‹ Pierre d'AubussonChapitre 4 sur 63 · I. Qui régna sous le nom de Louis XI · texte numérisé non relu

I. Qui régna sous le nom de Louis XI

fitmc D’Hubusson.

Tandis que la puissance des Anglais diminuait dans le royaume, celle d’Agnès Sorel croissait à la cour. Elle acquit en peu de temps un empire absolu sur l’esprit du roi. Le Dauphin ne pouvait souffrir cette femme fière et impérieuse, qui avait peu d’égards pour lui. En outre, l’autorité de Charles d’Anjou, frère du roi de Sicile, le choquait étrangement. Il trouvait mauvais qu’un prince qu’il n’aimait pas, eût tant de part à la confiance du roi.

Mais ce qui le fâcha davantage, fut qu’après la prise de Montereau, où il fit si bonne guerre aux Anglais, qu’ils l’en remercièrent galamment en présence même du roi, il reçût de mauvais traitements de son père, au lieu des grâces qu’il en attendait. Car le roi s’étant aperçu que ce coup d’essai avait enflé le cœur à son fils, le remit sous la discipline de son gouverneur et l’écarta de la cour: soit qu’il eût de la jalousie d’une valeur qui déjà faisait tant de bruit ; soit que connaissant les mauvaises inclinations du Dauphin, il crût que ces premiers succès pourraient l’emporter trop loin si on ne prenait des précautions pour le retenir. ^

Le Dauphin dissimula quelque temps ses déplaisirs: mais un jeune prince irrité, qui a des passions violentes et qui ne manque pas de mauvais conseils, est bientôt las de se contraindre. Il éclata à la fin; et pour se venger en fils de roi, il alla se mettre à la tête des princes rebelles (^).

Le comte de la Marche, à qui l’égarement de son disciple faisait peu d’honneur, n’oublia rien pour le ramener à son devoir. Outre ce qu’il fit par lui-même, il se servit de l’entremise d’Aubusson, que le prince aimait, et qui avait su conserver ses bonnes grâces sans entrer dans sa révolte. A la vérité, le Dauphin était un esprit ombrageux et délicat, qu’on ne maniait pas aisément: mais Aubusson le connaissait parfaitement, et savait fort bien par où on pouvait le prendre. Il avait d’ailleurs de ces manières douces et insinuantes qui ne sont pas incompatibles avec un naturel fier et ardent. Il avait surtout de cette éloquence naturelle qui fait toujours son effet, qui persuade d’autant plus qu’on s’en défie moins. Ainsi il n’eut pas trop de peine à faire entendre raison au prince. Et quand le comte d’Eu vint après traiter avec lui de la part du roi, il le trouva tout disposé à quitter les armes, et à demander pardon.

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