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Christophe Colomb, t. i, p

4. Christophe Colomb à Salamanque, dans Revue britannique, fév. 1865.

qui se fait remarquer par ses accès lyriques. Il n'est ni ignorant 'ni trompeur, mais il se montre passionné, il place Christophe Colomb au-dessus de la critique et, sans le vouloir, dénature les faits en s'abandonnant à ses effusions oratoires. Ce sont surtout les livres de cet historien avec leurs nombreuses éditions et traductions, qui ont fait de l'illustre navigateur un être de convention auquel il devient difficile de toucher, même d'une main respectueuse, sans entendre crier au sacrilège.

Dans toutes les circonstances historiques que nous venons de rappeler, la plupart des auteurs colombiens tiennent pour certain et pour démontré que l'explorateur avait, dès l'origine, conçu le grand projet de passer aux Indes par l'ouest. Ils supposent donc tous ce qui pour nous est et reste en question, et s'appuient sur 'ce qu'il s'agit précisément de prouver. Si l'on admet que Colomb tient toutes ses idées de d'Ailly et si l'histoire nous apprend par ailleurs qu'avant son premier voyage le découvreur ne s'autoris» jamais du texte de Y Imago mundi, si, de plus, il n'est pas démontré qu'il ait connu alors cette suggestive page de cosmographie, tout croule par la base. Remarquons-le, l'ouvrage en question a été fini d'imprimer à Louvain, chez Jean de Westphalie, vers 1487. Or, la date du premier voyage est l'année 1492. Il est peu probable qu'un livre obscur, publié dans une ville lointaine du Brabant, ait été connu en si peu de temps au fond de l'Andalousie. Ni Colomb, ni ses anciens biographes, ni les historiens modernes ne nous indiquent la façon dont ce volume serait venu entre les mains du navigateur avant sa première expédition. Nous allons voir que M. Vignaud et les défenseurs du second système sont sous ce rapport beaucoup plus explicites et plus précis.

La seconde hypothèse paraît dès l'abord plus dégagée des exagérations manifestes et même des erreurs graves qui se rencontrent chez certains tenants de la première. Elle montre que le précédent système ne s'appuie au fond que sur une seule autorité, celle de Colomb lui-même, é'„ que tout ce qui procède du grand navigateur a été cru et accepté aveuglément par les historiens anciens et modernes, depuis Fernand Colomb et Las Casas jusqu'aux derniers auteurs du xixe siècle qui se sont occupés de la question. * L'hypothèse moderne, celle qu'expose surtout M. Vignaud,

s'en rapporte surtout aux documents nouveaux publiés par la Raccoltaet s'appuie sur cette précieuse collection pour contrôler, juger, critiquer et parfois rejeter la valeur des pièces anciennes. Elle ne nie point l'influence de Pierre d'Ailly sur l'esprit du marin génois, — ce serait contester l'évidence même, — mais elle prétend que l'action de l'évêque de Cambrai s'est produite plus tard, et elle explique, d'une façon fort plausible d'ailleurs, l'évolution des idées de Colomb dans toute la suite de sa vie.

D'après ce système, le projet grandiose de l'explorateur n'a point été une illumination soudaine, naturelle ou surnaturelle, qui se serait produite avant sa première expédition et qui en aurait été la cause. Ce dessein s'est élaboré lentement, par époques et par parties. C'est un processus qui s'est prolongé pendant des années et qui s'est modifié et complété graduellement d'après les expériences acquises et des données successives recueillies et coordonnées avec une rare intelligence. Bien loin de nier le génie de Christophe Colomb, cette hypothèse nous fait assister à toutes les phases de son épanouissement successif et nous voyons se réaliser une fois de plus, dans le cours de cette laborieuse vie, le mot de Bufîon : « Le génie est une longue patience. »

Selon cette supposition, le navigateur ne s'est d'abord proposé pour but que de découvrir certaines îles qu'il croyait exister dans l'ouest. « Il était aussi sûr, dit un de ses biographes, de trouver ce qu'il cherchait que s'il l'avait tenu sous clef dans sa propre chambre1. » Sur quoi s'appuyait cette conviction ? D'abord sur les indications de Perestrello, père de sa femme, sur les données fournies par un pilote dont le nom est resté inconnu que les vents et les courants avaient poussé jusqu'aux Antilles 2. Sa persuasion se basait encore sur ses voyages personnels le long des côtes de l'Afrique, sur les épaves que rejetait sans cesse l'Atlantique et qui venaient de terres ignorées, et sur le voisinage même de cette mer ténébreuse dont les flots mystérieux semblaient solliciter les navigateurs et les exciter aux courses aventureuses. Toutes ces prémisses avaient été confirmées, non point par Toscanelli, dit Vignaud, mais par les affirmations d'Alonzo Pinzon, dont l'expérience nautique était fort grande 3.

1. Las Casas, Historié, liv. I, ch. xiv, vol. i, p. 106. Cf. Vignaud, Histoire critique, t. n, p. 205 et 227.

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