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trations reproduites par Ï A éarde ceux qui vont venir
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est le danger qui guette les artistes plus attachés à la forme qu'au fond, ceux qui depuis longtemps ont cessé de regarder autour d'eux, pour reproduire avec quelques variantes la formule graphique qui leur est chère, pour qui enfin, chaque sujet n'est que le prétexte à présenter de nouveau cette formule. Il semble au contraire que Brissaud, unissant dans un même amour La nature et la forme précieuse des œuvres qu'elle peut inspirer, ne cesse d'enrichir sa mémoire visuelle d'impressions nouvelles, dont son souple trait de plume, sa couleur savante et ses habiletés d'aquafortiste ne sont que les humbles serviteurs. Certes ses procédés lui sont personnels; ils sont adaptés à sa sensibilité, mais dessous il ya quelque chose, des volumes, des valeurs, des couleurs vraiment senties, sans quoi Ja plus raffinée des habiletés graphiques serait comme un beau vête-, ment pendu à un clou. Ainsi une illustration est, par delà sa forme, de la vie : et la vie est une perpétuelle surprise. Et le risque est moindre encore de paraître monotone, si l'artiste, au leu de chercher désespérément dans un texte ce qui peut lui permettre de replacer les silhouettes dont son esprit et sa main ont la trop facile habitude, se passionne à l’idée d'appliquer sa faculté de voir et d'évoquer à des types nouveaux, à une atmosphère nouvelle. Ainsi, les œuvres d'un même dessinateur se mettent en valeur mutuellement, par le plaisir qu on a de voir les réactions différentes d'une même sensibilité: ainsi, plus piquant nous paraît Alcindor, parce que nous le sentons vu par les mêmes yeux qui ont vu l'Enfant à la Balustrade, qui est d'un caractère s1 opposé... Cette fois, c'est d'une façon plus perceptible encore pour nous que dans Eugénie Grandet, parce que l'époque est plus rapprochée de notre temps, la
province tout entière, son silence désertique troublé par le
grincement du cabriolet du docteur qui monte la venelle herbeuse, dominée par le pavillon d'angle au toit en casque — la province que contemple l'enfant derrière la balustrade, dans l'horizon des toits d'ardoise de la petite ville tourangelle qui miroitent au soleil — et, peut-être encore plus, la province toute entière enclose entre les quatre murs de cette salle à manger, éclairée par la suspension à l'abat-jour vert, au-dessus de la table ovale au tapis grenat.…
Cependant, Les amateurs de beaux Évres, dont les yeux étaient fixés sur les productions de Pierre Brissaud, souhaitaient quil revint à la gravure, et certains bibliophiles d’un purisme intransigeant, ne voyaient pas sans regret les résultats de tant de talent dépensé, livrés à des procédés par eux con dérés comme peu nobles, tels que le zinc et le pochoir. À ce souci répondit l'apparition des eaux-fortes en couleurs au repérage composées par Brissaud pour le Petit Pierre d Anatole France, publié par les For d'Art Devambez en 1923. Qui, mieux que Brissaud, pouvait illustrer ces pages où l’écrivain conte son enfance, en ce quartier de Paris où lui-même avait passé la sienne? Par ces quais, par ces rues familières, l'artiste se promène en compagnie du petit garçon qui sera l'auteur du Lys Rouge ; il les peuple des bourgeois de la deuxième république, des beaux voltigeurs, des dames à crinoline que le petit Pierre coudoyait, et que le petit Pierre Brissaud 4 voyait jadis avec les yeux de son imagination nourrie par les estampes de l'époque. Après des années d'infidélité à l’eau-forte, l'artiste allait-il pouvoir adapter sa science passée aux progrès réalisés ? Depuis Eugénie Grandet il avait pris l'habitude de Jouer, sans mettre le moindre frein à sa fantaisie,
avec les couleurs de l'aquarelle. Il s'agissait de conserver cette
Ébre fantaisie, tout en la courbant sous la discipline d'un procédé dans lequel les couleurs s obtiennent par la combinaison presque mathématique d'un nombre restreint de planches. Grâce à l'emploi des valeurs nombreuses dans le grain d'une même planche, les eaux-[ortes du Petit Pierre rendent avec aisance le coloris ondoyant cher à Brissaud, CLACES effets de lumière qui contribuent tellement à égayer ses illustrations : voyez la voiture qui trotte sur la route blanche, tout un poème de clair soleil, de parfum du vent léger, qui, par-dessus la campagne heureuse, presse Les petits nuages ronds dans un ciel de beau temps.
