‹ Pierre CorneilleChapitre 33 sur 55 · SABINE · texte numérisé non relu

SABINE

Va, cesse de me craindre : on vient à ton secours.

Et c'est enfin, alors, retardée jusqu'à cette unique seconde où le jeune Horace a presque pensé faiblir, l'apparition, grandiose et familière ensemble, de celui qui est, dans la maison, le père, le chef, et le prêtre de l'autel domestique .: le vieil Horace.

Qu'est ceci, mes enfants ? écoutez-vous vos flammes. Et perdez-vous encor le temps avec des femmes ?... Prêts à verser du sang, regardez-vous des pleurs ?

Mais quand les femmes sont parties, et qu'il est resté seul avec les deux jeunes gens — son fils et celui qu'il considérait déjà comme un fils, c'est lui qui, à son tour, sent s'amollir son cœur :

Ah ! n'attendrissez pas ici mes sentiments. Pour vous encourager ma voix manque de termes ; Mon cœur ne forme point de pensers assez fermes ; Moi-même en cet adieu j'ai les larmes aux yeux.

Et se ressaisissant, d'un sursaut sublime :

Faites votre devoir, et laissez faire aux dieux !

Cela ne sera ni ne saurait être dépassé ; mais ce sera égalé, au quatrième acte, par la scène fameuse où Julie, la confidente de Sabine et de Camille, vient faire au vieil Horace et à elles le récit du combat dont elle n'a pas attendu la. véritable issue, et qui leur donne à croire qu'Horace, ses deux frères ayant succombé, a fui devant les trois Curiaces :

LE VIEIL HORACE

Et nos soldats trahis ne l'ont point achevé ? Dans leurs rangs à ce traître, ils ont donné retraite ?

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