous nous étions donné rendezvous, Jean et moi, de si belle heure sur la butte pour éviter le grand soleil en visitant le lieu qu'on disait choisi par Mgr l'archevêque de Paris pour édifier sa grande basilique du Sacré-Cœur. On en parlait beaucoup, à cause du vote de l'Assemblée. Il se trouvait que l'église du Vœu-National allait précisément remplacer les fortifications improvisées par la révolte. A ces hauteurs d'où l'insurrection faisait pleuvoir naguère le fer et le feu sur la capitale de la France,

LE DENIER DU SACRE-CŒUll.

rhonime de Dieu, le pasteur héritier de tant de martyrs avait reçu mission de planter le drapeau d'éternelle paix. De ce faîte, déjà sanctuaire au temps des barbaries païennes et tout rayonnant de l'héroïsme chrétien, où saint Denis était mort vainqueur des idoles, où saint Ignace était né au plus grand apostolat des temps modernes ; de cette montagne souillée par les autels de Mars et de Mercure, mais rachetée par la prière, mais glorifiée par le sang, un temple allait surgir au commandement du saint évoque, immense croix d'un nouveau calvaire, étendant ses bras pour enserrer à la fois Paris, la France, l'Europe et l'univers. Et c'était au lendemain de l'effrayante débauche menée par la haine, que cette pensée d'un prince de l'Église, conseillé par

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la miraculeuse voix du Sauveur, tombait dans la bonne terre comme une semence féconde, y germait invisible encore, mais préparait déjà l'enfantement plein de gloire d'où l'Œuvre, symbole de nos espoirs surnaturels, allait s'élancer et fleurir.

Je me souviens que, sous le règne de Louis-Philippe, alors que la carmagnole des charlatans tourbillonnait en tempête dans ce pauvre Paris, affolé de révoltes pseudolittéraires, de révolutions industrielles, de religions athées el de mille autres infirmités tragiques ou grotesques, au temps des Saint-Simoniens, des Fouriéristes, des Jeunes-Templiers et de Jérôme Paturot, une pensée se fît jour qui sembla grandiose à beaucoup de braves gens. Un artiste, M. Préault, proposa de sculpter la butte

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Montmartre. Pour en l'aire quoi? Je ne sais plus au juste, mais je crois bien qu'il s'agissait de représenter soit une dame coiffée d'un bonnet phrygien, soit un empereur couronné de laurier : Napoléon ou la Liberté. Notre siècle n'a su adorer que le canon et la hache.

J'ai cité le projet du colossal statuaire, non point pour en rire, il y a beau temps que je ne ris plus de rien, mais pour montrer à quelle hauteur la religion plane audessus même de l'impossible. La croix tient véritablement le rêve sous ses pieds.

Le catholicisme ne sculpte pas les montagnes pour en fabriquer des jouets monstrueux, mais il exhausse encore les plus hauts sommets, tout en les faisant accessibles; il y bâtit des tours qui ont leurs ion-

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déments dans les entrailles du sol ; il les surmonte du symbole de pardon, opposant la belle contagion de ses tendresses aux épidémies de la haine.

Et il emplit ces maisons de lumières si vives que leurs murailles, pénétrées de splendeurs, éclatent comme des phares, portant partout le rayon grâce auquel les âmes égarées trouvent leur route à travers la nuit de l'humanité.

Ce que je viens d'exprimer, j'étais fort éloigné de le ressentir au mois de juillet 1875. La pensée dont Mgr Guibert s'était fait le promoteur avait été accueillie avec trans-

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port dans le monde catholique, mais je ne faisais point encore partie de ce monde, sinon par l'attrait assez vague de mes souvenirs et de mes instincts. J'étais un chrétien de théorie et de poésie, arrêté par je ne sais quoi au seuil de l'Église : en dehors.

J'en connais comme cela une innombrable multitude. Entre tous, c'est pour ceux-là qu'il faut prier.

L'expiation monumentale, préparée par l'archevêque deParis,m'apparaissaitcomme un très-grand poëme. J'étais bien forcé d'y mettre de la religion, mais j'y souhaitais surtout de l'art. J'avais pris la peine de chercher le prophète qui taillerait en versets de pierre la majesté de ce psaume de notre pénitence. L'homme très-habile et irès-actuel «qui a bâti l'Opéra me hantait et me gênait. Quoi

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qu'on fasse, M. Ch. Garnier aura exercé sur son temps une réelle influence, assez malaisée à définir. Il me faisait peur, et tout autre aussi à cause de lui. Vous voyez que j'allais fort en avant des respectés zélateurs de l'œuvre : la mouche est rarement derrière le coche.

