‹ Pierre CorneilleChapitre 37 sur 55 · IS · texte numérisé non relu

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et que nous nous demandons si Emilie, pour avoir accepté les bienfaits d'Auguste tout en continuant de le haïr, ne mérite pas un peu de la perdre aussi.

Le troisième acte nous montrera la bassesse de Maxime, ce fier républicain de tout à l'heure, prêt à suivre maintenant les suggestions d'un misérable Euphorbe qui le pousse à trahir ses amis. Cinna nous apparaîtra lamentable, partagé qu'il est entre les reproches de sa conscience et la peur qu'il a d'aliéner Emilie. Emilie seule se tiendra debout, malgré son inconséquence, dans sa fidélité à un devoir, discutable peut-être, mais avec lequel elle ne veut rien mettre en balance. En face d'Auguste, que nous ne voyons pas dans cet acte, mais qui grandit en nous par la comparaison avec ses médiocres adversaires, il n'y a vraiment plus qu'elle. Le quatrième acte, c'est la dénonciation du complot par Euphorbe et la tentative de ]Maxime, traître à son ami comme à son parti, pour détourner Emilie de Cinna ; et c'est surtout l'admirable monologue d'Auguste où, après cju'il a exprimé la tristesse de son amitié déçue par de tels ingrats, il évoque du fond de sa mémoire, avec remords, les vieux crimes d'Octave :

Rentre en toi-même, Octave, et cesse de te plaindre. Quoi ! tu veux qu'on t'épargne et n'as rien épargné ! Songe aux fleuves de sang où ton bras s'est baigné...

Et, par la certitude où désormais nous sommes que le sens du bien et du inal n'était pas émoussé en lui, et qu'un combat courageux se livre à présent dans son âme entre les deux principes, pour y faire prévaloir celui du bien qui trop longtemps s'est effacé devant l'autre, nous sentons notre sympathie aller à lui de plus en plus. Pourtant il hésite encore sur la voie à suivre dans l'occasion présente : va-t-il pardonner ou va-t-il punir ? Et devant tant de haines, trop méritées par son passé terrible, va-t-il abdiquer ou régner, mourir ou vivre ?

Après un long orage il faut trouver un port, Et je n'en vois que deux, le repos ou la mort.

Et c'est alors, comme dans Sénèque, le conseil tout politique et tout pratique de Livie : pardonner. Mais nous ne saurons qu'au cinquième acte à quoi Auguste va se résoudre et dans quel esprit il s'y résoudra.

Ici, nous allons atteindre l'un des sommets de la tragédie française et de l'œuvre cornélienne, où le poète, de degré en degré, de scène en scène, va nous conduire. L'ordonnance de cet acte est, je crois, unique au théâtre : Auguste y demeure du premier vers au dernier, et l'acte tout entier n'est en quelque sorte qu'un discours de lui, seulement interrompu par les entrées des autres personnages dont chaque apparition et chaque parole apporteront à ce discours l'occasion d'un développement nouveau et d'une portée nouvelle, dans une montée continue. Rien de plus dramatique pourtant que ce discours, car il nous rend comme visible une âme qui se cherche qui se trouve, qui se hausse, et qui enfin se dépasse.

C'est d'abord, dans la scène que tout le monde sait par cœur : « Prends un siège, Cinna... », cet exorde à la grave et calme allure, quand Auguste, avec la mélancolie d'un reproche où l'on sent présente encore, mais voilée, l'amitié ancienne, rappelle à Cinna tous les bienfaits dont il l'a comblé, dès son plus jeune âge, lui qui était pourtant son ennemi « même avant que de naître... », exorde qu'achève, non par un cri, mais dans une égale possession de soi-même, le vers fameux :

Cinna, tu t'en souviens et veux m'assassiner.

Mais Auguste ne laissera pas Cinna répondre encore ; il faut d'abord qu'il lui montre qu'il connaît tous ses projets et qu'il lui demande : Quel était^ ton but quand tu me suppliais tout à l'heure de ne pas

quitter le trône ? Y monter à ma place, peut-être ? Alors, combien grande est donc la misère de l'État, s'il est vrai

Que tu sois après mx)i le plus considérable, Et que ce grand fardeau de l'empire romain Ne puisse après ma mort tomber mieux qu'en ta maiq !

Et Auguste lui rappelle, avec une hauteur dédaigneuse, le peu qu'il est, malgré l'apparence :

Chacun tremble sous toi, chacun t'offre des vœux, Ta fortune est bien haut, tu peux ce que tu veux, Mais tu ferais pitié même à ceux qu'elle irrite Si je t'abandonnais à ton peu de mérite...

