chapitre premier
quitter l’Allemagne, son devoir l’aurait obligé à retourner au plus tôt en France.
L’assemblée qui se tint à Arras pour débattre les conditions de la paix entre la France et l’Angleterre, n’ayant pas eu tout l’effet qu’on en espérait, la guerre se ralluma entre les deux rois. Il se fit divers sièges et divers combats, avec plus de chaleur et d’animosité que jamais. Les Anglais, qui ne gardaient plus de mesures, dévastaient les provinces dont ils n’étaient pas les maîtres; et les Français, divisés entre eux, exerçaient de grandes violences partout : de sorte que la guerre civile et la guerre étrangère remplissaient le royaume de trouble et d’horreur.
Les affaires de la France étaient en cet état, lorsque Sigismond mourut, et qu’Aubusson abandonna l’Allemagne pour venir servir sa patrie. Jean d’Aubusson, son cousin germain, chambellan de Charles VII, l’introduisit à la cour. Dès qu’il y parut, sa bonne mine, sa physionomie spirituelle, son air noble, attirèrent tous les yeux sur lui; et bientôt sa conduite sage et honnête, son esprit, sa politesse, lui gagnèrent tous les cœurs.
Comme il était du comté de la Marche, et petit-fils des vicomtes de cette province,le comte de la Marche (i), gouverneur du Dauphin, lui témoigna beaucoup d’amitié, et se fit même honneur d’être son patron. Attaché à la personne du comte, Aubusson lui dut de voir souvent le Dauphin, qui était presque de son âge. Il s’en fit aimer, et fut assez heureux pour avoir part aux exercices et aux divertissements du prince. Il eut même le bonheur de plaire à Charles VII, qui reconnut d’abord en lui quelque chose de grand et au-dessus du commun. Mais il ne fut pas longtemps sans montrer par ses actions, que ce qu’on pensait de lui était fondé. Il se signala extrêmement à Montereau Faut-Yonne, où il suivit le Dauphin qui eut toute la conduite du siège. Le roi, qui avait été témoin de la valeur d’Aubusson quand on emporta la ville d’assaut, faisant peu de temps après son entrée dans Paris, voulut qu’il l’y accompagnât avec les principaux seigneurs de la cour. Plusieurs villes suivirent l’exemple de la capitale; celles qui ne voulurent pas se rendre, furent la plupart réduites par force. Aubusson donna partout des marques de son courage; mais il fit voir en une occasion importante, qu’un jeune guerrier peut être sage et habile.