Je ne crois pas que M. Garnier ait fondé une école, mais le nuisible troupeau des imitateurs flaire sa vogue à l'unanimité et ramasse tout ce qui peut tomber de lui. Il n'est ni chrétien, ni païen, ni romain, ni grec; c'est un nabab d'Assyrie, faisant à la fois grand et petit et concevant des mièvreries babyloniennes, exagérées par de prodigieux accessoires. Gela plaît incomparablement.

Pour moi, Nabuchodonosor, changé en

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bête, rôde sous le péristyle de cette Bourse de la sensualité, l'Opéra, type du gigantesque en miniature, bazar excellent, à tout prendre, pour les marchandages d'art, de métier, de honte, de gloire, de plaisir et de ruine qui font vivoter notre temps. Je Tai dit : c'est actuel, et souvenez-vous que, depuis deux ans, l'illustre escalier, chefd'œuvre du genre satrapien, fait vingt mille francs de recette tous les soirs. Paris le grimpe à quatre pattes, comme Nabuchodonosor.

Il est donc convenu que Paris et moi nous aimons cette Niniverie montée, plus curieuse que toute autre chose maçonnée de nos jours. Seulement, Paris n'en a pas crainte, et moi, elle me fait trembler pour les autres palais et même pour les cathé-

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drales.En ce siècle d'effrénée singerie, où la main est si preste et la pensée si lourde, quelque architecte à la suite peut introduire ses doigts dans la poche de M. Garnier et y prendre, je le redoute, un plan qui doit y être parmi d'autres chefs-d'œuvre : le plan de la pagode de Balthazar.

Veuillez me comprendre : ma volonté n'est point de dire que le talent hors ligne de l'auteur de l'Escalier soit incapable de dessiner une voûte chrétienne ; je crois tout le contraire et ne parle que des imitateurs, gens de maraude qui changent l'or volé en gros sous. A tort ou à raison, j'avais ce cauchemar de voir pendre au sommet de Montmartre ce qu'ils appellent « une idée », quelque chose de neuf, de trouvé, peut-être même quelque chose d'omciNAL, en un mot

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une église ACTUELLE ! Et comme je me souvenais du fabuleux devis de l'Opéra qui émerveilla Paris presque autant que l'Opéra lui-même, je me demandais où notre archevêque découvrirait la mine d'or susceptible de remplacer l'État qui paye volontiers les frais des opéras, mais non point ceux des basiliques.

J'étais donc un peu de l'opposition, comme il arrive à tout mauvais paroissien. La future église du Sacré-Cœur me parais sait superbe comme déploiement de drapeau, utile comme protestation, éloquente comme cantique ou prière, mais je lui trouvais couleur de luxe et parfum de témérité.

Jean me disait : « Ne juge pas, tu es trop loin de l'autel. Si présomptueux que tu sois, aurais-tu la fantaisie d'éplucher le style

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d'un poëme écrit en une langue qui te serait inconnue?... »

Confusément, je sentais qu'il était dans le vrai et que le compas me manquait pour mesurer ces choses, mais je gardais mon opinion. Il en faut une.

in

Le frère ignorantin, pour lui donner ce nom si beau dont l'ingratitude publique a presque fait une injure, n'appartenait plus à aucune école de quartier. A la maison mère où il vivait retiré, par suite de ses blessures, on adoucissait pour lui les sévérités de la règle, et il avait permission de venir à Montmartre les jours de bon soleil :

LE DE^■IER DU SACRÉ-CŒUR

Comme il nous l'avait dit, sa jeunesse s'était écoulée ici ; avant la guerre, il apprenait à lire à ces chers, à ces pauvres petits sauvages de la ville ouvrière qui n'entendent jamais le nom de Dieu que dans le blasphème. Il les avait aimés tendrement et revenait les voir. Dans ces terrains de la butte qui ont été, depuis lors, bouleversés par de si grands travaux, il trouvait encore la solitude; il s'asseyait sur l'herbe, il lisait un peu dans son livre couvert de drap, il priait beaucoup et rassemblait parfois les enfants errants pour leur dire une belle histoire. Il savait très-bien que sa vie terrestre était condamnée, il ne s'en vantait pas, mais cela répandait une gaieté parmi sa patience. Il connaissait sa butte sur le bout du doigt et nous en fit les honneurs. Il vint,

