I. Révolte de la Praguerie en
Cftapitre premier
Le roi fut si satisfait de la conduite d’Aubusson en cette rencontre, qu’il l’employa en d’autres négociations délicates, dont la connaissance n’est point venue jusqu’à nous. On sait seulement que Charles VII loua plusieurs fois l’habileté d’Aubusson ; et qu’il dit un jour, parlant de lui, que c’était une chose assez rare de voir ensemble tant de feu et tant de sagesse.
Après l’accommodement des princes, la guerre s’échauffa fort entre les Français et les Anglais ; et il y eut bien du sang répandu de part et d’autre. Mais les trêves qui furent conclues (I) ensuite, changèrent la face des choses. On commença à respirer en France un air plus doux, et les plaisirs qui succédèrent aux fatigues de la guerre, auraient amolli peut-être le cœur des guerriers, si les expéditions de Lorraine et d’Allemagne ne leur eussent donné de l’exercice.
René d’Anjou, roi de Sicile et duc de Lorraine, demanda du secours à Charles, roi de France, son beau-frère, contre quelques places du pays Messin, qui ne voulaient pas le reconnaître. Charles se rendit à Nancy avec une grande armée, dont une partie alla brusquement assiéger Metz. La ville se défendit avec beaucoup d’opiniâtreté et de vigueur. Le Dauphin, que la longueur du siège n’accommodait pas, trouva une belle occasion pour satisfaire son humeur bouillante et ambitieuse.
L’empereur Frédéric III, mécontent des Suisses qui prétendaient ne tenir rien de la maison d’Autriche, et qui affectaient sous ce prétexte une espèce d’indépendance peu éloignée de la révolte, invita la France, par l’entremise de Sigismond, duc d’Autriche, à venir défendre les droits de l’empire. Il n’en fallut pas davantage au Dauphin, qui avait épousé la sœur de la duchesse d’Autriche, pour entrer en Alsace à main armée : Aubusson fut un des jeunes seigneurs qui le suivirent, et qui eurent le plus de part à la défaite des Suisses auprès de Bâle(2).Mais le prince ayant réduit quelques places et jeté la terreur partout, revint sur ses pas assez promptement : soit parce que l’empereur, qui ne voulut pas s’attirer la responsabilité de la guerre, le désavouait; soit parce que le seigneur allemand, qui avait conduit l’armée française en Suisse et qui lui devait servir de guide dans