Qu'il parle donc maintenant. Et Cinna parle, et cherche à trouver quelque attitude soutenable en répondant qu'il avait à venger le sang de Pompée, mais que, puisque son destin ne le lui a pas permis, il attend la mort. Et comme nous venons de sentir tomber sur lui l'orgueilleux mépris d'Auguste qui n'a pas encore étoufïé en soi-même tout ressentiment, nous pouvons craindre encore pour Cinna, lorsque nous entendons ces vers :

Voyons si ta constance ira jusques au bout. Tu sais ce qui t'est dû, tu vois que je sais tout : Fais ton arrêt toi-même et choisis tes supplices.

Non, Auguste ne savait pas tout, et le plus cruel de ce qu'il ignorait, il va l'apprendre : Emilie était du complot ! Elle entre, et, montrant Cinna :

Oui, tout ce qu'il a fait, il l'a fait pour me plaire, Et j'en étais. Seigneur, la cause et le salaire...

— O ma fdle, est-ce là le prix de mes bienfaits ?

— Ceux de mon père en vous firent mêmes effets.

— Songe avec quel amour j'élevai ta jeunesse.

— Il éleva la vôtre avec même tendresse : Il fut votre tuteur, et vous son assassin ;

Et vous m'avez au crime enseigné le chemin.

Le niien d'avec le vôtre en ce point seul difTère, Que votre ambition s'est immolé mou père, • Et qu'un juste courroux dont je me sens brûler A son sang innocent voulait vous immoler.

Et Auguste, qui sent combien justes sont ces raisons et qes reproches, demeure le pensif, le silencieux spectateur de la généreuse lutte qui s'engage alors entre Cinna et Emilie ; car Cinna veut qu'on croie qu'il est le seul instigateur du crime, le seul donc qui mérite un châtiment :

— Cinna, qu'oses-tu dire ? Est-ce là me chérir

Que de m'ôter l'honneur quand il me faut mourir ?

— Mourez, mais en mourant ne souillez point ma gloire.

— La mienne se flétrit, si César te veut croire.

— Et la mienne se perd si vous tirez à vous Toute celle qui suit de si généreux coups.

— Eh bien ! prends-en ta part et me laisse la mienne ; Ce serait l'affaiblir que d'affaiblir la tienne :

La gloire et le plaisir, la honte et les tourments. Tout doit être commun entre de vrais amants. Nos deux âmes, Seigneur, sont deux âmes romaines ; Unissant nos désirs, nous unîmes nos haines,... Ensemble nous cherchons l'honneur d'un beau trépas : Vous vouliez nous unir, ne nous séparez pas.

Auguste, alors :

Oui, je vous unirai, couple ingrat et perfide. Et plus mon ennemi qu'Antoine ni Lépide ; Oui, je vous unirai, puisque vous le voulez : Il faut bien satisfaire aux feux dont vous brûlez. Et que tout l'univers, sachant ce qui m'anime. S'étonne du supplice aussi bien que du crime.

Sans savoir encore où Auguste va nous conduire, nous nous sentons avec lui, après ce débat, dans une telle atmiosphère de générosité que nous ne tremblons plus à son énigmatique menace ; mais que cache-t-elle ? Une dernière fois la solution reste en suspens, par la venue inopinée de Maxime, Joie

d'Auguste : au moins voilà un ami Cfui lui était resté fidèle, puisqu'il a dénoncé les conspirateurs pour lui sauver la vie. Eh bien ! non, pas même celui-là : Maxime confesse en effet qu'il n'avait voulu que perdre Cinna, non sauver Auguste. C'est l'épreuve suprême, celle qui achève de dégager Auguste d'Octave :

En est-ce assez, ô ciel ! et le sort, pour me nuire, A-t-il quelqu'un. des naiens qu'il veuille encor séduire ? Qu'il joigne à ses efforts le secours des enfers : Je suis maître de moi comme de l'univers ; Je le suis, je veux l'être. 0 siècles, ô mémoire, Conservez à jamais ma dernière victoire... Soyons amis, Cinna, c'est moi qui t'en convie...

Et vous savez le reste : le pardon général, et le bonheur de tous enfin assuré, même de ceux qui n'en sont pas dignes ; car le poète rêve d'une clémence qui s'étendrait jusque sur les têtes les plus coupables, et c'est lui qui la met, large à ce point et comme un exemple à suivre, dans le cœur agrandi et régénéré d'Auguste.

Cette clémence-là, en effet, n'est pas celle, intéressée encore, où se borne l'Auguste de Sénèque. Elle n'est pas celle non plus dont La Rochefoucauld, se faisant, comme à son ordinaire, un jeu de rabaisser les mobiles humains, nous dit qu'elle « se pratique tantôt par vanité, quelquefois par paresse, souvent par crainte, et presque toujours par tous les trois ensemble », puisqu'il a fallu au contraire, pour y atteindre, que l'Auguste de Corneille d'abord s'entendît juger et se jugeât sévèrement lui-même, puis qu'il se combattît longtemps, enfin qu'il se livrât, à tout risque, aux âmes et aux mains les plus suspectes. C'est donc sur la magnanimité toute seule que sa clémence est fondée, sur cette grandeur morale où le détachement s'accorde à l'orgueil, et dont Pierre Corneille tient école.

