‹ Pierre CorneilleChapitre 5 sur 55 · A\ A.NT-PROPOS · texte numérisé non relu

A\ A.NT-PROPOS

lantes revenues, pour un bouillonnement et poiiK^ne fécondité magnifiques. ""

Ah ! comme ils étaient beaux, et cornéliens, ces jeunes soldats aux capotes bleues qui, en août 1914, partant pour la frontière, défilaient sur le Pont-de- Pierre devant la statue de Corneille, sans se douter que lorsqu'ils chantaient l'hymne guerrier :

Mourir pour la patrie, C'est le sort le plus beau, le plus digne d'envie,

ils faisaient monter vers lui, — involontaire hommage, — presque des vers de son jeune Horace :

Mourir pour la patrie est un si digne sort Qu'on briguerait en foule une si belle mort !

i; Mais ce ne sont plus seulement des soldats de chez nous que Corneille voit à présent passer du haut de son piédestal : ce sont, aussi, plus de soldats étrangers qu'il n'en vit jamais aux sombres mois de l'année terrible. Seulement, aujourd'hui, quelle différence! Parmi eux, voici peut-être ce colonel anglais qui, traversant à la tête de ses troupes la place de l'Hôtel-de- Ville, salua de son épée l'empereur de bronze. Voici peut-être ces officiers de la garde royale qui, le 30 mai 1915, les bras chargés de lis et de roses blanches, allèrent, sur le Vieux-Marché, fleurir la pierre où il est écrit que là s'élevait, le 30 mai 1431, le bûcher de Jeanne. Et voici des Canadiens, venus de Québec ; et voici des Russes débarqués d'Arkhangel ; et voici des Hindous venus de Lahore, et d'autres, et d'autres, tous unis à nous pour la défense d'une même cause sacrée, tous conjurés avec nous pour la subversion d'une même infernale puissance :

Que rOrient contre elle à F Occident s'allie !

Que cent peuples unis, des bouts de l'univers, ^

Passent, pour la détruire et les monts et les mers ;...

Et tous ces peuples l'ont fait, comme à l'appel de ^a^inille. Et il semble que chacun ait entendu le vœu le Sabine :

Va sur les bords du Rhin planter tes pavillons.

Et à son tour, le Valamir d^' Attila pourrait redire :

Un grand destin cominence, un grand destin s'achève , L'empire est prêt à choir et la France s'élève.

C'est le temps de rouvrirnotre Corneille: nul poète, à cette heure, ne saurait être mieux en harmonie avec nos pensées. Relisons-le ensemble ; ou plutôt, d'un bout à l'autre, je vais le relire et; puisque l'on m'y convie, je vous dirai, le plus simplement du monde, les impressions que cette lecture nouvelle m'aura données. Je reinettrai sous vos yeux, lorsqu'elles m'en auront paru dignes, les parties les moins connues de son œuvre immense, celles où. tout jeune, il se cherche encore, celles où, devenu vieux, il tâtonne, dévie et s'égare, sans jamais cependant cesser de })oursuivr<? un haut idéal et de se retrouver, par endroits, le grand Corneille. Sur celles où il a touché à la perfection de son art dans la maturité de son âge, celles que tout Français cultivé est censé connaître, »|ue cent critiques ont étudiées à fond, sous toutes les faces, et dont il n'y a pas un vers, pas un mot qui n'ait été l'objet de cjuelque glose ou de quelque notule, comment pourrais-je former le dessein de m'étendre, quand il me faudrait, pour chacun de ces chefstl'œuvre, plus d'espace que je n'en aurai pour dérouler ici le tableau de l'œuvre entière ? Je ne m'y étendrai donc pas, mais cependant, je feindrai de croire que ces merveilles mêmes ne sont pas aussi familières

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à tous qu'elles le devraient être, et je penserai aussi qu'en en parlant — d'une manière assurément trop brève et qui n'aura pas la prétention d'être toute neuve — à ceux-là même qui les auront entièrement gravées dans leur mémoire, ils me sauront gré de leur en avoir un peu rafraîchi l'empreinte ancienne, au contact, fût-il sommaire et futritif, de leur éternelle fraîcheur et jeunesse.

Et de cette œuvre si diverse, si souple dans son développement, et dont ce serait se faire une idée très fausse que de se la figurer perpétuellement raidie par une tension héroïque — est-ce que nos héros sont ainsi tendus ? — je ne séparerai point la vie du poète ; j'essaierai au contraire de l'évoquer sans cesse autour des poèmes, en me gardant bien, pour la replacer dans son décor et à sa date, de demander à l'imagination sympathique aucune aide qui ne se puisse appuyer elle-même sur les renseignements les plus certains. Ainsi, malgré les siècles, nous approcherons un peu du maître. N'espérons pas. ou plutôt ne craignons pas de rencontrer en lui un surhomme, — on sait que pour les inventeurs de ce mot, c'est par l'inhumanité que se définit la surhumanité, — ^mais réjouissons-nous d'avoir à hanter un grand homme qui fut, avec beaucoup de génie mais avec une simplicité non moindre, un homme, un honnête homme, un brave homme.

Et d'abord, voulez-vous que, d'après des documents mal connus, peu utilisés ou non coordonnés encore, je tente pour vous une restitution de son enfance, de sa jeunesse, de ses années de formation et d'apprentissage, avant les œuvrer ?

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