chapitre quinzième
de l’Ordre dans quarante jours; que s’ils ne se retiraient dans le temps prescrit, tous leurs biens seraient confisqués. On leur défendit même de s’établir au Levant, de peur qu’ils ne servissent d’espions aux Turcs, et tout ce qu’on leur permit fut de vendre leurs biens dans l’espace des quarante jours.
Mais on offrit une liberté entière et toutes sortes de bons traitements à ceuxqui voudraient se faire chrétiens.
Pour les petits enfants, il fut arrêté qu’ils seraient baptisés malgré leurs pères et leurs mères, et l’ordonnance du conseil portait en termes exprès, que les juifs étant esclaves des princes chrétiens, n’avaient pas toute la puissance paternelle à l’égard de leurs enfants ; qu’ainsi le grand-maître pouvait disposer d’eux pour le salut de leurs âmes et pour le bien de la chrétienté. De sorte que, suivant le pouvoir des lois, les enfants des juifs furent baptisés : mais afin qu’ils ne fussent point en danger de renoncer au christianisme quand ils auraient l’usage de la raison, le grand-maître les retint à Rhodes, et voulut qu’ils fussent nourris des deniers publics, pour leur tenir en quelque façon lieu de père.
202 Bicrre 5’Hulmsson.
Le grand-maître s’appliqua ensuite à examiner les statuts de l’Ordre, que le vice-chancelier Caoursin avait rangés par son ordre quelques années auparavant. Il en cassa quelquesuns qui n’étaient plus en usage, et dont la pratique pouvait faire plus de mal que de bien, en servant de matière aux querelles et aux procès: il en fit lui-même de nouveaux, qui paraissaient nécessaires pour le temps présent. Voyant jusqu’où allait l’impiété et le luxe de certains Chevaliers qui vivaient moins en religieux qu’en séculiers et en libertins, il ordonna que celui qui aurait renié ou blasphémé le nom de Dieu, et dit quelque parole contre la Vierge et les saints, subirait la première fois la quarantaine, serait la seconde mis pour deux mois dans la tour du Château, et que la troisiè me on le tiendrait dans les prisons publiques tout le temps qu’il plairait au grand-maître et à son conseil. Le premier châtiment s’appelait la quarantaine, parce que celui qui y était condamné devait jeûner quarante jours de suite: il devait même, les mercredis et les vendredis des quarante jours, jeûner au pain et à l’eau, manger à terre et recevoir la discipline en cette manière. Le coupable se présentait les pieds nus et le dos découvert devant l’autel, et tandis que le prêtre le frappait, il récitait le psaume Miserere, avec d’autres prières réglées. Le grand-maître ordonna en même temps que les Chevaliers qui seraient mis trois fois dans la tour, perdraient trois années d’ancienneté.
Pour ce qui regarde le luxe, il fit un statut, par lequel après avoir déclaré que la bienséance demandait qu’un religieux fût habillé modestement, et qu’en cela l’exemple de leurs prédécesseurs leur devait servir de règle, il défendait expressément aux Chevaliers de s’habiller à la manière des gens du monde, et de porter rien qui eût un air de galanterie ou de vanité. Il ordonna en particulier qu’ils n’auraient que des habits simples et d’une couleur, et que si quelqu’un contrevenait au statut, outre sept jours de jeûne et deux disciplines, son habillement serait vendu au profit du trésor public.
Mais si le grand-maître aimait tant la modestie de ce côtélà, il voulait de la magnificence en tout ce qui regardait le culte de Dieu et l’honneur de l’Ordre. Il avait fait faire auparavant des tapisseries superbes et des ornements fort riches pour l’église de Saint-Jean-Baptiste. Il en fit faire alors pour les églises et pour les chapelles qu’il avait fait bâtir et dans Rhodes et dans les autres lieux du monde. L’Ordre conserve