Maurice Denis
L’exercice, 1890.
a vie du peintre. Crayon et plume, touches de lavis. Vers 1910. nfant, garçonnet, élève à Louis-le-Grand. | ‘Académie Julian. Devant le modèle, au premier plan, Bonnard. \ sa gauche, Sérusier. Debout, en noir, Vallotton.
oussel, Vuillard, Bonnard, place Clichv.
Jevant le Moulin Rouge, Toulouse-Lautrec
t son cousin T'apié de Celeyran, Maurice Denis.
\ la campagne, vers 1898. »
des tons purs, mais qui n’en révèle pas moins sa première adhésion aux tentatives nouvelles.
Le goût en cette fin de siècle est à l’ornement, à la beauté recherchée de chaque objet. Coupes en forme de coquillages, vases en forme de calebasses, chandeliers en tiges, lustres en bouquets, les lignes fines ou enflées s’inspirent du décor végétal. Ce ne sont partout que fleurs et feuilles de cristal ou d’acier soumises à la chaleur d’un gigantesque incendie; on assiste à une sorte de résurgence du baroque appliquée aux matériaux nouveaux. C’est aussi influence du style préraphaélite anglais; le tableau de chevalet et la statue ne suffisent plus, il faut intégrer l’art à la vie. Les Nabis sont sensibles à cet aspect social de la fonction de l’art : « Notre génération a toujours cherché les rapports de l’art avec la vie », dira Bonnard lui-même. « À cette époque j'avais personnellement l’idée d’une production populaire et d'application usuelle : gravures, meubles, éventails, paravents, etc. » La première œuvre qu’il vend, en 1880, est un projet d’affiche pour la marque France-Champagne. Décor de la rue, tableau fixé à la façade des maisons, l'affiche doit être lisible, simple, frappante; elle concentre le style d’une époque et en suggère plus tard l’esprit comme une page de roman. Celle de Bonnard nous rappelle ce goût des années 1900 pour les lignes dansantes et les volutes. On y voit une jeune femme; elle tient d’une main une coupe de champagne dont la mousse déborde, de l’autre un éventail replié qui souligne d’un trait les lettres de France-Champagne. Sa chevelure et sa gorge opulente font penser aux dessins de Jules Chéret; mais la mise en page est nouvelle, on n’aperçoit du modèle que la tête et le haut du corps, l’allongement du bras désigne la coupe dont la mousse suggestive envahit 25
toute l’image. Aux caractères d’imprimerie s’opposent les lettres dessinées au pinceau avec la plus grande fantaisie : très remarquée à son apparition sur les murs en 1891 cette affiche étonnera Toulouse-Lautrec. Pour lors elle rapporte à Bonnard cent francs; à cette nouvelle, lui écrit sa mère, son père ravi a dansé dans le jardin. Fort de ce succès et malgré son échec au concours de Rome — dont le sujet était cependant « Le triomphe de Mardochée » — il décide de se consacrer uniquement à la peinture et loue son premier atelier rue Le Chapelais, aux Batignolles.
Avec ses amis il parcourt les musées et les expositions; Théo Van Gogh leur montre chez Goupil les œuvres de son frère Vincent, qu’ils peuvent voir encore dans la boutique du père Tanguy, rue Clauzel, ainsi que celles de Cézanne; ils admirent Manet et Degas. Bonnard est attiré aussi par de très modestes images venues du Japon, qu’on pouvait se procurer dans les Grands Magasins. « C’est là que je trouvais pour un ou deux sous des crêpons ou des papiers de riz froissés aux couleurs étonnantes, dira-t-il un jour à Gaston Diehl. Je remplis les murs de ma chambre de cette imagerie naïve et criarde. Gauguin, Sérusier se référèrent en fait au passé. Mais là ce que j'avais devant moi c'était quelque chose de bien vivant, d’extrêmement savant. » Au contact de ces images populaires il comprit « qu’il était possible de traduire lumière, formes et caractère rien qu'avec la couleur, sans faire appel aux valeurs ». Déjà Manet et Degas avaient trouvé chez les Japonais des idées nouvelles, cette opposition franche des couleurs sombres et claires, l’asymétrie de la mise en page; peut-être ont-ils appris à leur contact à choisir comme prétexte tous les aspects de «la vie qui passe », de l'animation de la rue à l’imprévu d’un geste; Bonnard est frappé immédiatement par cet étrange