I. Machah. lib. 2, cap
C{)apitre septième.
une foule de Barbares tâcha d’y monter de toutes parts. Les Espagnols et les Italiens gardèrent leur bord avec tant de résolution, qu’aprcs un sanglant combat de trois heures, les Turcs furent obligés de céder ; et la mort du général des galères leur abattit tellement le courage, qu’ils abandonnèrent entièrement le navire.
Ce fut alors que Misach Paléologue, n’espérant plus rien et craignant tout de la fortune, donna ordre qu’on levât l’ancre pour partir. Et ce qui hâta encore son départ, c’est qu’il apprit de ses espions que les Chevaliers attendaient un grand secours, et que les vaisseaux de Ferdinand n’étaient que les avantcoureurs de l’armée des princes chrétiens. La flotte ottomane démarra le 18 août et fit voiles vers le port de Fisco, où ayant débarqué l’armée de terre, elle continua son chemin vers Constantinople.
Le navire victorieux entra dans le port de Rhodes, presque à la même heure que partit la flotte des Turcs. Il est aisé de comprendre quelle fut la joie des Rhodiens, de se voir enfin délivrés après soixante jours de siège : tout le port retentissait de cris d’allégresse, et le son des cloches mêlé avec celui des trompettes faisait une agréable harmonie, qui annonçait la levée du siège aux peuples de l’île. Mais ce qui contribua davantage à la réjouissance publique, c’est que le grand-maître commençait à se mieux porter ; soit que les chirurgiens se fussent trompés dans leur jugement, et que la blessure qu’ils croyaient mortelle ne le fût pas en effet ; soit qu’il y eût quelque chose de divin et de miraculeux dans sa guérison. Tout languissant qu’il était encore, il ordonna qu’on fît des processions solennelles pendant trois jours, et qu’on dît des messes dans toutes les églises de la ville pour les âmes des Chevaliers et des soldats qui avaient été tués durant le siège.
Dès qu’il fut guéri de ses blessures, et qu’il eut assez de forces pour marcher, il alla lui-même rendre des actions de grâces à Dieu au pied des autels. Persuadé que la protection de la Vierge avait sauvé Rhodes, il fit vœu de bâtir une église magnifique, sous le titre de Sainte-Marie de la Victoire, auprès de la muraille des Juifs, où les Turcs avaient été mis en déroute. On travailla à ce grand ouvrage aussitôt que les fortifications de la ville furent réparées ; et parce que la victoire avait été remportée le jour que les Grecs solennisent la fête de saint Pantaléon, le grand-maître voulut qu’on
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bâtit au même endroit une superbe chapelle pour le rit ^rec, à l’honneur de ce saint martyr, afin que les Latins et les Grecs célébrant en même temps les divins mystères, on remerciât Dieu tout à la fois, selon les cérémonies des deux rites, d’une victoire si glorieuse.
Sa dévotion ne se borna point là: il fonda une messe à perpétuité, toutes les semaines, au grand autel du saint sépulcre de Jérusalem, pour conserver jusqu’à la consommation des siècles la mémoire d’un si heureux événement, et rendre en quelque façon sa reconnaissance immortelle dans le lieu même où l’Ordre de Saint-Jean était né.
Ayant imploré le secours de saint Jean-Baptiste au fort du combat, il avait aperçu en ses soldats et ressenti en luimême une nouvelle vertu qui ne pouvait venir que d’en haut. Il résolut donc de bâtir une église en Italie pour honorer le bienheureux précurseur dont Julien l’apostat fit brûler le corps, et dont les cendres précieuses reposent à Gênes dans l’église cathédrale de Saint-Laurent. Cela s’exécuta avec le temps, et l’église fut bâtie près de la chapelle où les saintes reliques sont exposées à la vénération des peuples. Il voulut encore, pour leur rendre plus d’honneur, bâtir un couvent auprès de l’église: et il ordonna que douze religieux de l’Ordre y feraient leur résidence ordinaire; qu’on y chanterait l’office divin; qu’on y dirait tous les jours trois messes pour l’exaltation de la foi, pour les bienfaiteurs de l’Ordre, pour les âmes des grands-maîtres morts;enfin qu’une lampe brûlerait jour et nuit vis-à-vis la chapelle des reliques ; et il employa à ces œuvres si chrétiennes le revenu de plusieurs commanderies, et des siennes même, selon le pouvoir qu’il en reçut du Saint-Siège.
Il écrivit en même temps aux princes de la chrétienté, et pour leur donner avis de la victoire, et pour les engager à lui envoyer du secours, au cas que les Turcs fissent de nouvelles tentatives et que les Chevaliers fussent obligés de soutenir un second siège. Mais comme les navires de Ferdinand lui avaient apporté un bref de Sixte, et que ce bref apostolique était conçu en des termes qui témoignaient combien le pape s’intéressait aux affaires de Rhodes, il envoya à Rome le prieur de Capoue et le commandeur d’Aliaga en qualité d’ambassadeurs extraordinaires. Il les chargea de visiter le roi de Naples, et de lui dire que les Chevaliers lui étaient fort obligés de son secours ; qu’en son particulier il sentait