Le succès de Cinna dépassa de beaucoup celui d'Horace ; l'approbation, cette fois, fut unanime. Quelques passages d'une lettre, que Balzac écrira à Corneille en recevant la pièce imprimée, peuvent donner une idée de l'enthousiasme qu'en soulevait la lecture aussi bien que la représentation :

Votre Cinna guérit les malades : il fait que les paralytiques battent des mains, il rend la parole à un muet, ce serait trop peu dire à un enrhumé. J'avais perdu la parole avec la voix ; et puisque je les recoùvi-e l'une et l'autre par votre moyen, il est bien juste que je les emploie toutes deux à votre gloire et à dire sans cesse : la belle chose !... Vous nous faites voir Rome... Ce n'est point une Rome de Cassiodore, et aussi déchirée qu'elle l'était au temps de Théodoric : c'est une Rome de Ïite-Live et aussi pompeuse qu'elle était au temps des premiers Césars. Vous avez même trouvé ce qu'elle avait perdu dans les ruines de la République : cette noble et magnanime fierté ; et il se voit bien quelques passables traducteurs de ses paroles et de ses locutions, mais vous êtes le vrai et fidèle interprète I de son esprit et de son courage. Aux endroits où Rome est de brique, vous la rebâtissez de marbre ; quand vous trouvez du vide, vous le remplissez d'un chef-d'oeuvre...

Tout cela, non sans pompe, est du plus beau style Louis XIII ; mais le plus curieux de la lettre, c'est de voir où, pour les contemporains, s'attachait l'intérêt principal : ce n'était pas à Auguste, mais à Emilie. Balzac rapporte l'opinion d'un de ses voisins de campagne : « Il se contentait, le premier jour, de dire que votre Emilie était la rivale de Caton et de Brutus dans la passion de la liberté. A cette heure il va bien plus loin : tantôt il la nomme la possédée du démon de la république, et quelquefois la belle, la raisonnable, la sainte et l'adorable furie. » Par là, on voit à quel point la tragédie de Corneille était baignée dans l'air de son temps, où passent et agissent, vivantes, des femmes auxquelles ressemblent ses héroïnes, et où flotte, parmi la foi monarchique universelle, un

idéal platoniquement républicain de vertu et de liberté, qui ne cessera d'être sensible qu'une trentaine d'années plus tard, sous l'absolutisme de Louis XIV, bien qu'alors même, chez M. de Lamoignon, « grand pompéien », le médecin Gui Patin déclare encore que, s'il avait assisté au meurtre de César, il aurait « frappé le vingt-troisième coup », et que, à la nièce de Mazarin, Hortense Mancini, Saint-Evremond écrive encore : « Emilie avait vu la proscription de sa famille ; elle avait vu massacrer son père et, ce qui était plus insupportable à une Roniaine, elle voyait la République assujettie à Auguste... Vous êtes née à Rome, Madaliie... Avec cette âme toute grande, toute romaine, si vous viviez aujourd'hui dans une République qu'on opprimât, si vos parents y étaient proscrits, votre maison désolée, et, ce qui est le plus odieux à une personne libre, si votre égal était devenu votre maître, ce couteau que vous avez acheté pour vous tuer quand vous verrez la ruine de votre patrie, ce couteau ne se serait-il p^s essayé contre le tyr^n, avant que d'être employé contre vousmême ?... »

Cet esprit reparaît en 1789; puis quatre ans passent, et c'est le règne de cette Terreur cjui, selon l'énergique expression de Louis Blanc, « éreinte » la Révolution. La guillotine est en permanence ; Marat calcule qu'il ne faut plus faire tomber que 270.000 têtes. A Caen, chez sa tante M^^^ de Bretteville, une jeune fille, ardente républicaine, rfiédite sur ces choses : elle s'appelle Charlotte de Corday, et elle est l'arrièrepetite-fille de la fille aînée de Pierre Corneille. C'est dans les livres hérités du grand aïeul qu'elle a appris à lire. « Pourquoi pleures-tu ? » lui demande un jour Mme f\Q Bretteville, surprenant dans ses yeux une larme. — « Je pleure sur la France, sur mes parents et sur vous... Tant que Marat vit, qui est sûr de vivre ? » Elle annonce qu'elle part pour l'Angleterre, ^ distribue ses livres, sauf un volume de Plutarque,

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qu'elle emporte avec elle, va demander, à Argentan, la bénédiction de son père, et prend la diligence pour Paris. Elle .y arrive le li juillet. Son dessein est d'abord de tuer « le roi de l'anarchie », — comme Michelet l'appelle — trois jours après, à la solennité du 14 juillet, au Champ de Mars. Ainsi, dans Cintia :

Demain, au Capitole, il faut un sacrifice ; Qu'il en soit la victime, et faisons en ces lieux Justice à tout le monde, à la face des dieux.

