‹ Pierre BonnardChapitre 18 sur 48 · Lucie Cousturier (L’art décoratif, 20 décembre · texte numérisé non relu

Lucie Cousturier (L’art décoratif, 20 décembre

Jeune femme à la corbeille de fruits, 1912.

Le thé, 1917. h

mouvement, très évocateur. Ses paysages, peints désormais pour euxmêmes, demeurent animés de quelques figures; que ce soit dans la montagne ou dans un jardin, sur une longue étendue de sable au bord de l’océan, Bonnard songe comme Millet « à la présence de l’homme ». Le monde qu’il nous offre est un monde habité, par les plus humbles personnages souvent — quelques pêcheurs en barque, un bûcheron dans la plaine enneigée — par la femme presque toujours. Ses personnages apparaissent encore au premier plan — comme cette « Jeune fille à la corbeille de fruits » qui rappelle dans son allure sculpturale telles figures de Corot « austères, délicates et rêveuses » révélées à Paris au Salon d'Automne de 1909 — puis s’incorporent davantage au fond sur lequel ils se trouvent. Toute une série de portraits datent de cette époque, portraits de femmes — dont celui de Marthe commencé en 1917— ou de jeunes filles « à la toque », « au turban », « tête nue », parfois rassemblées pour le dessert ou pour « Le thé ». La lumière 1c1 entre par deux fenêtres donnant sur le jardin, et ses reflets sur la nappe ont peine à s’opposer à l’excitation apportée par le vert de la robe et le mauve du visage de l’une des jeunes femmes, par le bleu surtout de son chapeau. « Je me rappelle très bien ce chapeau outrageusement bleu mais très véridique », écrira un jour le peintre . Ces lignes formées par les fenêtres, ou par des portes, des stores, des pans de murs ou d’étoffes (qui apportent comme dans « L’Été en Normandie » ou dans la « Salle à manger de campagne » leur contrepoids aux couleurs) divisant le paysage, le découpant dans le tableau, agissent un peu à leur tour comme des miroirs : il y a

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