chapitre Dcuncme
toute la résistance des Chrétiens(i). Il ne s’est peut-être jamais vu de spectacle plus funeste que celui qui se vit alors. On fit un horrible carnage partout, et rien n’échappa à la fureur du soldat. On mit en pièces les images et les reliques des saints; on jeta aux chiens le Corps de JéSUS-Christ, et on traîna dans les rues un grand crucifix, avec des huées et des imprécations effroyables. Constantin aima mieux mourir en défendant et sa couronne et sa foi, que de tomber vif entre les mains des barbares. Sa tête fut portée au bout d’une lance par toute la ville ; et afin qu’il ne restât rien de la famille des Paléologues, Mahomet fit tuer les princes et les princesses du sang royal, au milieu d’un magnifique repas, dont il régala les principaux de son armée.
La prise de Constantinople jeta la terreur dans tout l’Orient, et obligea le despote (2) de Servie, le roi de Chypre et l’empereur de Trébizonde, à rechercher l’amitié du Turc; ils ne l’obtinrent que par le tribut qu’ils payèrent, à l’exemple des îles de Scio et de Metelin. L’île de Rhodes ne put se résoudre à accepter une condition si honteuse: et quoique l’ambassadeur de Mahomet menaçât les Chevaliers de tout ce que peut un prince puissant et victorieux, s’ils ne lui payaient deux mille ducats chaque année, le grand-maître répondit avec une générosité toute chrétienne, que l’Ordre de Rhodes n’était soumis qu’au Saint-Siège, et qu’il ne savait ce que c’était que de payer des tributs: que pour lui, il était résolu de mourir plutôt mille fois, que de permettre jamais qu’en son temps l’État, qu’il avait reçu libre, devînt tributaire: qu’au reste, si Mahomet leur faisait la guerre contre la foi des traités, il espérait que Dieu, qui est le vengeur des parjures et des impies, défendrait l’Ordre contre toute la puissance Ottomane.
Comme les Chevaliers ne doutaient pas qu’une réponse si fière n’aigrît Mahomet, ils ne songèrent plus qu’à se précautionner contre un si redoutable ennemi. Mais parce que l’Ordre était pauvre alors et incapable de soutenir de lui-même une longue guerre, ils crurent qu’ils devaient commencer par engager dans leurs intérêts les princes chrétiens, particulièrement le roi de France, qu’ils regardaient comme le meilleur