À Mme Hedy Hahnloser
Couple. Dessin au pinceau, vers 1920.
Paysage. Dessin au pinceau, vers 1920.
parfois une similitude entre l’impression produite par les eflets de glace
dans un intérieur et celle que donnent ces aperçus délimités de la nature. De grands panneaux décoratifs où marier toutes les disciplines, exécutés entre 1916 et 1920, achèvent ce cycle. Ce sont la « Pastorale », le « Paysage de ville », les « Monuments » et « Le Paradis ». Ainsi, chaque fois que sa fantaisie l’a entraîné trop loin, Bonnard revient à la rigueur, au dessin, que ce soit dans des illustrations de livres, ou dans des projets de décoration. Les panneaux décoratifs pour le salon de Misia, ceux de « La Danse », 104 de « La Méditerranée » ou des « Saisons », les grandes compositions de la
Le paradis, 1916-1920.
Nu devant la cheminée, 1919.
1gnotre, 1917
Nu accroupi dans la ba
collection Bernheim concentrent à la fois la science acquise durant quelques années, et devancent l’œuvre nouvelle, pour laquelle ils constituent une sorte de tremplin; ces compositions ne sont pas tant un retour à la nature et à l’objet qu’un effort vers la possession de son métier et l’affermissement de sa technique. Le temps entre dans son travail. « Pas moyen d'agir sur le temps, écrira-t-il un jour à George Besson; il faut que cela müûrisse comme une pomme. » « Voir le motif une seule fois. ou mille. »
« Le Paradis » exprime surtout l’émerveillement de Bonnard devant l’univers; la sève qui y circule montre bien que d’autres floraisons suivront, que cet émerveillement ne le quittera plus. Eve est allongée sur la terre chaude parmi les verdures; son corps offre une plénitude nouvelle, celle de ces nus observés moins maintenant pour la grâce ou le naturel du mouvement que pour leur pure beauté plastique, émouvants dans leurs seules proportions, très inscrits dans le tableau. Ainsi le « Nu accroupi dans une baignoire », de 1917 : la femme apparaît dans une composition verticale; penchée en avant dans l’attitude du coureur prêt à bondir, elle est comme tendue vers cette eau dont elle aime baigner son corps. Ses bras se rejoignent sur son genou levé, l’une de ses mains jouant avec l’eau qu’elle fait tomber en pluie. Toutes les lignes se répondent — lignes du dos et de la jambe vers la gauche, lignes des bras et des rebords de la baignoire vers la droite — et se rejoignent, soulignées d’ombres et de lumières dorées, dans cet unique trait en hauteur qui divise les parois du mur au fond de la salle de bain. Le « Nu devant la cheminée » du Kunstmuseum de Winterthur, est inscrit lui aussi verticalement dans le tableau. Le modèle, debout, se tient sur la jambe gauche, l’autre appuyée sur le bord d’un divan; des reflets bleus
L’enlèvement d'Europe, 1919.
provenant d’un dessus de lit et renvoyés par une glace inondent le corps d’irisations portées au mauve par la présence d’un tapis rouge. La lumière, diffuse, nacrée, glisse le long du dos et sur la jambe droite dont elle suit la longue inclinaison.
Bonnard montre dans son art une vigueur renouvelée. Il peut entreprendre un sujet comme « L’enlèvement d'Europe » : le vent souffle sur une mer blanchie d’écume; le taureau qui va enlever la fille du roi de Phénicie est rivé à la terre comme le rocher dont il semble détaché; l’argument disparaît dans la peinture... Libre à nouveau, le voici maître de soi : il a donné son rythme au chant de la couleur.
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