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«Et tel qu’en autruy je me découvre moi-même. »
Maurice Scève.
Pierre Bonnard est né à Fontenay-aux-Roses le 3 octobre 1867. Moins active qu’au temps des rois la culture des roses se pratiquait encore dans ce village où déjà l’on accédait facilement par le chemin de fer d'Orsay. Son père, Eugène Bonnard, fonctionnaire au Ministère de la Guerre et grand amateur de jardins, avait choisi d’y demeurer. L’été ramenait la famille au Grand-Lemps, dans le Dauphiné, province natale des Bonnard : Pierre peindra souvent, plus tard, la maison du Clos — où il jouait avec Charles son frère aîné et Andrée sa sœur cadette — le verger, les prés et les vignes alentour. Le Dauphiné est un pays très divers. Petits vallons, lacs profonds, sombres forêts de sapins peuplées de grottes et de cascades y alternent avec des plaines d’une incandescente clarté. Tout jeune Bonnard aimait déjà les excursions dans la montagne, au bord des torrents; dans cette nature « à la beauté parfois étrange », il goûtera, adolescent, la sensation de la solitude et de la pureté. Dauphinois par son père, il était alsacien par sa mère, Elizabeth Mertzdorff; à ces origines il devra certains traits de son caractère, sa réserve et son goût farouche de l’indépendance.
A l’âge de l’école ses parents le mettent en pension à Vanves; il poursuivra ses études aux lycées Louis-le-Grand et Charlemagne. Très bon élève, aimant les lettres et se passionnant pour la philosophie, il obtient rapidement son baccalauréat. Cependant il dessinait aussi et peignait avec un grand plaisir; une petite aquarelle de la Seine à Paris, dans des coloris très tendres, révèle la finesse de sa vision... S’il devient étudiant à la Faculté de Droit pour suivre le désir de son père, il s’inscrit en même temps à l’Académie Julian. Il y rencontre Paul Sérusier, qui est le massier de son atelier, Maurice Denis, Henri-Gabriel Ibels, Paul Ranson, et pré-
fiche France-Champagne, 1891.
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Vers 1890.
Dans les environs du Grand-Lemps, vers 1885.
pare l’examen d’entrée à l’École des Beaux-Arts où il passera un an. Il se rend tout de même au Quartier Latin, et dessine le soir de souvenir les jolis visages aperçus dans l’omnibus qui le ramène rue de Parme, où il habite chez sa grand-mère. Il réussit à passer sa licence. De retour au Grand-Lemps pour les vacances il fait un charmant portrait de sa jeune sœur et peint de menus paysages tout imprégnés de cette lumière du Dauphiné qui ravissait Jongkind. Ces petites toiles nous montrent les maisons du bourg et les châteaux des environs, Virieu, le lac de Paladru, les montagnes dans le lointain et le bec de l’Échaillon. Plus larges que hautes elles font songer à Corot par le jeu et l'harmonie des valeurs — cette perception très sensible, la notation très fine des ombres et des lumières — par le sentiment aussi : une sorte d’humilité, de fraîcheur tout ingénue devant le spectacle de la nature.
A la rentrée, Sérusier qui revient de Pont-Aven lui montre ainsi qu’à Denis, Ibels et Ranson un petit paysage peint sous la dictée de Gauguin, « paysage informe à force d’être synthétiquement formulé en violet, vermillon, vert Véronèse et autres couleurs pures telles qu’elles sortaient du tube, presque sans mélange de blanc’ ». Cette petite huile montrée peu après