‹ Pierre BlotChapitre 6 sur 17 · LE SECOND RÉCIT DE JEAN · texte numérisé non relu

LE SECOND RÉCIT DE JEAN

Je me détermine à publier à part et Iiors du rang qu'il devrait occuper dans la série intitulée : les Etapes cVune conversion, le récit qu'on va lire. Par ordre de dates, ce fut la seconde histoire que Jean me raconta : la seconde du moins qui eut trait à sa propre vie. Elle sort de mon cadre général, et je ne saurais où la placer entre

les épisodes formant les cinq journées du miséricordieux voyage de la grâce à la rencontre d'une âme.

Ces cinq étapes qui sont : la Mort du père (déjà publiée) ; la Première Communion; le Cœur de Charles; Marie et la Seconde Communion^ composent un tout et ne laissent entre elles aucun interstice où l'on puisse glisser un épisode de quelque importance.

Et pourtant je ne veux, ni ne puis supprimer cet épisode qui montre Jean sous un aspect nécessaire à connaître. Il a les qualités de Jean et aussi ses défauts. Il viendrait mal à la fm de tout; ce serait trop tard. Ce fut entre la Mort du père et la Première Communion que Jean me raconta l'étrange suicide de l'ouvrier dans le cœur de qui les tribuns ont assassiné Dieu; je fais comme lui.

Mais au lieu d'ouvrir, comme lui encore, une trop large parenthèse, je place sous un titre spécial ce drame |qui est complet par lui-même.

Ainsi aurai je respecté jusque dans ce très-minoe détail le désir de celui qui est le véritable auteur de ces pages.

Par le fait, ceci est une aventure de Jean déjà converti. Elle ne tient au reste que par le petit Bonif, l'enfant d'adoption de Jean et de Madeleine.

Mais Jean que j'ai à cœur de peindre tel qu'il était me semblerait mutilé si je ne le montrais au moins une fois dans son rôle a'ami, auprès d'un ouvrier, avec son ardente passion de bien faire, son mépris peut-être exagéré des théories politiques et la vision imparfaite qu'il avait des solutions promises à l'angoisse du problème social par la science catholique, entrée en lice depuis sa mort.

La vie chrétienne de Jean fut presque tout entière consacrée aux ouvriers. Il était loin d'avoir sur l'ensemble des questions ouvrières la science et l'expérience de ceux qui prêchent aujourd'hui la croisade de récoïicîliation, mais

il employait déjà ce mot, implicitement contenu dans le programme des conférences de Saint- Vincent-de-Paul, et les idées insuffisantes qu'il exprimait insuffisamment, peut-être eut-il du moins le mérite de les balbutier le premier. Elles lui venaient de sa haine contre la politique d'exploitation, celle lèpre qui ronge la vieillesse du monde.

11 appelait politique d'exploilalion l'industrie de ces négociants qui fonl forlune en vendant le mensonge à la misère et la haine au mallieur.

Ce n'était pas un ignorant en fait de socialisme. Il avait donné tour à tour dans toutes les erreurs dites généreuses qui enthousiasmèrent et abêtirent le second tiers de ce siècle ; il avait connu le Mapah donl le nom signifiait père et mère, oncle et neveu, tanle et nièce : singulier dieu qui buvait ses chemises; il avait adjniré la barbe superbe du père Enfantin, dont chaque poil devenait, quand on voulait, une commandite Israélite ; il avait cru à Charles Fourier, le

I'Ii:UIlE lîl.OT.

moins fou des ulopislcs et le plus désinlércssé, mais qui, malheureusement pour sa mécanique plialanstéiienne, trouva un jour le moyen d'en faire l'essai, c'est-à-dire la iîn : il avait voyagé en Icarie avec Cabet et fréquenté les ateliers nationaux avec M. Louis Blanc : aucune boutique systémateusc ne lui était étrangère. Tout cela est bon à connaître, et plus on a vu de charlatanismes à l'œuvre, mieux on se repose dans la grande et unique vérité.

