‹ Pierre BonnardChapitre 9 sur 48 · Gustave Geffroy · texte numérisé non relu

Gustave Geffroy

Le pont.

Lithographie pour < « Quelques aspects

de la vie de Paris »,

L’Arc de triomphe.

Lithographie pour « Quelques aspects de la vie de Paris »,

On comprend que les Impressionnistes, alors qu’ils suivent de près la nature et captent toutes les vibrations colorées de la lumière, ne soient pas gagnés à ces tons assourdis et à ces formes accentuées; Bonnard semble aller à contre-courant. Il poursuit surtout une autre idée, celle d’une peinture beaucoup plus subjective que la leur, et introduit dans les « Scènes de rue » — où eux ne voient que des paysages — toute une analyse psychologique qui fait de ces scènes de véritables portraits. C’est à son intuition surtout qu’il entend se fier, comme Vuillard, qui partage son besoin d’indépendance. Ainsi, avec Roussel, sont-ils même un peu à part dans le groupe des Nabis.

Ils demeurent très unis cependant à leurs camarades, à Toulouse- Lautrec qui tente de vendre leurs toiles aux marchands comme Lugné- Poe le fait auprès des gens de théâtre, à Vallotton, qui les fait connaître en Suisse. « C'était une joie que leur amitié, dit Octave Mirbeau, et en même temps qu’une Joie un profit. Pour moi jy ai beaucoup appris, même dans les choses de mon métier. Ils m’ont ouvert un monde qui jusqu’à eux m'était en quelque sorte fermé ou obscur. Et ils ont ajouté au goût que j'ai de la vie, au goût que j'ai de me plaire à la vie, des raisons plus valables, plus saines et plus hautes. » Francis Jourdain a témoigné aussi de leur simplicité et de leur modestie. Ces qualités accompagnent bien leurs préoccupations artisanales. [ls dessinent tous des projets de meubles et de vitraux, des paravents; Aristide Maillol, dont ils ont fait la connaissance par leur ami hongrois Rippl-Ronaï, s'intéresse avec Paul Ranson à la tapisserie. Il y a dans ces tentatives parallèles aux recherches de l’Art Nouveau — mouvement qui concentre les aspirations décoratives de la fin du siècle — le désir

Rue à Eragny, vers 1894.

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La vie du peintre.

Répétition au théâtre de Œuvre.

Debout, Lugné-Poe. Assise, Suzanne Després.

Les bureaux de la Revue Blanche.

Au premier plan, Octave Mirbeau converse avec Henri de Régnier. Au second plan, Félix Fénéon penché sur sa table;

à droite, Alexandre et Thadée Natanson, directeurs de la Revue. Au troisième plan, de profil, Jules Renard.

A gauche, Misia Natanson apparaît.

Un aspect de Paris, vu de l'atelier du peintre.

non seulement d’intégrer l’art à la vie mais aussi de « formuler une esthétique valable pour toutes les formes d’art et pour tous les pays * ». Ainsi les Nabis participent-ils à toutes les activités, dans tous les domaines. Ils collaborent à la Revue Blanche, pour laquelle Thadée Natanson leur commande bois gravés, dessins, lithographies et affiches. Cette revue littéraire d'avant-garde réunira les noms de Mallarmé, Verlaine, Claudel, Gide, Oscar Wilde, Tristan Bernard, entre autres, et accueillera les premiers essais de Léon Blum, Marcel Proust, Guillaume Apollinaire; écrivains et artistes s’y rencontrent autour de la « rayonnante et sibylline » Misia, femme de Thadée Natanson. Maurice Denis illustre «le Voyage d’Urien », de Gide, et Bonnard « Marie », de Peter Nansen. Pour ses Albums des Peintres graveurs édités en 1896 et 1897 Ambroise Vollard demande des estampes en couleurs à Toulouse-Lautrec, Vuillard, Maurice Denis et Bonnard, qui lui donne notamment son émouvante « Petite blanchisseuse ». Les expériences nouvelles du théâtre les passionnent. Ibels compose des lithographies pour les programmes du Théâtre Libre d'André Antoine. Tous ils créent des décors et costumes pour le Théâtre d’Art de Paul Fort. À la Maison de l'Œuvre, qu’il a fondée, Lugné-Poe monte « Pelléas et Mélisande », de Maeterlinck, dans les décors de Vuillard, et des pièces de Bjornson, Ibsen, Strindberg. En décembre 1896, c’est « Ubu roi », d'Alfred Jarry, avec la musique de Claude Terrasse, les décors de Bonnard et Sérusier. Bonnard modèle aussi des marionnettes pour le Théâtre des Pantins, installé par son beau-frère dans son appartement de la rue Ballu, en compagnie

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