‹ Pierre CorneilleChapitre 41 sur 55 · POLYEUCTE · texte numérisé non relu

POLYEUCTE

A la gloire.

Chère Pauline, adieu, conservez ma mémoire.

L'ordre de délivrer Polyeucte, donné par Sévère, est arrivé trop tard ; et Pauline revient, qui a reçu le sang du martyr :

Père barbare, achève, achève ton ouvrage ! Cette seconde hostie est digne de ta rage. Joins ta fille à ton gendre ; ose ; que tardes-tu ? Tu vois le même crime et la même vertu... Je vois, je sais, je crois, je suis désabusée ! De ce bienheureux sang tu me vois baptisée... Polyeucte m'appelle...

Sévère indigné accuse Félix de la mort de Polyeucte ; mais Félix est à son tour foudroyé de la grâce :

Donne la mam, Pauline. Apportez des hens, Immolez à vos dieux ces deux nouveaux chrétiens : Je le suis, elle l'est, suivez votre colère.

Non : Sévère, le philosophe tolérant et généreux que la grâce n'a pas encore touché, si elle doit le toucher jamais, qui n'en est encore, en tout cas,

qu'à l'admiration pour une croyance capable d'enfanter de tels prodiges, ne veut pas qu'il y ait d'autres martyrs. Mais ces âmes demeurées en terre sont désormais promises au ciel.

Que dirais-je, pour essayer de définir une telle œuvre ? Ceci, peut-être : presque toutes les pièces de théâtre, anciennes ou modernes, m'apparaissent comme établies, en quelque sorte, sur le plan horizontal, de leur point de départ à leur point d'arrivée heureux ou triste. Presque toutes les tragédies de Cor- \^ neille, au contraire, me semblent se dérouler en ligne'-' montante pour aboutir à une sérénité ou à une ^^ gloire. Mais, ici, c'est plus encore : avec ses échelons t-^ visibles d'âmes et ses cortèges invisibles d'anges, ce**^ n'est plus seulement une montée, c'est une assomp- *^ tion que Polyeucte. (^

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