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[suLrR] PIERRE BOUCHER ET SON LIVRE 139
ils font plus gros que tous les autres: la peau en eft tres-belle, & les Sauuages s'en feruent à faire des robes: cét animal eft joly & curieux ; mais il ne s'en trouue que duns le pays des Troquois.
Apres cela, nous purlerons des animaux Amphibivs, qui viuent & dans l'eau & fur terre, comme Caftor, outre, & Rat mufqué.
Le Caftor ou Biévre eft vn animal qui a les jambes fort courtes, vit dans l'eau & fur terre : il a vne grande queuë platte, dont la peau eft en façon d’écaille : vous fçauez que le poil fert à faire des chapeaux, & c'eft le grand traffic de ce Pays-icy.
Ces animaux multiplient beaucoup, la chair en eft delicate comme celle du mouton ; les tefticules font recherchez par les Apoticaires. Cét animal tout groffier qu'il eft, a vne merueilleufe induftrie, non feulement à fe loger dans l’eau & dans terre, mais fur tout à baftir des digues: car ils ont l’adreffe d'arrefter de petites riuicres, & de faire des chaufsées que l’eau ne peut rompre, & font par ee rnoven noyer vn grand Pays, qui leur fert d’Eftäg pour fe jouër, & pour v faire leur demeure. Les Sauuages qui vont à la chaffe, ont toutes les peines du monde à rompre ces digues. Les Caftors qui font du cofté du Nort valent bien mieux, & le poil en eft plus excellent que de ceux du cofté du Sud.
Pour les Loutres, ils fe trouuent d'ordinaire dans les lacs ; il v en a quelques-vns qui ont la peau affez belle.
Le Rat mufqué eft vn animal qui vit dans l'eau. & qui eft affeurément eftimé pour les tefticules, qui fentent le mufe pendant deux mois, qui eft le temps qu'il font en chaleur, fçauoir Auril & May : leur peau reffemble à celle d'vn Lapin. tant par la couleur que pour la grandeur; la chair en eft bonne.
Il y à auffi des Belettes, Mulots, Taupes, & Souris : Voila pour ce qui eft des animaux du Pays. Voicy le nom de ceux que lon amene de France, des Boeuts & des Vaches : les boeufs feruent à labourer la terre, & à traîner du bois l'Hyuer fur les neiges. Des cochons en grand nombre : des Moutons il y en à peu: des Chiens. des Chats, & des Rats. Voila les animaux que l'on nous à amené de France, qui font bonne fin en ce Pays-icy.
Apres auoir parlé de tous les animaux qui font dans le Pays. difons vn mot des Reptiles qui s’y trouuent.
Il s’y void des Couleuures de plufieurs fortes : il + en a qui ont la peau émaillé de blanc & de noir; d'autres de jaune et de verd: elles ne font pas malfaifantes, du moins on ne s'en eft pas encore apperceu: les plus longues font enuiron d’vn aulne ; mais il y en a peu de fi longues. Plus on va en haut, plus il y en a,
Dans le pays des Froquois, il; en a d’vne autre forte qu'on appelle des Couleuures à fonnettes : celles Ià font dongereutes, elles mordent quelquesfois les Sauuages, qui en mourroient en peu de temps, n'eftoit la connoiffance d’une herbe qu'ils ont, laquelle croift en ce pays, qui eftant appliquée fur la bleffure en forme ce cataplafme, en tire tout le venin.
I y a des Lezards et autres petits animaux femblables : des Crapaux ; muis ie n'en ay iamais veu de fi gros en France,
[1 y a des Crrenoüilles de plufieurs fortes; j'en ay vu de trois, fçauoir les vnes auffi groffe que le pied d'vn cheual, qui font vertes, & fe trouuent fur le bord du grand Fleuve ; elles meuglent le foir comme vn Bœuf, & plufieurs de nos nouueaux venus y ont efté trompez, croyans entendre des Vaches fauuages : ils ne le vouloient pas croire quand 0: leur difoit que c'eftoit des grenoüilles, on les entend d'vne grande lieuë. Les Sauuages, Hurons, les mangent et disent qu'elles font fort bonnes.
Il y en a d'autres femblables à celles de France, & c'eft de celles-là qu'il y en a plus grand nombre.
l'en ay veu d'vne troifiéme forte, qui font toutes comme les grenoüilles communes, finon qu'elles ont vne queuë: je n’ay iamais veu de celles-Jà qu'en un seul endroit, le long d’vae petite riuiere ; mais j'en vis
plus d'un cent.
Noms des Oyfeaux qui fe voyent en la
Nouuelle-France. Chapitre VE
En vous mettant le nom des oyfeaux qui font dans ce Pais, ie ne vous parleray point de ceux qui fe rencontrent à l'entrée du Golfe, comme Cormorans. Tangueux, Fauquets, Poules d'eau, Grifeaux, & une infinité d'autres, qui font pluftoft oyfeaux de mer que de terre : mais ie vous nommeray feulement ceux qui font proche de nous, & que l'on tuë tous les iours, comme Cygnes, Outardes, Brenefches, Oyes fauuages, Gruës, Canards, Cercelles, Plongeons de plus de dix fortes, Huarts, Butors, Herons, Becatfes, Becatfines, Cheualiers, Pluuiers. Piroüys, Alloüettes de mer: eur il n'y en à point des champs. Tous les noms cy-deffus font oyfeaux de riuieres ; veu que s'ils ne se trouuent dedans, ils fe trouuent le long des bords.
