chapitre quatrième
conseils de Démétrius et de Méligale. Mais comme il était sage, et que la précipitation gâte souvent les affaires, il jugea à propos de consulter ses principaux ministres avant que de
CÔTE SEPTENTRIONALE DE l’iLE DE RHODES.
Z Mont Saint-Etienne. — X Église Saint-Antoine. — Y Ville de Rhodes. — A Tour Saint-Nicolas. — O Entrée du port. — T Quartier des Chevaliers. — G Palais du grand-maître. — RR Mur d’enceinte séparant de la ville les auberges des diverses langues. — LM Poste d’Italie. — MN Muraille des Juifs.
rien résoudre.Bien loin d’être du sentiment des renégats, ceuxci firent, ce qu’ils purent pour le détourner de l’expédition de Rhodes. Ils lui représentèrent à leur tour, qu’on avait fortifié
Bierre D’Hutius0on.
la ville nouvellement ; qu’il y arrivait tous les jours des munitions et des soldats ; que le grand-maître était un homme extraordinaire, trop fier pour se rendre et trop vigilant pour être surpris. Ils firent souvenir Mahomet, que bien que les forces des Chevaliers ne fussent presque rien auprès des siennes, il n’avait jamais pu leur enlever le moindre château avec toutes les armées qu’il avait envoyées contre eux, et que le passé devait lui faire craindre l’avenir; ils ajoutaient qu’à la première démarche qu’il ferait de ce côté-là, toute l’Europe et toute l’Asie se remueraient en faveur des Rhodiens ; que le grand-maître venait de renouveler l’alliance avec le Soudan d’Égypte, et qu’il n’aurait pas de peine à mettre dans son parti le roi de Perse ; que le pape travaillait à unir les princes de la chrétienté contre l’empire ottoman; que tous ces ennemis ligués ensemble ne manqueraient pas de l’attaquer par divers endroits, et que l’armée nombreuse qu’on en aurait tirée l’ayant affaibli, il leur serait assez facile d’en emporter quelques pièces. Ils ajoutèrent, qu’il y avait d’autres îles à prendre avant Rhodes ; que la bonne politique voulait qu’un conquérant avançât pied à pied et de proche en proche, pour conserver une place par l’autre, et pour faire un corps de plusieurs parties différentes. Ils lui montrèrent surtout que la conquête de Rhodes n’augmenterait pas sa réputation ; qu’il pouvait gagner de nouveaux empires, mais qu’il ne pouvait plus acquérir de gloire ; qu’il risquait toute la sienne en l’abandonnant au caprice de la fortune dans une expédition si périlleuse, où il y avait peu à gagner et où il y avait tant à perdre. Ils conclurent que le parti le plus sûr était d’obliger les Chevaliers, par voie de négociation et d’accommodement, à lui payer un tribut tous les ans, et dans cette vue ils lui conseillèrent d’envoyer un ambassadeur vers le grand-maître, pour lui proposer la paix à ces conditions. Mais afin de ne pas exposer le grand-seigneur à un refus, ils furent d’avis que l’ambassade se fît au nom de Zizime, son fils, et de Celebi, son neveu : ils lui dirent enfin qu’une telle démarche ne pourrait amener que de bons effets; qu’au moins durant le cours de la négociation les Chevaliers ne seraient pas tant sur leurs gardes, et qu’à l’ombre du traité on pourrait surprendre le Château Saint-Pierre ou quelque autre forteresse ; après quoi l’entreprise de Rhodes serait plus aisée, quand on voudrait s’y déterminer.
Quelque inclination qu’eût Mahomet à suivre le conseil des
Cbapitre quatticme.
deux renégats, il s’attacha au sentiment de ses ministres, et l’on peut dire qu’en cette rencontre il fit céder son ambition à sa prudence. On choisit Démétrius pour chef de l’ambassade. Ce méchant homme se consola aisément de ce qu’on ne suivait pas ses pensées, et par la confiance qu’on prit en lui, et par l’espérance qu’il eut qu’on reviendrait à son avis si la négociation ne réussissait pas. Il fut chargé d’une lettre pour le grand-maître, écrite en grec et signée en turc de la main des deux princes, La voici en français traduite sur une copie conforme à l’original.
An très généreux et très fameux prince Pierre d' Auhusson, grand-maître de Rhodes,
Notre très honoré Père et Seigneur.
La probité et la vaillance ont tant de charmes pour se faire aimer des hommes, de quelque nation et de quelque religion qu’ils soient, qu’on ne doit pas s’étonner si des princes du sang royal des Ottomans et de la secte du prophète Mahomet, ont des sentiments d’amitié pour vous et pour tout votre Ordre. Nous y sommes obligés et forcés en quelque façon, par la gloire que vos héroïques vertus vous ont acquise dans l’Orient. 'On vous a rendu néanmoins de mauvais offices auprès de notre très illustre empereur ; et quelques-uns de ses favoris l’excitent sans cesse à tourner ses armes victorieuses contre vous, pour abolir le nom chrétien en vous détruisant. Mais nous, bien loin de lui inspirer ces pensées, nous avons tâché, par l’affection que nous vous portons, d’éloigner de vos États son formidable cimeterre ; et nous avons si bien réussi, que Sa Hautesse ne refuse pas d’entendre à la paix, ni de vous recevoir au nombre de ses amis. C’est de quoi nous avons voulu vous informer par Démétrius notre ambassadeur, en qui vous pouvez prendre créance. Si vous écoutez les propositions qu’il vous fera de notre part, comme nous vous en conjurons, nous sommes prêts d’être nous-mêmes les médiateurs et les entremetteurs de la paix. En attendant votre réponse, nous prions le tout-puissant Créateur du ciel et de la terre de vous conserver dans une fortune florissante.
De la ville de Patare, le 9 de février, l’an de la naissance de votre Prophète Jésus 1478.
Vos fils et bons amis Jem (f) Seetèei suit ar), fils de l’invincible empereur Mahomet, et Chelebi sultan, Sangiacbey f) de la Mandachie.