INÈS , DON PÈDRE
DON PÈDRE
Inès !
INÈS
C'est lui... Puisse le méconnaître?
Cher époux.. Mais pourquoi ce regard soucieux?
DON PÈDRE
Inès ! j'ai peu d'instans à rester en ces lieux. Viens... Allons voir mon fils.
INÈS
Dans ce bois solitaire , Au-devant de tes pas il a suivi ma mère.
DON PÈDRE
Quittant nos étendards malgré Tordre du roi,
( «) Par des chemins secrets j'arrive jusqu'à loi, Il importe qu'ici nul témoin ne me trouve. lises.
A h quentends-je?m al gré le bonheur que j'éprouve, Si les moindres périls peuvent t'y menacer, Quitte ces lieux!
DON PÈDRE
Non , non , laisse-moi te presser Dans mes bras, sur ce cœur charmé de ta présence, Ahîqu'ils sont douloureux les chagrins de l'absence! Entraîné loin de toi par le sort ennemi , Loin de toi ton époux n'existait qu'à demi, (semble, Quelques momens du moins heureux de vivre en- Bénissons tous les deux l'instant qui nous rassem- Séparés tant de fois, mais enfin réunis, (bleï Je te vois , chère Inès , et mes maux sont finis.
INÈS
Ahlcomment oublier ce jour, ce jour de larmes, Où mon fils souriait à l'éclat de tes armes! L'honneur se fit entendre; il fallut nous quitter. Du deuil de nos adieux tout semblait s'attrister. Sans toi plus de bonheur; hélas! pour ma paupière, La nuit fut sans repos , le jour fut sans lumière. Ce deuil avec le temps ne s'est pas affaibli. Implorant quelquefois les secours de l'oubli , J'essayais de calmer ma sombre inquiétude; Mais ton doux souvenir peuplait ma solitude! Plaintive, dans nos champs frappés du même coup, Tu n'étais nulle part, je te voyais partout... Partout!.. l'absence, ami, t'a semblé moins funeste; Les peines d'un départ sont pour celui qui reste : Tout rappelle à ses yeuxle bien qu'il a perdu; Mais de te suivre en vain tu m'avais défendu ; Libre, ne souffrant plus d'ordre qui la retienne,
Mon âme chaque jour s'envolait vers la tienne. Sur le tableau fidèle où ta main sut tracer Les pays que bientôt tu devais traverser, De don Pedre suivant les marches intrépides , J'admirais son audace et tes exploits rapides. Enfin, je croyais voir ce prince généreux , Digne et fier de briller près d'un soldat fameux , Partageant avec toi l'éclat de sa victoire , Prouver que tous les rangs sont égaux par la gloire!
DON PÈD11E.
Ce prince triomphant, ce don Pèdre, crois-moi, S'estimerait heureux d'être vanté par toi. Aux discours de ta voix, doux accents de ton âme, Son cœur partagerait l'ivresse qui m'enflamme. Ah ! quelles ont de charme à notre œil enchanté, Ces palmes que la gloire obtient de la beauté! Mais, troublant de ces lieux la paix et le silence, Entouré d'une escorte un étranger s'avance.
INÈS
En effet.
DON PÈDRE
Que veut-il? Vers ce bois retiré, Par quel motif secret peut-il être attiré ?
INÈS
Viens.
DON PÈDRE
Reste. A l'éviter un grand motif m'engage; Je sors; mais à l'abri de cet épais feuillage, Je suivrai lois ses pas. Inès, malheur à lui S'il faut quêtes dangers réclament mon appui! Don Pèdre s'enfonce dans la forêt.