Même gaîté de couleurs dans les illustrations, cette fois exécutées au pochoir, des Malheurs de Sophie, parues aux Editions de la « Lampe d'Argile > ,.en novembre 1925. L’amateur de belles images, le disciple de Boutet de Monvel, fous mirateur des grâces du second empire, devait être tenté par Les histoires enfantines de Madame de Ségur. L'idée était d’ailleurs scabreuse, de faire d'un livre de la Bibliothèque Rose une édition nouvelle et, à tout prendre, conçue dans un esprit actuel, quels que soient la compréhension et le sens de l'adaptation de ceux qui l'entreprenaient. Dans notre souvenir, les livres de Madame de Ségur sont tellement inséparables de la forme sous laquelle notre enfance les a aimés, de cette couverture rouge et or, de ces illustrations de Castelli ou de Bertall, dont nous ne saurions dire si elles sont bonnes ou mauvaises : car ce ne sont pas des dessins, des œuvres d'art, que nos yeux de dix ans voyaient en elles, c étaient les personnages même avec qui Madame de Ségur nous faisait vivre, © était Sophie,
Madame de Réau ou Madame Fichini. Aujourd hui encore,
ce sont eux, dans leur vie aimablement artificielle à laquelle
DOMINIQUE La Lampe d’Argile, Éditeur
nous avons participé de tout notre cœur, que nous retrouvons quand nous tirons les es de la Bibliothèque Rose du rayon où ses héros vivent peut-être encore letrvielen miniature et
leurs drames Réiteusement terminés. Et si NOUS nOUS AVISONS
de regarder ces gravures de notre œil critique d'aujourd'hui, c'est un autre dessin que nous voyons, rempli de choses que nous n'avions pas soupçonnées, mais d'où se sont peut-être échappés les fantômes de nos amis d'enfance. Elle ne pouvait donc être qu'un livre d'enfants pour grandes personnes très averties, cette nouvelle édition des Malheurs de Sophie. Brissaud en a réalisé l'illustration avec une subtile simplicité, en des images outil couleur eettune fête pour l'œil, Notre époque, dont l'attention s est volontiers attardée sur les jambes gréles des fillettes court vêtues, s'est aussi attendrie sur les petites filles de 1860, dont les daguerréotypes et les gravures du Magasin Pittoresque nous montrent l’'amusante silhouette perdue dans la crinoline, les petits pieds émergeant du long pantalon à festons. Brissaud qui les aime bien, est habile à les placer dans ces décors gentiment conventionnels de châteaux et de fermes pour lesquels elles semblent avoir été créées.
Le Petit Pierre devait naturellement être suivi, en 1924, de la Vie en fleurs (chez Devambez), qui fut de nouveau pour Pierre Brissaud l’occasion d'une série d'eaux-fortes en couleurs situées dans le cadre amusant du Paris du Second Empire. De même, il n’eût pas été normal qu'ayant illustré Alcindor, il n'illustrât aussi la Leçon d'Amour dans un Parc, qui parut chez Lapina en mai 1926. À la suite de l'écrivain qui effleure le scabreux sans sy arrêter, l'artiste, afin de nous laisser apercevoir les galants entretiens, écarte les feuillages de la charmille, les rideaux du boudoir ou de l’alcôve. Mais cette fois, inspiré d’ailleurs par son texte, et soucieux de montrer quil peut se donner le luxe de rejeter toute vaine parure, il peuple
souvent ses compositions de nus élégants et discrètement sen-
suels, qu'il alanguit sur des tapis d'herbe d'un vert inimitable et caresse de rayons de soleil ou d'ombres mauves.
La même année, l'Illustration fit paraître un roman de Madame Delarue-Mardrus, Graine au Vent, pour lequel Pierre Brissaud avait composé des aquarelles qui furent reproduites en trichromie. Ce procédé, précieux quand il s'agit de rendre des couleurs qui ne peuvent en aucune façon se schématiser, ternit les tons, et donne uneimpression indirecte et photographique qui ne convient pas parfaitement AE netteté, à la gaîté d'un aquarelliste tel que Brissaud. Ce quil faut surtout retenir des illustrations de Graine au Vent, c'est qu'elles prouvent une fois de plus la faculté qua leur auteur de s'intéresser à tous les aspects de la vie, de faire du joli avec du banal ou même avec ce qu'on est convenu d'appeler du vulgaire. L'élégance est dans l'esprit et l'œil de l'artiste, non dans le sujet traité, et nous avons un plaisir plus grand A regarder un joli dessin, si nous reconnaissons que les costumes ou les meubles dont l'aspect contribue à sa joliesse, loin d'avoir été recherchés chez le grand couturier ou dans un musée, sont ceux que nous voyons tous les jours sans nous être jamais aperçu de leur piforesques Voyez le dessin où figure la carriole Me À ailleurs si amusant de composition, avec sa perspective oloitatemernt diminuée pour éviter l'impression photographique. Le premier plan est largement occupé par la tête d’un bon canasson de trait, qui na rien de commun avec les chevaux que Brissaud avait pu voir au derby d'Epsom, ou avec ceux que montent les cavaliers du Plus rare V'olcelest. La carriole est conduite par une épaisse campagnarde, qui ne s agrémente même pas du pittoresque d'un costume champêtre ; le paysage lui-même, à le bien
regarder, est de ceux qu'on voit défiler pendant des heures en
regardant par la fenêtre d'un train ; la pèlerine violette de la cochère avoisine sans artifice apparent un champ du vert le moins recherché. Et pourtant, l’ensemble est d'aspect raffiné, décoratif même. Et c'est, comme disent messieurs les artistes, C joli de couleur ».