Jean savait par cœur les clowns de la popularité ; il les avait vus de si près qu'il lui restait d'eux comme un continuel haut-le-cœur, et sa vocation principale était de débarrasser l'ouvrier de leur délétère influence. Peut-être anlva-t-il trop vieux à la lumière pour être lui-même un llambeau. C'est le malheur de ceux qui tardent. Vous ne trouverez dans l'aventure de Jean avec son ouvrier ni aperçus ni théories ; ce n'est qu'une pauvre histoire toute nue, précédée d'un bout de discussion littéraire.

l'ItRRE BIOT.

J'ajoulcque Jean m'a raconlé Lien desliibloires du même genre et que moi-même j'ai vu de mes yeux des faits analogues en quantité qui auraient êu le mérite d'être plus simples à mettre en scène et par conséquent plus touchants, mais Jean tenait précisément à son anecdote pour l'étrangeté du sujet. Elle plonge, en effet, tout au fond de cet abîme d'absurdités où se noie l'abandon des malheureux à qui l'industrie des « politiciens » du ruisseau a escamoté la consolation suprême : de sorte qu'au lieu d'avoir Dieu pour refuge, ils martèlent les meurtrissures de leur front contre ce mur terrible : la haine de Dieu.

Non pas contre la. haine que Dieu a : Dieu n'a que d'immenses et infinies compassions, mais contre la haine qu'ils ont eux-mêmes et dont on les a traîtreusement empoisonnés.

Si Jean avait été plus jeune, il eût marché en avant du mouvement dont nous sommes les témoins ; c'était son rôle et sa nature. Il vit du moins l'aurore de ce mouvement, et je me sou-

riERRE CLOT.

viens que la première fois qu'il entendit, bien peu de temps avant sa mort, l'éloquente et prophétique parole du soldat tout jeune alors et encore inconnu qui est devenu le général de l'armée du bienfait, il s'écria dans le transport de sa joie :

— Voilà un cuirassier^ qui mettra peut-être deux cents ans à faire la trouée par où Dieu rentrera dans la maison du travail, mais qu'importe le temps ? Mort ou vif, il aura débloqué l'atelier, et la victoire s'appellera de son nom !

Il s'éloigna ce jour-là , sans offrir sa vieille main au jeune et vigoureux apôtre. Ce n'était pas qu'il fût jaloux, mais contre sa coutume, il s'appuya silencieusement à mon bras en regagnant sa tanière et dans l'escalier seulement il me dit :

— Dieu a pitié de ceux qui arrivent comme moi, mauvais ouvriers de la dernière heure,

* M. le comte Albert de Mun était alors capitaine de cuirassiers.

riERRE BLOT.

mais c'est tout ; il n'a que pitié. 11 ne leur doit pas la grande allégresse des vainqueurs. Aux jeunes , aux vaillants qui sont assez heureux pour avoir, à l'âge de la force, la sainte volonté de combattre, je ne puis plus rien donner que la ferveur de ma prière.

Et les jours suivants, quand il fut calmé par la réflexion, il ajoutait :

— As-tu bien vu , as-tu bien entendu le cuirassier? Je ne sais plus s'il réussira parce que Dieu n'a pas promis à son Église une si énorme consolation. La tyrannie que le mal exerce sur l'ouvrier, c'est le plus précieux privilège de l'enfer; l'enfer y tient. Penser que ces millions de souffrants peuvent être soulagés dès ce monde et victorieusement émancipés de leur ténébreux esclavage, c'est peut-être une utopie. Mais que Dieu bénisse ce fier jeune homme qui a donné une formule claire, simple et virile aux tâtonnements de mon vœu. Celui-là aime vraiment Jésus dans l'ouvrier. C'est un noble esprit,

l'iKii 11 l; iji.ot.

c'est un robuste cœur. D'autres viendront derrière lui qui seront plus savanis que lui, sinon plus éloquents, mais ce qui se fonde par lui sera toujours bien plutôt une phalange qu'une école, et il en restera le chef par le dioit de son intrépide initiative.

Quand môme il tomberait en chemin sous le poids trop lourd de la croix qu'il a choisie, sa chute serait sonore et féconde aulant qu'un triomphe. Les gens comme lui remportent la victoire par leur vie quelquefois et souvent par leur rnort....