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appuyé sur sa béquille, jusqu'au bord du promontoire qui surplombait le champ de glaise où passe maintenant le nouveau boulevard. De là, nous dominions, sur notre droite, la ville étoilée de merveilles monumentales; de face, les faubourgs de misère; à gauche, la plaine, marquée à son centre par la flèche de Saint-Denis. Puis, c'était la banlieue industrielle, tout échevelée de vapeurs, les vertes oasis de Saint-Ouen, Enghien, tache grise où la spéculation, les annonces et la politique cultivent lueurs petits apanages, bien serrés autour d'un lac encore plus profond que le bassin du Palais- Royal. Et au delà de tout cet ennui qui peine si désespérément à se divertir, la forêt, une vraie forêt tapissait le lointain des collines, montrant à notre purgatoire de

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Paris le paradis de la campagne française.

Le frère nous détailla ce panorama en quelques paroles d'une extrême simplicité, mais dont chacune était un coup de pinceau. Jean n'avait pas souvent envie devoir. Il était très-myope et ne s'en inquiétait point. Jamais je n'ai rencontré d'homme moins curieux de ce qui se regarde. Comme il voyait assez de choses attachantes au dedans de lui-même, il s'était habitué à croire les objets extérieurs sur la parole d'autrui.

Mais aujourd'hui, je ne sais ce qui le prit, il s'empara de mon binocle et regarda au travers. Je pense qu'il put voir quelque chose du paysage où le soleil éclatait partout, mais je suis sûr qu'il vit quelque chose au delà des bornes du paysage, car il s'écria :

— Il peut y avoir un voile sur la con-

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science d'un peuple comme sur les yeux d'un homme, et voilà le miracle que doit accomplir le vœu national de pénitence!

Il regarda encore un instant avec la surprise incrédule des enfants, puis il me dit, craignant de n'avoir pas été compris :

— C'est assurément une figure très-frappante et très-grande, quoiqu'il s'agisse, au fond, d'une simple paire de lunettes. Imagine-t-on quelque chose de plus beau qu'un remède apporté à la myopie des esprits et des cœurs? Moi je ne savais même pas que je ne voyais point. J'entendais les autres voir; cela passait sur moi comme chose indifférente. Et note que je ne me plains point d'avoir regardé Dieu en moi-même sans trop observer les spectacles qui sont la splendeur matérielle de son œuvre. Peut-

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être les devinais-je aussi beaux que vous les admirez, et plus beaux. La question n'est pas là. Pour vous, ces choses étaient présentes, pour moi elles n'existaient pas, soit que je les eusse oubliées, soit qu'elles ne me fussent réellement point connues, c'est tout un. Il a suffi d'un rond de verre pour me les créer. Ah ! je raconterai cela à Saint- Sulpice et je parlerai du Sacré-Cœur.

Je lui proposai de garder mon lorgnon, mais il me le rendit vilement, comme s'il n'eût point voulu abuser de ce prodige.

— Que ce soit un verre, me dit-il, un fait, une parole, qu'importe? L'œil aveugle de l'homme peut être dessillé, voilà ce qui est certain. Je pense à ceux qui souffrent, à ceux que le brouillard du découragement enveloppe, à mes ouvriers que les ennemis

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de Dieu harcèlent en leur jetant le fatal bandeau sur la vue.... Je te dis que c'est grand, et la bonté de la Providence est au plein de mon cœur. La maison du Vœu sera le télescope dressé sur la hauteur, et grâce à elle, nos yeux verront tout à coup au delà des barrières du mensonge....

Le frère allait en avant de nous comme un cicérone. Il s'arrêta auprès d'un petit pan de muraille, protégé par quelques planches et dit :

— C'est ici.

C'était à l'entrée de la propriété de feu M. Scribe, l'auteur dramatique qui célébrait les profits de son génie dans la langue de Virgile, ayant pris pour enseigne une plume avec ces quatre mots qu'il croyait latins : Inde fortuna et liberlas : fort galant

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homme du reste, qui avait droit d'avis en sa qualité d'académicien, pour fixer la langue de Bossuet. C'est drôle.

Le frère ayant écarté une planche, nous montra l'endroit où les généraux avaient été fusillés.

