‹ Pierre d'Ailly et la découverte de l'AmériqueChapitre 12 sur 21 · H. Vignaud, Histoire critique, t. n, p · texte numérisé non relu

H. Vignaud, Histoire critique, t. n, p

copie du document original faite par Las Casas. Cette pièce, après •avoir été renvoyée aux rois, est rentrée très probablement entre les mains de Colomb, qui a pu ainsi remanier à son gré le manuscrit original 1. Plusieurs raisons nous inclinent à supposer que c'est peut-être ainsi que les choses se sont passées 2. De plus, l'expression las Indias, dont il se sert, désigne chez lui les terres où il voulait aller, c'est-à-dire les Antilles qu'il cherchait et qu'il a découvertes. Il ne s'agit point des Indes orientales dont il n'est jamais question dans tout ce quia rapport à la première entreprise de Colomb. L'explorateur répète ces mêmes mots dans les lettres écrites '* dès son retour à Luiz de Santangel et à Raphaël Sanchez et il les emploie évidemment dans le même sens. C'est toujours ainsi d'ailleurs que ces expressions sont entendues par les compagnons * de son premier voyage, parles témoins des procès dits des Colomb, par les marins de Palos, par les héritiers des Pinzon et par tous les contemporains.

C'est donc incidemment, par deux ou trois membres de phrase de quelques mots chacune, qui tiennent à peine au sujet, qui sont faciles à ajouter ou à supprimer, que Colomb ferait connaître l'objet exceptionnel et grandiose de son expédition.

C'est sur ce texte unique, que nous avons tenu à citer en entier, que les Colombiens modernes ont brodé leurs fantaisies, selon la tournure de leur esprit, le caractère de leur œuvre et le génie de leur race.

'Beaucoup d'historiens, on le sait, se servent des faits comme de prétextes à des dissertations de rhétorique et à des amplifications plus ou moins oratoires au sein desquelles disparaît pour ainsi dire ce qui est exact et connu. Quelques exemples vont servir à faire toucher du doigt par nos lecteurs le procédé qui n'est pas nouveau et dont la science vraie a grandement à se plaindre.

A propos des démarcnes de Colomb en Portugal, l'Allemand Sophus Ruge écrivait naguère : « Colomb exposa son plan; il parla de la découverte des Açores et des îles du Cap-Vert, cita l'opinion des anciens auteurs, rappela les récits des navigateurs au sujet des îles qu'ils avaient aperçues et fit appel notamment aux récits de Marco Polo 3. »

1. H. Vignaud, Histoire critique, t. i, p. 22, et t. n, p. 256.

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