‹ Pierre Boucher et son livre [microforme]Chapitre 8 sur 18 · Chapitre TIT · texte numérisé non relu

Chapitre TIT

le crois qu'il n'eft pas hors de propos de vous faire icy vne petite defcription des Terres dôt nous auons connoiffance, comme elles font differentes en diuers lieux, foit pour la forme, la bonté & la nature de ln terre,

Je ne vous parleray point des premieres qu'on rencontre venant de France, puis qu'elles ne valent pas la peine que l'on en parle, en comparaifon des autres : à proprement parler, ce ne sont pas des terres, mais de grands rochers horribles à voir,

Depuis l’Ifle Percée, qui eft l'emboucheure du fleuue, jJufques vis-àvis de Tadoutffac du cofté du Sud, que les Nauires frequentent quand ils montent à Quebec, toutes les terres paroiffent hautes, & la plufpart grandes montagnes : c'eft ce qui a donné le nom aux Monts Notre-Dame, qui tiennêt vne partie de ce chemin-là; & l'on dit qu'ils ne font quafi iamais découuerts de neige, & par confequent inhabitables : ce n'eft pas qu'il n'y ait entre lefdites Montagnes & le bord du grand Fleuue, quatre, cinq, & quelquetois huit lieuës de plat-pays, & que tout ce pays ne foit coupé d’efpace en efpace par de belles riuieres. Je le juge toutefois fort mal-propre pour eftre habité, finon Gafpé que j'eftime fort propre à faire vne habitation ; c'eft une Baye qui entre dans les terres affez auant, & qui fait vn baffin propre à mettre des Nauires à Pabry.

Dans le fond de la Baye, les terres paroiffent fort propres à habiter, D'ailleurs, il y à grande pefche de Moluë en ces quartiers-là.

Il y à auffi trois autres beaux Havres dix ou douze lieuës au-deffous : fçavoir l’Ifle Percée, Bonauenture, & Mifcou, où toutes les années des Nauires vont à la pefche de la Moluë en tous ces Havres, Ce feroit vn lieu tres propre pour auoir correfpondance auec Quebec, puis qu'on y va facilement auec des Barques et des Chalouppes.

Là au droit fe voit l’Ifle d'Anticofti, dont ie ne vous parleray pas n'y ayant point efté, feulement ay-je ouy dire que c’eftoit une fort belle terre, auffi-bien que la cofte du Nort, depuis Tadouffae defcendant en bas, dans laquelle on rencontre quantité de belles riuieres, bien profondes & grandement poiffonneufes; mais fur tout, abodantes en Saumons ;: il y en a des quantitez prodigieufes, felon le “apport que m'en ont fait ceux qui y ont efté.

Depuis Tadouffac jufques à sept lieuës proche de Quebec, que l'on nomme le Cap-Tourmente, le Pays est tout à fait inhabitable, eftant trop haut, & tout de roche, & tout à fait efcarpé. Ie n'y ay remarqué qu'vn seul endroit, qui eft la Baye faint Paul, enuiron fur la moitié du chemin. & vis-à-vis l’[fle aux Coudres, qui paroift fort belle lors qu'on y paffe,

Sec. I., 1896. 9,

auffi-bien que toutes les Tfles qui fe trouueut depuis Tadouffuc jufques à Quebec, lefquelles font toutes propres à eftie habitées, Te n'en fais point de defcription en particulier, n'ayant deffein que de vous donner vne briefue connoiffance de tout le Pays, & de quelques lieux principaux,

La cofte du Sud depuis Tadouffuc jufques à Quebec eft fort belle, & vne terre plus baffe & qui paroift par les arbres dont elle eft chargée, eftre fort bonne, I y a plufieurs belles ruieres toutes remplies de poiffons et de gibier dans la faifon : il fe trouue de belles prairies le long de lu cofte, ce qui fait qu'il y a quantité de beftes fauues,

Depuis Quebec jufques aux trois-Riuieres du mefme cofté du Sud, les terres font affez belles, & il v a d'affez beau bois, mais elles font eleuées jufques à fix où fept lieuës au deffous des trois-Riuicres, où elles commencent à eftre baffes, vnies: & cela continuë jufques dans le pays des Troquois. Ces terres font parfaitement bonnes, entrecoupées de riuicres, garnies de lacs par endrois. Quantité de prairies fe rencontrent non feulement le long du fieuue, à l'entour des lacs dans ces petites riuicres, mais encore dans les terres: ce qui fait que la chasse y eft abondante, tant d'Oyfeaux que d'Animaux.

Du cofté du Nort depuis le Cap-Tourmente, qui eft fept Tieuës plus bas que Quebec, jufques au Cap Rouge, qui eft trois licuës au deffus ; cela eft habité le long du grand Fleuue: depuis le Cap Rouge jufques à la riuiere fainte Anne, qui font enuiron dix-fept lieuës de pays en montant, les terres y font affez belles ; mais l'abord n'en eft pas fi agreable, à caufe que la plufpart de la cofte eft pierreufe, [ne laiffe pas de s'y trouuer de belles riuieres, & des prairies par endroits. Depuis la riuiere fainte Anne jufques aux Trois-Riuieres, qui contient enuiron dix lieuës de pays, les terres v font tres-belles & baffes ; le bordage le long du grand Fleuue eft fable ou prairies ; les forefts y font tres-belles & bien-aisées à défricher.

Depuis Quebec lufques aux trois-riuieres, il n'y a point d’Ifles, finon deux petites d'enuiron vne lieuë de tour chacune, & qui font proche de la terre ferme du cofté du Nort; elles fe nomment l'Ifle fainte Anne, & l'Ifle fuint Eloy.

Depuis les trois-Riuieres jufques au mont-Royal, il y en à quantité & de fort belles, & la plufpart n'ont pas encore de noms; quelques-vnes des

1 La rive sud du Saint-Laurent était encore säus colons depuis la pointe Lévis jusqu'au lac Saint-François. Quelques chasses algonquins s'y montraient quel-

quefois au-dessous du lac Saint-Pierre, mai: n y demeuraient pas longtemps. Les Iroquois infestaient tout le territoire compris entre le ‘ac Champlain, le lac Saint- François et le lac Saint-Pierre,

2 L'ile Sainte-Anne me paraît avoir imposé son nom à la rivière et à la seigneurie de Sainte-Anne de la Pérade. En 1603, Champlain mentionne l’île Saint-Eloy., Vers 1680, Jacques le Marchand demeurait vis-à-vis, sur la terre ferme, et ce lieu est appelé Saint-Eloy ; c'est là que fut construite l'église de Batiscan,

LS

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