J'ai dit que la maison de Jean élait composée de sa femme Madeleine et de Bonif, mais il y avait en outre la petite Berthe qui venait passer la journée chez lui une ou deux fois par semaine. Elle était en pension quelque part.

11 me paraissait que Madeleine n'aimait pas beaucoup cette petite Berthe, mais Jean éiait fou d'elle. Berthe et Bonif se battaient par vocation. A vrai dire, ils n'étaient méchants ni l'un ni l'autre, mais Bonif avait la griffe pai'isicnne

au bout de la langue et Bertlie l'avait au bout des doigts.

Les autres enfants de Jean et de Madeleine, leurs vrais enfants, beaucoup plus âgés, s'étaient établis au loin. C'était une lamille dispersé<3 par la ruine du père.

Jean avait été marié deux lois. Berllie était la fille de la fille de sa première femme, celle Marie de Moy qui lui lançait des boites de joujoux sur la tête autrefois, parla fenêtre du premier étage. Ainsi, Jean élait le graml-pèrede Berthe, dont la mère était morle.

Jean fut du temps avant de me reparler de ses « étapes. » Il avait été malade pendant plusieurs jours à la suite de l'entrevue démesurément longue (elle avait commencé à huit heures du soir et fini au grand jour), où il m'avait raconté la mort de son père. De mon côté, moi, je ne le ramenais point vers ce sujet. Son récit m'avait laissé une impression profonde, mais inutile, puisque je ne comptais point m'en servir

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pour mon mélier d'écrivain. Qu'en aurais-jc l'ail? Et surtout qu'en eussent l'ail mes lecteurs ordinaires, mes chers lecteurs que j'aimais tant et que j'aime encore, acharnés à résoudre avec moi, de nuiiu'ro en numéro, l'imporlanl problème de savoir comment Agathe épousera Théodore?

D'ailleurs, j'avais promis de ne point toucher à cela avant ma conversion, et personne n'est si long à se convertir que les gens comme moi, amis pla'oniques de Dieu , respectueux envers Dieu, mais ne sentant pas le besoin de Dieu, et qui se promènent parfois toute leur vie, chapeau bas, autour de Dieu, sans jamais entrer en Dieu.

Non-seulement je ne pris pas de notes sur ce que Jean m'avait dit cette nuit-là, mais je fis effort pour l'écarter de mon souvenir. Il y avait là dedans des choses qui m'impressionnaient péniblement. Sans aller jusqu'à dire, comme le docteur Olivier : « Si tu me reparles de cela, je

ne reviendrai plus, » je savais bon gré à Jean de son silence.

Lui, de son côté, semblait éprouver la même hésitation, la même répugnance qui l'avait arrêté si longtemps au début de nos relations. Comme il avait reculé pendant des jours et des jours avant de me laisser regarder dans sa vie, de même il cherchait des prétextes pour ne point continuer ce voyage à travers les douleurs de son passé.

A cet égard, nous étions tous les deux complices. Si Jean craignait d'aviver en lui-même une plaie, moi je ne cherchais pas, tant s'en fallait, à réveiller des émotions qui laissaient en un coin de moi comme une meurtrissure.

Je n'aimais pas cette émotion qui m'entraînait avec d'importunes violences vers un lieu où il ne me plaisait point encore d'aller.

Mais je dois dire que plus je voulais oublier, mieux je me souvenais.

Une figure surtout, parmi celles que Jean avait

esquissées, hanlait mes heures de solitude et m'obsédait : ce jeune homme qu'on n'aimait pas assez dans la famille, parce qu'on le respectait trop, ce Charles, le « cafard » des frelonnols du lycée, le « jésuite » de la bonne Julienne, le « sage » de la maman et des chères sœurs.

Pour moi, ce bon garçon de François, le soldat, valait autant, je ne me le cache pas, mais alors pourquoi ce Charles rôdail-il sans cesse autour de ma pensée, tandis que le brave François me gênait si peu ?...

Pendant cette période, Jean m'entretint presque exclusivement du fameux « livre à faire » sur Tartufe.