Tout ce Pays eft remply de ce Gibier dans la faifon, qui eft le Printemps & l'Automne.
Comme Loutarde n'est pas vn oyfeau commun en France, j'en feray vne petite defcription, à caufe que c’eft le Gibier de riuiere le plus commun d'icy : elle eft faite toute comme vne Oye grize, mais beaucoup plus grotfe. elle n'a pas la chair fi delicate que celle des Oyes que nous voyons iey en Canada ; qui en paffant font toutes blanches, à la refcrue du bout des ailes & de la queuë quieft noire : eur pour la chair des oyes de France. il s'en faut beaucoup qu'elles approchent du gouft de celuy de nos outardes,
Le nom des autres oyfeaux font, l'Aigle, le Cocq-d'Inde, des Oy faux de proye font plus de quinze fortes, dont ie ne fçay pas les noms, finon de l'Eperuier & de l'Emerillon.
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La femelle de l'Aigle a Nonnette.
Pour le Cocq-d'Inde fauuage, il ne s'en trouve point ny à Quebec, ny aux trois-Riuieres, ny à Monreal : ! mais dans le pays des [roquois, & dans le Pays où demeuroient autresfois les Iurons, il y en a des quantitez, & dont la chair eft bien plus delicate, que des Cocqs-d'Inde domeftiques.
Il y a trois fortes de Perdrix ; les vnes font blanches, & elles ne fe trouuent que l'Hyuer, elles ont de la plume jufques fur les argots, elles font fort belles, & plus groffes que celles de France, la chair en eft delicate. Il y à d'autres Perdrix qui font toutes noires, qui ont des yeux
la tefte & la queuë blanche, on l'appelle
rouges : elles font plus petites que celles de France, la chair n'en eft pas fi bonne à manger; mais c'eft un bel oyfeau, & elles ne font pas bien communes.
I ya auffi des Perdrix grifes, qui font grotfes comme des poules : celles-là font fort communes & bien-ais£., à tuer; car elles ne s'enfuyent quasi pas du monde: la chair eft :xtremément blanche & feiche.
Il y a d'vne autre forte d'oyfeaux, qui fe nomment Tourtes ou Tourterelles, (comme vous voudrez :) elles font presque groffes comme des pigeons, & d’vn plumage cendré: les mafles ont la gorge rouge, & font d'vn excellent gouft, 11 y en a des quantitez prodigieufes : l'on en tuë des quarante & quarante-cinq d’un coup de fufil: ce n'eft pas que cela fe faffe d'ordinaire ; mais pour en tuer huit, dix ou douze, cela eft commun ; elles viennent d'ordinaire au mois de May, & s'en retournent au mois de Septembre; il s'en trouue vniuerfellement par tout ce Pays-cv. Les Iroquois les prennent à la pafsée auec des rets ; ils en prennent quelquesfois des trois et quatre cens d'vn coup.
IL y a auffi grand nombre d'Etourneaux qui s'abandent en Septembre & Octobre: quantité de Griues, Merles, Horlotans, & vn nombre infiny d'autres petits oyfeaux dont ie ne feay pas les noms,
I 'yades Hirondelles, Martinets, (Geays, Pies, mais elles ne font pas comme celles de France : eur elles font cendrées & mal-bâties,
Il fe void des Hibous & Chats-huauns : des Corbeaux & Corneilles, des Piuerts, & autres fortes que l’on appelle Picquebois: de petits oyfeaux qui font tout rouges comme du feu: d'autres font rouges & noirs: d'autres font tout jaunes, & d’autres tout bleus.
Les Oyfeaux mouches, qui font les plus petits de tous, font quafi tout verds, à la referue des mafles qui ont la gorge rouge.
Les oyfeaux qu'on a apporté de France, font Poules, Poules-d’Indes, & des Pigeon.
1 C'est la seule fois que Boucher met Monreal ou lieu de Mont-Royal.
Noms des Poitfons qui fe trouuent dans le grand Fleuue $. Laurens, &
dans les lacs & riuicres qui descendent, dont nous auons connoifraince, Chapitre VIX.
A l'entrée du Fleuue, il sy void des Baleneaux, & l'on dit mefme qu'il y a de groffes uleines.
[y a quantité cle Moluës, & l'on en pefche jufques à dix lieues de Tadouffac.
Depuis à jufques au Mont-Royal, fe trouve grande quantité de Marfoins blancs, propres à faire de l'huile, fi on les pouuoit attraper. On en void des quantitez admirables, depuis Tadouffac jufques à Quebec, qui bondiffent fur la riuiere. Ils font extremément grands & gros : & l'on peut efperer du moins vne barique d'huile de chacun, ainfi qu'on à CXperimenté de quelques-vns qu'on à trouué echoûüez.
