‹ Pierre d'AubussonChapitre 47 sur 63 · Chapitre quinzième · texte numérisé non relu

Chapitre quinzième

tienne à Mételin. Quatre autres Chevaliers tenaient chacun une bannière où les armes de l’Ordre et celles d’Aubusson

étaient relevées en broderie. Aux deux côtés du lit de parade on dressa comme deux autels sous deux riches dais: on posa sur l’un la dalmatique, la mitre, et tous les ornements propres

Bicrre t’Hu6us0on

à un cardinal-diacre: on mit sur Tautre le casque, le corselet, la demi-pipe et l’épée dont le grand-maître se servit au siège de Rhodes le jour de l’assaut. On y mit aussi l’habillement qu’il avait ce jour-là, et qui était encore teint de son sang et de celui des Barbares. Plus de deux cents Chevaliers étaient rangés dans la salle, tous vêtus de deuil, dans une contenance triste et recueillie. Le peuple qui accourut en foule à ce lugubre spectacle, ne put voir son prince mort sans pleurer amèrement: ils criaient tous qu’ils avaient perdu leur père, et ils voulaient lui baiser les mains pour soulager leur douleur et pour lui dire un dernier adieu.

Les funérailles se firent le jour suivant, et la douleur publique contribua plus que tout le reste à rendre belle la pompe funèbre. Dès que le corps parut hors de la porte du palais, une multitude innombrable de tout sexe, de tout âge, et de toutes conditions, fit retentir l’air de gémissements et de plaintes. Il fut porté à l’église de Saint-Jean sur les épaules des principaux grands-croix, et enterré dans la chapelle que lui-même avait fait bâtir.

Le premier chapitre général qui se tint à Rhodes sous Emeri d’Amboise son successeur, ordonna que pour honorer la mémoire du grand-maître d’Aubusson, l’Ordre lui élèverait des deniers du trésor public un magnifique mausolée en bronze, et qu’on y graverait une épitaphe, où seraient marquées les plus illustres actions de sa vie. Les historiens de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem ne rapportent point cette épitaphe, et quelque diligence que j’aie faite pour la trouver, je n’ai pu en rien apprendre. Mais si les mausolées et les épitaphes des héros périssent avec le temps, la mémoire de leurs vertus et de leurs grandes actions ne périt jamais.

D’ailleurs les éloges que les papes, les princes, et les écrivains donnent au fameux Pierre d’Aubusson, peuvent bien lui tenir lieu d’épitaphe. Sixte IV et Innocent VIII disent dans leurs brefs que le Saint-Siège lui a des obligations infinies, et qu’on ne peut assez reconnaître le service qu’il a rendu aux fidèles, en arrêtant par ses soins, et au prix de son sang même, les conquêtes de Mahomet II, ce redoutable ennemi de la chrétienté. Alexandre VI reconnaît dans le grandmaître une foi pure, une valeur héroïque, une prudence exquise et une expérience consommée en tout ce qui regarde la guerre contre les Turcs. L’empereur Maximilien, Ferdinand roi de Castille, et Mathias Corvin roi de Hongrie, le nomment

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