Maurice Denis
Le perdreau, 1889.
Paysage du Dauphiné, vers 1888. »
à Édouard Vuillard et à Xavier Roussel, élèves de l’École des Beaux-Arts, va devenir le témoin, le « talisman » de la doctrine nouvelle. Il s’agit dans l'esprit de Gauguin de ne garder du motif que l’essentiel; de substituer à la représentation de la nature l'interprétation d’une idée, de remplacer l’image par le symbole. Il faut exalter la couleur pure, et simplifier la forme dans un trait qui en accentue le caractère. L’opposition semble complète avec l’impressionnisme, fidèle à la nature, à toutes les nuances de la lumière, à une représentation classique de la perspective, dont les jeunes peintres reconnaissent pourtant toute la valeur mais dont il faut craindre les délectations. Elle est surtout complète avec le pauvre réalisme des professeurs. C’est pourquoi le message de Gauguin revêt une telle importance. Il leur apprend à regarder par eux-mêmes, les exhorte à suivre leur propre émotion et à la transcrire aussi sincèrement, aussi fidèlement que possible. Il veut établir pour eux comme pour lui-même « le droit de tout oser ». Nous sommes en novembre 1888 : Maurice Denis a tout juste dix-huit ans, Bonnard vingt et un, Sérusier, le plus âgé, vingt-cinq. Il faut insister sur cette rencontre de très jeunes artistes, intelligents et cultivés. Ensemble ils admirent le monde imaginaire d’Odilon Redon, l’idéalisme de Gustave Moreau, la simplicité ornementale des fresques de Puvis de Cha-
Le château de Virieu, en Dauphiné, vers 1888.
vannes. Dans l’échange des idées et des travaux chacun découvre sa propre personnalité. La tendance nouvelle aussi sera plus facile à imposer si l’on est plusieurs à la défendre : Sérusier, qui a le goût de l’ordre et se plaît aux théories et aux systèmes, décide la formation d’un groupe; ce sera les « Nabis » — ou prophètes en hébreu — chargés d’annoncer au monde le nouvel évangile de la peinture.
Bonnard se méfie un peu des enthousiasmes et des tentations de l’intelligence; il résiste d’abord à ces formules trop affirmées et leur oppose volontiers des paradoxes. Mais l'Exposition du café Volpini en juin 1889 est étonnante; il y à là entre des tableaux d’Émile Bernard, d’Anquetin, de Schuffenecker, dix-sept toiles de Gauguin, paysages de Bretagne, d’Arles et de la Martinique, œuvres de couleurs vives cernées d’un trait volontaire, dont l’aspect décoratif évoque les fresques des Primitifs. « Au lieu de fenêtres ouvertes sur la nature, comme les tableaux des impressionnistes, c’étaient des surfaces lourdement décoratives, puissamment coloriées et cernées d’un trait brutal, cloisonnées, car on parlait aussi, à ce propos, de cloisonnisme, et encore de Japonisme. Nous retrouvions, dans ces œuvres insolites, l'influence de l’estampe japonaise, de l'image d’Épinal, de la peinture d’enseigne, de la stylisation romane’. » Il demeure impressionné et peint quelques mois plus tard, au retour d’une période militaire, une petite toile qui est un jeu de bleus et de rouges vifs — les couleurs des uniformes — cernés de bistres, et s’enlevant sur un fond vert et Gricet « L’Exercice », plein d'humour, où il semble s’être amusé aussi au maniement