M. Merleau-Ponty (L’æil et l'esprit
Nu à contre-jour ou l’eau de Cologne, détail.
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(qu’il veut rendre) ressentie devant un objet ou un spectacle et la présence (qu’il veut dominer) de cet objet ou de ce spectacle. Il s’agit d’avoir cette fameuse « défense devant l’objet » du Titien ou de Cézanne. Les Cubistes, pour sortir de ce dilemme, ont cherché à s’imposer une règle, basée sur les pouvoirs originels de la structure et du rythme pour glisser, comme l'écrit Jean Leymarie, « de l’attitude visuelle à une attitude intellectuelle et conceptuelle ». Bonnard cherche à réagir par lui-même. Chaque tableau l’entraîne dans une direction différente. Il guette l’imprévu, l’inhabituel, non par goût d’être original, plutôt par un esprit de résistance et d’opposition qui correspond bien à sa nature : sous une apparence désinvolte 1l est très volontaire. L’étude de nouveaux moyens d’expression, dans la couleur et la composition, ne l'empêche pas de rester fidèle à sa vision sensible de la vie. La femme chez lui demeure désirable, qu’il la montre en sa plénitude dans la clarté du jour ou sous la lumière dorée de la lampe.
Bonnard avait remarqué, dans les tableaux du xvirre siècle, l’association fréquente du bleu, du rouge et du blanc. (Que l’on songe simplement au petit « Bouquet de fleurs » de Chardin, à la National Gallery d’'Edimbourg, ou à son « Portrait à l’abat-jour », du Louvre.) Ce sont les couleurs qu’il fait jouer ensemble dans le « Nu à la lampe ». Ce qui frappe particulèrement dans le tableau de la même époque intitulé « La tarte aux cerises », c’est la tache noire, au centre de la composition, de ce chien dont on ne voit que le regard gourmand. Le peintre s’est en quelque sorte identifié au modèle tant il a su mettre d’intensité dans cette convoise. Cette faculté de métamorphose rappelle certaines particularités de l’art extrême-oriental; on connaît cette légende d’un artiste japonais
Nu à la lampe, vers 1908.
La tarte aux cerises, 1908.
George Besson, 1909. »
Levin