Cette souplesse de Brissaud se trouva à une assez rude
épreuve quand L entreprit Hnllreres deux romans de Claude
Farrère, Mademoiselle Dax, jeune fille, CAS les Petites Alliées que les Editions de l’Intermédiaire du Bibliophile publièrent
en 1926 ctentoz. De Farrère, vaut déjà illustré, en 1919, pour «€ Nos Loisirs D, La merveilleuse aventure de Achmet Pacha Djiemaleddine, histoire empanachée de corsaires barbaresques, de la plus fière allure. Cette fois- ci, au contraire, nous sommes el plein dans l'âge i ingrat du goût. La taille de SUR serrée dans le corset cambré, la longue jupe qu une main adroite retroussait pour laisser paraître les [Q frou-frous >) du jupon, le large chapeau posé sur le faîte du chignon, prêtaient aux dames d'il ya vingt ans, une silhouette qui nous paraît, non surannée, mais démodée. Si cette époque nous amuse justement par son caractère démodé, quand nous la voyons à travers les artistes du temps en imaginant une valse lente ou un refrain de Fragson, elle a précédé de trop peu la révolution qui libéra les jambes des femmes pour qu'il soit facile d'adapter notre vision d'aujourd'hui aux aspects que la vie prenait alors. Il y a pourtant dans les Petites Alliées de Brissaud, de bien amusantes forêts de chapeaux champignons, et de bien jolis petits médaillons bleu et orange dans lesquels s inscrivent — souvenir ému de nos premiers croquis d'hétaires, il ya vingt ans, à l'Olympia ou à T'abarin, ie petites femmes de bar, au
torse mince sous les immenses plumes d’autruche du chapeau,
Ja longue jupe pendant contre le haut tabouret. Il ÿ a aussi
L'ENFANT À LA BALUSTRADE Le Livre, Éditeur
des intérieurs de € meublés >) toulonnais, qui le sont des plus indigents meubles de bazar en laqué blanc : l'artiste, fidèle à
6 est bi dé d’insi la tri son tempérament, s est bien garde insister sur la tristesse et
la ldeuc de ces pauvres intérieurs ; pourtant À| na ALlente embelli le style des chaises et des commodes dont, sans que peut-être le dessin en soit exact dans le détail, il sait donner une juste impression, et la page est, malgré la banalité des éléments qui la composent, jolie à regarder : tant il est vrai qu'il n'est rien qui ne soit joli si un œil sensible n'en a compris la forme. Le peintre des atmosphères a d'ailleurs trouvé [à aussi À s excercer : voyez le quai lyonnais où Mademoiselle Dax précède sa peu accorte servante, et qu'égaye la sympatique et défunte silhouette des troupiers bleu ir rouge, le sinistrement bourgeois repas de famille, où le fiancé docteur étale sa belle barbe et son optimisme, et — pour revenir AUX Petites Alliées, — ce bal dont nos actuels midships ont laissé se perdre E. tradition, et que je soupçonne d'ailleurs de n'avoir jamais eu l'allure de celui que nous peint Brissaud, dans cette poussière dorée qui baigne une foule agitée sous les lumières. Enfin, pour nous reposer de tant de parures guindées et de femmes étroitement corsetées, les Petites Alliées, familières, se dévoilent à nos yeux, dans le désordre et la pénombre des chambres d'hôtel, quand, au milieu du jour, les rideaux n'ont pas encore été ouverts.
Le dernier ouvrage qui, à ce jour, ait paru avec des illustrations de Brissaud coloriées au pochoir est Dominique, publié en 1927 par les Editions de la « Lampe d'Argile >. Le sujet, grave et tendre, contenu, exclusif de toute fioriture ne rentrant pas dans sa ligne d'ensemble, était bien fait pour permettre à l'artiste de donner la mesure de ses qualités de style, de sa maîtrise et de ce luxe mesuré, mais profond avec lequel il utilise ses dons et ses moyens. Les compositions sentent moins
que jamais, dans leur équilibre, la recherche artificielle : la dis-