‹ Pierre Boucher et son livre [microforme]Chapitre 9 sur 18 · UT NE UN SU UT D TR · texte numérisé non relu

UT NE UN SU UT D TR

| [suurn] PIERRE BOUCHER ET SON LIVRE 131

prés d'vne vingtaine, que l'on appelle les Ifles de Richelieu, Le ne diray rien de leur beautez, ny de la grande chaffe & pefche qui s'y rencontre : je ferois trop long fi à tous les endroits j'en voulois faire vne deduction ; ie me contenteray feulement de dire que les prairies font abondantes,

I croift dans les bois vne quantité prodigieufe d'ortyes propres à faire du chanvre; les Sauuages, Iurons & Troquois s'en feruent pour

fire diuers ouurages, comme des facs, rets, colliers & armures : il s'en

trouue grande quantité en beaucoup d'endroits de ce Pays icy.

En fuite fe void d'autres Ifles, qu'on nomme les Ifles Bouchard ; ! plus haut font les Ifles fuint Iean, en fuite les [fles Percées? l'Ifle de sainte Therefes lTfle faint Paul ®& plufieursautres qui n'ont point encore de nom, toutes tres-belles & bien commodes pour eftre habitées, & qui d'ailleurs font abondâtes en chaffe, pefche, & prairies,

Suiuant la cofte du Nort, le Pays eft tres beau, & tout le long du fleuue fe font prairies ; beuucoup de petites riuieres arroufent ces terres,

La riuicre des Prairies eft vne grande riuiere qui fe joint au fleuue faint Laurent fix lieuës au deffous de l'habitation de mont-noyal vingtquatre lieuës au deffus des trois Riuieres; lon prend cette riuiere pour aller au pays des Hurons, quoy que le chemin en foit beaucoup plus long & plus mal aisé que l’autre, pour euiter les Froquois qui habitent fur le bord du grand laëe qu'on appelle le lac des Troquois, par où patfe cette grande riuicre."

le ne feray point la defcription des Terres qui fe rencontrent des deux coftez de cette riuiere ‘qui tire au Nort, veu qu'il eft mal-aisé d'y pouuoir habiter à caufe des fauts où cafcades d'eaux qui s'y rencontrent, aui empefchent la riuiere d'eftre nauigable à d'autres baftimens qu'aux petits Vaiffeaux dont fe feruent nos Sauuages, qui peuuent eftre trans- | portez d’vn lieu à vn autre, fans autres machine que les épaules d’vn hôme, ou de deux au plus. Ceft bien dommage ; car il y a de très-beaux

l'Entre Verchères et Contrecæur, Elles doivent probablement leur nom au chirurgien Etienne Bouchard, né à Paris mais demeurant à Epernon, qui s'établit à Montréal en 1653, s'y maria en 1657 et y mourut en 1676.

* Iles de Boucherville, a L # En bas de l'île de Montréal, 4 Vis-à-vis Montréal,

5 Le bras de la rivière Ottawa qui passe au nord de Montréal et entoure l'île Jésus a porté le nom de Saint-Jean à cause de l'interprète Jean Nicolet. Un homme

des Iroquois (l'Ontario), et non pas l'Ottawa.

7 L'Ottawa, nommée ‘rivière des Algonquins” jusqu’à 1650, où cette nation en fut chassée par les Iroquois. Les Outaouais de la Grande baie (Grand-Bay ensuite, puis Green-Bay par corruption et baie Verte par traduction) 4u lac Michigan étant venus après cela traiter à Montréal, on prit l'habitude, vers 1668, de dire : ‘le chemin des Outaousis ”, ou bien ‘la rivière des Outaouais ”, nom qui est resté, bien que ces sauvages n'aient jamais habité les bords de cette rivière,

! appelé Des Prairies s’y noya vers 1615, et depuis lors on trouve la “rivière des she Prairies ” ainsi désignée jusque vers le Long-Sault en remontant l'Ottawa,

| 6 Il faut lire : ‘par où passe le fleuve Saint-Laurent ”, car c'est lui qui sort du lac

Pays, & qui meriteroient bien d'être habitez: mais fur tout, vn endroit

appellé la petite Nation. ! qui eft enuiron vingt ou trente lieuës au deffus . : &

du mont-Royal, & qui contient prefque vingt lieuës de pays le long du fleuue. ? le plus beau qui fe puiffe voir pour un Pays non-habité; car les lroquois en ont chafsé les Sauuages qui y habitoient. C'eft un beau bois remply de petits lacs & de prairies, auec vn fort grand nombre de petites riuieres : tout cela fi plain de chaffe & de pefche, qu’il n'eft pas croyable, mais ce qui eft le plus admirable, c'est le grand nombre de beftes fauues qui s'y rencontre ; car ie fçay qu'il y a eu de nos Francois qui en defcendant des Hurons, ont fait rencontre de bandes de ces animaux, qu'on appelle icy Vaches fauuages, qui font proprement de grands Certfs, où ils eftimoient qu'il yen auoit bien huit à neuf cens, fans parler des v rais Cerfs, des Ours, Elans, Caftors, Loutres, Rats mufquez, & plutieurs autres fortes d'animaux : mais la porte en eft fermée, par vn grand fault qui a pour le moins trois lieues de long :* quand je dis fermée, c'eft pour le prefent ; car quand le Pays fera habité, & que les Iroquois feront foubmis, on trouuera bien l'inuention de s'en rendre l'entrée facile: & puis on ne maqüe pas de beaux lieux à habiter, qui ne peuuent pas eftre occupez d'icy à bien long-temps. En voila ce me femble affez pour conoiftre le Pays : difont feulement vn petit mot du terroir : fils y trouue de la terre-glaife par endroits. La terre eft noire, fablonneufe, rouge, pierreufe en d'autres endroits : mais toutes font affez fertiles: & pour preuue de cela, ie feray le Chapitre fuiuant des arbres qu'elle produit.

Des Arbres qui croiffent dans la

Nouuelle-France,

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