LES GRANDES COMPOSITIONS
2 À L’ Automne, 1913.
« Soyez sûrs que l'avenir s’apercevra qu’il y a, chez Bonnard, un ordre, un ordre profond, organique, poussant du dedans de l’homme. »
Élie Faure, 1920.
L’enthousiasme de Bonnard apparaît dans les trois panneaux « Méditerranée » exposés en mai 1911 chez Bernheim. La joie avec laquelle il accueille les impressions nouvelles révèle une fois encore sa spontanéité; ses couleurs sont franches, vives, toutes fraîches d’un nouvel éclat. L’incendie des Fauves, qu’il avait contemplé avec prudence, il va le rallumer à son tour. Comme ceux qui s’ordonnent sur le thème des « Saisons » ces panneaux forment une confrontation étonnante avec le mouvement qui les a précédés de quelques années, que poursuit Matisse dans son évolution. Sans doute certains accords de couleurs faisaient-ils présager ces effusions, de même que les recherches de mouvements devaient aboutir à « La Danse ». Mais tout ici est composé à la manière de jardins anciens, somptueux et familiers, remplis de personnages, d’enfants, d’animaux, échappés du parc du Grand-Lemps, des décorations effectuées auparavant pour Misia, ou des « Histoires Naturelles » de Jules Renard; rêves, histoires, légendes, célébration des belles saisons, ce sont bien là les « lumineuses Fables méditerranéennes » dont parle Focillon. Verts, roses, bleus, jaunes, toutes les notes claires chantent le renouveau, cependant que les gris et les teintes foncées ne jouent plus que le rôle d’accents.
Pour son animation, Montmartre est toujours le quartier de Paris que Bonnard préfère. Il loue un atelier, 22, rue Tourlaque. La place Clichy est toute proche, avec ses cafés, ses boutiques en plein vent, les camelots, les passants, les nouvelles voitures automobiles hautes encore sur leurs roues comme les fiacres. Il aime peindre aussi les quais, la Cité, les Tuileries, la place de la Concorde. À partir de 1912 il réside le plus souvent à Saint-