Mais la fête est ajournée. Alors, le samedi 13, Charlotte va, pour l'usage que recommandait Saint- Evremond à Hortense Mancini en lui parlant d'Emilie, acheter un couteau de quarante sous chez un coutelier du Palais-Royal, et à sept heures du soir, Marat . est mort. La veille du jugement, dans une dernière lettre à son père, elle dit :

Pardonnez-moi, mon cher papa, d'avoir disposé démon existence sans votre permission : j'ai vengé bien d'innocentes victimes, j'ai prévenu bien d'autres désastres. Le peuple, un jour désabusé, se réjouira d'être délivré d'un tyran... Adieu, mon cher papa ! Je vous prie de m' oublier ou plutôt de vous réjouir de mon sort, la cause en est belle. J'embrasse ma sœur que j'aime de tout mon cœur, ainsi que toiis mes parents. N'oubliez pas ce vers dé Corneille :

Le crime fait la honte et non pas Vécliafaud.

C'est demain à huit heures que l'on me juge. Ce 16 juillet

Corday.

Le 17, à sept heures du soir, elle est conduite à cet échafaud sans honte dont parle le beau vers de Thomas Corneille, qui serait digne d'être de Pierre. André Chénier chante :

Belle, jeune, brillante, aux bourreaux amenée, Tu serablais t'avancer sur le char d'hynlénée ;

Ton front resta paisible et ton regard serein. Calme, sur l'échafaud, tu méprisas la rage D'un peuple abject, servile et fécond en outrage Et qui se croit alors et libre et souverain.' La vertu seule est libre...

A l'ode splendide, et toute cornélienne, il ne manque î même pas le souvenir de Corneille, car si l'on n'y j trouve pas son nom, ceci du moins s'y trouve :

... Tout puissant qu'est le crime.

Qui renonce à la vie est plus puissant que lui.

Et c'est le rappel de trois vers que, dans Cinna, dit Emilie :

De quelques légions qu'Auguste soit gardé, Quelque soin qu'il se donne et quelque ordre qu'il tienne, Qui méprise sa vie est maître de la sienne.

Tels furent, après un siècle et demi, l'épilogue de Cinna et la tradition de Corneille.

Mystérieuse coïncidence : l'année où il met sur la scène Emilie, Corneille épouse la jeune fille qui sera l'arrière -grand-mère de Charlotte. La pièce venait d'être jouée quand il se maria. De ce mariage on sait si peu de chose qu'autant dire que l'on n'en connaît rien qui soit sûr, si ce n'est le nom de la mariée et, nous verrons tout à l'heure comment, la date api^roximative de la cérémonie. Une seule personne en effet en a parlé, Fontenelle, non pas dans sa première version de la vie de Corneille, mais seulement dans la dernière, insérée dans ses Œuvres, celle de 1742, cinquante-huit ans après la mort de son oncle, et alors avec combien de précautions, sans rien garantir ! Il y écrit, à propos d'une erreur qu'une

lettre de l'abbé Granet avait signalée dans la rédaction précédente:

L'auteur (de la lettre) y doute d'un fait cjue j'ai trouvé établi dans ma mémoire comme certain, quoique dépouillé de toutes ses preuves, que j'ai eu tout le loisir d'oublier parfaitement. Par bonheur, il n'est pas de grande importance. Cela m' empêchera d'en affirme?' trop un autre que je tiens pourtant de la famille. M. Corneille encore fort jeune se présenta un jour plus triste et plus rêveur qu'à l'ordinaire devant le cardinal de Richelieu, qui lui demanda s'il travaillait. Il répondit qu'il était bien éloigné de la tranquillité d'esprit nécessaire pour la composition, et qu'il avait la tête renversée -par l'amour. Il fallut en venir à un plus grand éclaircissement, et il dit au Cardinal qu'il aimait passionnément une fille d'un lieutenant général d'Andely en Normandie, et qu'il ne pouvait l'obtenir de son père. Le Cardinal voulut que ce père si difficile vint lui parler à Paris. 11 y arriva tout tremblant d'un ordre si imprévu, et s'en retourna bien content d'en être quitte pour avoir donné sa fille à un homme qui avait tant de crédit. Ce qui est bien sûr, c'est qu'il a épousé Marie de Lampérière, fille de cet officier. La première nuit de ses noces, qui se firent à Rouen, il fut si malade que l'on écrivit à Paris quil était mort ; et j'ai lu une pièce sur cette fausse mort dans les poésies latines de M. Ménage.