Son idée était double ; il voyait deux Tartufes : un saint et un coquin, et cela nous ramenait à Charles, car il m'avait laissé entendre à diverses reprises que Charles avait été calomnié gravement, et insulté, et souftleté, sinon avec la main, du moins par la lourde atteinte du mensonge,

1G riEP. r,E BLOT.

— et qu'il avait tendu l'autre joue à l'outrage, la tète haute, les yeux baissés.

C'est terrible cela, et c'est conire nature, comme tout ce qui est surnaturel.

Il y avait là un héroïsme miraculeux ou une lâcheté sans nom.

J'avais peur d'en savoir plus long au sujet de cette histoire qui me repoussait par avance énergiquement, tant je la devinais éloignée de moi et supérieure à moi.

Un matin de printemps, un jeudi, Jean vint me dei^ander à déjeuner; il avait amené Bonif et Berlhe, parce que c'était jour de congé. Madeleine restait volontiers à la maison et ne venait jamais chez nous.

Je demeurais alors dans une charmante habitation, située au milieu d'un quartier affreux, rue Saint-Maur-Popincourt, non loin de l'église Saint-Ambroise.

C'était l'ancienne « petite maison » de M. de

i.i; i.ivi; i; A l'A nu:. n

Brcteuil, ambassadeur de France en Russie au commencement du règne de Louis XVI. 11 y avait tout alentour des usines et des ateliers, mais le jardin était magnilique et très-bien isolé. On pouvait causer là comme dans les champs ; Jean aimait ce jardin dont il avait retrouvé l'histoire dans les papiers de la paroisse Saint-Ambroise.

Pendant que Berthe et Bonif oubliaient de se battre, tant ils s'en donnaient à jouer avec mes enfants, Jean s'en donnait aussi, dissertant à perte de vue en prenant son café sous la tonnelle.

— Ne t'y trompe pas, me disait-il, le siècle prend un singulier chemin : nous allons entrer dans un courant littéraire catholique très-accentué par suile même de l'effort extravagant qui va être tenté pour anéantir le catholicisme. Non prœvalehunt ; ni les champions ni les champignons de la matière ne prévaudront, en définitive, puisque c'est la promesse de Dieu, nous le savons et peut-être qu'eux-mêmes ne l'ignorent point, mais il est dans l'ordre de Dieu et dans la

nature des choses qu'ils arrivent très-près du succès, qu'ils remportent même des victoires considérables en apparence et qu'ils aient leur jour où il soit permis à l'impie de monter sur les toits pour triompher à la face du soleil.

Cela doit être, cela sera; ils sont nombreux; ils sont innombrables; ils sont puissants par l'éloquence, par la science, puissants par le talent, quelques-uns même par le génie.

Il en est, et j'en connais, pour ma part, qui vont jusqu'à être puissants par la vertu, le mot étant pris dans son acception purement humaine.

J'aime et je respecte certains d'entreeux comme j'aurais respecté et aimé Socrate ou Platon.

De tout temps, le catholicisme a trouvé des défenseurs qui avaient toutes les qualités que je viens d'énumérer, et qui les avaient à un degré très-supérieur ; on rencontre de siècle en siècle les apologistes du catholicisme au premier rang des écrivains illustres, et la plume de ses grands évoques a toujours été d'or; mais si le catholi-

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cisme n'a jamais manqué de généraux glorieux, les soldats lui ont fait défaut parfois : certain genre de soldats, surtout, ceux qui dépassent la cavalerie en marchant à pied, au pas de course, ceux qui combattent des deux mains, ceux qui étonnent l'ennemi : les chasseursj les zouaves !

11 va falloir à la vérité des soldats, et précisément de ces soldats-là, parce que la bataille va se propager et s'étendre, et descendre dans l'arène même de la vie, au jour le jour. Tu verras cela avant qu'il soit longtemps.

Ce sera une mêlée, on devra combattre à toutes armes, comme dit le proverbe, depuis le canon jusqu'à l'épingle. Le jour viendra où les saints devront apprendre la gymnastique du sarcasme, l'escrime de la moquerie et jusqu'à cet art ignorantin de couper un pauvre diable de roman par petites « chiquettes » pour exaspérer l'appétit des vieux marmots qui se nourrissent de ces ragoûts-là.

