I. 13 d’avril de l’an de grâce
Cfjapitre Diricme
sur-le-champ la sainte relique dans la châsse oh elle était enfermée ; et l’ayant fait mettre dans une petite cassette de bois de cyprès, revêtue au dedans d’un beau velours cramoisi et enrichie au dehors d’une infinité de pierreries, il l’envoya par un de ses favoris nommé Cariaty Bey avec une lettre très civile, dont l’inscription était en ces termes. « Bajazet, roi de V Asie et empereur des empereurs^ au très sage et très illustre grand-maître de Rhodes Pierre d Aubusson^ prince très généreux et père dur. très gloideux empire, »
Le grand-maître se crut bien payé par là des services qu’il avait rendus à Bajazet ; néanmoins avant que d’exposer la relique sur les autels, il voulut qu’on l’examinât, et il députa des commissaires qui en fissent des informations juridiques. Le vice-chancelier de l’Ordre, homme d’un grand sens, d’une érudition profonde, et d’une probité reconnue, fut un des commissaires nommés, et c’est lui qui s’appliqua le plus à rechercher la vérité. Après toutes les recherches qu’on a coutume de faire en ces rencontres, et surtout après avoir interrogé des personnes dignes de foi qui étaient à Constantinople lorsque la ville fut prise et qui y demeuraient encore, on n’eut pas lieu de douter que cette main ne fût la main droite de saint Jean-Baptiste : voici en effet ce qu’on en apprit, si nous en croyons le vice-chancelier Caoursin, qui écrivit lui-même l’histoire de cette relique sur les procès-verbaux faits en ce temps-là.
C’est une tradition ancienne confirmée par les histoires des Grecs, que saint Luc l’évangéliste ayant embrassé la foi, l’amour qu’il conçut pour saint Jean-Baptiste lui inspira la pensée d’enlever secrètement son corps qui était enterré dans la ville de Sébaste, entre Héli et Abdias. Il se transporta la nuit sur les lieux avec quelques disciples du précurseur de Jésus-Christ qui vivaient encore: mais ayant considéré qu’ils auraient de la peine à emporter le corps entier sans être reconnus et arrêtés, il en sépara la main qui avait baptisé Jésus-Christ, comme la partie la plus noble de ce saint corps, et il la porta lui-même à Antioche oh il la garda religieusement pendant le séjour qu’il y fit. Mais quand il partit pour aller prêcher l’évangile dans laBithinie,il mit ce précieux dépôt entre les mains de quelques-uns de ses plus chers amis, ne voulant pas l’exposer aux hasards qu’il pourrait courir durant ses voyages. Ainsi la relique demeura toujours à Antioche, et y fut honorée publiquement des Chrétiens pendant
Pierre d’Aubusson.
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l’espace de trois cents ans, jusqu’à ce que Julien l’Apostat entreprît d’abolir le culte et la mémoire des martyrs, en faisant brûler ce qui restait d’eux. Il commanda particulièrement qu’on jetât au feu la main du Précurseur mais la piété des fidèles la sauva de la fureur des païens.
Plus tard, Justinien étant parvenu à l’empire et ayant fait bâtir le superbe temple de Sainte-Sophie, et une autre église magnifique pour le couvent de Saint-Basile, appelé communément le monastère de Saint-Jean de la Pierre, il voulut rendre célèbre la dédicace de ces deux églises par les plus précieuses reliques qui fussent dans l’Orient. C’est pourquoi il fit apporter à Constantinople la tête et la main de saint Jean-Baptiste; l’une de la ville d’Edesse, l’autre de la ville d’Antioche ; et après la consécration des églises, il renvoya les reliques comme il l’avait promis en les demandant.
La main de saint Jean Baptiste fut honorée de plus en plus après cette translation. Quand l’empire des Grecs commença à tomber en décadence, et que les Barbares entrèrent dans la Syrie, Dieu fit par elle de grands miracles, qui ne contribuèrent pas peu à affermir les fidèles et à convertir les hérétiques. Caoursin rapporte au long ces miracles sur la foi de Siméon Métaphraste, qui en a été en quelque façon témoin. Un des plus authentiques et des plus illustres, c’est que la relique fut, pendant l’espace de plusieurs années, un signe certain de stérilité ou d’abondance. Les Chrétiens d’Antioche avaient coutume, tous les ans, de faire une procession solennelle hors de la ville le jour de l’exaltation de la Sainte-Croix. Le patriarche portait lui-même la châsse où la main du saint Précurseur était enfermée ; et quand il était parvenu à une petite éminence d’où on découvrait toute la campagne, il tirait la relique de la châsse et l’élevait à la vue de tout le peuple. Si l’année devait être bonne, la main sacrée demeurait étendue et immobile : mais si l’année devait être mauvaise et stérile, la main se fermait d’elle-même ; et sur ce présage, les habitants d’Antioche ne manquaient pas de pourvoir à tous leurs besoins.
Lorsque Dieu faisait éclater sa puissance dans l’Église par la main de saint Jean-Baptiste, Constantin Porphyrogénète gouvernait l’empire des Grecs : c’était un prince fort catholique et très dévot au bienheureux Précurseur. Les miracles qui se firent à Antioche, et dont le bruit se répandit par tout l’Orient, donnèrent envie à l’empereur d’avoir la