Vous voyez à quoi se réduit le peu dont il soit « bien sûr » : c'est que Corneille a épousé Marie de Lampérière. Encore la mémoire de Fontenelle estelle si incertaine qu'il ne sait plus exactement que le beau-père, Mathieu de Lampérièi'e, était non pas « lieutenant général d'Andely », mais « lieutenant particulier civil et criminel du Bailli de Gisors, au siège d'Andely », et que Corneille n'était plus « fort jeune », puisqu'il avait trente-quatre ou trente-cinq ans alors. C'est qu'il a oublié la date du mariage, bien qu'il eût pu justement la trouver, par à peu près, dans le livre qu'il cite : jEgidii Menagii Miscellanea, où il y a le poème en question, intitulé : Pétri Cornelii

EpiCédiUm, et dont le titte est suivi de cette indiôation que je traduis : « J'ai écrit ces Vers à la faussé annonce que Corneille, le jour où il avait conduit son épouse à l'autel, était mort d'une péri-pneumonie. Mais Corneille est vivant et je prie le Ciel qu'il vive. » Suivent trois pages de distiques, où Ménage nous montre l'éternelle mémoire du poète assurée dans l'univers par Médée, par Chimène. par les trois»guerriers jumeaux (les Horaces), enfin par le farouche Cinna [Cinna ferox). Corneille s'était donc marié entre Cinna et Polyeucte, à la fin de 1640 ou au com' mencementde 1641. Au reste, le 1^ juillet 1641, il écrira de Rouen à M. Goujon, avocat au Conseil du Roi à Paris, à la fin d'une lettre concernant un procès : « Je crois vous avoir mandé que je me sens des bénédictions du mariage. » Et c'est précisément de Marie, l'arrière-grand'mère de Charlotte Corday, que ]\^me Corneille, à cette date, se trouve eticeinte.

Reste l'anecdote sur Richelieu : Fontenelle a bien raison de ne pas nous en garantir l'authenticité, qui n'est guère probable. Il est bien vrai qu'en janvier 1641, en tête de la première édition d'Horace, Corneille adresse au Cardinal une épître dédicatoire où il parle des bienfaits qu'il a reçus de Son Éminence ; mais il ne s'agit sans doute que des pensions, et il s'y excuse « du silence où son respect l'a retenu jusqu'à présent ». Nous sommes loin des rapports de confidence et de familiarité dont parle l'anecdote ; et l'on ne voit guère, du reste, Richelieu dans cet emploi paterne que lui attribue, par vague ouï-dire, Fontenelle. Enfin Corneille, en se mariant, avait-il « la tête renversée pat* l'amour », comme l'écrit son neveu, cent ans après le mariage ? Jamais il n'a parlé de sa femme, en prose ni en vers. Ce qu'assure une tradition constante, c'est qu'ils firent, elle et lui, un excellent ménage, où régna un parfait accord. Et quelle preuve plus grande, outre la fécondité de cette union, que de Voif, encouragé par le bonheur éoûju^

gai de son grand frère, Thomas, prendre pour femme, dix ans plus tard, et bien qu'elle eût quatre ans de plus que lui, Marguerite de Lampérière, sœur cadette de la femme de Pierre ? De Boze, prononçant à l'Académie des Inscriptions l'éloge de son prédécesseur Thomas Corneille, dira, parlant des deux ménages, qui, nous le savons, occupaient les deux logis contigus de la rue de la Pie : « Ce n'était qu'une même maison, qu'un même domestique ; enfin, après plus de vingt-cinq ans de mariage (non : trente-cinq pour Thomas et quarante -cinq pour Pierre), les deux frères n'avaient pas encore songé à faire le partage des biens de leurs femmes, et ce partage ne fut fait que par une nécessité indispensable, à la mort de Pierre Corneille. »

Mais, de tout cela, à penser que le poète avait conçu pour Marie de Lampérière une passion à lui « renverser la tête », il y a loin. Trois ans ne s'étaient pas écoulés depuis qu'il avait dit, en des vers d'une intense émotion, la persistance de son amour pour Catherine Hue, depuis si longtemps aimée. Il dut se marier, comme se maria Lamartine après avoir perdu Julie Charles, tant pour «s'enchâsser dans l'ordre établi » et pour fonder une famille, en bon chrétien et en bon Français, que pour peupler la solitude de son cœur, où manquait un être adoré, en s'unissant à une personne de bonne maison et d'âme délicate, à une jeune fille tendrement, mais non passionnément aimée. On a cherché dans son œuvre subséquente au moins quelque allusion qui pût nous éclairer sur ses sentiments, et on n'a trou\ é que ceci, dans Polyeucte, la pièce jouée au lendemain du mariage :

Mais vous ne savez pas ce que c'est qu'une femme : •' Vous ignorez quels droits elle a sur toute l'âme, ^ Quand après un long temps qu'elle a su nous charmer, Les flamlaeaux de l'hymen viennent de s'adlumer. y

C'est charmant, mais c'est peu de chose, et le rôle de

Polyeucte, où cela se trouve, n'est pas, du reste, d'un mari passionné, tant s'en faut. Pourtant, c'est bien dans la sublime tragédie chrétienne qu'il faut chercher, et que je crois avoir rencontré le cœur de Corneille : je vous dirai tout à l'heure sous quel aspect et à quelle place.

