‹ Pierre BonnardChapitre 7 sur 48 · LE · texte numérisé non relu

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« Ce que j'aime en peinture, c’est quand ça a l’air éternel. mais sans le dire : une éternité de tous les jours saisie au coin de la prochaine rue. »

Renoir.

Paris en ces années 1890 semble vivre un peu dans une atmosphère de fête. La richesse nouvelle n’est pas là pour tout le monde et lexistence n’est pas toujours facile mais on veut l’oublier; l'Exposition Universelle de 1889 — dont la Tour Eiffel est la reine — a été organisée à la fois pour célébrer le centième anniversaire de la Révolution et pour se consoler du désastre de 1870. La mode pour les femmes est de porter haut la poitrine sous des corsages ouvragés et leur taille est toute fine au-dessus des jupes évasées qui tombent jusqu’à terre; elles couvrent leur tête de chapeaux à plumes ou à fleurs et sont chaussées de bottines sur lesquelles joue la frange de leurs dessous clairs. Les hommes portent le melon, veston serré et gilet étroit; les élégants sont coiffés d’un haut-de-forme, mettent d’étroits pantalons rayés ou à carreaux, revêtent jaquettes et redingotes. Les ouvriers, un fichu autour du cou, conservent la blouse paysanne comme les artisans de la rue; on aperçoit le vitrier, le peintre, le charpentier dans son large pantalon bleu, et le rempailleur de chaises, le raccommodeur de faïence, la petite blanchisseuse de fin son panier carré sous le bras. On entend les appels des marchands, l’orgue de Barbarie, partout sur le pavé les sabots des chevaux; les cochers font claquer leur fouet au départ de lomnibus bondé jusque sur limpériale.

Montmartre garde un charme champêtre et possède encore son maquis, « ensemble de petites maisonnettes et de masures en bois au milieu des lilas, des seringas, des cabanes à poules et à lapins, des palissades et des foins : ». Toulouse-Lautrec a son atelier près de là dans une maison qui

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