Colombus p
Qu'en sait-il, et qu'en sait davantage l'Américain William Prescott qui avait déjà tenu un langage analogue1?
Avant eux, l'Italien Ramusio avait parlé, au xvie siècle, des propositions faites par l'amiral aux Génois, ses compatriotes. Au xixe siècle, un autre Italien, non moins animé de patriotisme local, nous raconte l'histoire des rapports de Colomb avec Venise, ce qui a toujours été une mystification. L'évêque Geraldini invente un voyage de l'explorateur en France, ce qui est faux.
L'Anglais Markhan raconte d'une manière tragique le premier séjour de Colomb à la Rabida. Après lui et bien d'autres, les peintres et les graveurs ont représenté le grand Génois demandant à la porte du monastère un morceau de pain et un verre d'eau pour lui et son petit garçon. C'est ainsi que le roman s'introduit dans l'histoire.
En racontant les demandes de Colomb à la cour de Castille, bien des auteurs modernes ont parlé de son attitude et de son langage comme s'ils l'y avaient vu et entendu. « Il parut devant les rois, nous dit l'Américain Washington Irving, avec une contenance modeste, mais sans embarras 2. » « On eût dit un roi déguisé conversant avec ses égaux, » s'écrie l'enthousiaste Roselly de Lorgues 3.
C'est surtout à propos des conférences de Salamanque que les historiens, ou plutôt les romanciers, se sont donné carrière après Irving et plusieurs autres. Antoine de Latour nous montre Colomb « frappant à la porte du couvent de San Esteban, à Salamanque, où les Pères dominicains le reçoivent avec empressement. On l'installe dans une cellule près de la bibliothèque, pour qu'il puisse y continuer ses recherches. Les moines se pressent autour de lui et l'écoutent avec admiration. Ils viennent en si grand nombre qu'il faut désigner pour ces conférences une grande galerie. Le cercle devient foule. Les opposants arrivent à leur tour, formant une majorité bruyante, et finissent par étouffer la voix plus autorisée des faibles adhérents, etc.. 4.»
C'est principalement notre compatriote Roselly de Lorgues
1. History of reign of Ferdinands and Isabella, t. n, ch. xvi, p. 118. Cf. Vignaud, Histoire critique, t. i, p. 385