‹ Pierre BonnardChapitre 24 sur 48 · PSE ET : # # STS le mo Re · texte numérisé non relu

PSE ET : # # STS le mo Re

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Deauville, 1937. Au mur d’une chambre, un Nu dans le bain en cours de travail.

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Nu dans le bain du Petit Palais, 1937.

de toutes autres possibilités d'expression. Il se plut à opposer devant elle la sobriété des gravures japonaises au dessin compliqué du papier peint de sa chambre, sur lequel il les avait fixées : « C’est très amusant devant le dessin de ce papier avec ses ombres et ses reliefs de comparer la manière occidentale avec celle de l’Orient, caractérisée par des surfaces nues et décoratives. » Transportant toujours ses toiles avec lui, il travaillait alors à un « Nu dans le bain ». « Je n’oserai plus m’engager dans un motif si difficile. Je n'arrive pas à faire ressortir ce que je veux. J’y suis déjà depuis six mois, et j'ai du travail pour plusieurs mois encore. » L'évolution de ses nus est très révélatrice : de « L’indolente » — toute volupté — au « Nu à contre-jour » de Bruxelles — caressé de soleil et de tendresse —

puis au « Nu devant la cheminée » de Winterthur — expression de beauté plastique — le peintre semble se détacher du modèle pour se rapprocher de la peinture; le « Nu dans le bain » du Petit Palais est avant tout un magnifique tableau où l’on sent « la présence dominatrice du peintre luimême ». Les couleurs et les reflets élèvent cette longue femme à on ne sait quelle dignité de princesse lointaine. L’allongement du corps est rompu par des pans verticaux de lumière qui tombent comme de fines étoffes; l’or, le jaune, le bleu et le mauve viennent se fondre dans l’eau. Deux ombres rouges, au premier plan, jouent parmi les faïences; un coin de tapis blanc éclaire la baignoire qui disparaît dans les reflets. Le drame entre la forme et la couleur se résout dans la lumière. La richesse de cette toile est d’autant plus surprenante qu’à la regarder attentivement la touche y apparaît très fine et très égale; l’huile, ici, est légère comme l’aquarelle.

L’aquarelle, cependant, il ne lutilise toujours qu'avec beaucoup de gouache. « La technique de aquarelle m'irrite; on cherche à faire paraître le papier blanc pour que l’effet de lumière soit atteint. C’est 1llogique à mon sens. D’ailleurs je travaille si lentement qu’il me faut employer des matériaux avec lesquels je puisse constamment apporter des changements, ajouter quelque chose de nouveau. » Ses petites vues de Trouville et de Deauville sont d’une grande délicatesse; le dessin sans ombre, la couleur vient s’y ajouter avec cette liberté et cette précision dont Palliance est si rare; on sent le sable et l’eau, on respire l’air marin à regarder ces notations très fines. La gouache, posée comme du givre, ne donne que plus de transparence à l’aquarelle; il la traite souvent comme l’huile— notamment dans ce « Panier de fruits» sur fond rouge d’une surprenante densité. Projets ou esquisses

Paysage. Mine de plomb ;, vers 1930.

À Deauville, 1937.

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Panier de fruits. Gouache, vers 1935.

Palettes et pinceaux, avec une assiette de fruits.

Deauville, 1937.

Le bateau jaune, 1938. »

de tableaux, les gouaches de Bonnard sont faites aussi pour elles-mêmes, et il leur donne autant d’importance qu’à ses toiles. Après avoir pris de rapides croquis — « aussitôt que je trouve un éclairage, un paysage, une atmosphère qui me saisit » — et les avoir munis parfois d’annotations — croix et points — sur les couleurs, il revient peindre à l’atelier. S’il s’agit d’une huile, les grandes lignes de la composition sont jetées rapidement au fusain, puis viennent les premiers accords, toujours plus lents; « la couleur a une logique aussi sévère que la forme ». Il procède par petites touches, s'éloigne pour juger de l’effet obtenu; souvent même il détache la toile du mur pour la coucher sur le sol, la transporter à différentes lumières, afin de mieux saisir les rapports de couleurs, les défauts à corriger : 1l n’est que rarement satisfait, et reprend ses travaux à des années parfois d’intervalle. Ses scrupules rejoignent ceux d’un artisan consciencieux, et 1l note dans son carnet, avec humour à la fois et respect, qu’un peintre en bâtiments lui dit un jour : « Monsieur, la première couche en peinture, cela va toujours; je vous attends à la seconde... » Le rappel de ce mot, le fait de l'avoir noté montre sa curiosité incessante, et son attention aux autres. [l implique son dédain des grandes phrases et des idées toutes faites. « On se repent toujours d’avoir sur l'art des pensers lapidaires. » « C’est bon d’enfourcher un dada, mais ne pas croire que ce soit Pégase. » Depuis ses premières toiles il n’a cessé d'évoluer, non sans hésitation parfois, mais toujours dans une technique différente et vers l’approfondissement intérieur. Une phrase prononcée devant Madame Hedy Hahnloser appuie ce qu’il avait confié déjà à Pierre Courthion : « Quand on est jeune on s’enthousiasme pour un

Paysage méditerranéen, vers 1935-1940.

Paysage. Mine de plomb, vers 1930.

endroit, pour un motif, pour la chose de rencontre. C’est cet émerveillement qui fait peindre. Plus tard on travaille autrement, guidé par le besoin d'exprimer un sentiment, on choisit alors un point de départ mieux en rapport avec ses propres capacités. »

Les ombres dorées, orangées, les taches de jaune se retrouvent dans toutes ses peintures, autour du « Bateau jaune » comme sur les façades des maisons ou dans le ciel du « Port de Trouville ». On remarque ici quelques accords de rouge, de violet et de bleu repris dans ce « Paysage méditerranéen » qui annonce avec ses mélanges de verts et de roses travaillés de blancs sa dernière facture. On voit ses dessins et ses gouaches chez Jacques Rodrigues-Henriques, rue Bonaparte. Il expose aussi à Londres et à Stockholm, à Bruxelles et à Amsterdam, aux États-Unis, où il a obtenu en 1936 le deuxième prix Carnegie. Charles Kunstler note que « cet homme qui approche de sa soixante-dixième année et qui commence à peine à grisonner a conservé la silhouette et le visage d’un quadragénaire. Il est mince et souple, et derrière ses lunettes à branches d’argent, son œil d’un brun doré a gardé toute la vivacité ingénue du jeune âge ».

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