D'Andely, les Lampérière sont donc venus à Rouen pour la cérémonie nuptiale et, en sortant de Saint-Sauveur, Pierre a conduit. Marie dans la « petite maison » héritée du père. Elle est fréquentée maintenant par des amis nouveaux, arrivés depuis peu dans la ville, les Pascal. M. Etienne Pascal était président de la Cour des Aides de Clermont en Auvergne, son pays, quand Richelieu, après l'avoir quelque temps tenu en disgrâce, l'a chargé, à la fin de 1639, de l'Intendance de Rouen. 11 a un fils. Biaise : c'est celui qui écrira un jour les Provinciales et les Pensées, et qui, pour le moment, commence de réaliser « la machine arithmétique ». Biaise a une grande sœur, Gilberte, et une petite, Jacqueline, âgée de quinze ans : celle-là, depuis sa douzième année, compose des vers. Ce sont des personnes très pieuses, mais que le jansénisme n'a pas encore touchées, ce pourquoi il ne faudra pas imputer à leur influence les idées soi-disant jansénistes qu'on a cru, bien à tort, du reste, trouver dans Polyeucte. Entre les Pascal et les Corneille, on échange des visites. « M. Corneille — écrira Gilberte — ne manqua pas de venir nous voir ; il était ravi des choses que faisait ma sœur, et il la pria de faire des vers sur la Conception de la Vierge. (Pour le concours annuel qu'ouvrait l'Académie des Palinods de la Société du Puy de rimmaculée-Conception, ces Jeux Floraux de Normandie.) Elle fit les Stances et on lui en porta le prix (c'était le prix de la Tour) avec des trompettes et tambours en grande cérémonie. » Seulement, comme à l'époque de la distribution solennelle des prix, en décembre 1641, Jacqueline ne se trouvait pas à

Rouen, Corneille, qui l'avait engagée à concourir, eut la gentillesse d'improviser à sa place le petit remerciement d'usage :

Pour une jeune muse absente, Prince, je prendrai soin de vous remercier...

Le « Prince », c'est, tout simplement, le président de la fête. L'année d'après, en décembre 1641, Jacqueline vint remercier elle-même. Au concours de cette année -là, un jeune homme de seize ans, encore au Collège, avait obtenu le prix du Miroir d^ argent, décerné à la meilleure ode française sur la Vierge, et c'était Thomas Corneille. Mais il y a un troisième frère Corneille qui est poète, et qui, presque chaque année, emporte quelque récompense aux Palinods : c'est le frère aîné de Pierre, Dom Antoine Corneille, chanoine régulier de Saint-Augustin au Prieuré du Mont-aux-Malades, ancienne léproserie construite sur un des coteaux qui dominent Rouen. Comme il se distingue aussi bien dans le Sonnet que dans la Ballade ou le Chant royal, il a successivement obtenu VAtineau d'Or, le Lys et le Soleil. Que ne décrocherait-il pas? Une fois, cet excellent frère, dans une intention bien tendre et bien touchante en sa naïveté, ayant à paraphraser le Stabat Mater, emprunta, pour ce faire, le rythme, le mouvement et souvent des expressions ou niêine des vers entiers, aux stances de Rodrigue. Voyez plutôt :

Percée au plus profond du cœur Dune atteinte imprévue aussi bien que mortelle, Droite au pied de la croix où son cher fils l'appelle, La Vierge, triste objet d'une injuste rigueur, Persévère immobile, et son âme abattue Cède au coup qui la tue.

Au lieu de voir ce cher fils respecté,

0 Dieu, l'étrange peine !

Elle le voit sur la Croix tourmenté, Mais ee? tourments sauvent la race humaine...

Qu'elle sent de rudes combats !

Contre son propre amour, notre amour l'intéresse ; Et pour l'un et pour l'autre elle a de la tendresse, Elle meurt s'il endure et s'il n'endure pas. Réduite au triste choix de voir notre misère Ou de n'être plus Mère, Des deux côtés son mal est infini.

0 Dieu, l'étrange peine !

Faut-il pour nous que son fils soit puni ? Faut-il laisser perdre la race humaine ?...