J'étais là, nous dit-il, entouré de ces malheureux en délire. Ils me tenaient prisonnier. Je les connaissais presque tous ; je fais encore l'aumône à quelques-uns : ce ne sont pas ceux qui frappent qui tuent. La pensée homicide est derrière eux.

Nous dîmes tous les trois un de profundh pour ces républicains massacrés par la république. Peut-être que Dieu avait visité leur dernière heure. C'était de la tristesse morne qui pesait sur nos poitrines. Il n'y a rien par delà les supplices des Girondins,

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sauf cette chose moqueuse qui moisit entre les feuillets des livres et qu'ils appellent, sans rire, la gloire... la gloire des Girondins !

Quelques jours auparavant, je m'étais agenouillé sur la terre de la rue Haxo, et mon cœur avait fondu en larmes. Ce n'était qu'un pauvre mur comme ici, écorché par des balles, mais un souffle animait pour moi la solitude misérable du lieu. Il y avait là cette autre gloire qui est le contraire de la gloire des Girondins et qui est la Gloire. Le Jésuite Pierre Olivaint et ses compagnons étaient tombés dans cette poussière désormais sacrée, en chantant le cantique des grandes allégresses, et le divin martyr, Jésus, fils de Marie, présidait à cette fête de propitiation.... Olivaint! doux esprit, large cœur^

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charité splendide, soldat, ô cher soldat des pacifiques violences ! Je m'approchais déjà de la bonne route, car mes larmes étaient de joie. Une mort comme la tienne, longtemps implorée, abondamment méritée, vaut des trésors de pardon, et ton dernier soupir, bien-aimé père ! rachète à la fois les Girondins et leurs bourreaux.

On connaissait depuis vingt-quatre heures le vote de l'Assemblée; à mesure que Paris s'éveillait, quelques curieux allaient et venaient sUr la butte, causant de la basilique à naître. Les groupes se rassemblaient autour de la clôture qui protégeait le puits uni-

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que, ouvert depuis peu, et au moyeu duquel on avait entamé les opérations de sondage. Il se faisait déjà des récits surprenants touchant les difficultés qui seraient à vaincre avant même de savoir si la construction du monument en ce lieu était une œuvre possible. Le frère nous dit que des gens, trèsentendus, appartenant à la rédaction de divers journaux bien informés, avaient gravi la montée tout exprès pour affirmer que le projet était impraticable. Ils en déduisaient les raisons qui étaient du meilleur acabit. L'absurdité de l'entreprise leur donnait beaucoup de contentement. Certains disaient que, vu la nature bien connue du sol, l'édifice, au bout d'un peu de temps, rentrerait en terre comme une longue-vue dans son étui, d'autres pronostiquaient qu'un beau

LE DENIEI; bV SACHÉ-CŒUR.

matin, après une nuit de pluie, la basilique se mettrait en marche comme les vaisseaux qu'on lance du chantier à la mer et s'en irait tout majestueusement écraser le quartier de Notre-Dame de Lorette.

Jean écoutait le frère, qui racontait ces choses assez gaiement. De temps en temps il me regardait avec défiance, et je voyais dans ses yeux qu'il me soupçonnait de quelque complicité, sinon avec ces messieurs de la presse avancée, du moins avec les chrétiens pratiques^ qui ne mettaient le pied qu'en tremblant sur ce brûlant terrain du Sacré-Cœur.

— Sais-tu si M. Thiers a voté pour le projet de basilique? me demanda-t-il tout à coup.

— Non, répondis-je; mais cela ne m'é-

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tonnerait point, car, sous l'Empire, il votait -avec les catholiques dans les questions qui intéressaient le Pape et son pouvoir tem- ^porel.

— A telles enseignes qu'il eut à ce sujet une discussion historique avecM. Barthélémy Saint-Hilaire....

— Tu m'as déjà raconté cela, dis-je, c'est apocryphe.

--• Quoi donc? demanda le frère.

— Apocryphe! apocryphe! s'écria Jean : jamais M. Thierset son fidèle ne se sont bien disputés que cette fois-là.... Figurez-vous, mon frère, une querelle de ménage ! M. Thiers n'était pas le plus fort. Aux reproches de son excellent ami qui l'accusait de lâcher décidément la libre pensée, il opposa d'abord sa -bonne humeur qu'on dit inépuisable dans

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