Il faudra du monde, il en faudra beaucoup

l'IEI'.UI-: IJLUT.

autour et au-dessous du grand journaliste catholique qui est le premier de tous les journalistes. Il n'est pas séxil, je le fais bien, quoiqu'il ait la tète et les épaules au-dessus des autres; son état-major est beau et bon. Ce n'est, cependant, qu'un état-major, tandis que tout autour de l'impiété c'est une armée qui masse la cohue de ses bataillons.

Moi, j'aimerais bien mieux qu'on laissât la parole aux maîtres, mais cela ne sera pas possible en un siècle où les bègues ont la rage de prononcer des discours.

D'ailleurs l'auditoire du journal et même du livre s'est tellement accru, le niveau des curiosités gourmandes s'est tellement abaissé que les maîtres sentiront le besoin d'avoir derrière eux des gens qui ne soient pas maîtres, des gens sachant au moins un peu l'idiome des naifs et capables de causer couramment avec quinze cent mille abonnés d'un sou : chose malaisée.

Ces multitudes curieuses, auxquelles il faudra

LE LIVr.E A FAIRE. '.M

parler, ne manquent point d'inlelligence, au moins, ne crois pas que j'aie voulu dire cela. Au contraire elles sont exlraordinairement intelligentes. Le grand, le simple, le beau, les passionnent dans un pelit coin et pour un petit moment, mais elles veulent « s'amuser », et l'admiration n amuse pas.

Elles aiment en outre à se moquer de leurs amuseurs, à les mépriser amicalement, à leur taper sur le ventre en disant : « Est-il bête ! » pour se venger du sou qu'elles ont donné.

Les maîtres ne se prêtent pas assez à ces familiarités, il faut des serviteurs.

Je ne crois pas que les petits journaux catlioliques arrivent du premier coup à récolter un million de sous par jour, mais ils peuvent faire un bien considérable.

Si j'avais encore une voix dans la presse, je dirais à la petite presse du catholicisme : « Soyez la maison des maîtres, mais soyez la maison des jeunes. Cherchez les jeunes gens , attirez les

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j eunes gens ; les mâles ! les francs ! les hardis 1 Le Magnificat, c'est vrai, a jailli splendide et brûlant du cœur d'une femme, mais c'était la Vierge Marie, et tout le reste de l'Évangile est mâle.

« Rien n'est viril comme la pensée de Dieu!

« Fuyez le fade, le médiocre, le faux naïf, l'attifé, le douceâtre ; laissez Émérance à sa candeur âgée, un peu sujette à caution, quoiqu'elle soit en sucre d'orge, restituez Athénaïs à sa pommade austère, rendez la châtelaine de Vatenville aux journaux de couturières. Cela ne vaut rien pour vous.

«Des hommes, ô mes amis, des jeunes, des forts pour tenir haut et droit l'étendard de la croix qui est lourd à porter! »

Et je crois que j'aurais tout à fait raison de parler ainsi. Je vois dans cette croissante invasiitiijdes bleuets une menace pour la moisson littéraire.

Mais il y a des femmes fortes, diras-tu, dans

Tart comme dans la charité. Quels hommes sont plus grands que les filles de saint Vincent de Paul? Sainte Thérèse, sainte Gertrude, et tant d'autres ont fait entendre plus haut que les hommes la vraie langue de l'amour divin. C'e^ vrai, mais tu sais? Ici, nous ne parlons pas tout à fait de sainteté, quoique Émérance soit bonne personne. Nous parlons coton bleu.

Je vais aller plus loin que toi, si tu veux : il est bien certain que la femme est le cher et cordial élément de la piété dans les familles. Tous ou presque tous nous sommes chrétiens grâce à nos mères, et l'on ne peut entrer dans une église, n'importe laquelle, sans éprouver une émotion laite de reconnaissance et de tristesse, en voyant l'immense supériorité du nombre des femmes. Elles sont là cent femmes contre un homme, et que Dieu les en bénisse ! Mais bien peu parmi celles-là ont de l'encre aux doigts.

Et l'homme est à l'autel, et l'homme est dans la chaire.

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