‹ Pierre CorneilleChapitre 46 sur 55 · RODOGUNE · texte numérisé non relu

RODOGUNE

De toutes deux. Madame, il doit tout refuser. Je n'accuse personne, et vous tiens innocente ; Mais il en faut sur l'heure une preuve évidente... Faites faire un essai par quelque domestique.

CLÉOPATRE, prenant la coupe Je le ferai moi-même. Eh bien, redoutez-vous Quelque sinistre effet encor de mon courroux ?

Et elle boit, et bientôt, comme Antiochus, qui lui a repris la coupe, va boire à son tour, il voit une affreuse sueur courir sur le visage de Cléopâtre et ses traits se convulser : c'est le poison, et l'agonie commence. Il veut secourir sa mère, mais elle :

Va, tu me veux en vain rappeler à la vie,

Ma haine est trop fidèle et m'a trop bien servie :

Elle a paru trop tôt pour te perdre avec moi.

C'est le seul déplaisir qu'en mourant je reçoi ;

Mais j'ai cette douceur dedans cette disgrâce

De ne point voir régner ma rivale en ma place.

Règne : de crime en crime enfin te voilà roi.

Je t'ai défait d'un père, et d'un frère, et de moi :

Puisse le ciel tous deux vous prendre pour victimes.

Et laisser choir sur vous les peines de mes crimes !

Puissiez-vous ne trouver dedans votre union

Qu'horreur, que jalousie et que confusion !

Et pour vous souhaiter tous les malheurs ensemble,

Puisse naître de vous un fils qui me ressemble !

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