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Lettre du 22 juin

3. Certains libres-penseurs de marque, dont M. Yves Guyot, ont voulu faire de Colomb un partisan du libre examen et un ancêtre inconscient du protestantisme qui allait naître. Voici ce qu'il a écrit, en octobre 1892, dans le journal

confiance en lui-même et sa foi dans ses futures découvertes furent inébranlables et sont reconnues de tous. Nous nous souvenons toujours, en souriant, d'un mot fameux sorti de la bouche du très emphatique orateur espagnol don Emilio Castelar. Parlant aux étudiants parisiens, il s'écria un jour : « Si l'Amérique n'avait pas existé, la foi de Colomb l'aurait fait surgir du sein des flots. »

Son énergie morale fut telle que rien ne put jamais l'abattre, ni des difficultés matérielles inouïes, ni les infidélités de ses amis, ni les machinations de beaucoup d'envieux, ni des contradictions opiniâtres, ni des disgrâces imméritées, ni les persécutions ouvertes qui le jetèrent dans les fers, ni enfin les revers de fortune qui le firent mourir dans la misère. S'il fut l'homme d'un seul livre, et nous avons vu que ce livre fut celui de Pierre d'Ailly, il fut aussi l'homme des larges conceptions, acquises lentement peut-être, mais opiniâtrement et heureusement poursuivies.

Mais les constatations faites par M. Vignaud ne diminuentelles point quelque peu la réputation morale du navigateur et ne tendent-elles pas à amoindrir la haute faveur dont il jouit depuis cinquante ans au sein du monde catholique? A vrai dire, nous le craignons. Si ses affirmations sont vraies, Colomb fut un héros, mais non pas un saint. Il est digne d'entrer au Panthéon dans lequel l'humanité élève des statues à ceux qui ont bien mérité d'elle, mais la religion ne le fera pas monter sur les autels où elle vénère les bienheureux. C'est un explorateur hardi, chrétien au fond, mais dont les vertus surnaturelles n'ont point été poussées jusqu'à un degré héroïque. Il n'a jamais pressuré ni violenté les indigènes, il s'est même proposé de les convertir, mais il ne fut point un apôtre à la façon de ces prêtres

Le Siècle : « Le jour, dit-il, où fut accomplie cette découverte, la cosmogonie patristique fut détruite. L'autorité intellectuelle des Pères de l'Église, du Saint- Siège, de l'Inquisition, s'évanouit sous l'évidence du fait... Ce jour-là, fut accompli dans le monde, entre le catholicisme et la science, ce divorce intellectuel que devaient élargir Magellan, Copernic, Galilée et tous ceux qui, en agrandissant le cercle des connaissances et en reculant les limites de la puissance humaine, ont démontré la supériorité de la méthode expérimentale aux (sic) 'dogmes de la foi. » La tentative n'est pas nouvelle. Déjà les protestants du xvie siècle avaient voulu faire passer Dante, Nicolas de Cues et d'Ailly luimême pour des réformateurs anticatholiques avant la Réforme et des précurseurs de Luther.

qui le suivirent en Amérique, comme les Valdivia et les Louis Bertrand, les Turribe et les Pierre Claver. Cette constatation, nous ne l'ignorons pas, contrecarre les idées reçues dans certains livres récents, mais nous avons le regret d'ajouter que, si l'acte d'adaptation peu sincère de 1494 signalé par M. Vignaud est admis, il ne fut point le seul du même genre que se permit Colomb. Peut-être les mots de fourberie et de duplicité sontils bien durs ! Nous nous contentons donc de dire qu'il expose les faits à sa façon quand ses intérêts ou ses prétentions entrent en jeu.

C'est surtout dans la première partie de sa vie que nous remarquons ces demi-sincérités, soit dans ses œuvres, soit chez ses premiers biographes. « C'est un tissu de légendes intéressées, » dit M. L. Gallois. Par exemple, Colomb et son fils s'attachent à prouver qu'ils sont issus d'une famille illustre et que leurs ancêtres avaient des armoiries l. Ils ont voulu faire croire qu'ils étaient parents des Columbo de Plaisance ou encore apparentés aux deux fameux amiraux Colomb. Le marin génois aurait même navigué avec le plus jeune d'entre eux. Or, il est démontré aujourd'hui qu'il n'y eut aucun lien de famille ou de nationalité entre les deux hommes de mer du nom de Colomb, et qu'ils n'eurent point de parenté avec notre navigateur 2.

Il n'a point davantage étudié à l'Université de Pavie 3, comme Fernand et Las Casas se sont efforcés de le faire admettre. Ainsi que nous l'avons montré précédemment, Colomb était ignorant d'une foule de choses qu'il prétendait connaître et tout son savoir vient de Y Imago mundi et des quelques livres qu'il avait annotés 4.

Quoi qu'il en dise, il n'est guère probable qu'il ait fait campagne pour le roi René d'Anjou 5, et les auteurs qui l'affirment s'en sont rapportés uniquement aux documents d'origine colombienne. Si le marin génois est arrivé en Portugal en 1476, c'est accidentellement, après un naufrage, et non pas en vertu d'une intention formelle6

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