‹ Pierre d'Ailly et la découverte de l'AmériqueChapitre 10 sur 21 · Christophe Colomb, Paris, Didier, 1856, 2 vol. in · texte numérisé non relu

Christophe Colomb, Paris, Didier, 1856, 2 vol. in

4. Fernand Colomb, sa vie, ses œuvres. Essai critique, Paris, Tross, 1872, gr. in-8°.

que les Historié du fils de l'amiral fourmillaient d'erreurs et "contenaient des assertions absolument inacceptables. Plus tard, dans son Christophe Colomb 1, il contesta les témoignages du père lui-même avec une audace que personne n'avait eue jusqu'alors et avec l'âpre verve dont il était coutumier.

Enfin, dans son Colomb devant Vhistoire 2, son impétuosité mordante releva impitoyablement toutes les erreurs que commettaient ses adversaires.

C'est en ce moment que parut la Raccolta colombiana, vaste publication qui fait le plus grand honneur à ceux qui l'ont conçue et exécutée, et surtout à M. de Lollis qui fut l'âme de la commission. Leur œuvre, apologétique dans son origine et dans leur intention, publia tous les documents qui proviennent des deux sources, et devint ainsi, par la force même des choses et presque malgré eux, une œuvre de justice et un instrument de rectification. Ces corrections n'auraient point été possibles il y a vingt ou trente ans. Écoutons M. Henry Vignaud : « C'est le grand mouvement d'idées créé, tant en Europe qu'en Amérique, par la commémoration du quatrième centenaire de la découverte du Nouveau Monde, qui les a fait naître; c'est le développement qu'a pris de notre temps la critique historique qui en fait comprendre l'importance; c'est le nombre considérable de documents originaux reproduits avec cette exactitude méticuleuse à laquelle nos pères ne pouvaient atteindre, qui a rendu leur solution possible3. »

C'est en s'appuyant surtout sur les sources extra-colombiennes et sur les pièces que la Raccolta a mises à la portée du grand public que M. Henry Vignaud a écrit ses trois importants volumes. Ils battent en brèche sur beaucoup de points, avec non moins de talent, plus de calme et plus de justice que M. Harrisse, la tradition qui procède du navigateur seul, et ils renouvellent véritablement cette histoire qui, d'après l'auteur, a été jusqu'ici singulièrement tronquée et mutilée, pour ne pas dire dénaturée. Désormais, plus un seul historien sérieux ne pourra se dispenser d'étudier avec lui et de méditer les ouvrages si largement documentés du consciencieux historien.

1. Christophe Colomb, son origine, sa vie, ses voyages, sa famille et ses descendants, Paris, Leroux, 1884, 2 vol. gr. in-8°.

2. Christophe Colomb devant Vhistoire, Paris, Welter, 1892, gr. in-8°.

3. Etudes critiques sur la vie de Colomb avant ses découvertes, Introd., p. 25.

Pour M. Vignaud comme pour nous, la question principale a toujours pour objet le vrai but poursuivi par Colomb dès son premier voyage.

Deux hypothèses se présentent devant nos yeux, selon que l'on adopte l'histoire colombienne ou que l'on étudie les textes qui ne dépendent point des récits des deux Colomb et de Las Casas et des recueils qui émanent d'eux.

Dans le premier système, on suppose que le navigateur avait connu, longtemps avant 1492, les idées de d'Ailly et qu'il avait arrêté, d'après lui, les grandes lignes de son projet. Où et quand avait-il lu Y Imago ? Ni Colomb ni ses continuateurs ne répondent" à cette question.

Est-il vrai que, dès le commencement, le hardi marin a voulu aller à Cypango (Japon) ou au Cathay (Chine), le royaume du grand Khan, ou enfin le pays légendaire du prêtre Jean (Indes)? A-t-il prétendu arriver ainsi au levant par le ponant? Dans cette supposition, il connaissait alors les affirmations de Pierre d'Ailly « sur la réduction du degré terrestre à 56 milles 2 /3, sur la grande extension de l'Asie vers l'est, sur la proximité de l'Espagne des Indes et sur la préférence qu'il fallait donner à la mesure de Marin de Tyr en la comparant à celle de Ptolémée l, »

Telle est l'hypothèse qui a prévalu jusqu'ici dans les histoires qui dépendent de la tradition colombienne. Pour elles, le héros génois a conçu a priori son grand projet. Par une vue de génie, il a eu l'idée d'arriver en Extrême-Orient en suivant une route plus courte. Telle a été la pensée première, dominante et comme l'étoile directrice de sa vie. Il a voulu, dès l'origine, reconnaître notre sphère tout entière et compléter le globe, comme dit Lamartine, voilà pourquoi il s'est élancé sur de fragiles caravelles à la conquête d'une partie du monde jusqu'alors inconnue. Il était de la race de ces découvreurs obstinés et prédestinés, de ceux qui, comme les Normands aventuriers et conquérants d'autrefois,

Ressuscitaient en nous cet attrait du mystère,

Obsession de ces géants, Qui leur faisait trouver trop banale la terre

Et trop étroits les océans (2).

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