[1 y a auffi quantité de Loups-marins vers Tadoutfac, & defcendant plus bas ; l'huile en eft excellente, non feulement à brûler ; mais à beaucoup d'autres chofes : ls font fort aisez à attraper, la peau fert à beuucoup d'vfages.
Il y a quantité de Saulmons & Truites. depuis l'entrée du Golfe jufques à Quebec: il ne s'en trouué point aux trois-Riuieres, ny au Mont- Royal: mais quantité dans le pays des Froquois.
Ji y à abondance de Maquereauux ; mais ils ne fe trouuent qu'à l'Ifle Percée.
Le Havan donne en plufieurs endroits : à l'Ifle Percée, Tadouftac, & autres riuieres, il va par bandes comme en Europe.
L'Efturgeon fe prend depuis Quebec en montant en haut, & dans tous ces grands lues, où il y en à grande quantitez : il s'en void bien peu de petits, mais tous urads Efturgeons de quatre, de fix, & de huit pieds de long: j'ay veu qu'il s'en pefchoit en sbondance deuant l'habitation du Mont-Royal, pendant qu'ils auoient des hommes affectionnez à la pefche : ileft parfaitement bon falé. & fe garde bien long-temps : j'en ay mangé qu'il y auoit deux ans qui eftoit falé, qui eftoit auffi bon que quatre iours apres la prife.
L'Aloze eft plus abondante à Quebec qu'en aucun lieu ; il y en a des quantitez prodigieufes au Printemps, qui eft la faifon qu'on la pefche.
Le Bar eft vn poiffon d'eau douce : on en pefche quantité à Quebec & aux trois-Riuieres: je n'ay point ouy dire cu'on en prift à Tadouffac, ny au Mont-Royal : ceft vn poiffon dont la chair eft excellente, & où il y
a peu d’arrêtes.
La Barbuë commune en tout ce Pays, & qui abonde par tout, eft vn poiffon sans € aille, qui a la tefte plus groffe que le refte du corps, n'a que la groffe arrefte : la chair en eft blanche & delicate, pour eftre vn
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des plus gras de ce Paysicy : elle a d'ordinaire vn pied & demy ou deux pieds de long : elle fe prend à l'amecçon : elle eft fort bonne falée,
[y a auffi abondance d'Eplan durant l'Autonne, tant à Quebec qu'à Tadouffac.
Il fe trouue des Loches à Tadouffuc, & quantité d'autre forte de Poiffons que j'obmets pour n'en feauoir les noms,
L'Anguille fe pefche À Quebec, en plus grande abondance qu'en aucun lieu, dans le mois de Septembre & au commencement d'Octobre : elle eft plus grotfe & de beaucoup meilleur gouft que celle qui fe voit en France, Pen ay veu d'auffi groffe que la jambe d'vn homme : elle eft delicate : elle fe garde fort bien falée : elle fe prend auec des naffes : on en prend fi grande quantité, que cela n'eft pas concenable à moins que de l'auoir veu,
Les Poiffons qui fe trouuent dans les petits lacs & les petites riuieres. font rochets, Carpes de plufieurs fortes : Perches, Braimes, petites Truites, Poiftons dorez, Ouchigans, vne autre forte de Poiffon plat qui n'a point de nom François, non plus que le precedent, qui eft petit, mais excellent, & vn autre nommé le Poiffon blanc: Voila les plus communs qui fe rencontrent par tout.
Les Brochets y font ordinairement bien grands, Les Carpes de quelque nature qu'elles foient, ne font pas bien excellentes, à moins que d'eftre frites à Phuile : elles ont la chair molafte. \
De tous ces poiffons, il y a abondance dans tous les petits lacs & petites riuieres.
Dans ces grands lacs, il y a quantité de beaux & grands poiffons, & de diuerfes efpeces, qui n'ont point encore de nom parmy nous autres François, qui cependant font des mangers délicieux, Ie n’en feray point la defcription, ils font encore trop éloignez de nous.
I feroit bien difficile de dire les noms de tous les Poiffons qui fe prennent dans vn grand Pays comme ceftuy-cy.. De temps en temps il s'en prend quelques-vns dont on n'en a point encore veu de femblables. On trouue auffi des Efcreuiffes dans les petites riuieres.
l'oubliois à vous faire la defcription d'vn poiffon, qu'on appelle Poiffon armé : il a enuiron deux pieds & demy de long, & mefme trois pieds ; il eft tout rond, & a fix ou huit poulces de tour ; il eft quafi égulement gros par tout : il a vne écaille extremément dure, & qu'on ne feauroit auoir percé d'vn coup d'épée; fon bec a enuiron huit poulces de long, & eft dur comme de l'os ; armé de trois rangées de dents de chaque cofté, qui tont pointuës comme des alefnes: la chair ne vaut pas grand chofe à manger. Ileft fort facile à prendre, mais :! sft rare.
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144 SOCIETE ROYALE DU CANADA | Noms des Bleds & autres grains aportez d'Europe, #
qui croiffent en ce Pays, |