En 1641, le bon Antoine est devenu sous-prieur du monastère. Et savez-vous qui en est alors le prieur ? Jérôme de Beauquemare, parent, frère peut-être de ]y{me Hue, la mère de « Mélite ». Quels souvenirs évoqués, lorsque Pierre va visiter Antoine au Mont-aux- Malades ! Ce n'est que l'année suivante que le chanoine-poète s'éloignera un peu, lorsqu'il sera appelé à la cure de Saint-Martinde Fréville. Alors, comme il n'est pas riche, sa mère, qui n'est pas riche non plus, lui prêtera quelques hardes et objets de ménage, dont il lui donnera reçu : « Je soussigné, prieurcuré de Fréville, connais et confesse avoir reçu de M^^® Corneille, ma mère, une douzaine d'assiettes et demi-douzaine de plats, le tout de fin étain; plus trois douzaines de serviettes, dont il en a une douzaine de doublure, et deux nappes de lin et un doublier ; une casaque de drap noir qui était à feu mon père ; une grande table qui se tire des deux côtés et deux formes ; une toile de lit de ces étoffes jaimes, imprimées. Tous lesquels meubles elle m'a prêtés en ma nécessité lorsque j'ai été m'installer à Fréville et lui promets les restituer ou à elle ou à mes frères, toutefois et quantes... » — N'ai-je pas bien fait, dites, de vous mener un peu dans l'intimité de cette illustre, modeste et affectueuse famille, au temps précis où le génie de Pierre Corneille lui dicte le plus haut et le plus parfait de ses chefs-d'œuvre ?

, Cette atmosphère de simplicité, d'amitié, de piété, de tendresse heureuse est bien celle qui convient au suprême épanouissement de son génie. Ce n'est que dans la sérénité de l'âme qu'un poète peut pleinement évoquer, avec leurs justes perspectives, les éclairs et les nuées des passions humaines ou les orages de son propre cœur. Alors, et là. Corneille y baigne. Et comme il doit s'y sentir accompagné, compris, soutenu ! Ce n'est pas comme dans les coteries ou dans les ruelles, milieux qui ne lui ont jamais réussi. Avant de donner Horace au théâtre du Marais, il en avait fait une lecture, chez Boisrobert, à Chapelain, Barreau, Charpi, Faret, l'Estoile et d'Aubignac, et il n'avait recueilli de ces illustres messieurs, parmi les compliments de politesse, que les observations les plus tatillonnes et les conseils les plus saugrenus. Polyeucte achevé, c'est à l'Hôtel de Rambouillet qu'il en alla donner lecture. « La pièce, dit Fontenelle, y fut applaudie autant que le demandaient la bienséance et la grande réputation que l'auteur avait déjà ; mais quelques jours après, M. de Voiture vint trouver M. Corneille et prit des soins fort délicats pour lui dire que Polyeucte n'avait pas réussi comme il pensait, que surtout le christianisme avait extrêmement déplu. Corneille, alarmé, voulut retirer la pièce d'entre les mains des comédiens qui l'apprenaient ; mais enfin il la leur laissa, sur la parole d'un d'entre eux qui n'y jouait point parce qu'il était trop mauvais acteur. Était-ce donc à ce comédien à juger mieux que tout l'Hôtel de Rambouillet ? » Pourquoi pas ? Un simple peut avoir le jugement meilleur que les rimeurs les plus précieux et que les plus affinées caillettes, plus propres, assurément, à goûter la sub-

tilité des petites choses que la sublimité des grandes. Et Polyeucte est une très grande chose. Avec le Cid, avec Horace, avec Cinna, la souveraine beauté n'était pas constamment atteinte ; il s'y trouvait quelquefois des incertitudes dans la marche, des hésitations ou contradictions dans les caractères, des inégalités dans le style, et même des ralentissements dans l'intérêt dramatique, entre les scènes et les actes incomparables qui, soudain, nous transportaient de plus en plus haut, nous faisant oublier alors l€s haltes et les relâches. Ici, plus une inquiétude, plus une déception, plus un regret, plus une lenteur à craindre ; abandonnons-nous et nous serons portés, d'un vol soutenu, non plus à l'un des sommets de l'art de Corneille et de notre théâtre, mais à celui qui, entre ces sommets, culmine. Si de tous les chefsd'œuvre du xvii^ siècle, en je ne sais quel cataclysme, un seul devait être sauvé, je crois qu'il faudrait sauver celui-là, qui attesterait, mieux qu'aucun autre, la pénétration psychologique, la grandeur morale et la perfection formelle de notre littérature. Rien n'y manque, tout s'y mêle et s'y harinonise : le réalisme et l'idéalisme ; l'humanité médiocre ou moyenne, avec Félix .7 ^ l'humanité supérieure, sans mélange encore de divin, *^ avec Sévère; l'humanité sublimée, avec Polyeucte et, v — plus émouvante que tous, parce qu'elle est plus *^ proche de nous par ses attaches avec la terre, par son '^ cœur douloureux et passionné, par les tendres fai- y blesses que sa volonté, puis l'amour même, transfor- y ment peu à peu en forces surnaturelles, — avecPauline, • la plus belle image qui existe de la femme française et . même, tout simplement, je crois, de la Femme. Cher- ^ chez ailleurs : combien fortes ou exquises, terribles ou touchantes sont les femmes de Shakespeare, mais combien, toutes, elles sont élémentaires, livrées à la domination de leur instinct charmant ou cruel, sans que presque jamais la vie de conscience y apparaisse, qui est pourtant la marque essentielle de

l'humanité totale ! Celles, de Racine, qui la possèdent, sont autrement vraies et diverses, non dans leur vie superficielle, mais dans leur vie intérieure, et le poète d'Hermione et de Phèdre, de Monime et de Bérénice, reste le plus profond des peintres de la femme. Pourtant, il est arrivé que, au moins une fois, il a été dépassé: le jour où Corneille créa Pauline. « Ce qu'il y a ^ eu en lui (Corneille) de plus éminent, dira La Bruyère, c'est l'esprit, qu'il avait sublime. » Or, quand la ^ sublimité de l'esprit s'ajoute à la profondeur, le poète qui n'est que profond a au-dessus de lui celui qui est sublime, celui qui, après avoir analysé une âme, l'exalte, celui qui, après nous avoir fait rentrer en nous-mêmes, nous en détache, celui qui avec la méditation nous donne l'aspiration, avec la pensée, l'enthousiasme : tel est Corneille, seul.

Après le couple de Chimène et de Rodrigue, tout vibrant d'une radieuse et souple jeunesse, nous avons commencé de voir naître des personnages grandioses qui ont excité, comme d'un peu loin — pourrait-on dire — notre admiration plus que notre sympathie : Camille, Emilie, Horace, figures déjà un peu raidies dans leur attitude héroïque. Plus ample, le génie du poète y est plus distant. Or, voici que Polyeucte, avec plus de grandeur encore qu'il n'y en a dans les trois précédents chefs-d'œuvre, nous montre un Corneille plus proche de nous qu'il ne l'a jamais été et qu'il ne le sera jamais. Pourquoi ?I1 y a là une énigme, dont il ne me sera pas défendu de chercher le mot dans un instant.

Je ne ferai à personne de ceux qui me lisent l'injure de leur conter la pièce. Pour rappeler comment elle s'est formée, je transcrirai simplement les premières lignes de V Examen :

Ce martyre est rapporté par Surius sur le neuvième de janvier. Polyeucte vivait en l'année 250, sous l'empereur Décius. Il était Arménien, ami de Néarque et gendre

de Félix qui avait la commission de l'Empereur pour faire exécuter ses édits contre les chrétiens. Cet ami 1 ayant résolu à se faire chrétien, il déchira ces édits qu'on publiait, arracha les idoles des mains de ceux qui les portaient sur les autels pour les adorer, les brisa contre terre, résista aux larmes de sa femme Pauline que Félix employa auprès de lui pour le ramener à leur culte, et perdit la vie par l'ordre de son beau-père, sans aucun baptême que celui de son sang. Voilà ce que m'a prêté l'histoire ; le reste est de mon invention.

Le reste, c'est tout; car il n'y avait là qu'une anecdote édifiante, comme il y en a mille dans les hagiographes, et quelques noms propres. J'ajoute que, dans Surius, Pauline est une matrone, déjà mère de trois enfants ; que Polyeucte meurt avant d'avoir vu mourir Néarque ; et surtout que Sévère n'y figure point, dont l'amour qui l'unissait à Pauline avant le mariage — récent dans Corneille — de celle-ci avec Polyeucte, est le nœud même de la tragédie. Or, cet amour, où Corneille l'a-t-il trouvé ? Dans ses souvenirs et dans son cœur ; et c'est ce dont je crois pouvoir vous apporter la preuve évidente.

Vous avez suivi, avec moi, depviis le Dialogue jusqu'à l'Excuse à Ariste, à travers les comédies, l'histoire du long amour de Corneille et de Catherine Hue, toujours traversé, jusqu'au « malheur » qui arriva enfin à le rompre, par l'opposition d'une mère toujours obstinée à réserver sa fille pour un parti plus brillant et plus riche. Lisez maintenant la scène III du premier acte, où Pauline, mariée depuis quinze jours, raconte à sa confidente Stratonice que naguère, à Rome, avant que son père, Félix, l'eût emmenée en Arménie, dont il est devenu gouverneur, et l'y eût mariée à un riche et puissant seigneur du pays, Polyeucte, elle a été aimée d'un chevalier romain qui s'appelait Sévère. — Etait-ce, demande Stratonice, celui qui depuis a sauvé la vie de l'empereur, vaincu les Perses, et à qui, ne l'ayant retrouvé

parmi les vivants ni parmi les morts, Décie a fait du moins dresser un glorieux cénotaphe ?

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